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Fig. 361. Lacornicule et le sporange du Vaucheria
un peu avant la fécondation.
de cette germination. L’allongement des filaments s’opère pour ainsi dire à vue d’œil. M. Thuret assure avoir mesuré plus d’une fois un accroissement de ^ de millimètre en une heure.
Outre cette multiplication non sexuelle par des zoospores, on a récemment découvert dans cette même plante une véritable reproduction sexuelle, opérée à l’aide de deux organes distincts,
nés à peu de distance l’un de J’autre sur les filaments. L’un (figure 361, A) est une sorte de rameau court, recourbé sur lui-méme en colimaçon, et qu’on nomme cornicule; l’autre (B) est une sorte d’ampoule légèrement amincie en façon de bec, et qu’on nomme sporange. Oes deux organes sont séparés l’un de l’autre sur le tube qui les porte, par une cloison transversale. Dans 1 intérieur du sporange, et vers sa base, on trouve des grains verts, tandis que vers son bec se présente une matière incolore, très-finement granuleuse. Dans la portion extrême de la cornicule, qui est limitée par une mince cloison, on trouve un grand nombre de petits bâtonnets, plus ou moins enveloppés d’un mucilage incolore.
Tel est l’état des choses lorsque la fécondation va s’opérer. A ce moment, la membrane du sporange se rompt a son bec, et la matière contenue dans cet espèce de sac sort par 1 ouverture
(fig. 362). Immédiatement après que le sporange s’est ouvert, la cornicule, par une coïncidence merveilleuse s ouvre aussi à son extrémité et verse son contenu à l’extérieur. D’innombrables corpusdansle sporange. cu]eSj exlrémement petits, en
forme de bâto'nnets, c’est-à-dire des anthérozoïdes, sortent donc par l’orifice de la cornicule. Us pénètrent dans 1 ouverture adjacente du sporange (fig. 363) et la remplissent presque entièrement. Arrivés à la surface de la couche muqueuse et granu-
Fig. 362. Anthérozoïde de Vaucheria.
Fig. 363.
Anthérozoïde de Vaucheria pénétrant
ALGUES
leuse, qui les empêche, à cause de sa consistance, de pénétrer plus avant, ils s’avancent, reviennent en arrière et continuent ce mouvement de va-et-vient pendant plus d’une demi-heure, offrant à l'observateur le spectacle le plus singulier. Bientôt il se forme, en avant de la couche muqueuse, une cloison, qui empêche l’action ultérieure des corpuscules locomoteurs de s’exercer davantage sur elle. Leurs mouvements durent encore pendant une heure; mais ils deviennent de plus en plus lents, pour cesser enfin tout à fait, et ils disparaissent complètement au bout de quelques heures.
C’est après l’introduction des anthérozoïdes dans le sporange qu’une grosse cellule, ou spore , se forme dans l’intérieur du sporange qu’elle remplit complètement. D’abord verte, cette cellule pâlit peu à peu, et présente dans son intérieur plusieurs corps plus gros et d’un brun sombre (fig. 364). Bientôt elle s'isole du tube, parce que la membrane du sporange commence à se décomposer. Au bout d’un temps assez long (trois mois environ), cette spore commence à redevenir verte, et peu à peu elle s’allonge en un jeune tube de Vaucheria
qui deviendra parfaitement semblable à la plante mère (fig 365 et 366).
Fig. 36'j.
Fig. 365. Spores de Vaucheria en germination. Fig. 366.
lel est le double et singulier mode de fécondation dans le Vaucheria. Il avait été jadis entrevu par Vaucher, qui reconnut le premier et soupçonna l’importance des cornicules. Mais nous devons la relation complète et circonstanciée que nous venons
3P0 FAMILLES NATURELLES
de présenter ici, ù M. Pringsheim, habile anatomiste allemand.
Le Sphæi'oplea. — Le Sphæroplea annulina est une Algue d’eau douce, qui se compose de longs filaments, formés de cellules plus ou moins allongées, et associées bout à bout. Ces cellules contiennent, à l’état adulte, de la chlorophylle, un liquide aqueux et des granules de fécule, le tout réparti de telle façon que l’élément liquide forme de gros utricules ou vacuoles, alignées comme les perles d’un collier (fig. 367, A).
