R G AN 0 G R A P II I E ET PHYSIOLOGIE
décorative et à la beauté des formes végétales, l’utilité directe et immédiate.
Les feuilles naissent toujours sur la tige et les rameaux. Rien
Fig. 81 . Feuille de Sagittaire.
Fig. 82. Feuille de Genévrier.
n'est aussi varié que leurs formes dans les différents végétaux
Fig. 83.
Feuille en disque (Capucine.)
qui couvrent et embellissent le globe. Les unes ressemblent à des flèches, comme celles de la Sagittaire (fig. 81); d’autres à
FEUILLES
des aiguilles, comme celles du Genévrier (fig. 82); d’autres à une faux, comme celles de certains Glaïeuls, à une épée comme celles des Iris. Elles affectent tour a tour la forme d un disrjue, comme dans la Capucine (fig. 83), du croissant, d’une spatule, comme dans la Pâquerette (fig. 84), d une lyre, etc.
11 est des feuilles dont les formes sont si étranges que les botanistes les considèrent comme anomales.
Dans 1 q Nepenthes distillatoria (fig. 85), les feuilles sont termi-
Fig. 85. Feuille anomale. (Nepenthes distillatoria.)
nées de la manière la plus singulière. C’est une sorte d’urne, surmontée d’un couvercle, suspendue à l’extrémité d'un pétiole ailé à sa base puis filiforme.
Nous trouvons dans un ouvrage récent le récit d’un fait qui prouve combien l’homme peut quelquefois apprécier les fruits de la prévoyante nature. Un officier de marine, dans un voyage à Madagascar, écrivait ce qui suit à propos de la feuille du Nepenthes distillatoria .
<r Trois jours après mon arrivée à Madagascar, je m’égarai en faisant une excursion dans les alentours, et bientôt à une lassitude excessive vint se joindre la soif la plus ardente. Après avoir longtemps marché, j’allais m’abandonner au désespoir, lorsque j’aperçois, tout près de moi, suspendus à des feuilles, de petits vases, à peu près semblables à ceux dont nous nous servons à bord pour conserver l’eau fraîche. Je crus
ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.
être le jouet d’une de ces hallucinations qui montrent au malade altéré par la fièvre une coupe dont il veut en vain approcher ses lèvres desséchées ; pourtant je m’avance avec hésitation.... j’y plonge un regard avide et inquiet.... O prodige! et jugez de mon bonheur en les voyant remplis d’un liquide transparent et pur. auquel je trouvai, dans un tel moment, une saveur qui me fit préjuger celle du nectar que l’on sert à la table des dieux, i
Dans les Sarracenias , le plus grand nombre de feuilles a la
Fig. 86.
Feuilles en entonnoir. (Sarracenia)
Fig. 87 .
Feuille de Dionée attrape-mouche.
orme d’un long cornet ou d’un entonnoir, comme le montre la figure 86.
Dans la Dionée attrape-mouche (fig. 87), les feuilles sont terminées par deux plaques arrondies, hérissées de poils. Entre ces deux plaques s’étend une charnière qui les réunit, comme le dos d’un livre en retient les deux côtés.
Parmi tant d’espèces de plantes qui ont été décrites, il n’en est pas deux dont les feuilles soient parfaitement semblables.
FEUILLES
* Ces contrastes, dit Auguste de Saint-Hilaire, transportent le naturaliste. Lorsque, traversant les contrées équinoxiales, il voit rapprochées les unes des autres des milliers de formes qui n’ont entre elles qu’un trait de ressemblance, l’élégance et la grâce, lorsqu’il voit le feuillage délicat des Mimosa s’agiter au-dessus de la feuille gigantesque des Scitaminées, et la Fougère mille fois découpée croître sur le tronc des Eugenia avec les /Iro» méliées et les Tillandsia, aux feuilles roideset immobiles. »
Hien plus, on ne trouve pas dans la nature deux feuilles exac-
Fig. 88. Rameau de Mûrier à papier.
tement semblables. Quelquefois la môme plante en réunit qui ont entre elles moins de ressemblance que celles de deux espèces différentes. Le Mûrier à papier (fig. 88) a tout à la fois des feuilles en forme de cœur et des feuilles lobées. Dans la Valériane phu, les feuilles inférieures sont entières et celles du sommet découpées. Dans la Renoncule aquatique (fig. 89), les feuilles qui végè-
88 ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.
lent dans l’eau sont divisées en lanières si étroites quelles
Fig. 89. Feuilles aériennes et submergées de la Renoncule aquatique.
