XXIX® OBSERVATION
Gastrite aiguë tendant à devenir chronique.
Taconin, soldat au quatre-vingt-quatrième régiment, homme brun , petit, mince et sensible, était malade depuis plus de trente jours, et à l'hôpital depuis quinze , lorsque certains symptômes gastriques fixèrent mon attention. C'était le 10 mai 1806, époque où la gastrite commençait à devenir commune parmi nos soldats nouvellement arrivés , dans le Frioul.
Taconin était d’abord arrivé avec les symptômes dits d'embarras gastrique ; je les avais combattus, selon l'usage, par les évacuans suivis de toniques : il parut ensuite parcourir les périodes d’une fièvre continue méningo-gastrique assez courte (1), et entrer en convalescence. Mais , au lieu de reprendre des forces, il tomba dans un état de langueur accompagné d’un léger mouvement fébrile avec la langue muqueuse , des nausées fréquentes, ensuite le vomissement de tout ce qu'il avalait, et la diarrhée. |
Quelques jours de cet état suflirent pour le plonger dans une extrême débilité , accompagnée de découragement ; pour décomposer ses traits et le réduire à une maigreur très-voisine du marasme.
Les évacuations ayant été aussi abondantes qu'on
(1) Parce que l’émétique avait augmenté la gastrite,
pouvait le désirer avant et pendant la fièvre, je voulus remédier d’abord à la débilité et à l’anorexie par les toniques. Le vin amer, celui de quinquina, l'infusion de camomille, furent essayés , et ce fut pendant leur usage que les nausées se tournèrent en vomissement. Cet insuccès me conduisit donc, pour ce malade comme pour tous ceux qui s’offraient en même temps avec de pareils symptômes, à l'emploi des gommeux acidulés, qui furent désormais les seuls remèdes intérieurs dans tout le cours de cette maladie. J’y ajoutai extérieurement l'application des fomentations émollientes sur l’épigastre.
Les progrès du mal ne farent pas d’abord faciles à arrêter; Taconin , dévoré par une soif ardente, buvait à chaque instant. Mais un prompt vomissement l’empêchait toujours d’étanchér sa soif, et
cela le désespérait. — Enfin, le quarantième jour, troisième du traitement émollient, il cessa de vomir; mais il disait avoir toujours l’eau à la bouche comme s'il eût été sur le point de vomir : il avait les extrémités froides et une légère accélération du pouls qui allait, sur le soir, jusqu’à la chaleur. — Mêmes remèdes , lait de poule pour aliment.
Le lendemain, la faiblesse était telle que je permis un peu de vin : il ne s’en trouva pas plus mal. L'amélioration fit des progrès assez sensibles les deux jours suivans. Le quarante-deuxième jour, il mangea deux boullies et prit quatre onûces de vin sucré.
Le { juin, cinquantième jour, quoiqu'il eût repris beaucoup de force, il y avait encore fréquence du pouls le ‘soir. C'était l'avertissement d'aller un peu moins vite dans l’augmentation de la nourriture. J'en profitai, et le rétablissement continua de marcher.— Le soixante et unième jour , il était familiarisé avec tous les alimens, etle soixantequinzième jour, il sortit de l'hôpital dans un état de santé parfaite et qui s'est soutenue.