LI OBSERVATION
Périionite chronique , avec tuméfaction des glandes
du mésentere , à lu suite d’une fièvre intermuttente.
Raviot , soldat au quatre-vingt-douzième régiment , âgé de vingt-six ans, châtain foncé , teint coloré, poitrine un peu rétrécie , muscles assez vigoureux , fut attaqué de la fièvre tierce le 6 sep-
tembre 1806, Le cinquième jour, il entra dans
mon service à l'hôpital d’Udine. Il fut émétisé, pour enlever une complication d'embarras gastriques , et guéri en quinze jours de sa fièvre , par le seul emploi des potions antispasmodiques faites avec le laudanum, l'éther et les eaux distillées aromatiques: Quoique délivré de ses accès, il resta
encore vingt jours à l'hôpital, parce que; sans |
cause connue, et immédiatement après la cessation.
de la fièvre , il avait ressent des douleurs de ventre.
Ses digestions devinrent pénibles ; il n'allait pas plus. d’une fois à la selle dans les vingt-quatre heures 30
mais il remarquait que ses excrémêns élaient mêlés de matières visqueuses. Son ventre devint insensiblement un peu gonflé et dur , et les forces ne faisaient aucuns progrès.
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Après cinq semaines d'hôpital, Raviot sortit , espérant tout du grand air; mais il ne put faire de service. |
Il resta faible et languissant pendant un mois, ayant toujours le ventre tendu et obscurément douloureux. Lorsqu'il faisait un faux pas , lasecousse retentissait dans le ventre et y causait une vive douleur, Enfin , vers la fin du troisième mois, à compter de l'invasion de la fièvre, Raviot se vit forcé de rentrer à l'hôpital.
Je remäarquai un ventre saillant, fluctuant , rénitent et douloureux à la pression. Le malade y éprouvait une douleur peu vive , mais continuelle , et déclarait qué depuis le moment qu'elle avait commencé àge faire sentir , elle n'avait cessé d’ aug menter. Il allait à la selle une ou deux fois par jour, et rendait des excrémens solides et sans glaires. — La face commençait à paraître un peu tiraillée ; l'appétit était présque nul, le pouls petit, faible , peu fréquent, la peau de chaleur naturelle. — On n’apercevait d’ autres symptômes pectoraux qu'un léger sentiment de malaise et de constriction que jattribuai à la pression exercée par le liquide. — Je ne pus entreprendre aucun traitement radical. Les toniques et les anodins furent mon unique refuge.
Le 16 décembre , le pouls était devenu fréquent, pelit et serré , la peau chaude. Il y avait sécheresse de la bouche et soif, Le 11, Raviot expira sans agonie.
Autopsie.
abitude. Demi-marasme, point d'œdème. Téte.
Rien, Poitrine. Quelques glandessquirrheuses parmi les bronchiques , aucune dans le parenchyme. Cœur. Sain, Sérosité dans le péricarde. Abdomen. Le péritoine était partout , excepté sur l'estomac , rouge et épaissi; les intestins agglutinés ensemble par une exsudation blanche qui filait lorsqu’on les séparait. Le tissu du péritoine était rouge et épaissi, mais en partie recouvert par l’exsudation , et semé de taches blanches remplies de matières tuberculeuses ou pultacées 5 il avait un coupd'œil bigarré. L'épiploon , dépourvu de graisse,
dégénéré etsemblable à un morceau de couenne, était étendu et collé sur les intestins. Le mésentère avait acquis au moins l'épaisseur de deux pouces, et ses glandes, tuméfiées, parurent squirrheuses et tuberculeuses à leur centre. La surface convexe du foie adhérait au diaphragme par une exsudaticn qui présentait un commencement d'état fibreux etcellulaire. — La membrane muqueuse fut trouvée généralement saine, excepté en certains endroits ; où l’on voyait des taches noires qui furent reconnues pour des escarrhes gangreneuses de toute l'épaisseur du canal (1). Plusieurs communiquaient même avec
l'épiploon , qui, en quelques endroits, avait Rule re ques Tu ag ne 4
(1) Cette membrane était loin d’être saine, puisqu'elle avait été perforée. La péritonite primitive ne perfore pas la membrane séreuse, encore moins la muqueuse ; mais lorsque
laissé le colon, la fin de l’iléum et le cœcum, perforés , au moment où je l'avais décollé. — I n'y. avait aucun liquide épanché ; le prodrit de la phlegmasie se réduisait àcette exsudation blanche qui réunissait les intestins et l’épiploon en un gros paquet. J'avais cependant senti une fluctuation manifeste quelques jours avant sa mort.
