‹ Histoire des phlegmasies ou inflammations chroniques, fondée sur de nouvelles observations de clinique et d'anatomie pathologique. Ouvrage présentant un tableau raisonné des variétés et des combinaisons diverses de ces maladies, avec leurs différentes méthodes de traitementChapitre 46 sur 61 · LL · texte numérisé non relu

LL

02 HISTOIRE DES PHLEGMASIES CIIRONIQUES.

leur, souvent après plusieurs années de maladie, Plus souvent la péritonite , exaspérée par quelque irritation étrangère , ou sans cela, et par le simple progrès du mouvement phlogistique , devient toutà-coup douloureuse, fébrile, et prend les caractères de phlegmasie aiguë. Cette exaspération est d’autant plus vive que le sujet est plus fort, c’est-àdire qu’elle survient plus tôt. Elle dure ordinairement moins que la phlogose aiguë primitive. Elle exténue le corps en très-peu de temps, enlève lhydropisie, s’il y en avait, et même quelquefois l’ascite, et se termine par une mort violente, ou par un collapsus qui précède de quelque jours l’extinction de la vie. La mort est ordinairement subite ét sans râle ou agonie.

Complications.

Cérébrales. Je ne doute point que l'excès de la douleur, dans la péritonite aiguë, ne soit capable de désorganiser le cerveau par un afflux trop impétucux de sang dans ses capillaires, et qu'après bien des souffrances , le délire, les convulsions et le coma ne soient fréquemment l’effet de la maladie du cerveau même. Les injections, les épanchemens rougeâtres ou troubles que j'ai rencontrés me rendent ce mécanisme plus que probable. Peut-être encore l'irritation se communique-t-elle de séreuse à sé reuse (1).

ÉV mu doHAdiie pur f tan son DE LEE

(a) Geci est vide de sens; car cette communication ne

Pectorales. La plus commune est la pleurésie, On la reconnaît à ses signes particuliers ; mais il faut éviter de confondre les points douloureux de la portion diaphragmatique de la plèvre avec ceux qui partent de la portion diaphragmatique du péritoine,. On se préserve de l'erreur par le tact et par l’examen des fonctions lésées. La douleur intercostale à la dépression et le son obtus, font rapporter l'irritation à la plèvre. L'origine de la douleur dans un point véritablement abdominal, la sensibilité à la dépression du ventre, surtout à celle des flancs, nous portent à regarder le péritoine comme le siége de la maladie. — La toux et la dyspnée accusent la plèvre ; la Constipation et lé vomisèement accusent le péritoine, — Ces distinctions ne sont que pour le commencement ; car souvent, pendant les progrès, ces deux maladies se réunissent ,» quelle que soit celle qui ait eu l'initiative. Alors le mouvement fébrile est plus marqué ,» Parce que la pleurésie produit plus fréquemment la fièvre que la péritonite.

Lorsque l'irritation pénètre au parenchyme , la fréquence et la consistance du pouls, la toux avec expectoration et la rougueur des joues nqus en avertissent.

L'irritation de la séreuse du cœur devient prorpbses ils at lue

annees - méme eee peut avoir lieu que par la voie de la substance nerveuse.

Mais on se plaisait, dans l’ancienne médecine de France, à admettre des sympathies inexplicables, merveilleuses, par analogie de Lissu, sans prendre les nerfs pour moyens. J’ai donné dans ce vague comme bien d’autres.

hOû HISTOIRE DES PHLEGMASIES CHRONIQUES.

bable lorsque la douleur correspond à cette région. On observe beaucoup d’agitation , d’anxiété, un

pouls faible et irrégulier, et une grande faiblesse , ou de la tendance aux lipothymies.

Gastriques. Le vomissement , appartenant autant à la péritonite qu’à la gastrite, ne saurait être regardé comme un signe certain de l'irritation de la muqueuse de l’estomac. Cependant , si les substances irritantes étaient seules rejetées ; si ce symptôme correspondait à une phlogose peu douloureuse du péritoine , ou s'il arrivait fort tard, on pourrait penser que la muqueuse est enflammée soit primitivement, soit par les progrès partiels de la péritonite; ce qui produit les escarres de toute l’épaisseur du viscère.

