‹ Histoire des plantes (volume 2)Chapitre 24 sur 93 · ÉTAMINE · texte numérisé non relu

ÉTAMINE

L’étamine (fig. J 83) se compose ordinairement de deux parties : une partie supérieure épaissie, et une partie inférieure, le plus ' souvent allongée et grêle. La première se nomme l 'anthère, la '.seconde le filet. Le filet a bien moins d’importance que l’ anthère et peut manquer souvent.

L’anthère ne constitue pas un corps plein ; elle est creuse à l’intérieur et remplie d’une line poussière. Elle est généralement formée de deux moitiés semblables, creusées chacune d’une

cavité, ou loge : ces loges sont séparées l’une de l’autre par un corps de structure, d’aspect, de développement très-divers, auquel on donne le nom de connectif. On comprend que si le filet et le connectif se continuent en conservant la même direction et à peu près la même épaisseur, comme on le voit dans l'Iris (fig. 183), l’anthère sera immobile; mais il n’en sera plus de même si le connectif s’insère par un point seulement de sa surface sur l’extrémité amincie du filet, comme il arrive dans Y Amaryllis (fig. 184).

Nous avons dit plus haut que l’anthère est généralement formée de deux loges. Cependant, chez quelques plantes, les anthères sont uniloculaires, soit qu’il y ait eu primitivement deux loges qui se seraient confondues en une seule, soit qu 'il n’y ait réellement qu’une seule loge, comme cela se présente dans les Épacridées, élégantes Bruyères de la Nouvelle-Hollande. Hans d autres plantes, comme les Lauriers, les Épliedra, les anthères sont quadriloculaires.

Étamine d’iris.

Fig. 184.

Anthère d’Aiqaryll.s.

ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.

Les loges de l’anthère doivent s’ouvrir, pour permettre la sortie de la poussière fécondante qu’elles renferment, et qui porte le nom de pollen. Le plus souvent chaque loge présente un sillon longitudinal, suivant lequel se fait l’ouverture de Panthère, ou la déhiscence, selon l’expression des botanistes. Quelquefois la fente ne s’étend que sur une petite longueur vers le sommet de la loge et constitue une sorte de pore. C’est ce qu’on voit dans les Bruyères, les Solanum (lig. 185).

Dans les Épines-vinettes (fig. 186), les Lauriers (fig. 187), on observe un mode de déhiscence très-remarquable et très-élégant. Une certaine portion des parois de l’anthère se circonscrit, se soulève de bas en haut, de manière à former autant de petits

Fig. 185. Étamine de Pomme de terre ou solarium.

panneaux ou valvules. Il y a une valvule pour chaque loge dans les Épines-vinettes ; il y a deux valvules pour chaque loge dans les Lauriers, comme le montrent les deux figures précédentes.

Le pollen, ou la poussière fécondante des végétaux, a donné lieu, quand on a su pénétrer dans sa structure intime, à des observations très-curieuses, que nous allons résumer.

Il faut, pour étudier les grains de pollen, faire usage d’un microscope à grossissement considérable. On trouve alors que les formes de ces grains varient beaucoup selon les espèces, et que ces formes sont souvent fort élégantes.

Le grain de pollen est, le plus habituellement, composé d’une

Fig. 186.

Étamine de Berberis ( Épine-vinette).

Fig. 187.

Anthère à 4 loges du Laurier de Perse.

FLEUR

sorte de sac double; le plus interne contient un liquide mucilagineux, auquel on a donné le nom de fovilla. Les figures 188 -et 189 montrent les grains de pollen de la Rose trcmierc avec l’espèce de double sac ou de double enveloppe qui entoure chaque grain.

La membrane externe du globule de pollen est tantôt lisse, tantôt ponctuée, granulée, couverte de petits aiguillons, enfin

Fig. ISS.

Grain de pollen de Rose trémière (|ro enveloppe).

Fig. 18a.

