EUR OP K
cessible ; devant nous se déroulait une pente roide mais verdoyante, qui permettait d’atteindre le sommet en contournant la base de la montagne. G est par là que nous montâmes. Je recueillais avec ardeur toutes les plantes qui s’offraient à ma vue; il me semblait qu’elles avaient un intérêt particulier, comme étant pour ainsi dire les plus robustes et les plus aventureuses de toutes leurs sœurs européennes. Je me plaisais à retrouver parmi elles des végétaux des environs de Paris. Ils me semblaient dépaysés, comme moi, sur ce noir rocher battu par les flots. J’étais tenté de leur demander pourquoi elles avaient quitté les lisières des champs cultivés et les ombrages paisibles du bois de Meudon, où elles recevaient les hommages des botanistes parisiens, pour vivre tristement parmi des étrangers : c’étaient la Reine des prés, le Céraiste des champs, la Bourse à pasteur, le Pissenlit, la Verge d’or, etc. Néanmoins les plantes boréales ou alpines étaient en majorité sur ces pentes. J’y trouvai : le Pigamon des Alpes, la Pédiculaire laponne, le Saule réticulé, la Gentiane des neiges, le Cornouiller de Suède, etc.
« Le sommet le plus élevé du cap Nord est à 308 mètres au-dessus de la nier. 11 est surmonté d’un petit rocher sur lequel les voyageurs gravent leur nom. Même ce dernier rocher n’était pas dépourvu "de toute végétation; les petites plaques circulaires de la Parmélie saxatile et de l’Ombilicaire rongée (qui sont des Lichens), noires comme la roche, s’étaient attachées à elle, et une petite mousse microscopique se cachait dans ses entes. Sur le plateau, il y avait aussi quelques plantes souffreteuses, dépouillées par les vents, couchées sur le sol, et cherchant abri derrière les plis uu terrain qui pouvaient les protéger contre les rafales continuelles qui balayent le cap Nord. Parmi les arbrisseaux, je trouvai encore le Bouleau nain, le Chamélédon couché. Les plantes herbacées n’étaient guère plus nombreuses: c’étaient le Silène acaule. la Diapensie des Lapons la Saxifrage à feuilles opposées, etc. »
Hêgion moyenne. — La région moyenne de l’Europe se compose de tous les pays qui forment les provinces du midi de la Russie,
1 Allemagne, la Hollande, la Belgique, la Suisse, le Tyrol, les Iles Britanniques, l’Italie supérieure et la plus grande partie de la France. Cette région, dont les limites rigoureuses seraient difficiles a tracer, est bien distincte de la précédente. Elle est plus douce, plus tempérée; ses forêts sont essentiellement composées du Chêne commun ou Qucrcus robur, auquel se mêlent le Châtaignier, le Hêtre, le Bouleau , l’ firme, le Charme, l'Aune, etc. Mais le Chêne prédomine. Ces arbres, qui perdent leurs feuilles pendant l’hiver, donnent au paysage une physionomie toute pai ticuliere et qui varie avec les saisons.
Cette région est presque partout favorable à la culture des céréales. Une ligne oblique, diversement infléchie dans sa
longueur, qui va de l’ouest à l’est (vers les 47' et 48' parallèles), et remonte un peu plus vers le nord dans cette dernière direction, la divise en deux zones : l une septentrionale, dans laquelle la Vigne et le Mûrier ne peuvent supporter les rigueurs de l’hiver, dont les forêts se composent souvent de Conifères, où la culture de la Vigne est remplacée par celle du Pommier et du Poirier, et qui renferme plus de Cypéracées, de Rocacées et de Crucifères que la suivante; l’autre méridionale, caractérisée par la culture de la Vigne, du Mûrier, du Mais, et dans laquelle commencent à prédominer les plantes de la famille des Labiées.
La figure 406, qui représente une Vue des bords de la Loire en France, donne une idée de la végétation de la région moyenne de l’Europe.
