‹ Histoire des phlegmasies ou inflammations chroniques, fondée sur de nouvelles observations de clinique et d'anatomie pathologique. Ouvrage présentant un tableau raisonné des variétés et des combinaisons diverses de ces maladies, avec leurs différentes méthodes de traitementChapitre 33 sur 61 · RATE · texte numérisé non relu

RATE

(1) Elle pouvait dépendre de l’induration du bord tranchant du lobe gauche.

naissance , lorsqu'elles doivent leur origine à des contusions où à des efforts. La douleur générale de la partie gauche du tronc n’est, pour moi, qu'une modification de perception qui doit son origine première à l'épanouissement divergent des cordons nerveux partant du ganglion semi-lunaire. Le régime et le repos ont retardé les progrès de la péritonite. Mais lorsqu’enfin elle s’est étendue à tous les replis de la séreuse , elle a repris cette marche aiguë qui a bouleversé toutes les fonctions et conduit le malade au tombeau.

L'exsudation albuminoso - fibrineuse, teinte en rouge dans plusieurs endroïts, aussi-bien que le Cahotement , et l’origine de la douleur dans l’hypochondre gauche, nous rappellent les péritonites hémorrhagiques sur lesquelles nous avons disserté. Ajoutons à ces analogies celle qui résulte de l’état d’ecchymose où se sont trouvés les tissus post-péritonéaux, et nous en aurons assez pour conclure tue la péritonite de Maigrot a été provoquée ar une irritation immédiate du péritoine.

La prédisposition générale pourrait être attribuée

à l'influence de la fièvre intermittente, qui avait laissé le sujet faible et irritable. Mais ne serait-il pes possible qu'elle eût contribué à la péritonite d’une autre manière ? Nous aborderons cette question après avoir rapporté quelques péritonites chroniques , à la production desquelles cette maladie paraît avoir eu quelque part.

L'observation de Maigrot prouve que la douleur

du péritoine, qui a coutume d'arrêter les contractions vermiculaires des intestins, peut parfois les précipiter et produire la diarrhée, comme elle produit le vomissement. Néanmoins ce mécanisme est assez rare. Je ne lai jamais observé dans les premiers jours des péritonites aiguës, pendant que les douleurs étaient fort vives. Mais celle de Maigrot était déjà un peu chronique. La somnolence et l’affaissement où on le voyait continuellement, attestent un relâchement universel, fort éloigné de ce violent éréthisme qui coïncide avec la constipation dans les péritonites récentes qui attaquent des sujets vigoureux.

Dans l’observation suivante, où la péritonite est beaucoup plus douloureuse, quoique déjà chronique, la constipation a persisté. Les circonstances de son développement rendent encore cette mala-

die fort intéressante.

XLVe. OBSERVATION.

Péritonite chronique, suivie de pleurésie consécutive.

Un jeune militaire Lx vingt-deux ans était entré à l’hôpital militaire de Nimègue pour un dépôt à V'un des testicules. Quelque temps après son arrivée, il éprouva quelques symptômes d’embarras gastrique qui déterminèrent le chirurgien-major à lui faire prendre un vomitif. Pendant l'effet du remède il sentit des douleurs de ventre. Elles per-

sistèrent ; on ne put les calmer. Les vomissemens , la difficulté d’uriner et la fièvre s’y étant ajoutés, on l’envoya aux salles de médecine , où je le trouvai lorsque je pris le service, le 12 germinal de l'an 13. Les douleurs de ventre avaient déjà deux mois de date. ;

J'observai maigreur, pâleur, toux qui était bien postérieure aux douleurs de ventre, mais sans expectoration. Abdomen tendu, météorisé, douloureux au toucher. Le malade y ressentait continuellement des douleurs tranchantes ; vomissement de presque tous les alimens , particulièrement le soir. Augmentation des douleurs et du malaise aussitôt que le malade avait pris quelque chose d’irritant. Difficuité à rendre les urines, Pouls fréquent, vif et serré, s’accélérant le soir, avec chaleur âcre et redoublemens des douleurs.

Ayant reconnu et jugé la maladie incurable, je bornai mes prescriptions aux boissons adoucissantes et à l’opium combiné avec elles. La susceptibilité de l'estomac m'interdisait tout autre médicament.

