‹ Histoire des plantes (volume 2)Chapitre 51 sur 93 · RU B IA GÉ ES · texte numérisé non relu

RU B IA GÉ ES

torrent ou un abîme! Des journées alors se passent avant qu'il atteigne un objet que, pendant tout ce temps, il n’a pas perdu de vue.

« Pour dépouiller l’arbre de son écorce, on l’abat à coups de hache, un peu au-dessus de sa racine, en ayant soin, pour ne rien perdre, de dénuder d’abord le point que l'on doit attaquer, et comme la partie la plus épaisse, la plus profitable par conséquent, se trouve tout à fait à sa base, on a l'habitude de creuser un peu la terre à son pourtour, afin que la décortication soit plus complète. Il est rare, même lorsque la section du tronc est terminée, que l'arbre tombe immédiatement, étant soutenu, soit par les lianes qui l’enlacent, soit par les arbres voisins ; ce sont autant d’obstacles nouveaux que doit vaincre le cascarillero. Je me souviens d’avoir une fois coupé un gros tronc de Quinquina, dans l’espérance de mettre ses fleurs à ma portée, et, après avoir abattu trois arbres voisins, de l’avoir vu rester encore debout, maintenu dans cette position par des lianes qui s’étaient attachées à sa cime, et qui le soutenaient à la manière de haubans. Lorsque enfin l’arbre est à bas, et que les branches qui pourraient gêner ont été retranchées, on fait tomber le périderme en le massant, ou mieux en le percutant, soit avec un petit maillet de bois, soit avec le dos même de la hache ; et la partie vide de l’écorce mise à nu est souvent encore nettoyée à l’aide de la brosse ; puis , après avoir été divisée dans toute son épaisseur par des incisions uniformes qui circonscrivent les lanières ou planchettes que l’on veut arracher, elle est séparée du tronc au moyen d’un couteau, avec la pointe duquel on rase autant que possible la surface du bois, après avoir pénétré par une des incisions déjà pratiquées. L’écorce des branches se sépare comme celle du tronc, à cela près qu’elle ne se masse pas, l’usage voulant qu’on lui conserve sa croûte extérieure ou périderme.

* Les détails de dessèchement varient un peu dans les deux cas : en effet, les planchettes plus minces de l’écorce des branches ou des petits troncs, destinées à faire du quinquina roulé ou canuto , sont exposées simplement au soleil, et prennent d’elles-mêmes la forme désirée^ qui est celle d’un cylindre creux; mais celles qui proviennent des gros troncs, et que l’on destine à constituer le quinquina plat, ou ce que l’on nomme tabla ou plancha , doivent nécessairement être soumises, pendant la dessiccation, à une certaine pression, sans quoi elles se tordraient ou se soulèveraient plus ou moins comme les précédentes. A cet effet, après une première exposition au soleil, on les dispose les unes sur les autres en carrés croisés, comme sont disposées les planches dans quelques chantiers, afin qu’elles se conservent planes, et sur la pile quadrangulaire ainsi composée on charge quelque corps pesant. Le lendemain, les écorces sont remises pendant quelque temps au soleil, puis de nouveau rétablies en presse, et ainsi de suite; on laisse enfin se terminer le dessèchement dans ce dernier état.

« Mais le travail du cascarillero n’est pas à beaucoup près fini même lorsque la préparation de son écorce est terminée. 11 faut encore qu’il rapporte sa dépouille au camp; il faut enfin qu’avec un lourd fardeau sur les épaules, il repasse par ces mêmes sentiers que, libre, il ne parcourait qu avec difficulté. Cette phase de l’extraction coûte parfois un travail tel-

F A M I L L E S N ATURELLES.

leraent pénible, qu'on ne peut vraiment pas s’en faire une idée. J’ai vu plus d’un district où il faut que le Quinquina soit porté de la sorte pendant quinze à vingt jours avant de sortir des bois qui l’ont produit, et, en voyant à quel prix on l’y payait, j’avais peine à concevoir comment il pouvait se- trouver des hommes assez malheureux pour consentir à un travail aussi faiblement rétribué.

« Pour terminer, il me reste un mot à dire sur l’emballage des Quinquinas; c’est le majordome, que nous avons laissé dans son camp, qui s’occupe encore de ce soin. A mesure que les coupeurs lui rapportent les écorces, il leur fait subir un triage, et en forme des bottes, qui sont cousues dans de gros canevas de laine conditionnés ainsi ; les ballots sont transportés à dos d’homme, d’âne ou de mule, jusqu’aux dépôts dans les villes, où on les enveloppe de cuir frais, qui prend en séchant une grande solidité. Sous cette forme, ils sont nommés aurons, et c’est ainsi qu’ils nous arrivent en Europe, »

La figure 319 représente, d’après l’ouvrage de M. Weddell, la récolte de l’écorce de Quinquina par les cascarilleros, dans une forêt du Pérou.