Région méridionale. — La Méditerranée forme un vaste bassin dont les bords présentent une végétation, sinon identique, au moins analogue, sur les différents points de son étendue. Les Labiées y abondent, et quelquefois remplissent les airs de leurs suaves parfums. Il faut joindre à ces familles les Caryophvllées, Cistinées, Liliacées et Borraginées. La région méditerranéenne tire un de ses principaux caractères de vastes terrains incultes où dominent le Chêne à kermès, les Phyllirea, le Chêne vert et diverses Labiées sous -frutescentes. On retrouve partout ces plantes en Italie, en Espagne, en Grèce, en Algérie et dans le nord de 1 Asie Mineure. Cependant une végétation nouvelle apparaît à Rhodes et à Jaffa ; elle se relie à celle de l’Égypte.
La végétation de la région méditerranéenne offre le plus souvent un aspect agréable et riant. Des bosquets de Myrtes odorants, à' Arbousiers, de Gattiliers aromatiques, se pressent au bord de la mer. De magnifiques Lauriers-roses, dont les poètes ont chanté les nobles et élégantes fleurs, dessinent de loin le bord des ruisseaux. En Italie, en Sicile, en Espagne, Y Oranger se couvre presque sans interruption de fleurs et de fruits. Les Cactus raquettes (Opuntia vulgaris), les Agaves, espèces africaines, devenues ici presque indigènes, forment des haies impénétrables dans les parties méridionales de ces mêmes contrées, auxquelles elles donnent un aspect très-pittoresque et très-caractéristique. Les forêts y sont essentiellement formées par le Chêne vert ( (juercus ilex), dont les feuilles persistent jusqu’à la fin de
?l,!'fcV>;' . / ■' ’■'
mÆ-
il®,;
Fig. 4o9. Vue îles bords de la Loîre.
ASIE
la troisième année, et dont les glands, qui ont une saveur agréable» servent à la nourriture de l’homme; par le Chêne-liège ( Quercus suber), auquel se mélangent des arbustes caractéristiques, comme ÏErica arborea, de nombreuses espèces de Cistes «à fleurs éphémères, souvent aussi grandes que brillantes, des Cytises, des Genêts odorants , etc.
Parmi les autres espèces caractéristiques de ces heureuses régions, nous citerons des Cyprès , des Pins pignons , Pins d'Alep, Pins laricio, des Plataties, et particulièrement V Olivier, qu’on rencontre à peine ailleurs, le Lentisque, le Caroubier, le Grenadier et le Pistachier.
Sur une grande partie des côtes méridionales de la Sicile, un Palmier, le Chamœrops humilis, agite ses palmes en éventail, pendant que, dans le voisinage des habitations, le Dattier élève quelquefois, du sein de groupes d 'Orangers et de Citronniers, son
long stipe, couronné d’un élégant panache de feuilles découpées et pendantes.
ASIE
11 faudrait un volume pour donner une idée de la végétation si riche et si variée de l’Asie. Nous nous bornerons à présenter un tableau rapide des végétaux caractéristiques propres aux régions septentrionale, centrale et méridionale de celte partie du monde.
Région septentrionale. — La Sibérie forme une région botanique qui a beaucoup de rapports, d’un côté avec la région hyperboréimne de 1 Europe, et d’un autre côté avec la région moyenne. Cependant elle tire un caractère particulier de la prédominance de certaines familles, comme les Légumineuses, les Renonculacées, les Crucifères, les Liliacées, les Ombellifères. Quelques genres s’y font aussi remarquer par le grand nombre de leurs espèces. Nous citerons à cet égard le genre Astragale parmi les Légumineuses, le genre Spirèe parmi les Rosacées, le genre Armoise parmi les Composées, le genre Rhubarbe parmi les Polygonées ; Là où Ia chaleur moyenne annuelle est seulement d’environ 2 à 6» au-dessous de zéro, nous ne pouvons attendre de la couver-
GÉOGRAPHIE BOTANIQUE
tare végétale des conditions bien variées. Des forêts à feuilles acérées sont formées par le Mélèze de Sibérie, le Mélèze daurique, le Pin de Sibérie, le Pin cimbrique, le Pin sylvestre, etc. Des Peupliers blancs et balsamiques isolés , des espèces naines de Bouleaux, des Cormiers, des Bourdaines, des v\.unes, des Saules les accompagnent, pendant que des Myrtiliers et des Roses des Alpes en forment le taillis.... La composition de la Flore des steppes du Kamtchatka ne s’éloigne pas de celle des pâturages de l’Europe centrale, et plus on se représente ces pâturages comme stériles, plus on est agréablement surpris à la vue des Tulipes, des Iris, ces gracieux ornements que le printempsmêle au gazon. Mais l’Absinthe grisâtre et monotone leur succède....