Le 28 germinal, la maladie avait fait beaucoup de progrès, la fièvre hectique avait toujours été forte , la chaleur âcre et ardente. Le marasme était fort avancé. Le malade vomissait tout sans exception , souffrait des douleurs atroces et continuelles dans l'abdomen, ne dormait plus, n'allait presque plus à la selle, urinait peu et avec beaucoup de douleur, se désolait, se désespérait même, et at-

tendait la mort avec impatience. — Dans la nuit, il passa de cet état violent à une syncope mortelle.

Autopsie.

Habitude. Marasme considérable sans œdème.

Poitrine. Adhérences récentes, gélatineuses, entre les surfaces pleurales, surtout à la base des poumons. Le parenchyme sain. Æbdomen. La cavité contenait, avec abondance , un liquide blanchâtre, semblable au petit-lait trouble. Le péritoine était rouge, granuleux, épaissi au point d’avoir, en plusieurs endroits, plus de quatre lignes de diamètre. Sa surface était semée de petits fragmens d’une. exsudation blanche, inorganique , qui était en grande partie dissoute dans la matière de l’épanchement. Cette disposition, commune à tout le péritoine , était pourtant plus considérable sur l’épiploon , le mésentère, les intestins, l'estomac et la vessie, Le foie était volumineux, et sa coupe pré-. sentait un mélange de blanc, de jaune, de rouge, qui lui donnait l'aspect du granit. Les points blancs. étaient des tubercules; le reste s'approchait de l'état lardacé. La rate était disparue ; nous ne trouvames, dans le repli du péritoine qui devait la contenir, qu'un peu de bouillie noire, inorganique. Le pancréas dur, un peu squirrheux et noirâtre dans son intérieur. Les reins dans le meilleur état, mais les uretères dilatés jusqu’à la grosseur da petit doigt. La membrane muqueuse de tout le canal

PÉRITONITE. 331 digestif était sans altération. Celle de la vessie était également intacte; mais ce viscère était réduit au plus petit volume possible.

Observez comme l'intensité de la fièvre bectique correspond à la vivacité et à la persévérance des douleurs. Le sujet a toujours vécz dans un état de diathèse inflammatoire depuis ce funeste vomitif : aussi s'est-il exténué presque aussi promptement que ceux qui ont une hectique par résorption purulente. N'est-ce pas par l’extrème sensibilité du péritoine enflammé , qui ne permettait aux viscères creux de supporter aucune dilaiation, qu'il faut expliquer le vomissement, la constipation, le défaut d'urine et la dilatation des uretères? Enfin c’est à cette diathèse inflammatoire, fruit de la douleur , qu'on doit attribuer la pieurésie. On vient de là voir primitive et cause de la péritonite; ici elle n’en est plus que la conséquence, ce qui continue pourtant à faire ressortir les sympathies par analosie de tissu. On en retrouvera encore une nouvelle preuve dans l'observation que je vais rapporter, où cependant l'irritation fut long-temps obscure.

Jusqu'ici nous avons vu la phlegmasie du pégitoine marquer le moment de son début au moins par quelques douleurs aiguës. En la suivant dans ‘état chronique , nous serons bientôt convaincus qu’elle peut aussi bien germer et se développer sans troubler les fonctions, que les phlogoses de la membrane interne des organes de la digestion.

XLVIe. OBSERVATION.

Périonite chronique , suite de fièvre intermittente, devenue aiguë à sa terminaison. ke ‘ e

Nomin, âgé de vingt-sept ans, canonnier, brun, tailie haute, ayant été autrefois fort et musculeux 1 entra à l'hôpital d’Udine , le 23 janvier 1807, dans un état de marasme dé avancé , avec douleur, rénitence et tuméfaction du ventre, sensibilité au toucher, non-seulement à l'abdomen, mais encore dans toute la circonférence de la poitrine ; face ti= raillée , souffrante, décomposéé, toux continuelle , expectoration blanche et épaisse, respiration bouil- . lonnante, pouls fréquent , vif et peu fort. Voici comme 1l racontait l'origine el les progrès de sa maladie,

Il avait été atiaqué, quatre mois auparavant , de la fièvre intermittente quotidienne. Au bout de huit jours de fièvre , il était devenu très- enflé ; ce qu'il attribuait à la na quantité d’eau qu’il avait bue dans les accès, On l'avait traité, à l'hôpital de Trévise, par l'usage continué du vin amer. Au bout de deux mois et trois Jours , il en était sorti guéri. Mais, quinze jours après sa sortie, il avait été pris d’un point de côté très-vif, toujours vers la région de la rate , et de la diarrhée.

