‹ Histoire des plantes (volume 2)Chapitre 23 sur 93 · COROLLE · texte numérisé non relu

COROLLE

C’est particulièrement à la corolle que s’applique ce que nous avons dit du charme séduisant des fleurs; c’est sur cet organe que la nature prodigue les plus brillantes couleurs. Toutefois, malgré la beauté et 1 élégance de formes que nous admirons en elle, la corolle, quant à ses fonctions, n’est que l’enveloppe immédiate d'organes plus importants, quelle défend et protège, de concert avec le calice, contre l’action des causes extérieures. Uuand le phénomène fondamental de la fécondation s’est opéré, quand l’ovaire', fécondé, commence à grossir, et peut opposer par lui-même une résistance suffisante, la nature, qui ne souffre rien d’inutile, fait disparaître cette élégante décoration. La corolle se fane, se flétrit et tombe. Si elle persiste quelquefois un

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;rtain temps après la fécondation, ce n’est probablement que our réfléchir dans l’intérieur de son tube les rayons de la haleur extérieure, pour les concentrer sur l’ovaire fécondé et en ccélérer ainsi ie développement.

La corolle est l’enveloppe immédiate des organes essentiels , e la fleur. Elle se distingue généralement du calice en ce .u’elle est d'un tissu plus délicat. La corolle seule constitue la leur pour les gens du monde; mais pour le botaniste, une élanine et un pistil sont l’essence de la fleur, car, sous l’influence de l’étamine, le pistil doit donner un fruit, dont les graines perpétueront l’espèce.

Les pétales sont les organes dont l’ensemble constitue la corolle. Us tirent leur origine, comme les sépales, de feuilles modifiées. C’est ce qu’il est aisé d’établir. Dans certaines fleurs, :omme dans le Calycanthus, par exemple, on voit les pétales se nuancer si bien avec les sépales, que l'on ne saurait dire où finit le calice et où commence la corolle. En effet, les divisions externes de ces fleurs sont verdâtres, les internes sont pourprées, et il est impossible de rapporter les divisions intermédiaires plutôt à l’une qu’à l’autre des enveloppes florales. Comme les pétales se nuancent avec les sépales, ceux-ci avec les bractées, •celles-ci avec les feuilles, il faut en conclure que les pétales sont bien réellement des feuilles modifiées.

De même que les feuilles, les pétales nous offrent les formes les plus diverses, les grandeurs les plus variées. Ce sont ordinairement des lames linéaires, oblongues, elliptiques, ovales, arrondies, etc.; quelquefois ils deviennent naviculaires, comme dans le Blumenbachia insignis. Tantôt ils prennent la forme d’une cuiller, comme dans le Dielytra speetabilis (fig. 158); tantôt ils offrent deux lèvres, comme dans la Niyelle (fîg. 159); tantôt ils se prolongent en cornet, comme dans 1 ’Ancolie (fig. 160); tantôt enfin ils se façonnent en casque, comme dans Y Aconit (fig. 161;.

Les pétales sont, comme les feuilles, entiers ou découpés. Ils présentent, comme elles, une sorte de charpente, si l’on peut donner ce nom à ces arborisations vasculaires déliées, qu'on n aperçoit souvent avec une netteté suffisante qu'en plaçant le pétale entre l’œil et la lumière, c’est-à-dire en le regardant par transparence.

156 ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.

Ce sont les nervures qui déterminent la forme que revêt le pétale. Les trois figures 162, 163 et 164 donnent une idée des trois formes principales de distribution des nervures. On sait que dans la Giroflée, le pétale s’allonge, à sa partie

Pétale

du Dielytra.

Fig. 159. Pétale de la Nigelle des champs.

Fig. 160.

Pétale de l’Ancolie.

Fig. 161.

Pétale de l’Aconit.

inférieure, en une partie effilée qu’on appelle onglet , la partie élargie du pétale prenant, dans ce dernier cas, le nom de

Fig. 162. Giroflée, pétale à onglet.

limbe. Les pétales de Cerastium precox et de l 'Ellébore d'hiver n’ont aucun onglet, et, comme on le voit, sont réduits au limbe.

