‹ Histoire des phlegmasies ou inflammations chroniques, fondée sur de nouvelles observations de clinique et d'anatomie pathologique. Ouvrage présentant un tableau raisonné des variétés et des combinaisons diverses de ces maladies, avec leurs différentes méthodes de traitementChapitre 53 sur 61 · XIE OBSERVATION · texte numérisé non relu

XIE OBSERVATION

Péritonite chronique ‘a la suite d’une uit contour.

Mannessère:, âgé de: SitreÉGuatros ans ; Hlond’, coloré, charnu, gras et bien développé , ‘entra à hôpital d’ Udinés de” 5" avût 1866: ‘affécté dépuis quatre jours d’une fièvre violente dont il ne con nassait pas les causes déterminantes:

Les: premiers ‘jours, je distinguai les symptômes d’une fièvre angioténique avec un point de’sensibiz lité au côté gauche! dé la poitrine , de la toux et de la dyspnée:(1). Une’saignée, les adoucissäns! lés topiques émolliens furent d'abord épposés à cette maladie. Le point douloureux abandonna là poi-

(1) On voit qu’il s’agit d’ une gastro- -entérite avec pleurésie légère.

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trine, qui devint calme , et parut se fixer dans lé bas-ventre ; surtout à la région de la rate. Il y eut sensibilité universelle de l'abdomen au toucher, et constipation (1). Fomentations émollientes, sangsues, continuation‘du traitement antiphlogistique: Le 20 août, dix-neuvième Jour de la maladie, apyrexie , presque plus de douleur. Apparence de convalescence. |

Du 20 au 20, vingt-huitième jour de l'invasion, Mannessère témoignale plus grand appétit; mais, comme je sentais toujours le pouls un peu plus fréquent, et que la dépression de l’hypochondre gauche ne cessait point d’être obscurément douloureuse, j'avais été contraint de le tenir à la soupe, à la bouillie et au riz. — Je remarquais avec plaisir que la douleur devenait toujours plus obtuse ; mais enfin, vaincu par ses instances, j'élevai ses alimens à la demie, et lui permis un peu de viande.

Le 29; il y eut un mouvement fébrile manifeste, avec élévation et surcroît de sensibilité de tout l’abdomen. — Retour à l’ancien traitement; et, comme il en résultait peu de soulagement, un vésicatoire sur les côtes asternales gauches, que l’on entretint en suppuration. Au bout de trois jours, rétablissement du malade dans l'état où il était avant l’exaspération. Régime féculent, boissons adoucissantes et légèrement diaphorétiques. Potions analogues.

Peu à peu la sensibilité diminua; mais l'élévation

RE

(1) La péritonite remplace la pleurésie.

| HISTOIRE DE LA PÉRITONITE. 451 et la rénitence persistaient. Le 5 septembre, il y eut encore un mouvement fébrile, produit du trop d’alimens ; mais la sensibilité du point irrité ne s’accrüt pius dans la même proportion. Je redevins sévère sur le régime ; mais mon malade me paraissait peu pénétré de la nécessité de # y conformer. Il désirait si vivement des alimens plus consistans, que je ne doute point qu'il ne s’en procurât quelquequefois; car, de temps à autre, j'observais des. mouvemens fébriles , qui cessaient toujours aussitôt que Je l'avais réduit à la ‘soupe et à la bouillie ; parce qu’effrayé par l'exemple, il ne com-' mettait pas deux imprudences de suite, Enfin , il devint insensiblemerit moins irritable : il reprit des forces et de l'embonpoint, et supporta les alimens solides. Il se croyait bien rétabli: la fréquence du pouls, la rénitence de lhypochondre gauche, la tumeur obronde qu’on y sentait, me faisaient penser différemment. Cependantje lui permis une légère promenade pour “essayer ses forces. Il en revint avec un mouvement fébrile quine s’apaisa que le lendemain. — Mannessère , étant resté cuelques jours à un régime doux, ne laissa pas de continuer à récupérer ses forcés et son embonpoint, et à supporter toujours de mieux en mieux les alimens consistans et fibreux, quoique la fréquence , la rénitence et la douleur obscure persistassent. Après avoir encore passé sept à huit jours à l'hopital , il sortit le 28 septembre , cinquante-sixième jour # compter du début de la fièvre inflammatoire.

h52 HISTOIRE DES PHLEGMASIES CHRONIQUES.

