LES ALGUES
De tous les végétaux connus, les Algues présentent l’organisation la plus simple. 11 en est qui se réduisent à une simple cellule vivante. On pourrait dire que les Algues sont aux végétaux ce que les Zoophytes sont aux animaux.
Les Algues sont des plantes aquatiques. Elles croissent dans les marais, les lacs, les ruisseaux, les fleuves, les sources thermales et les mers. Elles n’ont ni feuilles ni axe bien déterminés. Les unes ne sont que des filaments d’égale dimension, dans toute leur étendue ; les autres, plus ou moins élargies et plus ou moins découpées à leur partie supérieure, se resserrent en une sorte de tige à leur partie inférieure, et se terminent, à la base, en une espèce de griffe, à l’aide de laquelle elles se fixent et se cramponnent sur des corps solides, ce qui les empêche d’être à la merci des flots. Les Algues sont rouges, jaunes, brunes ou vertes, selon les espèces. ,
Une certaine relation paraît exister entre la grandeur des Algues et l’étendue des mers qu’elles habitent. Dans les mers de peu d’étendue vivent de petites Algues; dans les Océans, des
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Algues gigantesques, et d’autant plus gigantesques que les Océans sont eux-mêmes plus considérables. Dans la Méditerranée, par exemple, habitent des Ulvn, des Ceramvum, des Caulerpa; dans l’océan Atlantique, des Sargassum, des Cystoceyra; dans l’océan Arctique, des Fucus immenses, des Laminaria. Enfin, l’océan Antarctique renferme des Algues de si grandes dimensions, qu’on les a comparées à des arbres marins : telle est le Durvilleu ( Laminaria buccinaris), qui entravait la marche des navires de l’amiral Dumont-d’Urville. Tout le monde a vu sur les cartes géographiques la Mer des Sargasses, qui occupe les parties centrales de l’océan Atlantique. Le grand banc de Sargasses de l’Atlantique se trouve entre le 19' et le 34'degré de latitude, entre les Açores, les Canaries et les îles du cap Vert. Son étendue est à peu près six fois celle de la France. Les Sargassum se présentent, sur plusieurs points de l’océan Atlantique , comme d’immenses prairies flottantes arrachées des profondeurs du bassin de la mer. Pour donner une idée des dimensions de quelques espèces d’Algues arborescentes qui forment ces forêts sous-marines, nous citerons le Macrocystis pirifera, qui peut atteindre l’énorme longueur de 500 mètres.
La structure intérieure des Algues est celluleuse. Dans ces plantes il n’existe aucune trace de vaisseau, et par suite aucune circulation. Leur mode de reproduction est extrêmement varié. Ce n’est que depuis une vingtaine d’années que, grâce a des moyens d’investigation précis, on est arrivé à des renseignements exacts sur ce sujet.
Entrer dans des considérations générales sur la végétation et la reproduction des Algues serait peu avantageux dans un ouvrage comme celui-ci. Au lieu de présenter des généralités sur ces faits, nous choisirons un certain nombre de types connus L’histoire de ces quelques êtres, pris comme exemples, éclairera d’un jour suffisant la famille tout entière.
Le Nostoc. — Vers la fin de l’année, en automne, dans les jours humides, ou après une ondée de pluie, on rencontre fréquemment, sur le bord des chemins ou dans les allées des jardins, de petites masses gélatineuses, verdâtres, plus ou moins globuleuses et plissées : ce sont diverses espèces de Nostoc. Nous allons faire connaître l’organisation de ces curieuses plantes, d’après
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l’étude que M. Thuret a faite du Nostoc verruqumx , qui croît dans les ruisseaux des environs de Paris, attaché aux pierres submergées, sur lesquelles plusieurs individus agglomérés forment comme des tapis d’un vert presque noir.
Chaque Nostoc est une sorte de vessie irrégulière (fig. 354) plissée, arrondie, ferme, remplie d’une gelée verdâtre, dont l’aspect et la consistance rappellent parfaitement la pulpe d’un grain de raisin. Au sein d’une matière gélatineuse trèsabondante, se trouvent des filaments nombreux, composés de globules sphériques, placés bout à bout comme les grains d’un chapelet, et formés d’une matière granuleuse d’un vert bleuâtre. La figure 355 représente les sortes de chapelets qui occupent l’intérieur du Nostoc, et accompagnent la matière mucilagineuse. Lorsque la plante est n parvenue à tout son développement, la pellicule
interne, formée par le mucilage épaissi, se crève et laisse échapper une gelée verte, formée de mucilage et de chapelets. Ceux-ci se répandent dans l'eau, avec d’autant plus de facilité, qu’ils sont doués à cette époque d'un mouvement spontané très-sensible.
Fig. 354. Nostoc verruqueux.
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i Pour bien observer ce phénomène, dit M. Thuret, te moyen le plus simple est de déposer de beaux échantillons fraîchement recueillis dans une assiette pleine d’eau. Au bout de deux ou trois jours, la pellicule externe se rompt , les chapelets se répandent dans l’eau.... Si alors on a recours au microscope, on verra que ces chapelets, originairement très- longs et contournés de mille manières, se sont divisés en nombreux fragments de longueur inégale, presque tous droits ou à peine flexueux, qui se meuvent dans le sens de leur longueur et semblent ramper sur les lames de verre du porte-objet. Leur marche est lente, mais bien sensible.... Si l’on continue les observations pendant quelques jours , on verra les chapelets , devenus immobiles , augmenter de grosseur en même temps qu’il se développe un mucilage dont ils sont entourés comme d’une gaine transparente. Bientôt les grains, considé-
Fig. 355.