Grain de pollen de Rose trémière (ï* enveloppe).

Grain de pollen du Melon.

Fig. 190. Grain de pollen du Blé.

Fig. 191.

Grain de pollen de l'Onagre.

Fig. 192.

Grain de pollen de l’Ail.

Fig. 194. Grain de pollen du Phlox.

réticulée. Elle offre des plis, des pores. Dans le pollen du Blc (fig. 190), il n'y a qu’un pore; dans l’Onagre (fig. 191), il y en a trois. Les figures 192, 193, 194 font voir les grains de pollen de l’Ail , du Melon, et ceux du Pldox. Le nombre des pores du grain de pollen peut s’élever jusqu’à* cinq et même huit. Ces pores remplissent, comme nous le verrons bientôt, des fonctions importantes.

ORGANOGRAPIIIE ET PHYSIOLOGIE.

Lorsqu’on place un grain de pollen dans l’eau, il se gonfle, parce qu’il absorbe une certaine quantité de ce liquide; ses membranes se distendent, et la membrane interne fait bientôt saillie par les pores de la membrane externe. Les ampoules qui se forment, ne tardent pas à crever, et la fouilla s’échappe brusquement en une sorte de fusée muqueuse et granuleuse. C’est là un phénomène anomal , mais très-curieux à observer.

Nous disons qu’il est anomal, parce que ce n’est pas ainsi que les choses se passent dans la nature. Lorsqu’un grain de pollen tombe sur la surface humide et visqueuse d’une partie du pistil que nous ne tarderons pas à décrire et qui porte le nom de stigmate, il se gonfle lentement ; la membrane interne fait peu à peu saillie par un ou deux pores; ces saillies s’allongent peu à peu et finissent par former un véritable tube, qu’on nomme tube pollinique.

La longueur de ces tubes est très-variable ; elle atteint, dans certains cas, plusieurs centaines de fois celle du grain de pollen qui leur a donné naissance. Ce prodigieux allongement ne saurait évidemment provenir d’une simple élongation de la membrane interne du grain de pollen : il est le résultat d’une véritable végétation de cette membrane. Le tube pollinique se nourrit et s’accroît, c’est-à-dire végète, à mesure que, partant du stigmate, il pénètre dans les tissus qu’il est destiné à traverser. Nous reviendrons, du reste, avec détails sur le tube pollinique en parlant, dans le chapitre suivant, de la fécondation.

Bien que les grains de pollen soient presque toujours libres et distincts, il est des plantes chez lesquelles ces grains sont réunis entre eux et souvent d'une manière très-intime. Ainsi, dans les Orchidées (fig. 195), le pollene st aggloméré en masses tantôt presque pulvérulentes à granules lâchement cohérents, tantôt formées de nombreuses petites masses anguleuses réunies au moyen d’une matière glutineuse. Dans le Planlhanthera ohloranta et l’ Asclepias floribunda, les masses polliniques offrent la disposition représentée par les figures 196 et 197.

La forme de l’étamine et la structure du pollen nous étant connues, il importe d’entrer dans quelques détails sur le nombre

FLEUR

lies rapports des étamines entre elles et avec les différentes parties de la fleur.

Le nombre des étamines, pour chaque fleur, varie suivant les espèces végétales.

Lorsqu’elles sont disposées en verticille, elles sont ordinairement en nombre défini, comme dans la Vigne (Gg. 198) et la

Primevère, qui en comptent cinq. Lorsqu’elles sont en spirale, elles sont ordinairement très-nombreuses, comme cela se voit dans le Magnolia, la Renoncule.

Les étamines peuvent être toutes de même grandeur, comme on le voit dans le Lis, la Tulipe, la Bourrache, ou bien inégales. Dans le Géranium il y a cinq étamines plus grandes que les autres,

Fig. 195.

Masse pollinique d’Orchis maculata.

Fig. 196.

