F A M I L LES N A T U R E L LES
corps de la larve vivante du ver à soie. Enfin, ces êtres microscopiques et envahisseurs peuvent s’attacher même à la peau et aux membranes muqueuses de l’homme et des animaux.
Les Champignons font en beaucoup de pays la nourriture du pauvre, qui attend leur retour comme une manne protectrice; mais d’autres recèlent un poison mortel. Les animaux, tels que les insectes, les vers, limaces, etc., se nourrissent aussi de Champignons. Ce n’est donc pas sans raison que la nature les a répandus avec tant de profusion sur le globe.
Nous ne saurions entrer ici dans des considérations générales sur les Champignons; mais nous espérons donner au lecteur une idée claire et suffisante de leur structure, en lui présentant successivement quelques types bien choisis parmi ceux qui sont aujourd’hui le mieux connus sous le rapport scientifique, ou qui nous intéressent le plus sous le double point de vue de leur utilité, ou des maladies désastreuses dont ils sont la cause directe.
L ’ Agaric comestible ou Champignon de couche ( Agaricus campestris). — Ce Champignon (fig. 374), dont on fait le plus grand usage culinaire, surtout à Paris, présente un pied ou stipe, haut de trois à cinq centimètres, plein intérieurement, et surmonté d’un chapeau , d’abord arrondi en boule, ensuite élargi et bombé, blanc ou d’un jaune pâle, lisse et glabre. Ce chapeau porte, en dessous, des feuillets , d’une couleur rosée, qui brunissent à mesure que la plante se développe. Une membrane blanche, semblable à une espèce de voile, recouvre entièrement ces feuillets dans leur jeunesse, et forme ensuite, en se déchirant, un collier, plus ou moins complet, autour du stipe.
L'Agaric comestible croît naturellement sur les pelouses exposées au soleil, dans les prés, etc. On l’obtient également par la culture, dans les lieux peu éclairés, comme les caves et les carrières. Il faut se garder de le confondre avec une autre espèce connue sous le nom d' Amanite vénéneuse, qui lui ressemble pour !e port, mais s’en distingue par un pied bulbeux à la base, et enveloppé comme d’une bourse ( volva ), enfin par la couleur de ses lames, qui ne sont pas rosées, mais blanches.
Pour avoir une idée exacte de la structure des Champignons en général, nous étudierons cet Agaric comestible.
Détachons une des lames qui occupent la face inférieure du
CHAMPIGNON S
chapeau; nous reconnaîtrons aisément, en la regardant à la loupe, que les deux surfaces de cette lame sont veloutées; mais ce n’est qu’au microscope que nous pourrons apprécier leur véritable organisation.
Si l’on pratique dans la très-faible épaisseur de ces lames, des coupes transversales, ou perpendiculaires à leur surface, on peut s’assurer que chacune de ces lames présente trois couches bien distinctes : une couche moyenne, se continuant avec la substance du chapeau, sorte de trame sur laquelle reposent les éléments
Fig. 374. Agaric comestible.
perpendiculaires des deux autres couches, qui sont placées de champ sur la première.
Ces éléments sont des cellules de trois sortes (fig. 374, 4). Les unes sont plus courtes que les autres et ne portent rien à leur extrémité libre: celles-ci sont un peu plus longues et terminées par quatre pointes, lesquelles portent chacune un petit sac sphérique à leur sommet (fig. 374, 5). Celles-là, beaucoup plus
grandes encore, ne portent ni pointes, ni sacs à leur extrémité.
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On s’est assuré par expérience que les petits sacs disposés quatre par quatre, au sommet des cellules de moyenne grandeur/sont les organes reproducteurs, qui peuvent germer et reproduire la plante mère. On leur donne le nom de spores. Les cellules qui les supportent se nomment basicles.
Le résultat de la germination de ces spores est ce mycélium , dont nous avons déjà parlé comme étant l’appareil reproducteur des Champignons, et que l’on voit, sous forme de filaments, à la base de l'Agaric, dans la figure 374 (1).
Des fragments de ce mycélium peuvent multiplier la plante, comme pourrait le faire un fragment de rhizome quelconque d’un végétal phanérogame. C’est pour cela que les cultivateurs achètent et sèment le mycélium , qu’ils nomment blanc de champignon, et qui peut se conserver plusieurs années sans perdre de ses propriétés germinatives.
