‹ Histoire des phlegmasies ou inflammations chroniques, fondée sur de nouvelles observations de clinique et d'anatomie pathologique. Ouvrage présentant un tableau raisonné des variétés et des combinaisons diverses de ces maladies, avec leurs différentes méthodes de traitementChapitre 28 sur 61 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

De l’Inflammation du Péritoine.

CA

L'inflamimation du péritoine , entrevue par John-

stôn, en 1779, sur les femmes en couche, rappélée à l’attention dès observateurs, en 1785, par Walter, célèbre anatomiste prussien, et depuis par M. Pinel, qui, dans la première édition de sa

Nosographie philosophique , fit l’heureux rappro-

chement des phlogoses des différentes membranes diaphanes, fut enfin étudiée particulièrement par immortel Bichat; mais il ne put qu’en énoncer les symptômes et les caractères les plus saillans. M. Gasc, un de ses élèves, en fit l’objet d’une dissertation inaugurale, qui fut accueillie avec beaucoup d'intérêt. Depuis cette époque, la péritonite a été vue, constatée, étudiée par tous les médecins de Paris qui se sont livrés à l'étude de l’anatomie pathologique. M. Bayle, M. Laennec, ont consigné dans les journaux de médecine les descriptions des différens désordres que cette inflammation laisse à sa suite. M. Laennec a publié plusieurs observations de péritonites aiguës, observées à la Charité, dans le Journal de Médecine rédigé par MM. Corvisart, le Roux et Boyer. M. Bayle s’est plus attaché à décrire les désordres organiques , d'après ce qu'il avait recueilli dans les pavillons de l'Ecole, qu'à décrire les symptômes de la maladie.

Ïl remarque aussi que les nouvelles accouchées meurent souvent de péritonite. Depuis lors, des thèses et des dissertations très-bien faites ont prouvé que cette phlogose ne se comporte point chez elles autrement que chez les hommes , et que dans les autres époques de la vie.

La péritonite est donc désormais bien constatée : mais elle n'est guère connue que dans son état aigu. MM. Gasc et Laennec, dans ce qu'ils ont publié, n'ont décrit que les symptômes les plus saillans et les moins équivoques, qui sont maintenant connus de tous les médecins, savoir : sensibilité, tension, élévation, nausées où vomissemens , constipation et fièvre. M. Fizeau en a observé une produite par l'épanchement de la bile, provenant de la rupture du canal cholédoque , qui dura trente-trois jours, ét qui fut assez obscure pour ne se manifester, durant la vie, que par une sensibilité très-obtuse de la région abdominale , qui entraïnait la langueur et la faiblesse. Voilà la seule histoire de péritonite latente qui me soit eonnue, où qui m'ait paru assez bien décrite pour pouvoir être citée comme fondement de Ia doctrine de cette inflammation.

L'histoire de cette maladie est donc, pour ainsi dire, encore à faire, du moins pour la symptomatologie ; car la partie anatomique est plus avancée, puisque M. Bayle a vu, dans le péritoine , bien plus de variétés de désorganisation qu’on ne connaît de nuances de phlogoses.

Ainsi, ce que nous possédons sur la péritonite se

réduit, 1°. pour les symptômes, à la douleur de Ia partie malade, avec vomissement , constipation et fièvre ; plus, un cas où ces signes ont été peu marqués ; 2°. pour les désordres organiques, à un certain nombre d’altérations du tissu du péritoine, que je vais résumer d’après M: Bayle. |

Lorsque la péritonite avait été mortelle en peu de temps , ilatrouvé, 1°. le péritoine rouge et épaissi; 2°. une exsudation d’un blanc jaunâtre ou verdâtre, en forme de fausse membrane agglutinant les viscères entre eux : 5°. un liquide trouble, jaunâtre , blanchâtre , épanché dans la cavité.

Quand la péritonite avait été chronique, il a observé qu'elle avait laissé à sa suite, 1°. une sérosité sanguinolente ou un liquide boueux , grisâtre; 2°. des | agglutinations, plus ou moins intimes, de différens viscères unis , soit immédiatement , soit à l’aide de la formation du tissu cellulaire ; 3. un tissu accidentel, libre et flottant, développé par l’inflammation , et qui avait passé d'abord de l’état liquide à l'état d’une organisation plus parfaite ; 4°. des épaississemens des diverses portions du péritoine ; 5°. des granulations dures , qui paraissaient faire corps avec le péritoine, et qui n'étaient probablement qu’une transformation de la matière exsudée , qui, de l'état liquide , avait passé à celui de liquide organisé ; 6°. ïl n'y avait point d'injection remarquable chez deux sujets qui moururent de péritonite chronique.

L'inflammation du péritoine n’est pas une maladie commune ; c'est heureusement une des phlegmasies

| ont la production dépend de certaines circonstances qui ne se rencontrent que sur un petit nombre d’individus: mais ces circonstances ne me semblent pas encore bien connues. La principale , c’est l'irritation immédiate, comme nous le développerons dans la suite: or, cette cause est, de toutes celles qui ont coutume de produire les phlegmasies, en général, la plus rarement en action sur les organes qui n'ont point de communication immédiate avec les corps extérieurs : telles sont les membranes séreuses.