« Humboldt assigne aux forêts de l’Oural le caractère de la végétation d’un parc, vu qu’elles offrent alternativement un mélange d’arbres à feuilles acérées et à feuilles rondes, et de magnifiques pelouses. Cet ensemble est complété par des broussailles formées de Rosiers sauvages, de Chèvrefeuilles, de Genévriers, pendant que l’Hespéris, la Polémoine bleue, la Cortuse de Matthiole, de magnifiques Primevères et üauphinelles, forment des tapis de fleurs, et que le trèfle d’eau aux fleurs blanches si délicatement découpées fait la grâce des marais.... Humboldt vit de même, sur les bords de l’Irtisch , de grands espaces entièrement colorés en rouge par les Épilobes, auxquels s’associaient ailleurs les hautes tiges des Delphinium à fleurs bleues, ou celles de l’œillet rouge feu ( Lychnis calcedonica). »
Ces fragments de tableaux , que nous empruntons à l’ouvrage de Millier, les Merveilles clu monde végétal, enlèveront sans doute un peu de cet aspect triste et désolé qu’on prête si aisément aux vastes régions de l’Asie septentrionale.
Région centrale. — Transportons-nous maintenant dans l’Asie centrale, dans la région chinoise et japonaise (Japon et nord de la Chine). C’est dans cette région que se trouvent ces Magnolias, à grandes feuilles, à fleurs magnifiques, dont la culture se répand dans nos jardins et leur donne une physionomie particulière; — ces Camellias que 1 Europe a naturalisés dans ses serres, dont le feuillage persistant et les larges fleurs font l’adration des artistes, et dont on compte aujourd’hui plus de 700 va-
ASIE
riétés; — le Thé ( Thca sinensis), aux feuilles si précieuses et dont on importe annuellement en Europe plus de dix millions de kilogrammes; — VAuruba, aux feuilles coriaces et panachées, qui fait aujourd'hui l’ornement des squares parisiens; — le Kcrsa, dont les fleurs jaunes deviennent doubles par la culture et figurent des roses-pompons; — enfin les genres Cèlastre , Houx, Fusain, Lagerstrâme, Spirée, Chalef, etc.
Les arbres et arbrisseaux remarquables sont, en outre, le Palmier élégant, connu sous le nom de Rhapis flabelliforme ; le Mûrier à papier ( Broussonetia papyrifera) ; l 'Olivier odorant, dont les fleurs servent à aromatiser le thé; le Plaqueminier Kaki ( Diospyros Kaki), à fleurs blanches, à baies d’un rouge cerise, d’une saveur délicieuse, nommées figues-caques; le Néflier du Japon ( Mespilus Japonica) ; le Gingko biloba, arbre sacré, que l’on plante autour des temples; des Ifs ( Taxus nucifera, verlicillata), des Cyprès ( Cupressus japonica, pendula), des Genévriers, des Thuya, des Chênes ( Quercus glabra, glauca), l’Aune du Japon, le Noyer noir, diverses espèces de Lauriers et d ’ Érables.
Nous mentionnons parmi les plantes cultivées : le Riz, le Froment, 1 Orge, l Avoine, le Sorgho, le Sarrasin, le Sagoutier ( Cycas revoluta), le Chou caraïbe ( Caladium esculentum ), la Patate (Convoi vulus batatas ) ; les Pommier, Poirier, Cognassier , Prunier, Cerisier, Abricotier, P e cher , Néflier du Japon, diverses sortes d Orange) s; les Choux raves, Radis, Igname, Concombre, Courges, Pastèques, Anis (Pimpinella anisum), Pois, Haricots, Fèves, Sésame, Chanvre, Mûrier à papier, Colon annuel ( Gossypium herbaceum), mélange remarquable qui nous offre de frappants contrastes que nous aurions pu signaler en commençant, et qui nous transporte à tout moment d’Europe en Asie et d’Asie en Europe.