Pour obtenir des Champignons, on étend le mycélium sur des couches, épaisses de près d’un mètre, formées d’un mélange de terreau, de fumier avancé et de crottin de cheval, que l’on recouvre d’une couche de terreau. Si l’on arrose de temps en temps cette couche artificielle, afin d’y entretenir la chaleur et l’humidité, on voit, au bout de peu de temps, apparaître de petits tubercules, qui seront plus tard de jeunes Champignons.
Les Truffes. — La Truffe est un Champignon qui vit souterrainement. Ce végétal se plaît dans les sols traversés par des racines d’arbres, particulièrement de Chênes. Il faudrait bien se garder toutefois d’établir aucun lien de parenté entre les racines d’arbres au milieu desquelles la Truffe croît de préférence, et ce cryptogame. La Truffe se développe, comme tous les autres Champignons, par des spores. Ces organes, qui apparaissent à la maturité, sont d’une singulière petitesse, car leur dimension ne dépasse pas un dixième de millimètre de diamètre Lorsque la Truffe, après l’époque de sa maturité, pourrit et se décompose dans le sol, ces spores, mises à découvert, produisent du mycélium, c’est-à-dire des filaments blancs, analogues au mycélium de Y Agaric. Ce mycélium , en se développant souterrainement, produit la Truffe.
Si l’on examine, dans le courant du mois de septembre,
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le sol d’une truffière du Poitou, par exemple, on voit qu’il est traversé par de nombreux filets blancs, cylindriques, bien plus ténus qu’un fil à coudre, et qui sont pourtant composés de filaments microscopiques de 3 à 5 millièmes de millimètre de diamètre. Ces filets blancs, cloisonnés sur leur trajet, se continuent avec un mycélium floconneux, de môme nature, qui entoure les jeunes Truffes, et forme autour de ces Champignons comme une sorte]de feutre blanc, de quelques millimètres d’épaisseur. Ces filaments se continuent directement avec la couche externe de la jeune Truffe. Mais bientôt ce réseau enveloppant se détruit peu à peu, d’abord partiellement, puis entièrement, et la Truffe paraît alors complètement isolée dans le sol.
La structure de la Truffe est beaucoup plus compliquée qu’on ne 1 avait cru jusqu à nos jours. C’est aux beaux travaux des frères Tulasne que nous devons la connaissance exacte de l’organisation de ce singulier végétal.
Les jeunes Truffes présentent des cavités sinueuses, très-irrégulières, communiquant en partie entre elles, et qui viennent aboutir, tantôt à une ouverture unique correspondant à une dépression extérieure, tantôt à plusieurs points de la surface. Lorsqu’elles sont plus avancées en âge, elles sont parcourues par un double système de veines, les unes blanches, les autres colorées. Les veines colorées sont continues au tissu extérieur qui compose l’enveloppe. Dans leur partie moyenne, elles sont formées par un lacis de filaments dirigés dans les sens de ces cloisons, d où naissent des filaments plus courts, perpendiculaires, dont les extrémités renflées deviennent des sporanges. Les veines blanches paraissent formées par les prolongements des filaments stériles, entremêlés avec les sporanges, au milieu desquels se trouve de l’air interposé. Elles viennent aboutir à la surface externe, en un ou plusieurs points.
Les spores, dont les formes sont très-diverses, mais constantes pour une même espèce, sont en nombre limité, qui s’élève de 4 à 8. Leur membrane externe est lisse, hérissée, ou diversement réticulée.
Les Tuber brumale,melanosporum, æstivum et rncsenlericum, sont les seules espèces recherchées en France. En Algérie, c’est le
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Terfex ( Terfesia Iconis ) qui remplace à lui seul toutes les Tiuffes comestibles de l’Europe occidentale.
Les Truflières se trouvent.spécialementdans les sols calcaires ou calcaires et argileux : en France dans le Poitou, la Touraine, le Yivarais, le Comtat-Yenaissin, la Provence, à Brives et à Cahors.
Pour se développer, les Truffes ont besoin d’un sol ombragé et rendu fertile par la décomposition des feuilles et des fruits qui tombent annuellement des arbres, en même temps qu’il est divisé par le réseau souterrain des racines. Les Chênes et les Charmes sont les arbres les plus favorables à leur développement.