Chapelets contenus dans le Nostoc.
rablement élargis, se divisent pour en former deux autres, mais latéralement. Cette formation se répète plusieurs fois, et il semblerait naturel d’y chercher l’origine de nouveaux chapelets. Malheureusement, l'augmentation du nombre des grains, en diminuant la transparence, ne permet plus d’en suivre l’accroissement avec la même facilité. »
On voit que ces plantes sont d’une organisation tout à fait rudimentaire, et que leur mode de reproduction, qui consiste dans la segmentation , dans la division de l’individu en individus nouveaux, semble les rapprocher des animaux inférieurs, plu tôt que des végétaux.
Le Nostoc , sans doute en raison de l’extrême promptitude de sa végétation, avait beaucoup attiré l’attention des alchimistes, qui mentionnent souvent cette plante, et la font entrer dans plusieurs de leurs recettes pour la prétendue transmutation des métaux.
Le Vaucheria. — Les touffes du Vaucheria sont formées d’un réseau de filaments cylindriques, rameux, continus, qui renferment des granules verts et un mucilage incolore. Cette petite plante, commune dans les marais, est très-remarquable par ses divers modes de reproduction. Elle a été l’objet des études les plus intéressantes de la part de MM. Thuret et Pringsheim. Ses spores reproductrices sont, comme on va le voir, douées, à une certaine époque de leur existence, d’un véritable mouvement. On croirait voir des animaux marcher. Ce fait bien remarquable montre combien il est souvent difficile d’établir des différences précises entre les animaux et les plantes, et de poser
des limites absolues à ce que l’on nommait autrefois les règnes de la nature. b
Voici de quelle manière étrange se fait la reproduction du Vaucheria.
L’extrémité des filaments de celte Algue se renfle en forme de massue, et la matière verte s’y condense, au point de prendre une teinte noirâtre. La figure 356 représente les altérations successives que présente l’extrémité du Vaucheria au moment où s’opère le travail qui prépare la reproduction. Nous avons indiqué par les lettres a, b , c,d, e, ces divers états de modification progressive. On voit, selon M. Thuret, les granules s’écarter peu à peu les uns des autres vers la base du renflement, en laissant un espace vide Puis les granules se rapprochent et se rejoignent de nouveau. Mais
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alors un grand changement a eu lieu, car cette opération singulière détermine la séparation de la plante mère et du corps reproducteur, ou spore. Désormais la spore, revêtue d’une membrane propre, possède une organisation distincte. C’est alors que le moment de la crise approche. L’extrémité supérieure de cette spore fait tout à coup hernie (fig. 357). En même temps, elle
Fig. 356. Fig. 357. Spore de Vaucheria
Vaucheria. s'échappantaudehors. “
commence à tourner sur son grand axe; si bien que l'on voit tous les granules qu’elles contient, passer rapidement de droite à gauche et de gauche à droite, comme s’ils se mouvaient à l’intérieur d’un cylindre transparent. L’étroite ouverture par où la spore cherche à sortir, détermine un étranglement très-marqué. En peu d'instants, elle réussit à jio se dégager, et s’élance rapidement dans l’eau, spore de vaucheria. jjng fois détachée de 1 individu mère, la spore (fig. 358) ne cesse pas de tourner sur elle-même; mais sa marche est assez irrégulière, plus vive et plus lente dans une direction ou dans une autre. En général, elle gagne immé-
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Fig. 359.
Spore de Vaucheria, avec ses cils vibratiles.
diatement les bords de la lame de verre sur laquelle l'observation se fait, comme si elle cherchait à s’échapper; quelquefois elle s’arrête, puis un instant après elle reprend sa course.
Toute la surface de cette spore est couverte de cils vibratiles (fig. 352) qui sont invisibles à cause de la rapidité de leurs mouvements. Pour les bien voir, il faut les arrêter au moyen de quelque réactif, tel que l’opium ou l’iode. Les effets de ces deux réactifs sont très-remarquables. L’opium diminue assez les mouvements de la spore du Vaucheria pour que le jeu de ces organes soit nettement per ceptible. L’iode les arrête brusquement, et les rend visibles par ce brusque arrêt. L’eau iodée dont s’est servi M. Thuret, ne contenait que d’iode.
Cet observateur a pu suivre les mouvements d’une spore de Vaucheria dans l’eau pendant plus de deux heures. Enfin, les cils cessent de se mouvoir, la spore reste immobile, et elle ne tarde pas à germer (fig. 360), pour donner naissance à une Algue, à un nouveau Vaucheria.
Voilà un bien étonnant phénomène. Ces jeunes êtres sont-ils vraiment des plantes?
Les botanistes allemands les appellent des zoospores. Ils les identifient avec les animaux, faisant remarquer que les animaux seuls ont des organes de mouvement, et que les cils vibratiles dont est pourvue la spore du Vaucheria, sont de véritables organes de mouvement.
Ainsi, d’après certains naturalistes alle-
Fig. 36o.
Jeune Vaucheria.
mands, dès le début de leur vie, les Algues seraient de véritables animaux, qui deviendraient des plantes en se fixant et commençant à germer. Les botanistes français sont plus timides dans leurs vues; ils n’osent pas prononcer sur l’animalité de ces êtres. Nous devons nous borner à exposé ici les deux opinions.
Quand la spore est devenue immobile, elle se développe régulièrement. U est facile de suivre sous le microscope les progrès
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