Au mois d’avril, le contenu de certaines cellules se modifie, de manière à prendre un aspect spumeux par la multiplication des vacuoles (fig. 367, B); puis, par la condensation de la matière verte et des giains d’amidon, la forme de la figure C a, et par la disparition de la plupart des vacuoles celle de la partie b de la même figure, où de grandes vacuoles aplaties représentent des logettes superposées. Bientôt ces mêmes cellules contiennent un grand nombre de masses globuleuses et libres (fig. 367, D). Ces masses sont de jeunes spores molles, élastiques et dépourvues de membrane.
Longtemps avant que le contenu des cellules ait subi les transformations que nous venons d’indiquer, la membrane propre des cellules offre, en certains points, de petites ouvertures dont le diamètre varie de à ^ de ligne (fig. I) et E, o).
Mais toutes les cellules du même filament de Sphæroplea ne présentent pas les modifications qui viennent d’être décrites, et dont le résultat final est de les convertir en sporanges, remplis d’une multitude de spores. Il se passe, en même temps, des phénomènes très-différents. Les anneaux interposés aux vacuoles incolores de viennent rougeâtres, et les granules d’amidon qu’ils contenaient disparaissent (fig. 367, E,a). Bientôt la matière orangée s’organise en une infinité de corpuscules courts et confondus dans un inextricable agencement. Les anneaux se décomposent. On voit soudain un des corpuscules plongés dans leur substance se dégager et se mouvoir dans la cavité cellulaire; puis d'autres corpuscules semblables, de plus en plus nombreux , donnent l’exemple du même phénomène. Le mouvement qui les anime, devient incessamment plus vif; et en peu de minutes toute la substance de l’anneau que l’on considère, se résout en une in-
ALGUES
nombrable multitude de corpuscules. Puis un second et un troisième anneau de la môme cellule subissant le sort du pre-
Fig. 367. Reproduction du Sphæropiea.
mier, celle-ci se trouve en définitive toute remplie de corpuscules allongés qui s’agitent et fourmillent en tous sens (fig. 367, E, b).
F A M I LL E S NA TURELLES.
On voit avec un plus fort grossissement ces corpuscules mobiles sur la môme figure 367.
« C’est un spectacle vraiment surprenant, dit M. F. Cohn, professeur de botanique à l’université de Breslau , auquel on doit ces intéressantes observations, que celui de tous ces mouvements d’une incroyable vivacité au sein de la cellule mère.... La membrane des cellules s’est percée à un moment donné d’une ou plusieurs ouvertures, sembla blés pour la forme et les dimensions à celles que nous avons vues chez les cellules sporanges. Un premier corpuscule s’échappe de leur cavité par une de ces perforations ; d’autres le suivent et bientôt ce sont des multitudes de ces corpuscules qui sortent à la fois. Leur mouvement dans l’eau est d’abord très-lent ; souvent l’issue que les corpuscules baculi formes voudraient forcer est obstruée par une vacuole qui y applique son enveloppe mucilagineuse ; les corpuscules s’épuisent en vain contre cet obstacle. Je les ai vus après douze heures d’efforts s’agiter encore tumultueusement dans leur prison, puis rentrer enfin dans le repos et se transformer en vésicules jaunâtres.... Les corpuscules agiles, dont il vient d’être question, mesurent environ ^ de ligne en longueur; leur forme est cylindroïde allongée et rappelle celle de certains petits coléoptères curculionides. Leur extrémité postérieure est un peu renflée, parfois aplatie et élargie à la fois; elle est teintée de jaunâtre et laisse fréquemment distinguer dans son intérieur quelques granules ; l’extrémité antérieure s’allonge au contraire en une sorte de rostre étroit et hyalin qui porte à son sommet deux longs cils. Ceux-ci sont surtout bien visibles dans une solution iodée qui éteint la vie des corpuscules.... Ce mouvement des corpuscules cilifères dont nous parlons est caractéristique ; sont-ils doués de peu d’énergie vitale, ils ne font qu’osciller de leur rostre, comme en tâtonnant; s’ils se meuvent plus rapidement, ils tournent autour de leur axe transversal médian, comme le ferait un bâtonnet qui, étant solidement tenu par son milieu, recevrait un mouvement de rotation;... on en voit aussi qui se meuvent en rond sur eux-mêmes sans changer de place à la manière du chat qui court après sa queue ; mais la plupart du temps, ils décrivent une cycloïde par un mouvement de progression saccadé et comme par sauts ; plus rarement s’avancent-ils en droite ligne. Leur tendance naturelle vers la lumière est indiquée par ce fait que, dans la goutte d’eau où je les observais, ils s’amassaient volontiers vers le bord qui regardait la fenêtre de ma chambre.