Le chien ne cherche la Truffe que pour plaire ou obéir à son maître. Il laisse à l’homme le soin de creuser la terre, dans le point qu’il lui a indiqué en grattant légèrement. Cependant si le sol est labouré et meuble, le chien ne s’arrête pas qu’il n'ait saisi la Truffe. En Bourgogne, on emploie pour la recherche des Truffes le chien de berger; en Italie, on se sert du barbet.
Le porc est plus égoïste; il aime la Truffe et la cherche pour lui-même. Le porc, dressé à cette recherche, demeure immobile, le nez sur sa trouvaille, attendant qu’on l’enlève. Toutefois il n'attend jamais longtemps, et dévore sa proie odorante au moindre retard. Dans la haute Provence, un porc à Truffes , bien dressé, vaut
Il La Carie. — Le Champignon^qui occasionne
la carie des blés ( Tilletia caries ), croît à l'intérieur de l’ovaire du froment cultivé (fig. 375) et de quelques autres Graminées. A l’époque de la maturité du Champignon qui l’a envahi, le grain cane du blé (fig. 376) otfre presque le volume et la lorme du grain sain. Il en diffère suriout par sa teinte brunâtre, inégalement
répartie.
Fig. 375.
Carie du Froment.
CHAMPIGNONS
Le Champignon de la carie naît en quelque sorte avec la fleur du blé, et il entraîne l'atrophie des stigmates et des étamines.
« Ayant soumis, dit M. Tulasne, à l’examen microscopique la matière pulvérulente qui remplit l’ovaire carié et spécialement les parties voisines de la périphérie... qui semblent mûrir plus tardivement, nous avons reconnu que les spores se rattachent en grand nombre par des pédicelles courts à ces sortes de troncs ou de rameaux communs, ténus, incolores, d’une nature fragile et qui sont résorbés ou disparaissent au fur et à mesure de la maturité des spores qu’ils engendrent : le tissu constitué par eux s’est accru avec l’ovaire et Fig. 376.
n'a pas cessé de le remplir ni d’y multiplierdes spo- Grain de Froment cariéres jusqu’au moment où celui-ci, parvenu à son plus grand développement, s’est aussi trouvé entièrement farci des semences du végétal parasite....»
« Quand cette semence germe, dit encore M. Tulasne, son tégument
Spore de la carie du Blé.
Fig. 378.
Spore de la carie de Blé en germination.
Fig. 379.
Sporidie.
réticulé se brise très-distinctement en un point quelconque et sans régularité (fig. 377, 1,2), et il en sort un tube épais et flexueux, qui s’allonge parfois jusqu à atteindre près de quinze fois le diamètre de la spore.... Les germes courts manquent rarement de se couronner d’une gerbe et d’un faisceau de spores secondaires, désignées sous le nom de sporidics fig. 378 et 379 ;. Ce sont des corps linéaires, très-grôles, réunis deux à deux dans
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leur partie inférieure par une bride rigide et courte, ce qui donne au couple la foi me d’un H. Après avoir mûri ce bouquet de sporidies, les germes ne tardent pas à se détruire. Les couples reproducteurs s’isolent alors les uns des autres et se répandent sans se dissocier à la surface des corps sous-jacents. Quelques-uns germent bientôt et émettent, surtout vers leur sommet des fils troc-ténus , qui se ramifient promptement (fi g- 380 et 381); d’autres en plus grand nombre donnent naissance à des
Fig. 380. Bouquet de sporidies Fig. 38t. Bouquet
de la carie de Blé. de sporidies.
sporidies secondaires, sortes de corps épais, oblongs ou arqués, qui paraissent être les agents les plus importants de la multiplication des Champignons. Ce seraient des sporidies secondaires qui germeraient en émettant un ou plusieurs fils très-ténus par des points quelconques de leur surface, i
Le Charlon. — Le Charbon proprement dit ( L'stilago segetum ) attaque particulièrement les Orges et les Avoines. Il se développe dans le parenchyme des enveloppes florales, de l’axe des épillets et des pédicules de ces Graminées. Quand le vent a dissipé les spores du parasite, il ne reste plus de ces partiesqu’une sorte de squelette noirci et méconnaissable. La présence de ce Cryptogame entraîne toujours l’avortement plus ou."moins complet des organes de la fleur qu’il a attaquée, la stérilité des épis, et une altération notable de leur structure normale j,
Une autre espèce de Charbon , à spores noires, est également très-redoutée des cultivateurs à cause du tort qu’elle fait au Maïs. La figure 382 représente un épi charbonné de Maïs à grains blancs. La figure 383 montre la coupfr* verticale d’un ovaire entouré ;de bractées ] tuméfiées.', par Ja présence du Champignon. Les taches noires indiquent la formation, en ces points , de la poussière noire de YUslilago maydis. Ce Champignon peut également se développer dans la tige, et
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y donner lieu à la formation d’excroissances plus ou moins volumineuses et difformes.