On remarque à loisir , dans cette histoire , les proorès successifs du rétablissement des forces , quoique le malade soit porteur d’un point d'irritation qui doit peut-être un jour le faire tomber dans le dépérissement. Tant que ce point est mamtenu dans une nuance obscure de sensibilité, la convalescence. continue de marcher; aussitôt qu'il devient assez aigu pour précipiter les mouvemens nerveux et vasculaires , la restauration se suspend, ou fait un pas rétrograde. N'est-ce pas là ce que:nous avons observé dans les convalescences de tous les points d'irritation? Et ce fait général ne nous trace-t-il pas la route que nous.avons,à suivre»,

Puisque la sensibilité peut diminuer dans le lieu où elle est en excès, pendant que les forces gé-, nérales.se rétablissent, pourvu que les matériaux de la nutrition n’excèdent pas une certaine mesure, il faut s’étudier à connaître cette mesure, afin de ne jamais la dépasser. L'expérience l'aura bientôt enseignée au médecin. et au malade , qui travailleront de concert à la destruction de la maladie. S'il est un moyen d'empêcher qu'il ne se fasse une désorganisation funeste dans les tissus qui sont le siége des irritations permanentes, c'est sans doute cette surveillance active qui apprend à maintenir les forces dans le même degré, et à les augmenter , s’ilest,hesoin, sans émouvoir]lasensibilité et.agiter trop vivement l’appareil qui préside à la circulation et, à la répartition des fluides.

Le chef-d'œuvre de Part est donc ici, comme dans les maladies les plus aiguës, de donner à la nature le temps d'agir; mais il faut être ferme dans ses principes, et constant dans l'exécution du plan qu'on a adopté. On le sera si l’on parvient à se persuader que toute phlegmasie chronique tend à s’€teindre tant que la partie n’est pas désorganisée ; et que le plus souvent la désorganisation n’a lieu que parce qu'on a trop souvent ranimé cette irritation ; car tous les mouvemens organiques qui s'élèvent au-dessus du rhythme habituel sont d’une durée

déterminée. RÉSUMÉ DE L'HISTOIRE DES PHLEGMASIES DU PÉRITOINE. 1°. Causes.

Toutes les violences extérieures qui compriment le ventre, font frotter avec force les surfaces séreuses les unes contre les autres, et accumulent le sang dans les viscères sur lesquels le. péritoine est appliqué ; tous les mouvemens qui ont les mêmes

résultats , tous ceux qui déplacent brusquement

les viscères, soulèvent le péritoine et tiraillent le üssu qui l’unit aux parties sous-jacentes, peuvent

produire la péritonite et la fluxion du tissu post-. péritonéal. Ces causes opèrent d’autant plus eflicacement, que le sujet est plus habitué aux concentrations et aux évacuations, plus faible , plus irritable , et que la pléthore générale , et surtout celle

des capillaires de l'abdomen , est plus considérable, au moment où elles sont en action.

2°, Développement.

1. Lorsque la cause est fort active et la prédisposition considérable , la maladie se déclare avec violence, et se fait reconnaître par la douleur et la fièvre qu'accompagnent ordinairement la conétipation, le vomissement , et quelquefois la tuméfaction du ventre ; 2°. dans une seconde nuance la fièvre manque, il ne reste que la douleur, la constipation, quelquefois le vomissement , enfin les troubles sympathiques du système nerveux, qui sont le délire, les convulsions et le coma ; 3°. dans une troisième, il n'y a plus qu'une douleur avec constipation , mais sans vomissement ni troubles nerveux sympathiques. Comme la maladie est alors de quelque durée, la tuméfaction et la fluctuation ont lieu ; 4°. dans une quatrième, la maladie n'est plus que présumable par la tumeur du ventre, sa rénitence et l’ascite.

3°. Progres et terminaison.

1°. Lorsque les symptômes sont violens et la maladie bien traitée’, elle peut se terminer dans l’espace de sept à trente jours par la guérison ou par la mort (1). La guérison s'annonce par la diminution

(1) L'art peut l'enlever en quelques heures : elle n’a donc point de durée ni de marche absolument nécessaires.

HISTOIRE DE LA PÉRITONITE. 455 simultanée des symptômes locaux et sympathiques ; la mort, par l’augmentation de tous les troubles de l’économie, ensuite par la diminution de la douleur et la chute de la réaction, coïncidant avec les troubles nerveux, et avec la plupart des symptômes du typhus.

>, Plus les symptômes sont obscurs, plus la maladie peut être longue , ce qui vient en partie de ce qu'étant méconnue, elle n’est point convenablement traitée. Ces circonstances donnent lieu à la péritouite chronique , maladie ordinairement funeste : souvent cette péritonite prend les caractères de l’aiguë quelque temps avant la mort. Elle imite alors d'autant mieux cette dernière que le sujet est plus fort. Lorsqu'elle reste chronique, la mort peut être retardée plusieurs années.

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