Cette péritonite a pris naissance sous mes yeux ; s 34% là ?
je l’ai soupconnée d'assez bonne heure pour adresser au malade toutes les questions qui pouvaient
1% Q à [A ° ste e m'éclairer sur la cause déterminante. Je n’ai pu rien découvrir de bien notable. 1l ne s’aperçut de ses douleurs qu'après l'entière disparition dela fièvre (1 1e
celle-ci est enflammée . elle s’ulcère, se détruit avec la muüsculeuse qui lui est adhérente. Alors il ne reste plus que la surface cellulaire du péritoine, qui le plus souvent résiste et fournit des bourgeons pour la cicatrice. Mais si l’irritation persiste toujours, cette membrane finit par se convertir en escarrhe dans le fond de l’ulcère. C’est ainsi que se forment les perforations , prétendues spontanées , qui causent tout-àcoup une tympanite avec phlegmasie du péritoine, et bientôt la mort. Les masses tuberculeuses du mésentère , que l’on a trouvées sur ce sujet correspondent à cette phlegmasie muqueuse que je méconnus alors, parce que la rougeur ayait disparu. La péritonite ne gonfle jamais ces ganglions quand elle est seule. J'ai voulu revenir sur ce mécanisme. (1) La fièvre avait donc précédé la péritonite : or, cette fièvre était une gastro-entérite; ce qui cocfirme l'explication de la note précédente.
562 WHISTOIRE DES PHLEGMASIES CHRONIQUES.
Malgré cette obscurité , je vais hasarder une conjecture. Comme les douleurs ont d’abord été trèsfaibles, et qu’elles ont augmenté dans une prosression extrêmement lente , je me figure que ce mouvement morbilique était dirigé déjà depuis quelque temps sur le péritoine avant que le malade s'en fût aperçu, et qu'il avait pris naissance pendant que la fièvre durait encore, peut-être même à une époque assez rapprochée du vomitif. Je me sens confirmé dans cette opinion, 1° par l’observation précédente, et par plusieurs autres où le mal a commencé par un embarras obscur du ventre, | qui n’est devenu douloureux que long-temps après; 2°. parce que J'ai très-souvent vu la péritonite se former ainsi d’une manière obscure pendant que la fièvre durait encoré , de sorte que les accès ne paraissatent être détruits que par la continuité de la douleur du péritoine {1}. | |
J'ai souvent eu cette complication sous les yeux ! en Belgique et en Hollande ; mais n’ayant pas séjourné assez long-temps dans ces contrées pour ent recueillir des histoires complètes, je ne puis que
(1) On voit que je ne faisais qu’entrevoir de fort loin le : mode de formation des péritonites, qui commencent, en 4 effet, le plus souvent par des gastro-entérites. Je pense ! aujourd’hui que celles-ci peuvent les produire, même sans. perforation, la phlegmasie traversant toute l'épaisseur du canal digestif. On juge maintenant combien est dangereuse cette médecine stimulante qui ne cesse d’exaspérer les phlegmasies muqueuses du canal digestif.
PÉRITONITE. 205 rapporter sommairement ce qui m'a frappé. J'ai remarqué assez constamment que les péritonites chroniques, à la suite des fièvres intermittentes , remontaient à l’époque où les accès étaient dans toute leur vigueur. Souvent il n’a semblé que la durée de la fièvre n’était prolongée que par lirritation du ventre et la difficulté qu’il y avait à donner de fortes doses de fébrifuges, et qu’à la fin la phlegmasie latente excitait un petit mouvement fébrile dans lequel se perdait le type intermittent. Telles sont les réflexions que me suggéra l'ouverture de cinq sujets affectés de péritonites chroniques , qui périrent dans l'hôpital de Nimègue.
On accuse ordinairement le quinquina de produire l’engorgement ou l’obstruction du mésentère : nous reviendrons plus bas sur cette prétendue obstruction. Ici, je me contenterai de faire observer que ce malade n'a point pris de. quinquina. Je ne prétends pas nier qu'il y ait du rapport entre les fièvres intermittentes et l’altération des glandes du mésentère (1), entre l'administration forcée du quinquina et cetté même altération; mais je Saisis avec plaisir l’occasion de dire que j'ai vu le mésentère malade avec des péritonites indépendantes des fièvres intermittentes, et avec des péritonites survenues dès le commencement de ces fièvres, avant qu'on eût pu faire abus du quinquina. J'ajouterai
nor mr TE
G)Hyena, puisque la muqueuse est toujours irritée dans ces fièvres.
que , parmi les victimes de ce médicament , j'ai cru apercevoir plus de gastrites ou d'entévitéé que de péritonites ou d’affections du mésentère (1) Dans la péritonite dont on va lire l’histoire , et qui a pris naissance dans les mêmes circonstances,
les désordres étaient plus considérables que dans
la précédente, Rien d'étonnant, puisque la maladie a été beaucoup plus longue, C’est assez dire qu'elle a été moins douloureuse et moins fébrile, Dans la phlegmasie du péritoine , Comme dans toutes celles
que nous avons vues jusqu'ici, la douleur est touq ;
jours l'aliment dela fièvre, et nous avons observé
assez constamment que plus le mouvement phlo-
gistique avait duré long-temps , plus les organes où il était fixé se trouvaient éloignés de leurs condi-
tions physiologiques.