c En, disséquant les excroissances ordinaires, lorsqu’elles sont encore
Fig. 382. Charbon du Maïs (Ustilago Maydis).
gorgées de sucs, dit M. Tulasne, on les trouve formées d’un parenchyme à grandes cellules, fréquemment lacuneux, et traversé par un petit nombre de faisceaux fibrovasculaires; c’est une structure analogue qu’offrent toutes les bractées et l’ovaire investis par l’entophyte, aussi bien que les parties, hypertrophiées pour la même cause, des feuilles qui enveloppent la base de l’épi. Les lacunes de ce parenchyme, et fréquemment l’intérieur même de ses cellules constitutives, sont remplies, à quelque instant qu’on les examine avant la pulvérulence finale de VUstilago par la matière de ce Champignon. C’est une substance muqueuse, gélatineuse parfaitement incolore...., qui se partage peu à peu en petites masses polyédriques, arrondies,... qui se révêtent bientôt d’un système tégumentaire et deviennent des spores. »
, . £ig. 383.
Coupe d'ùn ovaire de Niais attaqué par le Charbon.
408 FAMILLES NATURELLES
L'Érisyphè eu le Champignon de la Vigne. — Les Erisyphés sont de petits Champignons que chacun a grand intérêt à connaître, à cause du grand tort que plusieurs de ces petits végétaux causent aux plantes cultivées et aux produits de l’horticulture. La maladie que les Érisyphés déterminent, est vulgairement connue sous le nom de blanc.
La structure élégante et variée de ces petits Champignons avait depuis longtemps fixé les regards des mycologues, lorsque M. Tulasne, par de nouvelles études, parvint à des résultats imprévus.
Ces plantes microscopiques possèdent, d’après les observations
Fig. 384. Appareil reproducteur d’un Érisyphé (Conidies).
de M. Tulasne, jusqu’à trois sortes d’appareils reproducteurs, qui apparaissent successivement, et le Champignon, si redoutable pour la vigne, qu’on avait pris pour un type particulier, n’est autre chose qu’un Érisyphé qui parcourt seulement les deux premières phases de l’évolution de ses organes reproducteurs.
Les organes de végétation des Érisyphés sont constitués par un mycélium, formé de fils très-ténus, pourvus de crampons, dont la forme et les fonctions rappellent, à plusieurs égards, les suçoirs des Cuscutes. Il faut donc voir dans ces Champignons des parasites qui vivent sur les parties vertes ou vivantes des végétaux, particulièrement sur les feuilles.
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Des filaments du mycélium naissent des branches droites dont les articles, plus ou moins nombreux, se renflent en utricules ellipsoïdes, et constituent de petits appareils, souvent en forme de chapelets, formés de cellules reproductrices, analogues aux bourgeons caducs que produisent certaines plantes cotylédonées. Ce premier système reproducteur porte le nom de Conidies (fig. 384).
Une autre sorte d’appareil reproducteur consiste en vésicules sphériques ou ovoïdes, ordinairement pédicellées et remplies d’innombrables petits corpuscules ovales ou oblongs. Ce second système porte le nom de Pycnides (fig. 385).
Fig. 385. Autre appareil reproducteur d’un Ërisyphé (Pycnides).
Telles sont les deux sortes d’appareils reproducteurs qui constituent le prétendu Oïdium Tuckcri, l’ennemi redoutable de la Vigne. Ce n est pas autre chose qu’un Ërisyphé , dont la forme dernière et parfaite de reproduction ne s’est pas développée.
Cette forme importante et tardive consiste en conceptacles globuleux, sessiles, d abord incolores, puis jaunes, bruns, et enfin dun noir plus ou moins foncé, qui naissent, comme les deux premières sortes d organes reproducteurs, des filaments du mycélium. Ils sont tous accompagnés, à la maturité, d’un plus ou moins grand nombre d’appendices filiformes, dont la forme, les dimensions et la position varient avec les espèces que l’on considère (fig. 386). Ils sont simples ou raineux, et se terminent souvent en bras, plusieurs fois dicliotomes. Au sein des conceptacles on trouve des sacs, ou îhèques, en nombre variable, ordi-
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nairement ovokles, fixés par un court onglet à la base du conceptacle. Le nombre des spores, assez constant pour chaque
Fig. 386. Troisième sorle d’appareil reproducteur d’un Erisyphé (Conceptacles).
espèce, varie de deux à huit. Les conceptacles s’ouvrent irrégulièrement pour laisser sortir les thèques ou spores.
