CES
(1) Voilà un des bienfaits du brownisme dégénéré dont on avait infecté l’école française.
sation était consommée. Je me contentai de lui prescrire des potions confortantes anodines , dans le dessein de pallier un peu ses souffrances ; maisilne pouvait rien avaler. Les vésicatoires, que je fis appliquer aux deux cuisses, ne changèrent rien à sa situation.
Le lendemain , douzième jour, on le voyait calme , immobile, la face livide, les yeux hagards, délirant sur tous les sujets, mais d’une voix cassée et sans aucune agitation. Il ne se plaignait de soufirir nulle part, et il se disait très-bier. En déprimant le ventre, on le voyait cependant faire un mouvement et une grimace. Les extrémités étaient iroides , le pouls petit, fréquent , fugace. Je prescrivis la décoction de quinquina camphrée à haute dose , et le vin (1). À midi, surdité, insensibilité , quoiqu'il ne fût pas assoupi. À deux heures , il expira subitement sans agonie, presque en parlant.
Autopste.
Habitude. Cadavre extrêmement musculeux et d'une belle structure. Tête. Un peu d'injection dans la pie-mère. Un peu de sérosité dans les fosses inférieures; la consistance du cerveau assez considérable, mais aucune désorganisation sensible. Poitrine. Les poumons très-engorgés , mais crépitans.
(1) Aujourd’hui je ve puis lire cette observation sans frémir,
PÉRITONITE. 207 Le lobe droit adhérait de toutes parts par un tissu bien organisé et qui paraissait ancien. Le cœur dans l’état naturel ; le péricarde sans sérosité, Abdomen. Le péritoine était rouge, extraordinairement rempli de vaisseaux sanguins, et épaissi jusqu’à une ligne et une ligne et demie, particulièrement sur l'intestin iléum , où se voyaient aussi des taches noirâtres , livides. La dissection prouva que c’étaient des escarres intéressant toute l'épaisseur de l’intesün (1). Aïlleurs , les deux membranes internes étaient en bon état. Sur l’épiploon, le mésentère et l’iléum, la membrane séreuse était recouverte d'une exsudation solide, d’un blanc jaune, qui faisait adhérer les surfaces en contact. La portion de péritoine qui se déploie sur la vessie était dans le même état que celle des intestins. Mais la muqueuse de ce viscère était saine. La phlogose était légère et bornée au rouge clair sur le foie , l'estomac et la rate. Il n’y avait aucun liquide épanché dans la plèvre ni dans le péritoine,
Voilà une péritonite des plus violentes qu’il soit possible de rencontrer ; mais, pour n’avoir pas été traitée convenablement dans son commencement, elle était méconnaissable au moment de l’arrivée du A Re LIN a. even
(1) Cela prouve que la phlegmasie muqueuse avait précédé la séreuse; car la péritonite primitive n’intéresse point la membrane interne des viscères creux.
malade ; les troubles nerveux la masquaient, au point de simuler la fièvre ataxique (1), et si la suspension des douleurs n'avait pas fait disparaître tout cet appareil nerveux, et laissé momentanément la phlegmasie à nu, je n'aurais reconnu la maladie qu’à l’autopsie. Toutes les phlegmasies portées au summum ont sur l'appareil sensitif le même résultat, et malheur au médecin qui n’a point l'habitude d'approfondir ! Il peut donner le coup de la mort.. La méprise était peut-être indifférente pour l'issue de la maladie de Bonne , parce que le mal était déjà trop ancien, dès le moment de l’arrivée, pour être curable (2). Mais il n’en est pas toujours ainsi. J'ai vu la péritonite céder dans une période plus avancée. Il est des sujets que la moindre douleur fait délirer. Ceux-là peuvent être très-susceptibles de guérison, quoique la phlogose date de plus long-temps. Le délire n’est donc point une preuve d’incurabilité. On a vu cette vérité démontrée relativement aux phlegmasies muqueuses , et Je ne doute pas qu’elle ne soit applicable aux séreuses, quoique peut-être plus rarement.
Bien que l’on ne puisse pas beaucoup compter sur l'exactitude du rapport du malade touchant les symplômes de l'invasion , il n’en faut pas moins faire
(1) Eh! pourquoi y avait-il dans les auteurs une entité appelée fièvre ataxique ?
(2) C’est ce que je ne pense pas aujourd’hui : expertentià magistrà.
PÉRITONITE. 209 aitention au vomitif qui paraît avoir précédé le développement des douleurs : quand la phegmasie aurait été formée avant qu’on l’eût administré, il est toujours certain qu'il ne pouvait que l’exaspérer. Nouveau motif de tenir compte de l'influence des douleurs inflammatoires sur le centre sensitif, quand il s’agit de saisir l'indication , dans le début des maladies : par exemple, si les nausées qui décidèrent l'emploi du vomitif dépendaient d’un principe de péritonite , combien Bonne est à plaindre qu'on n'ait pas su les interpréter !
Il ne me reste qu’à faire observer que l'élévation du ventre n’a point été sensible sur ce malade. Il était plutôt déprimé que météorisé. Cette disposition n'est point du tout rare.
L'histoire suivante fera connaître une variété de péritonite aiguë où ce symptôme n’existait pas non plus. Elle est aussi propre que la première à faire sentir combien il importe de s’habituer à interroger toutes les fonctions avant d'expliquer les symptômes d’une maladie qui commence, et combien il faut être en garde contre les apparences de débilité qui pourraient écarter le soupçon d’une ma- \adie inflammatoire.