Il était, lors de son arrivée, au onzième jour à compter de ce dernier accident, et, depuis cette

PÉRITONITE. 335 époque , ses forces et son embonpoint s'étaient épuisés avec une surprenante rapidité. La fièvre, qui ne l'avait point quitté pendant cet intervalle , était la cause de la maigreur où on le voyait. La toux l'avait toujours accompagnée. — Nomin mourut le 26 janvier, sans avoir été soulagé par aucun remède.

Autopsie.

Habitude. Demi-marasme, aucune infiltration.

Poitrine. Les deux plèvres rouges , légèrement adhérentes par une exsudation blanche, inorganique; environ une livre de sérosité blanchâtre dans la cavité gauche. Les deux parenchymes sains, 4bdomen. Péritoine un peu épaissi et tapissé partout de la même pluie blanchâtre , gélatinoso-albumineuse, que l'on voyait sur la séreuse de la poitrine. Tous les viscères abdominaux, sans exception, en étaient recouverts. Elle servait à les faire adhérer légèrement ensemble. Aucun fluide épanché. Le foie était un peu brun, à un pouce de profondeur, dans toute sa périphérie ; l'estomac, non contracté, offrait sa muqueuse un peu rouge; celle des intestins grèles l'était par plaques isolées; celle du cœcum et du colon présentait la même altération, et l’on n'y voyait point d’ulcères.

ES

L'ascite dont cet homme fut attaqué pendant la durée de sa fièvre intermittente marque le premier

moment de l’'irritation du péritoine : cette irritation s'est accrue peu à peu jusqu'à prendre ia forme

d’inflammation aiguë. Cette progression n’est point

rare; mais comment faut-il l'expliquer? Est-ce le déploiement de forces destiné pour l’exhalation qui se convertit en inflammation, ou bien la présence du liquide qui provoque ce phénomène? L'un et l’autre ont leurs probabilités. Si la peau se couvre de pustules et de fu-oncles quand elle est forcée de sécréter plus qu’elle n'avait coutume de le faire, ce qui est fort ordinaire dans les temps excessivement chauds, est-il surprenant que le péritoine , qui. ne doit exhaler qu'un fluide ténu et gazeux, se

phlogose et se désorganise lorsqu'il est obligé, par.

une impulsion continue , de donner passage à une matière beaucoup plus dense? Toutiorgane qui est astreint à une action trop forte, pour laquelle il n’était point destiné, doit s’altérer encore plus facilement que celui qui n’exécute que sa fonction , e se . $ . >.

quoiqu'il la remplisse avec plus d'activité qu'il ne devrait. D'un autre côté, n'est-il pas possible que la sérosité , brusquement épanchée, contienne des

. . . e ? ? A ® principes irrilans, ou qu elle s’altère au point de devenir, pour la surface péritonéale, un stimulant très-dangereux ?

Est-ce bien la grande quantité d’eau bue pendant les accès quai ont déterminé l’ascite ? Il est très-

. ? S A Qu E ! ° possible qu’au lieu d'être dirigée vers les reins, etc., l'eau qui avait été absorbée ait été versée par les

exhalans du péritoine: Mais il faut une cause à cette

localisation. Vouloir en trouver pour toutes celles qui ont lieu dans les maladies , ce serait une prétention exagérée ; mais négliger les circonstances qui peuvent fournir l'explication d’un phénomène, c’est être coupable, si cette explication peut suggérer les moyens de diminuer le danger. Je crois que ce raisonnement s'applique au cas qui nous occupe.

