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et chez les sujets où la chaleur est considérable : en hiver, et chez les personnes qui ne développent qu'une faible réaction , ces moyens, et même des topiques moins froids, pourraient déterminer un catarrhe ou toute autre maladie, en imprimant une direction centripète au torrent général de la transpiration. Îl sera donc plus prudent de se borner aux fomentations tièdes d’oxycrat ou de décoction émolliente , aux lotions de tout le corps et aux bains préparés avec ces mêmes liquides.
Que l’on se garde bien de mépriser tous ces moyens comme des pratiques superflues : j’en ai rétiré de très- grands avantages. Chez plusieurs malades la douleur et le malaise gastriques ont disparu presque subitement par l'application d’une flanelle imbibée de décoction de feuilles de guimauve : il en résulte toujours du bien-être et une transpiration plus facile, ce qui est d’une grande “importance quand il s’agit d’un malade menacé de mourir par la douleur.
Tous ces moyens curatifs étant connus , suivonsen l'application aux diflérentes périodes de la malaädie. Voyons quelles modifications les circonstances, les complications , les variétés exigent dans l'emploi de ces moyens, et tâchons de rattacher les préceptes aux faits par des exemples.
Traitement de la gastrite aiguë.
Jene parlerai point du traitement prophylactique :
HISTOIRE DE LA GASTRITE ET DE L'ENTÉRITE. O9 celui qui voudra se préserver de la gastrite y réussira facilement en se privant des liqueurs alcoholiques et des viandes aussitôt qu’il ressentira des chaleurs gastriques , ou qu’il remarquera en Jui quelques-uns des symptômes que nous avons décrits dans la pr édisposition, Ces préceptes ne sont que pour les malades actuellement frappés de la gastrite aiguë.
Aussitôt que cette maladie est reconnue , il faut suspendre, comme nous l'avons dit, tous les médicamens irritans dont jusqu'alors on avait fait usage ; car Jamais les malades n’emploient les adoucissans purs et simples : la faiblesse et l’anxiété les portent toujours à demander du vin ou tout autre confortant. Ïl ne faut pas craindre de trop affaiblir, par l’eau pure où par la limonade, les buveurs de profession et les gourmands habitués à vivre dans un état perperpétuel de sur-excitation , au moyen des liqueurs les plus fortes et des mets succulens et âcres. On a répété que la diète trop sévère les jetait dans un affaissement dangereux : si cela est vrai quelquefois, ce n'est pas dans la maladie que nous traitons.
La faiblesse dont ils se plaignent n’est que l'effet de la douleur gastrique , et jamais cette douleur ne se calme tant qu'on fait usage des stimulans. Je parle ici d’après mon expérience: cette conduite m'a réussi sur des hommes habituellement livrés à la bonne chère et aux boissons spiritueuses depuis longues années. On a d'autant moins à craindre en les affaiblissant, qu'ils sont ordinairement gros et colorés : ce qui annonce une bonne nutrition , et
des matériaux en réserve que la nature saura employer au besoin.
Durant les premiers jours d’une gastrite aiguë , il ne faut donc permettre autre chose que la limonade , l’orgeat , l'eau de lin, de groseilles, etc. , sans y ajouter un seul ur Il faut aussi recommender que les malades boivent froid et en trèspetite quantité à la fois, à raison de la difficulté avec laquelle l'estomac se prête à toute dilatation.
Cette sévérité doit durer autant de temps que le mouvement fébrile et les troubles nerveux sympathiques persistent. Quand ils ont cessé , on essaie les décoctions de graminées, celles des fruits sucrés , comme de pommes, de pruneaux, de poires; le bouillon de veau ou de poulet, selon le goût du malade. Tout cela doit précéder de quelques jours l'administration des panades, des bouillies et des soupes, et l’on ne doit passer aux alimens solides cœu’après s'être assuré par plusieurs épreuves que la digestion ne réveille aucun trouble dans la circulation , les sécrétions et les fonctions des sens et de l'entendement.
On commencera les alimens sétdes par ceux qui sont tendres et tirés du règne végétal , et par ceux que l’on désigne comme moitié animaux et moitié végétaux : tels sont le lait et certaines chairs tendres des jeunes animaux et des poissons blancs et délicats. — La boisson que l’on peut admettre dans les premiers temps, pour concourir à la digestion des alimens solides, doit être d’abord de Feau pure
HISTOIRE DE LA GASTRITE ET DE L'ENTÉRITE. 1O14 ensuite animée avec un peu de vin. La bière sera préférable au vin pur ; mais si elle est trop chargée d’alcohol ou de houblon , il sera fort avantageux de l’afaiblir avec de l’eau.