La diarrhée n’est point produite par la péritonite aiguë violente chez un sujet fort : 1°. si donc elle existait dans ces circonstances, elle pourrait indiquer la phlogose de la muqueuse, comme on l'a vu chez Pierrot ( Observation XLWIIT ); 2°. lorsqu'elle s'établit continuelle ; dans l’état chronique , indolent , elle est une preuve de cette phlogose ; 3°. lorsqu'elle ne se montre que dans la dernière exaspération, à une époque où le sujet épuisé n’est plus susceptible d’un violent éréthisme, il est probable qu’elle n’est que l'effet de la maladie du péritoine , qui d’ailleurs se communique souvent à la muqueuse.

La coïncidence de cette lésion donne au pouls plus d’agitation ; au teint , une plus mauvaise nuance,

HISTOIRE DE LA PÉRITONITE. 405 hâte l'épuisement , le marasme ét l'hydropisie, et cause la fétidité des excrétions.

La perforation des intestins, effet rare de la réunion des deux phlogoses, se présume à une fièvre subite, extrêmement aiguë , avec chaleur ardente, fétidité insupportable, douleurs atroces de tout l’abdomen, même sans pression. Lorsque cet appareil se développe tout-à-coup sur un homme qui languissait avec une péritonite presque indolente, la perforation est extrèmement probable.

A ltérations organiques.

La péritonite aiguë , quand elle devient mortelle, m'a laissé voir, ainsi qu'à M. Bayle, 1°. la rougeur, l'épaississement de la membrane séreuse , et des escarres d'espace en espace qui pénétraient jusqu'à la muqueuse ; 2°. une exsudation solide, en forme de fausse membrane , servant aux surfaces de moyen d'union, et toujours sans organisation ; 3°. une exsudation liquide , tantôt trouble, tantôt limpide ou rougeâtre, — De plus, j'ai rencontré des caillots rouges, plus ou moins épais , étendus en forme de fausse membrane sur le péritoine rouge et épalssi > même sans qu'il y eût du sang liquide et libre , une nappe fibrineuse paraissant être du coagulum dépouillé de sa partie colorante qui nageait dans la sérosité; et enfin dn sang pur. Lorsque Pépanchement sanguin était considérable, le péritoime ne paraissait ni endurci ni rugueux; il était seulement injecté, développé , donnant des goutte-

lettes rouges à la pres$ton. Lorsqu'il n'existait qu’une couche fibrineuse, en partie décolorée, commie chez Maigrot ( Observation XLIF ), le péritoine était plus dur et plus épais. Ce qui ml fait conclure que l'épanchement s'était fait avec lenteur, consécutive ment à la phlogose. |

Toutes.les péritonites aiguës qui sont suivies du retour de la santé se terminent-elles par des adhérences organisées ? M. Baillie l’affirme sans hésiter; il ajoute même que « le temps nécessaire pour le » Changement de la partie coagulable du sang en » membrane n’est pas long, et qu’il a eu plusieurs » fois occasion de suivre le progrès graduel de ce » Changement dans des cas où l’inflammation pa- » ralssait encore récente, Cette membrane, conlinue-t-il, consiste dansun tissu cellulaire analogue » à Ja membrane cellulaire générale de toutle corps: » modérément vasculaire: dans l’état naturel, ses » Vaisseaux, qui charrient du sang rouge , sont peu » nombreux ; mais l’inffammation et l'injection fine » en démontrent la vascularité. Cetté membrane est » susceptible de s’alonger considérablement par le » Mouvement des intestins l’un sur l’autre ; de ma- » nière qu'il en résulte très-peu d’inconvéniens. » ( Traduction de M. Ferrall. )

N'ayant pointeu l’occasion d’ouvrirdes cadavresde sujets autrefois affectés d’une péritonite aiguë bien constatée , et emportés par une autre maladie (*}, Je ne saurais offrir mon expérience à l'appui de celle

ES SR alu IRON

Ç*) Jen ai maintenant des exemples nombreux.