Nous ne devons point être surpris que les muqueuses eponente : elles ont une double raison F le faire, , l'impression des corps extérieurs ;

. l'action qui s’y développe accidentellement , le 8 souvent pour remplacer celle de la peau, qui se trouve suspendue. Les séreuses, qui ne sont point touchées par les corps étrangers , n’ont ordinaire- . ment que le second mécanisme pour cause de leur inflammation : aussi s’enflamment-elles moins fréquemment. Celle dela poitrine, étendue sur un tissu très- riche en capillaires artériels, et exposée à un frottement plus fort, est: aussi la plus sujette aux phlegmasies ; mais il est encore très-évident qu'elle les éprouve beaucoup moins souvent que la muqueuse. Îl faut une disposition locale pour que ce transport d'action , dont nous avons parlé , soit platôt dirig’ sur elle que sur cette dernière membrane. Pour l'abdomen , c’est la même loi : d’abord présence des corps étrangers, ensuite transport d'action sécrétoire , dirigée plus souvent sur la mu:

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queuse que sur la séreuse. S'il en était autrement, on verrait des victimes sans nombre de l’inflammation des membranes diaphanes.

Il est donc évident que ces membranes, quoique destinées à une exhalation très-abondante , n’ont point été mises, par la nature, dans un rapport d’alternative avec les surfaces qui communiquent à l'extérieur , et qu’elles n’en deviennent les supplémentaires que dans certaines circonstances extraordinaires qu'il est très-curieux de connaître.

De toutes ces circonstances , la plus évidente c'est une susceptibilité insolite, acquise par l'effet des contusions et des frottemens trop violens ou trop répétés. On ne peut douter que cette cause ne les dispose à trop exhaler, à l’occasion du refroidissement de la peau et de l'affaissement des capillaires de la périphérie, puisque, seule, elle peut les enflammer. Quant aux autres, elles me sont encore inconnues. fl y a peut-être des espèces d’endémies de péritonite. M. Lagneau , docteur en médecine, connu dans l'Ecole de Paris par une dissertation très-bien faite sur le traïitement de la maladie syphilitique , m'a dit avoir vu, à l’armée de Bruges, en l’an 11 , la péritonite très-commune sur les soldats d'un régiment de troupes légères, particulièrement sur des nègres , et le plus souvent il la constatait par l'ouverture. Il n’a pu se rendre raison de la fréquence de cette phlegmasie autrement qu'en l'attribuant au froid humide. Moi-même je l'ai souvent observée dans la Belgique et dans la Hollande , mais

presque toujours sur des hommes aflectés de fièvres intermittentes, et alors elle était chronique , et ne paraissait point avoir eu un début orageux. :

Après la campagne d'Allemagne de 1805 , qui se termina, pour notre corps d'armée, à l’époque de Ja bataille d’Austerlitz, la péritonite parut presque toujours en rapport avec une cause externé évidente. En Italie , elle s’est encore présentée, mais plus rare; ce qui m'a fait regretter de n’avoir pu recueillir toutes les histoires de ceux qui la devaient aux fatigues de la marche ou à tout autre accident.

Cependant, quoique j'aie perdu les détails de bien des faits, il m'en reste encore assez pour établir quelques points de doctrine. Je les énoncerai d'abord d’une manière générale ; je rapporterai ensuite les observations qui me restent pour les appuyer, et jé terminerai mon travail en resumant ce qui m'est connu sur l’histoire générale de Ja péritonite, et en exposant les vues curatives qui me paraissent les plus rationnelles.

La péritonite à pour caractère fondamental la douleur de la partie malade, avec fièvre; mais cela supposé qu'elle attèque subitement un sujet bien portant, jouissant de la dose de force et de sensibilité que comporte son tempérament. Alors elle est courte dans sa durée, et peut être modifiée très-avantageusement par les moyens curatifs. Mais de combien de nüances diverses n'est-elle pas susceptible lorsqu'elle survient à un individu affaibli par des erreurs de régime ou par des maladies ;

lorsqu'elle est provoquée par une cause qui agif faiblement , mais dont l’action se continue toujours; ou enfin lorsque , cette cause n’agissant plus, le désordre qu'elle a laissé, quoique faible dans son principe, n’est point réparé, et doit , par les seuls progrès du temps, finir par désorganiser entièrement le tissu du péritoine !

Dans ces différens cas, la phlegmasie qui nous occupe produit des lésions très-variées dans le jeu des fonctions : tantôt on la voit paraître sans fièvre, mais avec beaucoup de douleur dans l'état aigu ; d’autres fois elle semble se confondre avec les douleurs rhumatismales et pleurétiques ; dans quelques circonstances, elle peut ne susciter qu'un mouvement fébrile obscur, et sensible seulement vers le soir ; dans d’autres, prenant un caractère encore plus insidieux, la péritonite ne cause ni fièvre ni douleur; l’ascite est, pour ainsi dire , son unique indice, et souvent une hydropisie universelle vient jeter la plus grande confusion dans les signes.

Si la péritonite est compliquée, nouvelles difficultés. Je l'ai vue se confondre avec la pleurésie , être déguisée par la gastrite et l’entérite, combiner tellement ses symptômes avec ceux de l’engorgement du mésentère , de la phlogose de la rate, que tout médecin en aurait été la dupe, |

Ces diverses combinaisons apportent des changemens dans la nature des douleurs , et dans celle de la fièvre, qui reçoit toujours un nouvel aliment de l'affection des parenchymes et de la présence des

PÉRITONITE. 299 ulcérations qui communiquent avec l'air extérieur. D'un autre côté, l'espèce de stupidité de certains malades, les fausses idées qu’ils ont conçues sur la cause de leur mal, les effets qu'ils attribuent aux iraitemens qu'ils ont subis, les erreurs de perception auxquelles les plus sensibles ne sont pas les moins exposés, forment autant de piéges qui tendent à surprendre le jugement du médecin qui étudie de bonne foi ces maladies.

Pour concourir, autant que mes forces et les matériaux que je possède peuvent y suflire, à l’aplauissement de ces difficultés, je vais entrer dans l'exposition des faits. Je commencerai.par les péritonites aiguës les plus rapprochées de la description que nous en ont donnée les auteurs les plus modernes que j'ai cités, MM. Gasc et Laennec.

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