Je ne saurais déterminer au juste à quelle époque d’une gastrite aiguë l’estomac aura recouvré la faculté de digérer. Plus on se sera hâté de le soumettre à labstinence, et plus on aura été exact à l’y maintenir pendant qu'il jouit encore de toutes ses forces, plus tôt on lui aura rendu cette faculté. Les faiblesses et les indulgences du médecin coûtent toujours fort cher aux malades. J'en vais offrir la preuve par l’histoire d’une gastrite des plus aiouës , observée à Paris, où l’on verra deux récidives et plusieurs exaspérations ou pas rétrogrades dans la convalescence, qui auraient pu être évités si les opinions n'avaient point été partagées sur le caractère de la maladie. Cette gastrite est encore’ remarquable par son symptôme prédominant.
: XXVIIF OBSERVATION.
Gastrite aiguë simulant la fièvre ataxique continue.
: M, âgé de quarante-huit ans, taille moyenne, cheveux bruns, corps assez muscuteux; bien développé et médiocrement pourvu de tissu cellulaire , doué de passions fort vives et très-sujet à la colère , menait depuis quatre ans une vie fort irrégulière sous le rapport de la nourriture. Il ne mangeait
point à des heures réglées, et la plupart de ses repas étaient des festins qui se prolongeaient fort avant dans la nuit, Il en résultait quelquefois dés embarras gastriques; mais depuis un an plus particu- Hèrement, il en avait eu plusieurs atteintes , que son médecin avait toujours guéries par les évacuans, les délayans et quelques toniques.
En octobre 4807, ayant fait un grand repas-qui dura presque toute la nuit, et bu différentes espèces de vins et de liqueurs, il sentit, après s'être mis au lit, beaucoup de malaise, et fut pris de vomissemens précipités et d’une diarrhée très-abondante. Le malade avait à peine avalé ses boissons qu'il était forcé de les rendre. Les selles étaient aussi fréquentes et devinrent noires et fétides. Toutes ces évacuations se faisaient presque sans douleur. Le pouls n'était point accéléré ni tendu. — Les boissons aqueuses et adoucissantes furent employées. Ce cholera dura quatre jours entiers. |
Les évaeuations étant cessées, Ja faiblesse parut extrême. — Antispasmodiques, toniques; mais bientôt le pouls s’éleva , il devint roide et fréquent, la peau chaude et sèche, la bouche aride, brunâtre et encroûtée. — Cet état offrant l'aspect d’une fièvre adynauique , on donna l’eau vineuse ; mais comme le pouls ne faiblissait pas , on n'employa pas de stimulans plus actifs, et, au bout de trois Jours , le mouvement fébrile cessa et fit place à un ‘calme assez rassurant, |
Le médecin ordinaire voyant son malade dans
l’apyrexie avec de l'appétit, permit des crèmes de riz aux œufs, et pensa que quelques verres de vin vieux de Bordeaux étaient indispensables pour remonter les forces abattues par des évacuations excessives. Il se crut encore obligé de procurer quelques selles avec une potion de manne et de rhubarbe, parce que la constipation'avait succédé aux symptômes du cholera. Il en résulta quatre selles sans douleur , et le malade fut continué dans son régime analeptique. Deux jours se passèrent sans aucun changement ; il se croyait déjà bien avancé dans sa conyalescence. |
Le troisième, qui était le dixième à compter de l'invasion, fièvre vive, rougeur des yeux, délire bruyant et loquace, agitation , mouvemens précipités dans ses appartemens pour figurer avec certains personnages qu'il croit voir et entendre ; inquiétudes et soupçons causés par un prétendu vol de ses effets qui se fait en sa présence ; décomposition étonnante de la physionomie.
