F A MI LL ES K A T U R E L L ES
présente deux loges; chaque loge renferme un ovule anatrope suspendu. A la maturité, le fruit, qui est ailé, constitue deux akènes (un pour chaque loge), lesquels finissent par se séparer et demeurent suspendus à l’extrémité de deux filets qui sont des prolongements du réceptacle. Chaque akène renferme une graine presque entièrement formée d’un albumen corné, vers
Fig. 332. Angélique.
l’extrémité supérieure duquel est niché un petit embryon cylindrique.
La famille des Ombcllifères est une des plus importantes du règne végétal, autant par le nombre des espèces qui la composent, que par les propriétés médicinales et économiques propres h ce s plantes, l’n des traits caractéristiques de 1 organisa-
OMBELLIFÉRES.
tion des Orabellifères consiste dans la présence, au sein du fruit ou de la graine, de réservoirs ou canaux, qui contiennent des huiles volatiles aromatiques.
L’Angélique ( Archangelica officinalis) que nous venons d’examiner, renferme en abondance un suc aromatique et stimulant. On la cultive principalement pour les confiseurs, qui préparent avec ses jeunes tiges des conserves sucrées, parfumées, dépouillées de l’amertume et de l’âcreté de la plante. L'Angélique sylvestre, qui croît aux environs de Paris, au bord des eaux et dans les lieux marécageux, a des propriétés analogues, mais à un moindre degré. Il en est de même de Ylmpératoirc et de la Livêche.
Un grand nombre d’Ombell itères cultivées dans toute l’Eu-
rope lournissent des fruits d’une saveur chaude et aromatique, qui ont été employés de temps immémorial comme condiment. Tels sont l'unis ( Pimpinella anisum ), le Cumin ( Cuminum cyminum), ÏAneth (Anethum graveolens), la Coriandre (Coriandrum salium), le Carvi {(.arum carvi), le Fenouil ( Fœniculum vulyare), etc.
Plusieurs Ombellifères occupent dans nos potagers une place importante. La racine de la Carotte sauvage ( Daucus carota), si commune dans nos prairies, est petite, dure, fibreuse, d’une saveur âcre. Cette racine, cà l’état agreste, ne saurait être mangée; mais sous 1 influence de la culture elle devient charnue, volumineuse, féculente et sucrée, tout en demeurant aromatique.
Le Panais ( Pastinaca saliva ) croît spontanément dans les prairies de toute l’Europe. Il a, comme la Carotte, une racine pivotante, que la culture a rendue alimentaire, mais dont la chair est pâteuse et légèrement amère.
LAohe odorante ( Apium graveolens ) prend le nom de Céleri lorsqu’elle est cultivée. Ses racines, très-âcres à l’état sauvage, et d’une odeur forte, prennent, sous l’influence de la culture’ une saveur plus douce. Ses longs pétioles, quand ils ont été décolorés et attendris par le séjour de la plante dans l’obscurité, ne sont pas indignes de paraître sur nos tables.
La Persil ( Pctrosclimum sativum), indigène dans le midi de l’Euiope, est maintenant cultivé partout, à cause de ses feuilles. Il en est de même du Cerfeuil ( Scandix cere folium) .
FAMILLES NATURELLES
Quelques Ombellifères ont des propriétés vénéneuses ou narcotiques. Il faut citer en première ligne à cet égard la grande Ciguë ou Cigu'c officinale ( Conium maculatum). On la trouve sur le bord des chemins, dans les décombres, les cimetières, au voisinage des habitations. Sa racine est en forme de fuseau et de couleur blanche. Sa tige herbacée, droite, rameuse, haute de 1 à 2 mètres, glabre, c’est-à-dire sans poils, cylindrique, glauque, un peu striée, est marquée de taches d’une couleur pourpre foncée. Ses feuilles sont alternes, très-grandes, découpées, à folioles allongées, profondément dentées. Ses fleurs sont blanches, petites, disposées en ombelles terminales, composées d’environ 10 à 12 rayons. Les pétales sont presque égaux, à peu près en forme de cœur, sessiles. Le fruit, globuleux, offre sur chacune de ses deux moitiés latérales cinq côtes saillantes et crénelées, en sorte qu’il parait tout couvert de petites aspérités ou de tubercules arrondis.
Toutes les parties de la grande Ciguë, froissée entre les doigts, exhalent une odeur herbacée, vireuse et désagréable. Personne n’ignore que cette plante constitue un poison violent pour l’homme et pour beaucoup d’animaux. Les moyens propres à combattre l’empoisonnement par la grande Ciguë consistent à provoquer le vomissement et à administrer ensuite des boissons toniques. La Ciguë a été connue depuis les temps les plus reculés. C’est en buvant le suc de cette plante (pie Socrate et Phocion furent récompensés des services qu’ils avaient rendus à la Grèce.
La Ciguë vireuse (Cicuta virosa) est encore plus active et plus délétère que la grande Ciguë; elle est heureusement très-rare dans les environs de Paris, où elle croît sur les bords des étangs, des fossés et des marais tourbeux.