HISTOIRE DE LA PÉRITONITE. 497 de M. Baillie. Il me semble bien aussi que les vérilables péritonites ne peuvent se guérir que par l'organisation de l'humeur qui exsude sur les surfaces phlogosées ; mais je ne saurais nier la possibilité des adhérences de pression : puisqu'on les trouve sicommunément dans la plèvre, elles doivent aussi se former dans le péritoine. L'immobilité des surfaces leur permet d’adhérer ensemble. Dans ce cas, le fluide qui devait les humecter sertde moyen d'union. Pourquoi ne s’organiserait-il pas alors aussi bien que dans la phlogose ? et si la pression vient à diminuer et que le Jeu des viscères devienne plus facile, pourquoi les adhérences ne se relâcheraientelles pas aux dépens de l’une des deux membranes, ou de ses foyersles plus superficiels? c'est ainsi que je conçois ces adhérences que l'on trouve constamment dans les cadavres de ceux qui ont long-temps porté des tumeurs volumineuses dans la cavité abdominale.

__ L'adhérence des séreuses peut donc être un effet de la phlogose ; mais elle n’en est pas la preuve irréfragable.

Les péritonites prolongées m'ont présenté tous. les désordres de l’état aigu , sans excepter les caillots rouges et les épanchemens sanguins abondans, qui sont alors consécutifs, et souvent cause de mort. J'ai observé en outre que l’épanchement purulent était plus abondant , plus chargé de maère blanche ou du détritus de l’exsudation mem-

braniforme ; que celle-ci était plus épaisse , plus ana-

logue au vieux fromage; que le péritoine était plus épaissi, moins rouge , et quelquefois noir; que son tissu était semé de petits dépôts de matière pultacée, blanche, dite tuberculeuse , qui semblaient ne soulever qu'un seul feuillet transparent ; que le tissu post et inter-péritonéal était épaissi, lardacé , tuberculeux, ce qui donnait quelquefois au mésentère et aux épiploons plusieurs pouces de diamètre ; que, dans ce tissu lardacé , se rencontraient des glandes tuberculeuses, surtout celles du mésentère : que l’épiploon gastro-colique était ramassé le long de la grande courbure de l’estomac, sous la forme d’une bande ligamenteuse ; enfin , j'ai observé des espèces de vésicules semblables à des hydatides , formées par un amas de la sérosité la plus limpide, sous un feuillet transparent qu’elle avait soulevé.

Ces altérations du péritoine et du tissu qui l’unit aux viscères me paraissent être plus particulières aux phlogoses qui ont donné. de l’épanchement, parce que l’épanchement s'oppose aux progrès de l’organisation de l’exsudation solide, et par là perpétue sa propre cause.

Les hommes minces, lymphatiques , affaiblis par une maladie, ceux surtout dont les tissus capillaires centraux Ont été en quelque sorte brisés par les fièvres intermittentes, sont plus sujets à présenter des désorganisations tuberculeuses.

La production d’un tissu bien organisé , qui a été observée/par M. Bayle dansles péritoniteschroniques, m'aparurare;jelacrois propreauxindividusbien cons-

HISTOIRE DE LA PÉRITONITE. 109 titués, dont le système lymphatique est énergique, et je pense que le repos et un traitement approprié pourraient la favoriser , en empêchant l'irritation de persister dans un. degré capable d’accumuler sans cessel’épanchement,et derompre etdissoudre l’exsudation au moment où elle va passer à l’état organique.

Quant aux autres lésions que je n'ai pas vues , mais qui ont été observées par M. Baillie, telles que des tumeurs cancéreuses attachées au mésentère , des stéatômes , des hydatides libres , je n'entreprendrai point d’en parler. Mais ces tumeurs cancéreuses me rappellent quelques observations que j'avais d’abord écartées des péritonites, parce que la maladie ne s'était pas attachée aux feuillets les plus extérieurs formant la surface exhalante. En y réfléchissant davantage , j'ai pensé qu'il ne pouvait être que fort utile de placer les altérations qui ont pris naissance derrière cette membrane, et dans Île tissu qu’elle embrasse et qui l’unit aux parties voisines, à côté de celles de la surface libre , et cette considération me détermine à consigner ici tout ce que je possède sur ces sortes de lésions.

Page 1