Le nombre des pétales dans la corolle varie beaucoup. Par-

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,is très-nombreux, et alors disposés en spirale, .te sont Je plus mvent en petit nombre, et alors disposés en vert, elle. llans les acms les pétales sont extrêmement nombreux et disposés en ne spirale qui continue celle des sépales. Dans le Géranium &. 165), la Violette, la Giroflée (6g. 166), les petales sont au ombre de cinq seulement, et disposés en verlicille.

Fig. 165. Fleur de Géranium.

h ig. 166. Fleur de Giroflée.

De même qu’il existe des calices monosépales et polysépales, les corolles peuvent être monopétales ou polypétales. La ileur du Géranium (fig. 165), celle de la Rose, de l'Œillet, ont leurs pétales parfaitement distincts, de telle sorte qu on peut détacher l’un d’entre eux sans intéresser les autres. Au contraire, les Lilas (fig. 167), la Primevère, la Belladone , ont leurs pétales réunis entre eux par leurs bords, si bien qu’on ne peut enlever un pétale sans entamer l'un des voisins.

A l’origine du développement des fleurs, les pétales sont toujours libres. La transformation d'une corolle d'abord polypétale en une corolle monopétale se fait chez la jeune plante, comme nous l'avons indiqué déjà pour le calice, c’est-à-dire que les extrémités libres des pétales sont soulevées et réunies en un même tout par une membrane commune continue.

On a remarqué que les sépales se développent successivement sur le réceptacle, tandis que les pétales y apparaissent, au contraire, simultanément. Ce fait peut nous aider à résoudre un problème qui a fort préoccupé les anciens botanistes.

Dans le Lis (fig. 168), par exemple, les enveloppes florales se

de Lilas.

composent de six divisions, blanches , d’un tissu délicat, analogues à des pétales. L’ensemble de ces divisions constitue-t-il une corolle? Nullement. Sans parler des différences de forme, de grandeur, de structure et de position, qui n’échappent point aux yeux d’un observateur attentif, on a pu constater que les pièces du verticille externe du Lis se développent successivement comme des sépales, et que les pièces du verticille interne se développent simultanément. On a conclu de cette observation, qu’en dépit des apparences il y a dans le Lis un calice et une corolle, en d’autres termes une corolle pétaJmde.

Dans les Joncs, à l’inverse de ce qui se passe dans le Lis, on trouve une sorte de double calice. Des considérations ana- ! logues à celles qui précèdent ont porté à accorder à ces plantes ^ une véritable corolle. Il faut donc admettre que dans le Lis le calice est blanc et pélaloïde, que dans le Jonc la corolle est verte et sèpaldide.

Jetons un coup d’œil sur les formes principales de la corolle. ; Lorsqu’elle est monopétale et régulière, les six formes principales qu’affecte la corolle n’ont pas besoin d’être décrites autrement que par la figure que nous allons en donner et l’adjectif qui les qualifie.

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La corolle est infundib ali forme, c’est-à-dire en entonnoir, dans ; Tabac (üg. 169); tubuleuse dans la grande Consolide (fig. 170), anwanulec* ou en forme de cloche, dans le Liseron (üg. 171) ou ans la Campanule; hypocralériforme, ou en forme de coupe, dans e Lilas (fig. 172), ou dans le Jasmin; rosacée dans la Bourrache fur. 173) ou la Lysimaque; wrcéolèe dans Y Arbousier ( fig. 174).

Fig. 169. Corolle Fig. 170. Corolle tubuleuse Fig. 171. Corolle campanulee inlundibuliforme du Tabac. de la grande Consoude. du Liseron.

Corolle urcéolée de l’Arbousier.

Fig. 173.

Corolle rosacée de la Bourrache.

Fig. 170.

Corolle hypocratériforme du Lilas.

Lorsque la corolle est monopétale et irrégulière , ses formes principales se réduisent à trois. Dans la Sauge (fig. 17 5) ou le Lamium, etc., le limbe corollin placé au sommet d’un tube plus ou moins allongé se partage transversalement en deux parties qu’on appelle lèvres : la lèvre supérieure, présentant deux divisions, est constituée par deux pétales réunis presque jusqu’au

160 ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.

sommet; la lèvre inférieure, présentant trois divisions, est t constituée par trois pétales réunis plus ou moins haut. Cette ' corolle, dite labiée, caractérise un groupe très-important du .jj règne végétal.