Citons enfin YŒthusa cynapium, ou petite Ciguë, qui se trouve communément dans les lieux cultivés.
Dans les potagers, on peut facilement prendre la petite Ciguë, lorsqu’elle n’est point encore suffisamment développée, ou en fleurs, pour le Persil, auquel elle ressemble beaucoup. On la distingue de cette herbe potagère aux caractères suivants. Les feuilles du Persil sont deux fois divisées, ses folioles .sont larges, partagées en 3 lobes sub-cunéiformes et dentés; la petite Ciguë
OMBELLIFÉRES.
a les feuilles trois fois divisées, ses folioles sont plus nombreuses, plus étroites, aiguës, incisées et dentées. D’ailleurs, l'odeur du Persil est agréable et aromatique, tandis que celle de la Ciguë est nauséabonde et vireuse. Si les deux plantes sont en fleur, on les distinguera au premier coup d’œil, car les fleurs du Persil sont jaunâtres, tandis que celles de la Ciguë sont blanches. La tige présente aussi pour ces deux plantes des caractères différentiels : celle de la petite Ciguë est presque lisse, rougeâtre inférieurement, et un peu maculée de rouge loncé; la lige de notre légume aromatique est, au contraire, cannelée et de couleur verte.
La petite Ciguë renferme un alcaloïde organique, la cicutine, qui agit comme les poisons narcotico-âcres.
AMF ÉLIDÉES.
La Vigne (Vitis vinifera) est un arbrisseau sarmenteux, originaire de la Mingrélie et de la Géorgie, entre les montagnes du Caucase, de l’Ararat et du Taurus. Ses feuilles sont cordiformes, à 5 lobes sinués-dentés. La Vigne peut se cramponner aux objets le long desquels elle grimpe, à l’aide de vrilles, qui naissent des rameaux, juste en face du point où sont insérées les feuilles.. Les fleurs de la Vigne sont disposées en une panicule multiflore, que tout le monde a vue au printemps. Ses fleurs, très -petites et verdâtres, ont une odeur douce qui, au printemps, parfume les campagnes du midi de la France, où cet arbuste est cultivé sur d’immenses surfaces.
Quelle est l’organisation des fleurs de la Vigne (fig. 331)? Le calice est très-court, et se compose de 5 dents, à peine visibles. La corolle est formée de 5 pétales cohérents au sommet, et se détachant par le bas tout d’une pièce, comme une petite calotte, après la floraison. A ces 5 pétales sont opposées 5 étamines à filets libres, à anthères biloculaircs s’ouvrant en dedans par deux fentes longitudinales et attachées sur le filet par leur dos. Au centre de la fleur se dresse un
FAMILLES NATURELLES
ovaire libre, entouré, à sa base, par un disque glanduleux, et surmonté d'un stigmate sessile à tète aplatie. Cet ovaire est divisé en deux loges et chaque loge renferme deux ovules collatéraux ascendants à la base de la cloison et anatropes. Chacun de ces ovaires devient une baie globuleuse qui est le grain de raisin et qui contient (lorsqu’il n’y a pas eu d’avortement ) quatre graines ou pépins. Ces graines, dont le test est osseux, renferment un très - petit embryon, droit, dans l’axe d’un albumen charnu trèsabondant.
Nous ne reviendrons pas ici sur les variétés de la Vigne , sur les limites actuelles de sa culture, sur la préparation des vins, etc., détails que nous avons exposés dans un autre ouvrage, le Savant du foyer. Nous ajouterons Fig. 333. rieur de la vigne. seulement que les con-
génères américaines de la Vigne produisent des baies acerbes, et qu’une espèce appartenant au genre Cissus, voisin des Vitis, et particulièrement connue sous le nom de Vigne vierge, sert à former d’élégants berceaux, ou à tapisser la nudité de nos murs d'un magnifique manteau de feuilles d’un beau vert luisant, qui deviennent pourpres à l’automne.
RIBÉSIACÉES.
RIBÉSIACÉES.
Les Groseilliers (fig. 334) sont des arbrisseaux souvent armés d’épines placées au-dessous de la feuille. Celles-ci sont alternes ou fasciculées, à limbe palmilobé, à pétiole dilaté a la base. Les fleurs sont disposées en grappes axillaires dans les espèces dépourvues d’aiguillons ; solitaires, ou peu nombreuses, dans les espèces à aiguillon. Leur calice est monosépale, à 5 divisions, et la corolle a 5 pétales libres alternant avec les sépales; 5 étamines périgynes sont opposées aux sépales. Leurs filets sont libres, leurs anthères biloculaires , s’ouvrant en dedans par deux fentes longitudinales. Le pistil se compose d’un ovaire infère, surmonté de deux styles courts, à stigmates obtus. A l’intérieur de l’ovaire, qui est uniloculaire, on observe deux placentas, chargés d’ovules nombreux, horizontaux et anatropes. Le fruit est une baie, couronnée par le limbe persistant du calice et les pétales désséchés. Les graines qu’il renferme (dont le tégument externe devient gélatineux, tandis que l’interne est crustacé) contiennent un albumen presque corné, très- abondant, à la base duquel se trouve un trèspetit embryon droit.
