XLVII: OBSERVATION
Péritonite chronique , avec phlogose de la membrane muqueuse du canal digestif.
Troussot, âgé de trente ans , fusilier au quatrevingt-douzième régiment, cheveux châtains , structure grêle , taille médiocre, fut apporté à l'hôpital militaire d'Udine , le 10 octobre 1806, avec le ventre gonflé, douloureux et fluctuant. Interrogé sur le principe de sa maladie, il raconta , le lendemain, qu'il avait été attaqué , quatre-vingt-trois Jours auparavant, d’une fièvre aiguë qui avait duré trois jours, et qui avait été suivie de diarrhée, d’ascite et d’hydropisie générale; que cependant il n'avait pas beaucoup souflert du ventre.
Il avait séjourné vingt-trois Jours à l'hôpital pour cette maladie ; mais ce n’était pas dans mon service. On l'avait traité par le vomitif et les apéritifs, et 1l était sorti conservant encore une diarrhée légère , à deux selles par jour.
Deux mois s'étaient passés ainsi, pendant lesquels il avait pu faire son service. Dix jours avant son arrivée , la diarrhée s'était beaucoup accrue; mais, au bout de quatre jours, le ventre s'étant subitement gonflé, avec des douleurs continuelles, cette
évacuation avait été supprimée, et avait fait place à . une constipation qui dürait encore.
J'observai maigreur ; et même commencement
de marasme; teint sombre, crasseux, mêlé de rouge ; ventre tendu, rénitent, fluctuant , peu douloureux quand on pressait le milieu du ventre, très-douloureux lorsqu'on déprimait les flancs de part et d'autre vers le centre. Fréquence du pouls sans chaleur. Au moment de l’arrivée, le hoquet existait ; il fut suspendu par une potion antispasmodique éthérée ; mais il revint le lendemain avec des vomismens de temps à autre.
Après avoir reconnu la péritonite chronique, et porté un pronostic funeste, je prescrivis des antispasmodiques , des anodins, des boissons émollientes, pour leur servir de véhicule et pour les alternér, et des fomentations émollientes sur l’abdomen.
Le 15 octobre, huitième jour de l’exacerbation de la douleur de: ventre , le hoquet était continuel: le maladé vomissait tout ce qu'il avalait. Nécessité de ne lui donner que de la limonade ou de la solution de gomme arabique. Pouls petit, face hippocratique.
Le 1%, extrème débilité, potion confortante.
Mort sans agonie.
A utopste.
Habitude. Deux tiers de marasme. Aucune infiltration. Le ventre aflaissé. Tête. Injection sanguine : les ventricules un peu dilatés par une sérosité lim
pide, Poitrine, Adhérences presque générales, roua
geâtres, à demi changées en tissu analogue à celui de la membrane. Rien d’épanché. Parenchymes crépitans , diminués par l'élévation des viscères abdominaux. Cœur sain. Abdomen. La cavité contient un liquide blanc, gluant, dans lequel nagent beaucoup de flocons d'apparence caséeuse : ce fluide est inodore. Péritoine recouvert d’une couche blanche, caséiforme , analogue aux flocons ; son tissu propre noir , épaissi jusqu’à deux lignes, rugueux, offrant à sa surface de petites éminences blanches, qui sont autant de petites masses de matière tuberculeuse recouverte d’un feuillet transparent. La membrane, disséquée , se réduit en couches celluleuses, noires, sans apparence de vaisseaux. Tous les viscères, et surtout les intestins, étaient collés par l’exsudation caséiforme , de sorte que le liquide ne pénétrait point entre eux. Le tissu qui unit le péritoine aux muscles abdominaux lardacé , et de l’épaisseur de quatre lignes. — La musculeuse des intestins épaissie , facile à détacher. — La muqueuse également développée et un peu fongueuse, légèrement rouge dans les intestins grêles , très-injectée et manifestement phlogosée dans le cœcum et le colon, mais non dans le rectum. Dans l'estomac, cette membrane était également épaissie et colorée; mais, de plus, tapissée d’une couche de mucosité. Tous les épiploons racornis, lardacés par la dégénérescence de leur membrane séreuse et de leur tissu cellulaire; le grand, réduit à une bande étroite qui régnait le long de la grande courbure de l’es-
tomac , était méconnaissable. Le mésentère , pareilla dut désorganisé, offrait ses glandes squirrheuses et tuberculeuses. La muqueuse vésicale saine.
Soit que la fièvre de trois Jours qui a paru au commencement de cette maladie fût le signal du début de la péritonite, soit qu’elle dépendit d’une affection gastrique saburrale ou autre, et que l’ascite ne fût que le produit d’une irritation obscure , telle que celle qui a été observée chez le sujet précédent, on voit toujours avec évidence que, pendans long-temps, les symptômes d'irritation de la muqueuse ont prédominé. Il est impossible de ne pas admettre que le traitement tonique et apéritif n'ait puissamment contribué à la perpétuer. On voit encore avec peine le vomitif figurer dans une affection du bas-ventre , où le péritoine était le siège d’une phlogose rates
Remarquez les eflets différens des deux phlogoses : celle de la muqueuse n’a rien désorganisé , du moins elle n’a pas produit d’ulcère, et nous avons dit quelque part que la rougeur n’était pas une preuve de désorganisation (1). Celle du péritoine , quoique plus obscure encore, a profondément altéré la texture et la disposition de tout le issu cellulaire et séreux de la cavité abdominale. Pendant qu'elle était peu douloureuse, la diarrhée