FAMILLES N A T U R E I . L E S
La forme de ces zoospores est inconstante, comme leur volume et leur couleur. Pendant plus d’une heure, ces corpuscules, munis de deux cils à leur rostre, s’agitent d’un mou-
Fig. 369.
Spores
de Sphæroplea
en germination.
ventent lent et saccadé. Ce mouvement s’interrompt de temps en temps, par de longues pauses, et parfois l’on croirait les corpuscules rentrés pour toujours dans le repos, lorsque, après
plusieurs heures d’immobilité, ils se prennent tout à coup à pirouetter de nouveau.
Lorsque ces zoospores se mettent à germer, ils s’allongent de plus en plus en façon de fuseau (fig. 370, a, b, c, d,e, f), et bientôt la petite plante, jusque-là formée d’une seule cellule, se partage en deux compartiments égaux, puis successivement en un plus grand nombre de cellules au fur et à mesure qu’elle grossit, et elle finit par devenir un nouveau Sphæroplea.
Telle est l’histoire du Sphæroplea annulina. Nous n’avons retranché que très-peu de chose au récit de M. Gohn. Ces détails étranges font naître chez le naturaliste .et le penseur une admiration profonde.
Voilà des individus placés au plus bas de l’échelje végétale, et qui se reproduisent en émettant des germes qui sont doués d’un mouvement propre, et semblent guidés dans leurs évolutions par un véritable instinct. A la vue de ces mouvements volontaires et presque réfléchis dans les jeunes
Fig. 379. Germination du Sphæroplea.
ALGUES
générations d’un végétal inférieur, on est entraîné à les considérer, avec les Allemands, comme des animaux, lesquels en se tenant immobiles et se fixant sur un objet quelconque, deviendraient des végétaux. Mais combien ces faits bouleversent les notions généralement reçues sur les distinctions des animaux et des plantes! Pour savoir en quoi la vie consiste, il ne suffit pas de la contempler chez les êtres supérieurs, il faut la suivre dans toute la série de la créaiion, depuis l’homme jusqu’à l’humble Sphæroplca.
Le Fucus vésiculeux (fig. 371). — Voici l’Algue la plus vulgaire,
la plus connu .- de ces végétaux inférieurs. Le^ Fucus vésiculeux est une Algue qui croît abondamment sur les rochers, au nord de l’Océan et de la Méditerranée. Elle sert, dans le Nord, à couvrir les toits rustiques. On la coupe deux fois l’an, pour la brûler, et
retirer de ses cendres de la soude, ou bien pour fumer les terres. La partie plane de sa fronde bifurquée est parsemée de vésicules globuleuses, pleines d'air, qui sont probablement destinées à soutenir la plante dans l'eau, et remplissent la même fonction que la vessie natatoire des poissons. Des tubercules mamelonnés recouvrent l’extrémité de ces bifurcations de la fronde.
Si l’on retire de l’eau certains échantillons de ce Fucus à l’époque où ces tubercules sont bien développés, on s’aperçoit bientôt que leur orifice est obstrué par une goutte d’une liqueur rougeâtre. D’autres échantillons de ce même Fucus offrent, dans les mêmes circonstances, une sorte de sécrétion, non plus rougeâtre, mais olivâtre.
Cette différence d’aspect semble, au premier abord, indiquer
Fig. 372. Conceptacle mâle de Fucus végétaux coupé transversalement.
une différence de constitution et de rôle physiologique dans les tubercules portés sur des frondes différentes. En effet, chacun de ces tubercules n’est autre chose qu’une cavité, ou conceptacle, renfermant soit un appareil fécondateur, soit un appareil de fructification, et ces appareils sont portés sur des individus différents. Le Fucus vésiculeux peut donc être considéré comme dioïque.
MM. Thuret et Decaisne on: fait sur la structure des concep-
ALGUES
tacles mâles et femelles de cette Algue et sur son mode de fécondation des observations très-curieuses.
Étudions la structure des conceptacles mille et femelle.
On trouve dans les conceptacles milles (fig. 372) des sacs ovoïdes contenant une masse blanchâtre, parsemée de granules rouges. Ces sacs, désignés sous le nom d’anthèridies , sont portés sur des poils rameux, articulés, qui remplissent presque tout le conceptacle. Us renferment de nombreux corpuscules, transparents, d’une grande ténuité, pourvus d’un granule orangé ou rougeâtre. Ces copuscules portent le nom d 'anthérozoïdes-, ils s’agitent avec une extrême vivacité, dès qu’ils sont mis en liberté. Leurs organes locomoteurs consistent en deux cils pro
Fig. 373. Coupe transversale d'un conceptacle femelle de Fucus vés culeux renfermant les spores.
digieusement ténus, dont l’un, plus court, paraît inséré vers l’extrémité la plus étroite du corps, laquelle est toujours en avant pendant la progression. Le deuxième cil traîne derrière le corpuscule.
On trouve dans les conceptacles femelles (fig. 373) des sacs membraneux plus ou moins sphériques ou oblongs, renfermant une masse arrondie, opaque, d’un brun grisâtre, divisée en huit parties. Ces sacs, ou sporanges, sont portés sur un court pédicule et environnés de filaments articulés.