Plusieurs espèces de Groseilliers sont cultivées dans les jardins
Fig. 334. Fleur de Groseillier rouge.
332 FAMILLES NATURELLES
comme plantes d ornement, tels sont les Ribcs aureum, Ribes sanguineum, etc., ou comme plantes alimentaires, tels sont le Ribes uva crispa, ou Groseillier à maquereau , le Ribes rubrum ou Groseillier à grappes et le Ribes nigrum ou Cassis. Le premier est un arbuste très-épineux, surtout à l'état sauvage; ses fleurs sont solitaires ou géminées, et varient beaucoup dans les jardins pour la grosseur et la couleur des fruits. Le second n’est pas épineux ; ses fruits en grappe sont rouges ou blancs. Le troisième a des grappes lâches de baies noires, contenant, ainsi que les feuilles, un principe résineux aromatique.
RENONCULACÉES.
Pour donner une idée suffisante de cette importante famille, nous étudierons successivement YAncolie, Y Ellébore , le Pied d'aoaette, l'Aconit, la Renoncule , la Clématite et la Pivoine.
Les gens de la campagne, frappés de la forme et de l’élégance de YAncolie (fig. 335), ont nommé ses fleurs Gants de Notre- Dame. Ses pétales sont façonnés en forme de cornets creux, recourbés à leur extrémité. Il y en a 5, qui alternent avec autant de sépales, plans et pétaloïdes. Les étamines sont nombreuses, disposées en 10 phalanges, dont 5 alternent avec les pétales et 5 alternent avec les sépales. Leurs anthères sont appliquées contre les filets par toute leur face intérieure et s’ouvrent par deux fentes latérales. 10 de ces étamines, représentées seulement par des filets dilatés sous forme d’écailles membraneuses d’un blanc argenté, plissées sur leurs bords, s’appliquent sur le pistil. Ce dernier organe se compose de 5 ovaires libres, uniloculaires, contenant plusieurs ovules anatropes, insérés sur deux séries verticales contiguës. Ces ovaires se changent, à la maturité, en 5 follicules libres. Les graines qu’ils renferment contiennent un embryon très-petit, placé à la base d’un albumen corné très-abondant. Quant aux organes de la végétation, les tiges sont solitaires, ou plus ou moins nombreuses, droites,
RENONCU LACÉES. 333
plariflores, rameuses supérieurement. Les feuilles, la plupart
Fig. 335. Ancolie.
radicales, sont longuement pétiolées, à divisions de premier ordre longuement pétiolulées et à lobes incisés.
Voili Y Ancolie ( Aquilegia vulgaris ) dans sasimplicité primitive,
FAMILLES NATURELLES
telle qu’on peut la trouver dans les bois montueux, sur la lisière des forêts, à Bondy, Montmorency, Saint-Germain, Versailles, etc. Mais la culture a opéré dans 1 ’Ancolie des modifications bien curieuses. On voit fréquemment, en effet, les 5 pétales en cornet en renfermer d’autres, emboîtés par séries, pendant que 5 autres séries semblables se trouvent vis-à-vis des sépales. Il peut même arriver que la fleur soit entièrement composée de séries de cornets emboîtés les uns dans les autres. Dans d’autres variétés, au contraire, au lieu de cornets creux, on ne trouve plus ({ue des pétales ovales et presque plans, souvent en nombre considérable. Comme dans tous ces cas les étamines deviennent d’autant plus rares que les pétales surnuméraires deviennent plus nombreux, on est porté à penser que la formation de ces pétales n’est point sans quelque relation avec la métamorphose des étamines.
Les Ellébores ont un calice* à 5 sépales, une corolle à 5-10 pétales, courts, tubuleux, bilabiés, des étamines en nombre indéfini et des pistils dont le nombre varie de 2 à 10. Ils sont un peu cohérents à la base, et l’ovaire contient deux séries d’ovules, comme dans le genre Ancolie. Le fruit est également un follicule.
Pour donner au lecteur une idée de l’aspect des plantes propres à ce genre , nous lui présenterons le Pied de Griffon ou Ellébore fétide ( Uelleborus fœtidus ) assez commun dans les lieux pierreux, sur les bords des chemins, dans les clairières des bois, aux environs de Paris. C’est une plante à odeur vireuse, dont la souche épaisse, ordinairement verticale, se termine par une racine pivotante. Les tiges, qui persistent pendant l’hiver, sont longues de 3 à 7 décimètres , robustes , droites , nues dans leur partie inférieure, feuillues supérieurement; elles se partagent en rameaux florifères. Les feuilles, toutes caulinaires, très-coriaces, d’un vert foncé, sont pétiolées, à segments lancéolés, étroits, dentés, ordinairement libres jusqu’à la base. Les fleurs sont penchées, disposées en corymbe rameux. Les sépales sont concaves, dressés, verdâtres, souvent bordés de pourpre. Les follicules sont oblongs, terminés en un long bec.
Tous les Ellébores intéressent les amateurs de jardins, parce