ILE
toux sèche, sans douleur de poitrine. — Ventre tendu, rénitent , fluctuant , douloureux au toucher ; envies de vomir et sorte d’embarras de l’estomac, ténesme. Le malade ne pouvait se tenir couché étendu; il changeait souvent de position. Il disait éprouver beaucoup de malaise et une douleur continuelle et générale , mais obtuse , dans le basventre.
Je prescrivis des potions adoucissantes, gommées, huileuses. Ensuite, comme le ténesme ne donnait point d’excrément , je fis prendre le petitlait avec la manne et la tartrite acidule de potasse, qui procura la sortie libre des exerémens et un soulagement notable. Quelques doses de narcotique, pour la nuit, furent souvent nécessaires et avantageuses. Tel était l’état du malade le 5 mars, trois jours après son arrivée.
Le 8, la fréquence, la chaleur et la toux avaient beaucoup cédé. La chaleur et la rougeur des joues ne se prononçaient fortement que dans les redoublemens du soir. Le petit-lait, fait à la crème de tartre, avait été continué. [1 fallut le supprimer , parce qu'il avait occasioné des vomissemens et qu'il entretenait la diarrhée. — Le 10, il n’y avait point encore de dépérissement.
Le 15, peu de fréquence dans le pouls. Le malade dérougit; son ventre se grossit; nausées, vomissemens qui obligent de lui réduire sa nourriture, après quoi la digestjon s'exécute avec beaucoup moins de trouble. La toux est beaucoup
moindre. — Le 28, il se sent si bien qu'il a de l'espoir : effet du régime féculent, sévère et des adoucissans. La fièvre nulle , le ventre diminué et moins sensible.
Le 27, malaise de ventre , fréquence ranimée , symptômes pectoraux. très-diminués., — Adoucissans. Opium , le soir, indispensable,
Le 5 avril, le dépérissement commence à devenir sensible ; le pouls est le plus souvent tranquille.
Le 5 mai, le régime et la chaleur atmosphérique ont fait disparaître les symptômes pectoraux. Il ne reste que l’affection du bas-ventre, qui maintenant n’incommode plus le malade , de sorte qu'il se croit en voie de guérison , et demande une augmentation d’alimens. — Comme la chaleur, la toux, le vomissement et les douleurs de ventre ont été plusieurs fois le résultat des tentatives qu'on a voulu faire dans cette intention , persévérance dans le même plan de conduite. Il y a apyrexie complète depuis long-temps.
Le 18, le 24 et le 26 mai, retours passagers de dyspnée , de mouvement fébrile , de coliques, avec douleurs tranchantes , et de vomissemens , à l’occasion d’un petit excès dans les alimens. Le calme est rétabli. Le { juin, il s’exténue lentement dans l’apyrexie; sa maigreur est extrême.
Le 9 juin, desséchement effrayant ; il ne peut plus articuler; le ventre s’est affaissé, et ne présente qu'une tumeur dure dans son milieu et qui est douloureuse à la dépression. Le malade ne supporte
presque aucun aliment depuis plusieurs jours. Aujourd'hui, cependant , il a mangé des petits pois avec beaucoup de plaisir. — Le 12 juin, mort paisible dans un état comateux.
A ulopste.
Habitude. Marasme au dernier degré, sans infiltration. Tête. Les ventricules latéraux dilatés par une sérosité rougeâtre. Les fosses moyennes en contiennent aussi. Poitrine. Quelques petits tubercules secs, agglomérés à la partie supérieure du lobe droit, et légère induration autour d'eux. Quelques adhérences anciennes entre les plèvres, La base du | poumon gauche collée au diaphragme par une exsudation lardacée , sans organisation. Æbdomen. Tout le péritoine épaissi, opaque, et couvert d’une exsudation noiré qui sert aux viscères de moyen d’adhésion. Cette adhérence est solide , filamenteuse et comme organisée, et va, dans quelques lieux, jusqu’à s'identifier et faire continuité avec la séreuse, comme on le voit souvent dans la poitrine. Cette disposition est très-marquée au rebord tranchani du grand lobe du foie, dont la séreuse est coutinue avec celle de l’arc du colon. Par de seimblables productions celluleuses, le péritoine des parois antérieures communique avec l’épiploon, et les intestins entre eux. Sur le milieu de l’épiploon Jl’exsudation noire se remarque à plusieurs pouces d'épaisseur, et l’on reconnaît que c'était cet amas qui soulevait les muscles et formait la tumeur.