Ces symptômes dirigent aussitôt l'attention du médecin vers la fièvre ataxique , et le déterminent à prescrire la décoction de quinquina camphrée et les potions antispasmodiques , c’est-à-dire des irritans de la classe des alcoholiques. — Leur inutilité fit recourir aux sinapismes appliqués aux gras des jambes. Le médecin croyait remarquer une légère modification favorable au moment où chaque médicament était administré ; mais les progrès du mal continuaient , l'instant d’après, avec une effrayante
rapidité ; et le léndemain, onzième Jour, lorsque je fus appelé en consultation , j’eus sous les yeux le tableau suivant :
Face tiraillée , yeux hagards avec la conjonctive d'un rouge foncé, regard d’un aliéné ou du dernier degré de la fièvre ataxique ; teint flétri, mais d’un rouge sombre et vineux ; langue nette, peau aride , collée sur les muscles, chaleur fébrile assez prononcée ; pouls roide, fréquent et assez fort ; conslipation, suppression de toutes les excrétions : il sortait à peine quelques gouttes d'urine très-colorée ; aucune douleur gastrique ou abdominale , et nulle sensibilité à la pression. Le mouvement fébrile et le délire, voilà les seuls troubles saitlans ; quant au délire, voici sa nature : Interrogé sur sa santé, M°* disait être bien, et demandait si la table était servie. Il reconnaissait ses amis et ses proches; mais il ne les entretenait que des objets fantastiques qui l’'occupaient. Il se croyait entouré de gens qui le volaient ou qui se disposaient à lui nuire d’une autre manière ; il les cherchait continuellement autour de lui, Quoiqu'ik eût presque toujours le visage riant, On remarquait sur ses traits décomposés l'expression du chagrin, et surtout de la défiance. Il portait souvent la main dans sa chemise ou dans son Lt, et semblait jeter à terre quelque chose de fort incommode qu'il en avait. ôté. Il.se figurait aussi que ces mêmes choses étaient attachées à ses doigts, qu'il secouait à chaque instant pour les en détacher. Ses mains d’ailleurs étaient fort sèches et
comme en desquamalion. — La force musculaire , quoique très-diminuée , même depuis la veille, lui permettait encore de faire quelque pas. Il se maintenait droit dans un fauteuil ou dans son lit, se retournant à chaque moment avec promptitude pour causer avec les objets dé son délire. Sa voix, mal articulée, commençait à faiblir beaucoup, et l’on s’apercevait que les membres étaient disposés au tremblement. jé tai |
La connaissance des causes, du début, de la marche de la maladie , et de l'influence des moyens qu’on lui avait opposés, me persuada que ces troubles nerveux étaient le simple effet de la phlogose de la muqueuse gastrique , dont les nombreuses papilles se trouvaient dans un état douloureux trèspénible pour l’économie. Je conseillai de n'employer d'autre remède que la solution de gomme adragant édulcorée avec le sirop de limon, et de refuser toute espèce de nourriture. Mon avis fut adopté. |
Le soir, il y avait diminution de la roïdeur du pouls. Le malade avait uriné trois fois, facilement et abondamment. L’agitation était moindre et le délire moins loquace. Pendant la nuit, légère moiteur,
Le 12, diminution du délire ; il ne roulait plus que sur l'assemblée qui avait dû se tenir chez le malade avec effraction et vol de ses effets. — Le soir, il n’en parlait que quand on le lui rappelait. Plus d'agitation , de recherches inquiètes ni de gestes
pour se défaire de quelque chose de gènant. Le pouls un peu roide, à peine fréquent ; les yeux encore rouges, mais non plus hagards.
Le 15, les yeux dérougis, le teint rafraîchi , la face déridée , borborygmes, Grand appétit, On accorde deux vermicelles au maigre : il n’en résulte que quelques rapports. Un peu de chaleur et de roideur du pouls, Nuit assez tranquille.
Le 14, autre vermicelle , pris dès le matin. Fréquence , chaleur , inquiétude, défiance. Il revient plus souvent sur l’objet de son délire: coliques, peu d'appétit. Un lavement émollient huileux provoque cinq selles, dont les premières sont solides et les autres noires et très-fétides.
Le 15, il prend deux coulis de farine d’avoine : dont l'effet est beaucoup de malaise , de faiblesse. La bouche est pâteuse. Il parle rarement de l'objet de son délire. — Le soir, une pomme cuite,
Le 16° jour au matin, bon appétit ; un coulis est pris. On croit devoir admettre dans le traitement quelques toniques à cause de l’état pâteux de la bouche et du sentiment de faiblesse et de lassitude dont le malade se plaint toujours. On adopte une tisane d'orge édulcorée avec une once de sirop d’écorce d'orange par pinte, Aussitôt chaleur de l’estomac et de la bouche , accélération du pouls, anxiété, coliques ; sortie d’une selle très-dure à quatre heures. La chaleur, le malaise, une soif extré éme, me laissent pas de persister. A six heures du soir j'arrive. Le malade était dégoûté de bois-
HISTOIRE DE LA GASTRITE ËT DE L'ENTÉRITE. 107 sons gommeuses et sirupeuses; Je le mets à la limonade au citron. — Soulagement prodigieux. En peu d’heures le calme est rétabli, et le lendemain , appétit.