La ressemblance extérieure de ces corpuscules avec les anthérozoïdes des Vaucheria m’autorisait déjà à leur attribuer des fonctions analogues, lorsque j’eus la satisfaction de constater leur faculté fécondatrice avec toute l’évidence quffl est possible de désirer dans l’observation des phénomènes de la nature.... Quand ces anthérozoïdes, devenus libres, se sont répandus dans l’eau, ils se réunissent au bout de peu de temps autour des cellules dont le contenu s’est organisé en spore. Ils s’agitent tumultueusement près de chacune de ces cellules; ils s’attachent à ses parois, la quittent un instant, puis reviennent aussitôt. Enfin, un des corpuscules s’ap-
A LG U ES.
proche de l’une des petites ouvertures que nous savons exister dans la membrane des sporanges; il s’y tient fixé et y introduit son rostre délié. Quelquefois la partie postérieure de son corps est trop large pour passer impunément; alors on le voit se pousser avec effort en s’aidant sans relâche de son rostre et se faire plus petit en se contractant sur lui-même; enfin, il force le passage et pénètre dans la cavité du sporange. En même temps , d’autres anthérozoïdes pénètrent par la môme voie ou par d’autres pertuis. Trois ou quatre sont souvent engagés k la fois dans la même ouverture; les plus petits passent sans obstacle au premier élan, et leur mouvement de translation du liquide où ils nagent dans le sdin du sporange décrit de grands cercles et constitue un phénomène extrêmement curieux à observer. Au bout de quelques instants, il y a dans le sporange plus de vingt anthérozoïdes qui s’agitent autour des jeunes spores. Cellesci sont, comme je l’ai dit plus haut, de petites sphères lisses, plus ou moins complètement remplies de chlorophylle, et enveloppées d’une couche muqueuse qui n’a point les caractères d’une membrane de cellulose. Les spermatozoïdes se jettent d’une spore sur une autre, comme si une force électrique les attirait et les repoussait alternativement, et cela si rapidement que l’œil a peine à les suivre. Souvent ils se portent avec la même agilité d’un bout du sporange à l’autre, en même temps l’agitation de leurs cils vibratiles imprime aux spores un mouvement lent de rotation.... J ai vu les anthérozoïdes s’agiter confusément dans la cavité des sporanges pendant plus de deux heures. Leur mouvement se ralentit ensuite peu à peu et ils finissent par s’appliquer à la surface des jeunes spores. On en voit un ou deux se fixer par les cils et le rostre sur chacun de ces corps et y demeurer comme implantés; ils y oscillent encore longtemps, puis enfin ils deviennent tout à fait immobiles et s’appliquent de toute leur longueur sur la spore , leur corps perd sa forme, il n’est bientôt plus qu’une gouttelette muqueuse dont une partie semble être absorbée par la spore de sphæroplea. spore.... La spore primordiale fécondée se recouvre bientôt d’une véritable membrane cellulaire (fig. 368). »
Quand ces spores se disposent à germer, leur contenu subit plusieurs modifications. Il devient grenu, prend une teinte assombrie de brun rouge, et un cercle plus transparent se montre dans son centre. Fréquemment la matière rouge se teint en vert avant la germination; ce changement de couleur se produit peu à peu de l’extérieur de la spore vers le centre de sa cavité. Tout le contenu plastique de ce corps finit par se diviser d’abord en deux, puis en quatre, puis en un plus grand nombre de parties (fig. 369, o, ô, c), qui rompent leur double enveloppe, pour se répandre librement dans l’eau, comme autant de zoospores.
Fig. 3G8.