‹ Histoire des plantes (volume 2)Chapitre 29 sur 93 · Géographie botanique · texte numérisé non relu

Géographie botanique

(ÎR A I NE.

plantes de la tribu des Légumineuses germent encore plusieurs années après la récolte. Tout le monde a entendu dire que des graines de Haricot extraites, de nos jours, de l’herbier de Tournefort, célèbre botaniste du dix-septième siècle, germèrent parfaitement. En 1824, on semait encore au Jardin des Plantes de Paris des graines de Mimosa pudica récoltées à Saint-Domingue en 1738.

Si les graines sont placées dans des conditions spéciales, à l’abri des agents atmosphériques, dans une terre plus ou moins sèche et tassée, par exemple dans des tombeaux ou des catacombes, leur vitalité peut se conserver un temps prodigieux. C’est un fait d’observation constante, qu’après la destruction d’une forêt, on voit apparaître sur l’emplacement qu'elle occupait jadis, une végétation nouvelle. On a admis, pour expliquer ce fait, que les graines des arbres enfouies ù l’époque de l’existence de la forêt s’étaient conservées dans le sol, que leur vie avait été suspendue pendant un nombre d’années considérable, et que, sortant alors de leur sommeil léthargique, elles se développaient sous l'inlluence de conditions nouvelles et favorables à leur germination. Cette hypothèse est assez plausible dans un certain nombre de cas; toutefois, comme aucune expérience scien tifique rigoureuse n'a été faite à ce sujet, il se pourrait (pie, dans le cas dont il s’agit, la renaissance des arbres soit due à un transport de graines étrangères, qui auraient germé dès que le sol, devenu libre, a été rendu à la lumière.

On cite des exemples presque merveilleux de la longévité des graines. M. Lindley, savant botaniste anglais, afllrme que des graines de Framboises, trouvées dans un tombeau celtique qui comptait environ dix-sept cents ans d’existence, ont parfaitement germé, et donné des Framboisiers , qui existent encore aujourd’hui dans le jardin de la Société d’horticulture de Londres. M. Ch. Desmoulins assure que des graines de Luzerne lupuline , do Bleuet et d’ Héliotrope, trouvées dans des tombeaux romains, qui remontaient au deuxième ou au troisième siècle de l’ère chrétienne, ont, non-seulement germé, mais donné naissance à des individus, qui ont ensuite fleuri et fructifié.

Il faut se tenir en garde contre de semblables prodiges. Si la nature, comme on l’a dit, est capable de tout, il ne faut ajouler

foi qu’aux faits rigoureusement établis, et redouter les mystifications et les mauvais tours que la malignité du vulgaire cherche a jouer à l’infaillibilité des savants.

Nous allions oublier de parler de ces éternels grains de blé trouvés dans les tombeaux de l’ancienne Egypte. 11 est reconnu aujourd’hui que l’on a abusé, dans cette atlaiie, de la confiance et de la crédulité des voyageurs. Une variété de blé dite de Momie circule, il est vrai, parmi les agriculteurs, mais aucun fait

authentique ne justifie son nom.

Si la durée de la vitalité des graines est très-variable, comme on vient de le voir, le temps nécessaire pour leur germination ne l'est pas moins. Certaines graines, comme celles du Cresson alénois , du Pavot, des céréales, germent en quelques jours. D’autres, comme celles du Pêcher, de Y Amandier, du Noisetier , du Rosier, exigent pour lever un an, ou même deux. Ces différences tiennent en partie à la grosseur des graines, à la dureté, à la nature osseuse de leurs téguments, et à la présence d’un noyau autour de la graine.

Il est des graines qui semblent pour ainsi dire tellement pressées de se développer, quelles germent dans le fruit même qui les renferme. Ce cas se présente assez fréquemment dans les Citrons, et chez certaines Cucurbitacées. L’embryon du Manglier, arbre qui habite les marécages, l’embouchure des fleuves et les rivages de la mer dans les régions équinoxiales de 1 Amérique,, se développe dans le fruit attaché encore aux branches, et souvent on voit pendre de ce fruit une racine de plus d’un pied de longueur.

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