Le 17, rien de nouveau. Ün riz passe, en causant cependant le trouble léger dont j'ai parlé plus haut. — Limonade.
Le 18, après un nouveau riz , agitation, fréquence , chaleur, les conjonctives rouges, retour du délire , rots continuels. — Il devient enfin évident pour tous ceux qui approchent du malade que chaque digestion lui cause des pesanteurs et des rapports , excite du plus au moins une émotion fébrile et tend à ramener le délire. L’estomac étant donc reconnu encore trop irritable pour agir avec efficacité sur autre chose que sur les liquides, on arrête de sevrer le malade de tous les alimens nutritifs. Il reste deux jours à la limonade.
Le calme etle bien-être qui en résultent encouragent à essayer de satisfaire au besoin d’alimens avec du bouillon de veau.
Ce bouillon ayant bien passé à trois cuillerées à la fois , trois fois par jour , pendant deux j Jours con- FRE , et l’apyrexie continuant , on en fait de plus mutritif.
Celui-ci étant encore bien reçu , on propose à l'estomac de petites soupes , qui sont digérées sans aucun ‘trouble et qui déterminent plusieurs selles bulioso-stencorales , sans fétidité et sans coliques ; enfin l’appétit devient énergique.
Le 22° jour, il ne reste que la faiblesse et des vents assez fréquens, mais intestinaux. Quelques cuillerées de vin vieux de Bordeaux, avec l’eau panée ou le bouillon, ne causent aucune agitation. La convalescence paraît entière. — En effet, M.** a
fini de se rétablir complètement et en peu de temps.
Il est bien démontré pour moi, qui ai l'habitude de voir l'irritation gastrique céder sans grande résistance aux boissons adoucissantes , secondées par la diète, que cette maladie se serait terminée le quatrième jour si l’on n’avait pas traité comme une fièvre putride le mouvement fébrile qui succéda au vomissement. Mais ce n’est pas dans ce moment que le traitement tonique a été le plus nuisible , parce qu'il ne fut pas poussé loin. L'eau vineuse , l’eau de veau , l'orgeat, qu’on fit prendre, ne pouvaient pas exercer une grande irritation sur la membrane. Aussi la fièvre cessa-t-elle. Pour en prévenir le retour il eût suffi de deux jours d’abstinence de toute substance nutritive ou exigeant une digestion. C’est donc aux vermicelles, au vin de Bordeaux et à ce purgatif, qui vient ici comme pour assurer la convalescence , que nous sommes obligés d'attribuer: la rechute.
Celle-ci parut sous une autre forme que la maladie primitive ; la phlogose n’était plus indiquée que par les troubles du cerveau et par ceux de la circulation. Mais elle n’en était que plus redoutable.
J'ai toujours observé que le délire est du plus mauvais augure dans les gastrites aiguës. Je l'ai longtemps considéré comme un des signes plus certains de la désorganisation de a membrane , parce que ceux qui me l'avaient oflert avaient tous succombé. Mais en réfléchissant que leur maladie avait été ou méconnue ou mal traitée, et que la rougeur et l'épaississement ne sont pas des preuves d’une désorganisation irréparable, j'avais commencé à ne plus regarder le délire que comme l'effet de la douleur. La guérison de plusieurs malades qui avaient déliré sous mes yeux, avant M.**, acheva de me fortilier dans cette opinion, qui me paraît encore aujourd’hui la plus raisonnable. Malgré tout cela, j'ai constamment observé que ce symptôme indiquait un degré fort avancé de la maladie , puisqu'il est lui-même l’eflet d’un violent désordre , et qu'il précède la dégradation rapide des fonctions qui, jusque là, avaient le mieux résisté aux influences de la phlogose. nu
Quant aux demi-rechutes qui ont été observées depuis la disparition des grands symptômes, on doit les regarder comme l’effet des alimens trop tôt présentés à l'estomac. De peur que quelqu'un ne s’avise d'en douter, je vais rapporter l’histoire d'une autre gastrite aiguë qui a été tirée en longueur bien au-delà du terme des fièvres continues, gastriques ou putrides ordinaires, par des stomachiques, elc., et qui s'est montrée aussi docile au bon traitement que celle de M.**.