Après avoir mentionné les genres de Rubiacées particulièrement remarquables au point de vue de leur utilité, nous croyons devoir citer encore quelques belles espèces qui embellissent nos serres. Telles sont YIxora coccinea, bel arbrisseau de l’île de Ceylan, à feuilles persistantes, un peu charnues, à fleurs d’un rouge vif, disposées en un corymbe et qui conservent longtemps leur éclat; — YIxora odorata , de Madagascar, dont les grandes corolles rouges et blanches exhalent une odeur suave; — le Bondelelia speciosa de la Havane, à fleurs tubulées, d’un rouge écarlate en dehors, à gorge jaune-orangé; — les Rogicra du Guatémala; — les Bouvardia du Mexique; — le Luculia gratissim'a du Népaul, dont les corolles roses exhalent un parfum délicieux; — le Gardénia florida, nommé vulgairement Jasmin du Cap, etc., etc.

COMPOSÉES

Celle famille est la plus importante de toutes par le nombre immense de plantes quelle embrasse. Elle constitue à elle seule environ la dixième partie du règne végétal. Elle renferme aujourd hui plus de neuf mille espèces. On trouve ces espèces dis-

COMPOSÉES

persées dans tous les lieux de la terre, mais principalement dans les régions tempérées et chaudes, particulièrement dans celles de l’Amérique. Les herbes croissent dans les régions tempérées et chaudes; les arbres dans les Iles intertropicales et antarctiques.

Les fleurs ont, dans cette famille, une disposition tout à fait caractéristique. Elles sont rapprochées en capitules, de manière à figurer une fleur en apparence unique; mais elles sont, en réalité, formées de la réunion de plusieurs fleurs : de là le nom de Composées donné à cette famille. Cette disposition est facile à reconnaître et à comprendre sur ce capitule, vulgairement ap-

pelé fleur de Marguerite, que nous représentons dans la figure 320, où l’on voit le capitule dans son ensemble (a), une coupe de ce capitule (b), enfin les fleurs isolées du centre et de la circonférence de ce môme capitule (cet d).

Les fleurs d'un même capitule peuvent être toutes de même sorte: hermaphrodites, staminées, pistillées. Elles peuvent être aussi de deux sortes : les extérieures neutres ou femelles, les intérieures hermaphrodites ou mâles.

Le calice de ces fleurs a des formes très- variables. 11 est quelquefois si réduit qu’il semble nul. Ailleurs il forme un godet, ou

FiR. 320. Marguerite.

une couronne. On le voit se développer en arêtes, en dents, en écailles; il dégénère même en espèces de soies qui forment une aigrette.

La corolle est régulière ou irrégulière. Dans le premier cas, elle est tubuleuse et son limbe offre ordinairement 5 lobes. Dans le second, le limbe paraît fendu dans une grande étendue et déjeté au dehors, en une languette dentée au sommet, ou bien il se partage en deux lèvres. Les corolles tubuleuses se nomment fleurons ; les corolles en languette se nomment demi- fleurons.

Les étamines sont insérées sur le tube de la corolle, et alternent avec ses divisions. Les lilets sont généralement libres, mais les anthères sont soudées par leurs bords, en un tube qui engaine le style. Elles offrent deux loges, qui s’ouvrent en dedans.

Le pistil se compose d’un ovaire uniloculaire, contenant un seul ovule anatrope droit, et il est surmonté d’un style très-mince. Celui-ci se divise en deux branches dans les fleurs hermaphrodites et dans les fleurs femelles, mais il est indivis dans les fleurs mêles. Les branches du style sont munies de papilles stigmatiques et de poils collecteurs. Avant l’épanouissement, le style est plus court que les étamines; mais à l’époque de la fécondation il grandit rapidement et s’élève dans le cylindre creux formé par les anthères. A mesure qu’il s’élève, les poils collecteurs balayent le pollen que lui offrent les anthères béantes et apparaissent bientôt au dehors chargés de cette précieuse poussière. On a.remarqué que les fleurs femelles sont dépourvues de poils collecteurs, que les Heurs mêles n’ont pas de papilles stigmatiques, que les fleurs neutres n’ont ni papilles stigmatiques ni poils collecteurs.

Le fruit est un akène, souvent muni d’une aigrette, propre à favoriser sa dissémination. La graine, solitaire, renferme un embryon droit, dépourvu d’albumen.

Tournefort avait séparé les Composées en Semi-flosculeuses, celles où le capitule est entièrement composé de fleurs à corolle ligulée ou c». demi-fleurons; — Flosculeuscs , celles où le capitule est entièrement composé de fleurs à corolles tubuleuses ou en fleurons; — et Radiées, celles où le capitule est formé de fleurs centrales tubuleuses et de fleurs périphériques ligulées.