Fig. 90. Feuilles aeriennes et submergées de la Sagittaire.
paraissent réduites à leurs nervures, tandis que les feuilles
FEUILLES
aériennes sont entières et en forme de disque, plus ou moins découpé. Si la Sagittaire croît dans des eaux courantes, ses feuilles submergées forment de longs rubans; si elle végète sur le bord des étangs tranquilles, ses feuilles émergées ressemblent à des flèches (fig. 90).
11 n’y a pas moins de diversité dans la longueur et la largeur des feuilles que dans leur forme. Tandis que certaines feuilles n'ont qu'une demi-ligne de longueur, d’autres atteignent une dimension de 5 à 6 mètres.
Le volume des feuilles n’est pas toujours proportionné à la -grosseur de la tige qui les porte. La feuille d’une petite plante, la Patience sauvage, couvrirait plusieurs centaines de fois la feuille du Mélèze, arbre imposant de nos i montagnes; et il y a mille fois moins de matière végétale dans la feuille du ' Sapin ou du Cèdre du Liban que dans celle du Bananier.
La feuille se compose habituellement de deux parties : un support, ou pétiole, une lame, ou limbe.
Lorsque le pétiole manque, comme ■ dans le Lin (fig. 91 ), la feuille est dite sessile.
La feuille est simple si le limbe est unique; elle est composée lorsque plusieurs petits limbes, parfaitement distincts les uns des autres, s’attachent à un pétiole commun, par l’intermédiaire de petits pétioles, souvent trèscourts, et nommés pètiolules. La feuille du Tilleul (fig. 92) est simple; celle du Robinia, ou Faux acacia, est (fig. 93) composée.
Il arrive quelquefois que le pétiole commun se ramifie, et porte des pétioles de deuxième ou de troisième ordre, sur lesquels s insèrent des pètiolules, avec leur foliole. C’est ce qui se passe dans le Gleditschia triacanthus (fig. 94), et dans le Pigamon: on nomme ce genre de feuilles décomposées.
Le limbe des feuilles est souvent continu dans tout son pourtoui, comme on le voit dans le Buis, Y Ii is, etc. Mais il n’en est
90 ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.
pas ainsi dans la plupart des végétaux. Le bord du limbe de la feuille est d’ordinaire plus ou moins profondément découpé. C’est d’après la forme et la profondeur de ces découpures qu’on dé-
Fig. 93. Feuille composée. (Robinia.)
Fig. 92. Feuille simple. (Tilleul.)
signe les feuilles sous les noms de dentées, crénelées, en scie, lobées, /ides ou fendues, partîtes, etc., etc.
Les feuilles sont dentées quand le bord du limbe est découpé
en dents aiguës, comme dans le Châtaignier (fig. 95) ; crénelées quand le bord du limbe est taillé en parties saillantes, mais arrondies, comme dans une feuille de Saxifrage (fig. 96). Elles
^*8- Fig. y]'
euille crénelée. Feuille bilobée.
Sa3[ifr:lge-) (Gingko.)
Les feuilles sont fxdes ou
Fig. 98.
Feuille bifide, i Bauhinia.)
fendues, quand leurs divisions
FEUILLES: 91
sont lobées, quand le limbe esl divisé plus profondément, en
Fig. 94. Feuille décomposée. (Gleditschia triacanthus.
lobes élargis. La feuille du Gingko (iig. 97) est une feuille bilobée
Fig. 95. Feuille dentée. (Châtaignier.)
descendent environ jusqu’à la moitié du limbe. La feuille du Bauhinia (fig. 98) donne une très- bonne idée d’une feuille bifide. La feuille de Iiicin (fig. 99) est fendue en huit sections.