Lorsque le sporange s’ouvre, comme le fait l’anthéridie
FAMILLES NATURELLES
à un moment donné, la masse qu’il contient est mise en liberté en conservant sa forme première, grâce à une membrane qui retient les éléments ou spores qui la constituent fortement serrés entre eux. Mais les choses ne restent pas longtemps en cet état : les spores s’isolent de plus en plus dans le revêtement membraneux qui les retient prisonnières, et finalement elles deviennent libres. Elles sont alors parfaitement rondes, d’un jaune olivâtre, et absolument dépourvues de téguments.
M. Thuret, à qui l’on doit de très-bonnes observations sur la structure admirable de ces végétaux inférieurs, a établi, par ses expériences, ce que deviennent les spores dégagées de leurs enveloppes, suivant qu’elles sont mises en contact avec les anthérozoïdes, ou soustraites à leur action :
c Lorsque les frondes mâles, faciles à reconnaître par la couleur jaunâtre de leurs réceptacles, dit-il, sont placées quelque temps dans une asmosphère humide, il se produit un effet analogue à celui que j’ai décrit dans les plantes femelles. Les anthéridies, expulsées en immense quantité hors des conceptaclcs, viennent former à la surface de la fronde, à l’entrée de chaque ostiole , de petits mamelons visqueux, de couleur orangée. Que l’on détache un peu de cette matière visqueuse avec une aiguille, et qu’on l’examine au microscope dans une goutte d’eau de mer, on verra qu’elle est entièrement composée d’anthéridies qui , presque aussitôt , se vident des anthérozoïdes qu’elles renferment. Ceux-ci s’agitent avec la plus grande vivacité, et leurs mouvements se prolongent quelquefois jusqu’au lendemain, mais en diminuant peu à peu d’intensité. Le troisième jour au plus tard ils se décomposent.
Pour féconder les spores et les mettre en état de germer, il suffit de mélanger à l’eau qui les baigne quelques anthéridies. Si l’expérience est faite sur une lame de verre et que les anthérozoïdes soient en quantité assez considérable, on sera témoin d’un des plus curieux spectacles que l’étude des Algues puisse donner l’occasion d’observer. Les anthérozoïdes s’attachant en grand nombre aux spores, leur communiquent, au moyen de leurs cils vibratiles, un mouvement de rotation quelquefois très-rapide. Bientôt tout le champ du microscope est couvert de ces grosses sphères brunâtres , hérissées d’anthérozoïdes qui roulent dans tous les sens, au milieu du fourmillement de ces corpuscules.
Après s’étre prolongée environ une demi-heure, rarement plus longtemps, la rotation des spores cesse; les anthérozoïdes continuent à s’agiter quelque temps, mais avec moins de vivacité, jusqu’à ce qu’enfin tout mouvement s’arrête. Dès le lendemain du jour où les spores ont été mises en contact avec les anthérozoïdes, elles sont déjà revêtues d’une membrane. *
Al. Thuret fait du reste remarquer que la rotation des spores est un phénomène qui, si curieux qu’il soit, ne mérite peut-être pas une grande considération. 11 ne le croit nullement nécessaire à la fécondation des spores, et n’admet pas que ce mouvement ait lieu dans la nature.
LES CHAMPIGNONS
Les Champignons n’ont jamais ni feuilles, ni tiges, ni racines. Ils respirent en produisant de l’acide carbonique, comme les fleurs ou les animaux.
Les organes de la végétation et ceux de la reproduction sont distincts chez les Champignons. Les premiers sont représentés
par une sorte de feutre, composé de filaments entrecroisés, trèsténus, que 1 on nomme mycélium. Ce mycélium est souterrain, peu apparent, et souvent se détruit de bonne heure. C’est sur lui que se développent les appareils de la reproduction, qui sont toujours très-considérables relativement aux organes de la végétation, et quelquefois multiples pour une seule et même espèce deChampignons. Cette multiplicité d’organes reproducteurs a été reconnue pour certaines espèces dontilsera parlé plusloin: les Érisyphés qui causent la maladie de la Vigne, et le blanc des horticulteurs. On a signalé dans YÈrisyphè jusqu’à trois sortes d’appareils reproducteurs qui se développent successivement.
Les Champignons vivent dans les conditions les plu3 opposées et dans les lieux les plus divers. Certains apparaissent à la surface de la terre : tels sont le Champignon de couche , le Bolet comestible, la Morille , la Vesse-Loup , etc.; d’autres croissent sur le
tronc des arbres, sur les rameaux ou les feuilles. Quelques-uns, comme la Truffe , vivent enfouis à une certaine profondeur. Des milliers de petites espèces vivent en parasites sur d’autres végétaux, comme la Vigne, la Pomme de terre, et occasionnent parfois des maladies désastreuses, etc. D’autres s’attaquent aux animaux. Personne n’ignore que la maladie qui détruit tant de vers à soie dans les magnaneries du midi delà France, est produite par un Champignon qui se développe à l’intérieur du