De Candolle, dans son Prodrome , partage les Composées en

COMPOSEES

trois grandes séries : 1° les Liguliflores, ou Chicoracèes, qui ont la corolle ligulée, et répondent aux Semi-flosculeuses de Tournefort; 2° les Labiatiflores , dont les corolles irrégulières sont, divisées en deux lèvres; 3° les Tabuliflores , dont les capitules sont ou entièrement formés de fleurons, ou pourvus à la circonférence de demi-fleurons, et qui répondent aux Flosculeuses et aux Radiées de Tournefort.

Les Liguliflores, ou Chicoracèes, possèdentun suclaiteux, contenu dans un système de vaisseaux laticifères et contenant des prin-

cipes amers, résineux, narcotiques. Les propriétés et les vertus de ces espèces varient en raison des proportions relatives de ces di\eis principes, selon 1 dge des plantes et le développement différent des divers organes.

La Chicorée, ou Chicorée sauvage {Cichorium intybus), est une espèce indigène, dont les racines sont usitées en médecine La ligure 321 représente la Chicorée sauvage, la figure 322 une fleur isolée du capitule de cette plante.

Les racines de la Chicorée cultivée, séchées et torréfiées, sont

FAMILLES NATURELLES

employées par les Français barbares pour remplacer le Café. Un mange cuites et en salade les jeunes feuilles de la même plante.

La Chicorée endive, plante méditerranéenne, moins amère, est mieux appropriée aux usages de l’alimentation.

Les espèces du genre Laitue ( Lactuca ) ont un suc amer, âcre, d’une odeur vireuse. On retire de la Laitue cultivée (Lactuca saliva) un suc dont on compose, par l’évaporation, un extrait pharmaceutique, nommé lactucarium, ou thridace, qui est doué d’une action narcotique, et qui est parfois employé en médecine au môme titre que l’opium. On mange en salade sur nos tables les jeunes feuilles de la Laitue, dont on cultive diverses variétés dans les jardins potagers.

Nous citerons encore dans ce même embranchement des Composées : les Scorsonèi'cs (Scorsonera) , les Salsifis ( Tragopogon) et les Pissenlits ( Taraxacum).

Les Tubuliflores flosculeuses, nommées aussi Carduacées , contiennent un principe amer, qui leur donne des propriétés stimulantes. Certaines Carduacées sont employées en médecine, comme les Lappa, ou Bardanes. D’autres ont joui longtemps d’une grande faveur pour l’usage médical, mais sont aujourd’hui délaissées, comme le Chardon béni ( Cnicus benedictus ), le Chardon marie ( Silybum marianum ); la Centaurée jacée et le Chardon étoilé; le Bleuet ( Centaurea cyanus)', la Carline acaule ( Carlina acaulis). Il en est qui fournissent des principes propres à la teinture, comme le Carlhamc (Carthamus tinctorius), plante annuelle, originaire de l’Inde, et que l’on cultive aujourd’hui en Asie, en Amérique et dans presque toute l’Europe. La couleur tirée du Carthame est peu solide, mais ses nuances sont trèsbelles et très-variées. Mêlée avec du talc, ;elle compose un fard, avec lequel les femmes aiment à se colorer le visage. Quelques Carduacées sont comestibles. Tels sont Y Artichaut ( Cynara scolymus ), dont on mange la base des bractées de l’involucre et le réceptacle commun, en remettant le foin, c’est-à-dire les trèsjeunes fleurs; le Cardon (Cynara car duncellus), dont on mange la nervure médiane des feuilles, blanchies et rendues charnues par l’étiolement.

Les Tubuliflores radiées comprennent des plantes dans lesquelles un principe amer est ordinairement combiné avec une

COMPOSEES

résine ou une huile volatile, tandis que la racine confient une matière plus ou moins analogue à la fécule, connue sous le nom d ’inuline. Selon les proportions de ces divers principes, ces espèces sont, toniques, d’autres stimulantes, d'autres astringentes. Nous citerons les Armoises (Artemisia absinthium , Arlemisia

Kig. 323- Camomille.

vulgaris , etc.), la Tanaisie ( Tnnacelum vulgare), les Achillea ou Mille-feuilles , les Ptarmiques, dont plusieurs espèces alpines font partie du thé suisse; les diverses Camomilles , telles que la Camomille romaine ou Anthémis nobilis , dont nous représentons (fig. 323) un échantillon à capitules devenus totalement semi-

FAMILLES N A T U R E L L E S

flosculeux par la culture, la Camomille commune ou Matiicaria cliamomilla, la Camomille puante ou Manda cotula ; la Matricaire ( Pyrethrum parthenium ) , Y Arnica des montagnes, Y Année ( Inula helenium), etc., etc.

