LIT OBSERVATION
Péritonite chronique avec altération des glandes mésentériques , suite de fièvre intermittente.
Benoitèt , jeune homme de vingt-trois ans, brun, mince, mais régulier et délicat, peu musculeux et peu coloré , eut long-temps Ja fièvre intermittente
(1) À cette époque je subordonnais les gonflemens du mésentère à la péritonite; mais j ‘étais dans l'erreur : la péritonite chronique peut développer et rendre lardacé le tissu du mésentère ; mais je ne l’ai pas encore vu gonfler les glandes lactées.
en Hollande , pour laquelle il prit beaucoup de quinquina. Je le traitai d’abord, à Nimègue , pour une sensibilité du ventre, avec gonflement et disposition à un développement plus considérable lorsqu'il voulait reprendre son service. Les syInptômes se calmaient dans le repos et par les adoucissans, et semblaient sur le point de disparaître. Je le retrouvai à Bruck en Stirie six mois après : il en comptait alors plus de dix-huit de maladie.
Il se plaignit d’avoir le ventre profondément douloureux à la pression, et même sans pression. Cette douleur était continuelle, ne correspondant nullement aux évacuations alvines , qui étaient rares et difficiles. Il disait éprouver le sentiment d'une boule qui l’incommodait , surtout à la suite des repas; il n'avait presque plus d’appétit ; il se sentait défaillant et demandait du vin ; son pouls était fugace, peu fréquent, la peau froide, le teint pâle, le corps maigre et déjà réduit à un état de marasme avancé ; il n’y avait aucune trace de redoublement dans les vingt-quatre heures. Benoitet se disait bien malade, et paraissait triste et découragé, comme un homme qui sent que la vie labandonne ; mais il n'éprouvait ni douleurs bien aiguës ni angoisses. La main, appuyée sur l'abdomen, sentait une fluctuation manifeste , et pouvait distinguer quelque chose de rénitent et même de compacte à travers les parois amincies.
Benoitet ayant été jugé incurable, ne fut traité que par les fortifians, le vin , les anodins et les ali-
mens les plus légers; il s’afflaiblit et s’exténua en une quinzaine de ; jours , au point qu'il ressemblait à un vieillard décrépit. Les deux derniers jours de sa vie , il ne pouvait prendre que quelques cuillerées Sp bouillon : c'était l'effet du dégoût et du malaise, car jamais il ne se plaignit de vomissement ni même de nausées. Il s’éteignit enfin à la manière des vieillards , et dans le dernier degré du marasme, vers le dix-neuvième mois de sa maladie.
Aultopste.
Habitude. Muscles drés-exigus , déco. aucune infiltration. Poitrine. Adhérences intimes et générales, dépression des deux lobes par Ja tuméfaction de l'abdomen ; un léger point d’induration vers la partie postérieure inférieure du lobe gauche, sérosité dansle péricarde. Cœur. Petit et sain. 4bdomen. La cavité était remplie d’un fluide jaunâtre; avec des flocons pultacés, jaunâtres ou blanchâtres : aucune fétidité. La surface péritonéale, en général, était remplie d’ aspérités , et semée de taches blanches membraniformes , ressemblant aux flocons de la matière de l'épanchénent. Sur l’estomac et dans les épiploons, la membrane séreuse était opaque, rougeâtre ou grise, et triplée où quadruplée d’épaisseur, Sur le foie et la rate, qui étaient rapetissés, sa désorganisation était la même, Le mésentère présentait, tout le long des vertèbres, une masse inégale, hosselée, de la grosseur du bras, résul-
tant d'un amas de glandes extraordinairement développées, et réduite presque entièrement en matière tuberculeuse : plusieurs glandes avaient acquis le volume d’un œuf d’oie. — La surface muqueuse du canal digestif ne laissait voir aucune altération digne de remarque (1).