Dans le Muflier (fig. 176), la gorge de la corolle labiée, au lieu | d’être largement ouverte, est fermée par un rendement de la 1 lèvre supérieure.

c Parmi les monopétales irrégulières, dit Jean-Jacques Rousseau, il va 1 une famille dont la physionomie est si marquée qu’on en distingue aisé- $ ment les membres à leur air. C’est celle à laquelle on donne le nom de 1 fleurs en gueule, parce que ces fleurs sont fendues en deux lèvres dont j l’ouverture, soit naturelle, soit produite par une légère compression des 1 doigts, leur donne l’air d’une gueule béante. Cette famille se subdivise en I deux sections ou lignées : l’une des fleurs en lèvres ou labiées , l’autre des 1 fleurs en masque ou personnées; car le mol latin pcrsona signifie un I masque, nom très-convenable assurément k la plupart des gens qui portent S parmi nous le nom de personnes. »

Dans la Chicorée, ou le Pissenlit (fig. 177), la corolle, cylindrique à sa partie inférieure, se fend d’un côté, et s’étale en une lan- ^

guette plate, que terminent quelques petites dents. Cette corolle est dite ligulèe. Cette forme de corolle appartient à un nombre considérable de plantes qui composent le plus vaste groupe naturel de tout le règne végétal, celui des Composées.

Tournefort avait distingué dans les corolles polypétales régu-

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tères trois formes principales, qu’on retrouve dans un grand nombre de fleurs, en général, dans celles d’une même lamdle. jGS corolles cruciformes ont quatre pétales disposés en croix et ordinairement munis lun onglet, caractère propre aux plantes du groupe des Crucifères. La ligure 178 représente la corolle cruciforme de la Moutarde. Les corolles caryophyllêes ont cinq pétales à onglet très-long, caché par le calice. La figure 179 représente un» corolle de ce genre, celle de Y Œillet. Les pig m -Corolle de Montarde. corolles rosacées ont cinq pétales , sans *

onglets et ouverts, disposés comme dans la Rose simple

Çfig. 180).

Fig. 179. Corolle d'Œillet. Fig- 180- Corolle de Rose simple.

Tournefort avait également classé toutes les modifications de la corolle polypétale irrégulière sous deux noms particuliers : elles étaient papilionacèes ou anomales. Le Pois (fig. 181 et 182) a une corolle papilionacée, Y Aconit une corolle anomale. Arrêtons; nous un instant sur la première forme.

«La première pièce de la corolle, dit encore Jean-Jacques Rousseau dans sa troisième Lettre sur la Botanique , est un grand et large pétale qui couvre les autres et occupe la partie supérieure de la corolle, k cause de quoi ce grand pétale a pris le nom de pavillon. On l’appelle aussi l 'étendard. Il faudrait se boucher les yeux et l’esprit, pour ne pas voir que ce

pétale est là comme un parapluie pour garantir ceux qu’il couvre des principales injures de l’air.

n En enlevant ce pavillon, vous remarquerez qu’il est emboîté de chaque côté par une petite oreillette dans les pièces latérales de manière que sa situation ne puisse être dérangée par le vent.

« Le pavillon ôté laisse à découvert ces deux pièces latérales auxquelles il était adhérent par ses oreillettes. Vous trouverez, en les détachant, qu’emboîtées encore plus fortement avec celle qui reste, elles n’en peuvent être séparées sans quelque effort. Aussi les ailes ne sont guère moins utiles pour garantir les côtés de la fleur que le pavillon pour la couvrir.

« Les ailes ôtées vous laissent voir la dernière pièce de la corolle, pièce qui couvre et défend le centre de la fleur et l’enveloppe, surtout pardessus, aussi soigneusement que les trois autres pétales enveloppaient le dessus et les côtés. Cette dernière pièce, qu'à cause de sa forme on appelle la nacelle , est comme le coffre-fort dans lequel la nature a mis son trésor à l’abri des atteintes de l’air et de l’eau. »

Rousseau décrit ici la fleur du Pois, comme application des principes qu’il vient de poser.

Fig. 181.

Corolle papilionacée du Pois.

Diverses parties de la corolle du Pois.

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