Pendant la période de froid des intermittentes, lorsque les fluides sont accumulés dans les capillaires des viscères, les secousses convulsives des muscles de l'abdomen n’occasionent-elles pas un froissement, quelquefois très-rude , entre les différentes surfaces du péritoine? Peut-on assurer que ces secousses ne soient pas capables d'établir un point d'irritation dans les endroits du bas-ventre où le gonflement et l'érection capillaires sont le plus considérables : telle est la région de la rate? Ne savons-nous pas que ce viscère se gonfle quelquefois prodigieusement chez les fébricitans? Or, si l'afflux du sang se fait avec trop d’impétuosité dans son. parenchyme , pendant un violent accès de froid; si la rate est forcée de se gonfler subitement, etquen mème temps elle soit pressée et secouée par les mouvemens convulsifs des muscles de labdomen, je le demande à tout physiologiste, ne peut-il pas en résulter une sensibilité, un point d'irritation qui, long-temps fomenté par la répétition des accès, se répand enfin dans tous les replis de la membrane ?

Il me semble que ce mécanisme est très-naturel ; mais , soit qu’on l’adopte, soit qu'on le conteste, il n'en sera pas moins vrai que j'ai vu très-souvent la péritonite prendre naissance pendant la fièvre intermittente, que presque toujours la douleur avait commencé dans l’hypochondre gauche, et que cela s’observe plus particulièrement dans les pays froids et humides, où les intermittentes ont des frissons plus forts et plus longs que dans les régions chaudes. Si je m’occupais des fonctions de la rate, je pourrais peut-être donner plus de vraisemblance à cette assertion (*).

Lamembrane muqueuse du canal digestif a un peu partagé l’irritation; un symptôme correspond à cette : lésion : c’est la diarrhée qui est survenue avec la . dernière exaspération de la péritonite. Ainsi, dou-

(*) La rate est sujette à une foule de variations qui correspondent à la rapidité avec laquelle le sang parcourt l'artère mésentérique et les intestins. Toutes les causes qui précipitent la circulation dans l’abdomen peuvent donc altérer sa structure. Ce viscère semble être l’aboutissant de tous les efforts , et quand tous les viscères abdominaux sont pressés en même temps, le sang s’accumule dans son tissu comme dans le point le moins résistant, Gonflée trop promptement dans un accès de fièvre , la rate donc peut aussi bien éprouver une altération morbide, que lorsqu'une course précipitée, un effort violent, une forte compression ont déterminé son ampliation subite. Il n’en résulte pas toujours une désorganisation rapide ; mais il reste un point d’irritation qui devient la source d’une maladie chronique souvent incurable. — J'ai trouvé la rate divisée en deux portions, dont l’une était libre

leur pour cette dernière affection , diarrhée pour la phlogose de la muqueuse ; tous ces désordres avaient leurs signesextérieurs. Cependant,comme nous avons vu la diarrhée chez Maigrot où la muqueuse était intègre , ne nous pressons pas de conclure ; contentons-nous de remarquer que l'irritation de cette membrane coïncide , chez Nomin, avec l'usage prolongé des apéritifs, des fébrifuges et des stimulans de toute espèce.

La péritonite que je vais rapporter est d’une nuance un peu plus chronique ; son origine est aussi obscure que celle de la précédente ; ses progrès sont à-peu-près les mêmes; mais on en retirera quelques données de plus sur la complication de l'irritation de la muqueuse avec celle de la séreuse.

men” | et flottante dans une sanie renfermée dans un kyste, et

l’autre , fortement collée à l’estomac, avait acquis le volutie du foie. Le péritoine était phlogosé dans toute son étendue ; mais il était facile de juger que l’inflammation avait été longtemps bornée dans le rayon de la rate. Le malade devait cette affreuse désorganisation à une chute qu’il avait faite dans un escalier , sous un sac de grain qu’il portait, deux ans avant sa mort. Depuis ce moment, il n’avait jamais cessé de souffrir à la région de la rate, et toujours on ÿ avait senti une tuméfaciion qui s'était accrue insensiblement. — En général, j'ai toujours entendu les militaires qui venaient à l'hôpital pour des chutes ou des efforts qui avaient porté sur l'abdomen , se plaindre de l’hypochondre gauche. Mais sou vent l’altération de la rate n’intéresse point la totalité du péritoine.

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