Masse pollinique du Planthanthera chloranta.

Fig. 197.

Masse pollinique de l’Asclepias floribunda.

Fig. l')8. Androcée de la Vigne. Fig. 199. Androcée d'une Giroflée.

ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.

qui sont également au nombre de cinq. Dans la Giroflée (fig. 199), qui porte six étamines, quatre sont plus grandes que les autres, Linné les appelait tétradynames. Dans les Mufliers (fi.;. 200) il y a quatre étamines, dont deux plus grandes. Linné les appelait étamines didynames.

Les étamines d’une même Heur peuvent être complètement in-

Fig. 202. Fig. 203. Fig. 204- Étamines en tube

Androcée du Millepertuis. Étamines du Ricin. d’une Synanthérée.

dépendantes les unes des autres, ou plus ou moins réunies entre elles, soit par leurs filets, soit par leurs anthères. Dans la Mauve (fig. 201) et dans le Lin, toutes les étamines sont réunies entre elles par leurs filets en une seule phalange. Dans le Haricot, le Polygala, elles sont réunies en deux phalanges; dans le Millepertuis d’Égypte (fig. 202), en trois phalanges; dans le Ricin (fig. 203), en plusieurs phalanges. On dit, depuis Linné, que

FLEUR

■3S étamines sont monadelphcs, diadelphes, triaddphes, polyadel- , i,Cs , suivant qu’elles forment une, deux, trois ou plusieurs jhalanges.

Dans le Pissenlit, V Artichaut, le Chardon, les étamines sont éunies toutes ensemble par leurs anthères, de manière à conitituer une sorte de tube supporté par les lilets libres : on les nomme synanthêrèes (lig. 204).

Enfin, les étamines peuvent contracter des adhérences avec -es enveloppes florales. Dans la Scille, six élamines adhèrent par eur base avec les six divisions de la fleur. Dans la Primevère, :inq étamines s’attachent sur le tube de la corolle, qui est moaopétale.

Il nous reste à compléter ce qui a rapport à l’étamine, en dévoilant la véritable nature morphologique de cette partie de la

fleur.

Les bractées, les sépales, les pétales, sont, comme nous l’avons vu, des feuilles modifiées. Il paraît impossible, au premier abord, qu’il en soit de môme pour les étamines. Cependant, effeuillez une fleur de Nénufar blanc; vous verrez peu à peu, en avançant vers le centre de la fleur, les pétales diminuer de longueur et de largeur, et présenter, vers leur sommet, une anthère, d'abord rudimentaire, qui devient de plus en plus complète à mesure que le support passe insensiblement de la forme de pétale à celle de filet. Dans YAncolie, sous l’influence de la culture, on voit des étamines se transformer peu à peu en cornets analogues à ceux qui constituent son élégante corolle. Dans Ja Rose, on trouve souvent des organes qui sont demipétales et demi-étamines.

Il est une très-curieuse monstruosité d’une espèce de Rose, dans laquelle tous les organes de la fleur se transforment en feuilles, de manière à constituer ce que les horticulteurs ont nommé Rose verte. Dans la Rose verte, on peut suivre pas h pas toutes les transformations possibles entre une étamine presque parfaite et un pétale transformé lui-même en une petite feuille verte.

Tous ces laits démontrent jusqu’à l’évidence que l’étamine n’est autre chose qu’un pétale métamorphosé. Mais nous avons

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déjà démontré l’analogie des pétales avec les sépales, des sépales avec les bractées, des bractées avec les feuilles. Donc les étamines sont des feuilles métamorphosées.

Pour bien rappeler ce mode d’origine de l’étamine, on a comparé le filet de l’étamine à l’onglet du pétale ou du pétiole de la feuille, le limbe à la feuille elle-même, le pollen à une modification spéciale du parenchyme de la feuille , enfin le connectil à la partie moyenne de la feuille, c’est-à-dire à la nervure médiane.

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