C est à la grande division des Tubuliflores radiées qu’appartiennent particulièrement les Composées cultivées pour l’ornement des jardins. Telles sont les Chrysanthèmes, belles espèces, dont plusieurs croissent naturellement en France, comme la grande Marguerite des prés et la Marguerite dorée; — les Astères , plantes vivaces et automnales, la plupart originaires de l’Amérique septentrionale; — les Cinéraires; — les Gnapliales, qui comprennent beaucoup de plantes d’ornement désignées sous le nom vulgaire d’ Immortelles ; — les Zinnia; — les Tag'eles ou Œillets dinde; — les Dahlia, dont l’espèce ornementale, originaire du Mexique, avait des fleurs simples, et dont les variétés à fleurs doubles se sont peu à peu multipliées à l'infini dans nos parterres, etc., etc.

OLÉINÉES.

Les Lilas, les Oliviers, les Frênes, sont les plantes particulièrement intéressantes de la famille des Oléinées.

Les Lilas ont les fleurs régulières et hermaphrodites. Leur calice, monosépale, présente quatre dents. Leur corolle est hypocratérifOrme ; son tube, très-allongé, est surmonté d’un limbe étalé, à quatre lobes. Deux étamines seulement, à anthères biloculaires, s’ouvrant en dehors par deux fentes longitudinales, sont insérées sur le tube de la corolle. Le pistil se compose d'un ovaire supère, surmonté d’un style, divisé en deux branches stigmatiques. Cet ovaire présente deux loges contenant chacune j deux ovules anatropes suspendus. Le fruit est une capsule, qui s’ouvre en deux valves portant la cloison sur leur milieu et ne ; contenant qu’une seule graine. Celle-ci est pourvue d un albumen charnu et d’un embryon droit.

Los Lilas sont des arbustes originaires de l’Asie. Leurs feuilles ^ sont opposées et simples; on en cultive deux espèces dans les

OLEINÉES. 311

jardins, le Lilas commun ( Syringa mlgaris ) et le Lilas de Perse ( Syringa persica).

L'Olivier est un arbre de moyenne grandeur, d’un aspect trisle et sans beauté. Ses feuilles sont oblongues ou lancéolées, entières, glabres supérieurement, blanchâtres, écailleuses inférieurement. Les fleurs de cet arbre forment des grappes axillaires, droites pendant la floraison, penchées à la maturité. Ses fruits sont des drupes, avec noyau uniloculaire par suite de l’avortement d'une loge. Le péricarpe de cette drupe contient une huile lixe, qui tient le premier rang parmi les huiles destinées aux usages alimentaires.

Les Troènes sont, comme les Oliviers, assez voisins des Lilas. Leurs feuilles sont astringentes, et leurs baies, que mangent les oiseaux, fournissent une couleur noire, applicable à la teinture des étoffes. Les paysans fabriquent une encre à écrire avec les fruits écrasés du Troène .

Les Frênes appartiennent aussi à la famille des Oléinées. Pour faire connaître la structure des Frênes, nous en étudierons deux espèces.

Le Frêne à fleurs ( Fraxinus ornas) est un arbre de 7 à 8 mètres de hauteur, qui contribue à orner les maquis de la Corse. Croissant presque spontanément dans la France méridionale, il est cultivé comme arbre d’ornement. Les feuilles composées du Frêne à fleurs offrent de 7 à 9 folioles, sessiles, lancéolées, dentées, vertes et glabres en dessus, un peu plus pâles en dessous, et barbues inférieurement le long de la nervure médiane. Les fleurs paraissent avec les feuilles; elles sont régulières et hermaphrodites. Le calice se divise en 4 dents, et la corolle, blanche, présente 4 pétales linéaires très-longs. Il y a 2 étamines et 1 pistil à 2 loges contenant chacune deux ovules anatropes appendus comme dans les Lilas. Mais le fruit est une samare ailée.

Cette espèce de Frêne, et d’autres voisines, laissent couler des fissures ou des blessures faites à leur tronc, pendant la saison chaude de l’année, un suc qui se concrète à l’air. Connu sous le nom de manne, ce suc concrété est doux et nutritif quand il est frais; avec l'âge il devient purgatif, et sert comme tel en médecine. C’est de la Sicile que l’on retire la manne la plus estimée. Elle est fournie par différentes espèces de Frênes.

FAMILLES NATURELLES

Le Frêne commun (Fraxinus cxcelaior) ( fig. 324) est un grand arbre qui, dans de bonnes conditions, peut atteindre et dépas-

Fig. 3'i4. Frêne commun.

ser 90 mètres de hauteur, avec un tronc de 8 mètres de circonférence. Il croît dans les bois de plaines, de collines ou de montagnes peu élevées. Il fleurit en avril et mai. Ses feuilles présen-

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