Les Moisissures. — L’organisation des Moisissures a paru longtemps fort simple, parce qu’elle avait été imparfaitement observée. Aujourd’hui même encore, la connaissance de ces Champignons est peu avancée. On a pu s’assurer pourtant que quelques-uns sont doués d’un appareil reproducteur multiple.
Les Mucors sont les plus communes des Moisissures. Ils forment, sur les substances organiques en décomposition, de larges touffes cotonneuses: des vésicules, pleines de spores verdâtres, surmontent des pédicules très-allongés (fig. 387).
On a reconnu récemment que deux genres que l’on avait créés sous les noms d ’Aspcrgillus et < VEurotium , ne sont que deux modes différents et successifs de fructification :
YAspergillus appartient à la jeunesse de la plante, YEurotium à son état adulte.
Dans le redoutable parasite de la Pomme de terre , qui appartient à la famille de Champignons qui nous occupe, on a, de même, signalé deux modes de fructification : l’un dans lequel les spores naissent nues à l’extrémité des filaments; l’autre, dans lequel ces spores sont contenues dans des vésicules volumineuses. Dans un mémoire assez récent, M. de
Fig. 387. Moisissures.
CHAMPIGNONS
Bary, professeur à 1 Université de Fribourg, en Brisgau, a fait connaître les phénomènes très-curieux de la germination des spores nues. Nous croyons utile de présenter ici un résumé de ces recherches, parce qu'elles concernent une plante dont le rôle funeste a tenu longtemps en éveil l’attention publique.
Les spores, ou plutôt les prétendues spores nues du parasite de la Pomme de terre, ou Peronospera, présentent trois modes différents de germination. Elles germent d’abord en émettant des filaments simples ou ramifiés, qui possèdent la propriété de pénétrer dans les tissus de la Pomme de terre en perçant la paroi de ses cellules superficielles. La seconde forme de germination est caractérisée parla formation d’une spore secondaire. Du sommet de la spore sort un tube simple, qui acquiert en longueur deux ou plusieurs fois le grand diamètre de celle-ci,
Fig. 388. Germination des spores du parasite de la Pomme de terre ( Peronospera ).
et se renfle en vésicule à son extrémité. Lorsque tout le contenu plastique de la spore est venu se renfermer dans cette vésicule terminale, elle s’isole du filament -germe, par une cloison, et constitue une cellule distincte. Mais cette spore de deuxième ordre est le résultat dun phénomène assez rare, et n’a, selon M. de Bary, qu’une importance secondaire.
Voici ce qui se passe quant au troisième mode de germination. La spore (fig. 388, A) se partage en un certain nombre de portions polyédriques (fig. 388, B) qui, au bout d’un certain temps, sortent les unes après les autres, par un pertuis arrondi (C), et constituent des zoospores, ovales, munies de deux cils inégaux, dont l’un, le plus court, est dirigé en avant dans la marche du corpuscule, et dont l’autre traîne après lui (fig. 388, ü). Le mouvement de ces petits corps dure environ une demi-heure, et
FA MILLES N ATURELLES.
s’éteint dans des cercles qu’ils ne décrivent plus qu’avec lenteur avant d’entrer en repos. Devenue immobile, la zoospore prend une forme régulièrement arrondie, et donne naissance par un côté à un tube-germe, ténu et courbé, qui s’allonge rapidement dans l’eau.
Si on sème les zoosporanges sur des portions de la plante nourricière, et que les circonstances soient favorables, les zoospores qui en procèdent s’appliquent et se fixent sur l’épiderme de ces fragments, donnent leurs germes accoutumés, et ceux-ci, après avoir rampé un instant au dehors, pénètrent dans les cellules épidermiques. Leur extrémité, ainsi engagée, acquiert aussitôt une épaisseur considérable, et s'accroît ensuite en un tube qui ressemble parfaitement aux filaments du mycélium adulte des Peronospora, et s’insinue bientôt dans les profondeurs des tissus de la plante hospitalière.