La couleur noire que l’exsudation communique au péritoine est interrompue par des grains tuberculeux innombrables.
L'estomac et les intestins étant ouverts, font voir leur membrane muqueuse saine : seulement, à l’estomac, dans un point d’adhérence, la désorganisation à intéressé toute l'épaisseur du viscère.
Ïl me paraît évident , 1°. que la contusion, qui avait été générale , n’a laissé de traces durables que dans le péritoine ; 2°, que les symptômes pectoraux qui ont paru pendant le dernier séjour à l’hôpital, savoir , la toux, la fréquence du pouls avec chaleur et rougeur des joues, étaient étrangers à la péritonite, et qu'ils dépendaient d’un rhume accidentellement contracté, comme l’annoncçait le malade ; 5°. que les tubercules et l’induration circonvoisine sont l'effet de ce point d’irritation ; 4°. que le régime et la chaleur en ont arrêté les progrès ; 5°. que Raimbaud a succombé aux progrès de la péritonite; 6°. que les symptômes gastriques qui se sont fait remarquer dans les derniers temps étaient le résultat de la communication de la phlogose à la membrane muqueuse de l'estomac.
On voit encore ici ce qu'il y avait de fluide dans le produit de la phlogose disparaître avant la mort.
N’est-on pas porté à croire que l’exsudation qui se fait sur le péritoine enflammé tend à s'organiser et à servir de moyen d'adhésion et de guérison ,
aussi bien que celle qui est le produit de la pleurésie? MM. Bayle et Baïlly ont également rencontré ces productions cellulaires, et les ont regardées comme le résultat de l’organisation de la fibrine.
Je pense que cette organisation est subordonnée au degré de l’inflammation, comme je l'ai dit en traitant de la pleurésie , et que la trop grande inten- | sité du mouvement phlogistique et sa trop longue durée l’empèchent de l’achever, en fournissant toujours une nouvelle excrétion qui écarte la surface déjà collée, brise la matière qui allait se changer en tissu vivant, la dissout et la convertit en cette substance caséeuse et pulpeuse qui paraît quelquefois si abondante. Îl faut aussi convenir qu'il existe des degrés de phlogose dans lesquels la matière excrétée n’a jamais les conditions nécessaires pour former un tissu organisé.
Les tubercules et les petits dépôts de matière tuberculeuse me paraissent le résultat de l’action trop long-temps excitée des capillaires lymphatiques. Cette espèce d’altération peut être primitive et consécutive à l'irritation des capillaires artériels : je la crois plus souvent consécutive ; mais on est toujours forcé d’avouer que certains tempéramens y sont plus disposés que d’autres. — Il est bien certain que Raimbaud n'avait l'appareil lymphatique ni affaibli ni trop irritable. I n’est guère possible de rencontrer le système glanduleux aussi peu altéré et la matière tuberculeuse aussi rare dans une inflammation de près de deux années, Or, c’est à cette ,
heureuse disposition que j'attribue la facilité qu'a trouvée l’exsudation inflammatoire à se convertir en tissu organisé, et je ne doute point que si Raimbaud eût pu garder assez long-temps le repos et suivre un régime doux, il n’eût été susceptible de guérison, même dans une période fort avancée. Soyons donc aussi réservés pour condamner un malade attaqué de péritonite chronique, que pour prononcer l'incurabilité d’une phthisie , d’une gastrite ou d’une entérite.
Les péritonites chroniques sont bien souvent la suite des contusions de l'abdomen, soit que la pression ait altéré le tissu de la rate, conformément au mécanisme que nous avons développé plus haut, soit que son action ait été bornée à froisser rudement les uns contre les autres les différens replis du péritoine. J’ai fait cette observation sur un grand nombre de malades provenant des travaux des fortifications de Palma-Nuova. J'avais déjà entrevu ce fait en Hollande sur plusieurs soldats qui éprouvaient des douleurs chroniques de l'abdomen , contractées en travaillant à l’érection de la pyramide de Zeist. Il m'a même semblé que les inflammations des membranes séreuses étaient la lésion la plus ordinaire à la suite des contusions, chutes ou percussions qui n'avaient pas été assez violentes pour engourdir ou briser les tissus capillaires des différens parenchymes, c’est-à-dire, que les séreuses étaient plus faciles à blesser par ces causes que les parenchymes , et revenaient plus difficilement de
l’altération qu'avait produite la commotion. J'ai vu ces membranes presque généralement phlogosées à la suite d’une simple chute.