Dans cette observation , la péritonite a eu un développement fort obscur pendant la durée d’une fièvre intermittente. Elle a été si peu douloureuse que le malade a pu suivre Farmée dans une marche très-pénible et très-rapide. L’engorgement, la dégénérescence des glandes mésentériques, qui n’est pas l'ouvrage d’un jour, n’a point empêché l’absorption du chyle d’être toujours fort exacte, de manière que les excrémens ne sortaient que desséchés : c’est ce qu'on a également observé chez Raviot, dont l'observation a précédé celle-ci. Que devient alors la théorie des flux lientériques, avec évacuations du chyle, par engorgement des glandes dont. nous parlons, qu'une foule de praticiens s’imaginent chaque jour rencontrer ? Connaît-on bien la structure de ces glandes ? Ne pourrait-il pas se déposer dans leur tissu une certaine quantité de matière pultacée , sans que la fonction de l'organe fût sensiblement. altérée? N'a-t-on pas tegu trop peu de compte de létat de la membrane muqueuse dans ces diarrhées des enfans ou des adultes, que
msn)
(1) Voilà encore un cas où je n'ai pas apercu les traces de phiegmasie muqueuse des intestins grèles.
l'on attribue si hardiment à l'embarras du mésen= tère ? Ces questions seront un jour résolues (1). J'offre inaintenant à la méditation de mes lec+ teurs une péritonite des plus chroniques dont la cause est évidente, Les complications qui ont eu’ lieu dans le cours de la maladie et la nature des désordres organiques , donnent à cette histoire un intérêt particulier. | TR Va
LIT: OBSERYATION.
Péritonite chronique pur suite d’une chute.
Raimbaud (Pierre), âgé de trente-cinq ans et demi, soldat au septième bataillon bis du train! d'artillerie, homme d'une taille au-dessous de la. moyenue, châtain, coloré, charnu et robuste , tomba sous les pieds des chevaux du caisson qu'ils menait , lorsque le second corps de la grande armée passa les montagnes de la Carynthie dans l'automne de 1805 , et fut fortement contus par tout: le corps. Il souffrit , par suite de cet accident, des douleurs dans les côtés du ventre, qui changèrent* fréquemment de place, et des points pleurétiques avec de la toux. Il fut d'abord saigné, et traité ensuite plusieurs fois, soit à son corps, soit dans les hôpitaux. Les douleurs se calmaient dans le repos, etse renouvelaient dans la fatigue. Enfin,
(1) Plusieurs le sont déjä.
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la poitrine guérit; mais le ventre resta sensible et sujet à des retours de douleurs qui n’affectaient point un lieu fixe. ’
Dans l'été de l'an 1806, il passa un mois dans mon service, à l'hôpital d'Udine. Il se plaignait alors d’une douleur plus forte dans le flanc gauche, mais sujette à changer de place. L’abdomen était un peu élevé êt sensible. Le repos et les adoucissans lui firent croire qu'il était rétabli; mais, à peine sorti, il sentit renouveler ses douleurs. Il ne laissa pas de continuer son service tant qu'il en eut la force ; enfin , il se vit forcé de rentrer, le 3 mars 1007, quinze ou seize mois après sa chute , et environ sept mois après son premier séjour à l'hôpital d'Udine.
Î1 me raconta que , depuis quatre mois, le train du cheval lui causait un sentiment de malaise dans l'abdomen , et que son ventre augmentait de volume; que, depuis six semaines, les douleurs avaient beaucoup augmenté , qu’il avait éprouvé de fréquentes envies de vomir, surtout après avoir mangé, et qu'il s'était senti dans un état continuel de fièvre lente; que, depuis troissemaines, le gonflement du ventre avait fait de grands progrès; que, depuis dix-huit Jours, il avait contracté de la toux: et qu'enfin, depuis cinq, il avait eu de fréquentes attaques de ténesme, et même un peu de dévoiement. Voici l’état où je trouvai ce malade.
Face colorée au milieu des joues , peau chaude, pouls fréquent, vif, médiocrement large et dur ;