Enfin les feuilles sont parûtes , quand les incisions pénètrent jusqu’au pétiole, ou atteignent la côte moyenne du limbe,
Fig. 99. Feuille de Ricin. Feuille bipartite.
comme dans la figure 100 et dans la figure 101, qui représente la feuille du Chanvre; comme dans celle de 1 Echinops sphærocephalus{ fig. 102), et celle du Scolymus kispanicus (fig. 103), dans lesquelles les divisions du limbe sont plus multipliées encore.
Le limbe de toute feuille est parcouru par des lignes proéminentes, plus saillantes sur la face inférieure que sur la face supérieure, et qui portent le nom de nervures.
La disposition des nervures ne s’écarte pas de trois types principaux. Dans le Châtaignier, dont la feuille estdéjà représentée plus haut (fig. 95), on voit une nervure principale qui va de la base au sommet du limbe, en émettant à droite et à gauche des
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FEUILLES
nervures secondaires parallèles, disposées comme les barbes d’une plume. Dans les Mauves (tig. 104), cinq nervures principales partent du sommet du pétiole, et vont en rayonnant dans
Fig. loi. Feuille de Cbanvre.
le limbe, comme les doigts de la patte d’un oiseau palmipède. Dans 17ns dont la feuille a déjà été représentée page 36, figure 29,
Fig. 102. Feuille d'Echinops spbærocephalus.
un très-grand nombre de fines nervures partent de la base du limbe, et marchent vers son sommet, en restant toutes parallèles entre elles.
ORGANOGR APHIE ET PHYSIOLOGIE.
Le pétiole peut être long, court, ou, comme nous l’avons déjà dit, manquer tout à lait. 11 est souvent cylindrique, quelquefois renflé, comme dans la Châtaigne il' eau; ailleurs comprimé, comme dans le Bouleau et plusieurs peupliers; chez lesquels la surface
Fig. 103. Feuille de Scolymus hispanicus.
la plus large, au lieu d’être continue avec le limbe, y aboutit à angle droit. Dès lors le pétiole soutient mal le limbe; il présente au vent ses deux côtés élargis, ce qui fait osciller et trembloter la feuille.
Nous venons de dire que le pétiole de la feuille peut manquer. Le limbe même peut faire défaut, la feuille est alors réduite à son pétiole. Mais alors, obéissant dans ce cas à cette loi de balancement ou de compensation des organes, qui veut que quand une partie avorte , la partie voisine prenne un plus grand développement, la nature élargit ce pétiole, qui ressemble dès lors à un ruban, à une sorte de limbe, ce qui fait qu’on l’a pris longtemps pour une feuille. Il s’en distingue par la disposition de ses nervures, et aussi parce fait, qu’au lieu d’être comprimé de façon à présenter une face supérieure et une face inférieure, sa tranche se trouve au contraire en haut et en bas et ses faces sont latérales. On donne à ce
Fig. 104.
Nervures de la feuille de Mauve.
FEUILLES
étiole le nom particulier de phyllode. L Acacia heterophylln fig. 105) est d’une observation très-instructive à cet égard. Un trouve tous les degrés intermédiaires entre une feuille composée parfaite et un phyllode : on y voit le pétiole saplatii et iélargir d’autant plus que le limbe s amoindrit davantage.
Fig. 105. Feuille d'Acacia heterophylla.
Cette transformation du pétiole, très-fréquente chez les Acacias e la Nouvelle -Hollande, se retrouve dans plusieurs autres lanles appartenant aux groupes des Légumineuses, des Ombellères et des Kenonculacées.
Les feuilles se transforment en d’autres organes avec une tonnante fréquence. C’est par les modifications des feuilles que i nature produit un grand nombre d’organes essentiels dans î vie des plantes.
Les feuilles se changent en écailles: l'Asperge (lig. 106) nous en tire un bel exemple; — en vrilles , comme on l’observe dans le