Ce curieux assemblage de la végétation des tropiques et de celle du nord de 1 Europe se reproduit dans l’Asie centrale poulies plantes de culture. Nous venons de voir qu’à côté du Figuier, de la Vigne, du Châtaignier, des Grenadiers, de V Amandier et des Citronniers, on cultive en Chine et au Japon le Sarrasin, le Froment, le Mais, 1 Orge, V Avoine, la Pomme de terre, l’Asperge, les Melons, les Pois et les Fèves, en même temps que le Riz, l’Arum esculentum et l’Igname.
Nous ne saurions nous arrêter ici sur une foule de plantes
GÉOGRAPHIE BOTANIQUE
d’ornement, dont beaucoup sont aujourd’hui naturalisées en Europe, comme la Glycine , le Lis du Japon, le Lis tigré, la Primevère de la Chine , le Magnolia Yulan, etc.
Région méridionale. — Cette région comprend les deux presqu’îles de l’Inde. Les familles non tropicales disparaissent, ou se montrent plus rarement. Les familles tropicales paraissent, ou deviennent plus nombreuses. Les arbres ne perdent pas leurs feuilles. Le nombre de végétaux ligneux est plus grand qu’il ne l’est hors des tropiques. Les fleurs sont grandes et magnifiques. Les plantes grimpantes et parasites sont nombreuses.
L’Inde peut être considérée comme la véritable patrie des aromates. La riche nature de ce pays n’est pas moins féconde en productions végétales d’un autre ordre : les arbres propres à fournir du bois de construction y croissent en profusion.
Parmi les plantes arborescentes les plus abondantes dans cette région botanique, nous citerons : les Bombax , Sapindus, Mimosa , Acacia, Cassia, Jambosa, Gardénia; le Diospyros ebenum, dont le bois était célèbre dès la plus haute antiquité par sa couleur noire; des Bignonia; le Tectona grandis, arbre magnifique qui fournit un bois de construction d’une résistance considérable; Ylsonandra gulta, qui produit la substance analogue au caoutchouc, connue sous le nom de gutta-percha , et qui découle des incisions pratiquées au tronc de ce grand arbre; des Lauriers & écorce aromatique; des Muscadiers (Myrislica) , dont les semences sont employées comme épice; des Figuiers ( Ficus religiosa, indica, elastica) ; des Palmiers comme les Borassus ( Borassus flabelliformis) aux magnifiques feuilles étalées en éventail, les Cocos ; les Sagus ou Sagoutier, dont la moelle fournit une farine très-riche en amidon ; les Calamus, aux tiges grêles et grimpantes, longues souvent de plus de plus de 500 pieds, et dont on fait des cannes connues en Europe sous le nom de joncs ; les Areca ( Areca catechu ), dont la noix est employée comme masticatoire et qui fournit un cachou très-estimé; le Coryphu umbraculifera, dont le tronc, d’une hauteur de 20 à 30 mètres, est couronné d’un ample faisceau de feuilles en parasol d’un diamètre de 18 pieds; le Dragonnier, le Baquois ( Pandanus), le Bambou, etc.
Si maintenant nous jetons un coup d'œil sur les plantes cul-
Fig. 410 Paysage et forêt de l'Inde.
ASIE
tivées, nous aurons à signaler des végétaux d’une importance capitale. Ce seront : le Riz, le Sorgho, l’Igname , la Pistache de terre, le Cocotier, cet arbre élégant et utile, qui donne à l’homme de quoi suffire à tous ses besoins, car il lui sert à la fois, comme nous l’avons déjà dit, à s’abriter, à se vêtir, à se chauffer, à s’éclairer, à se désaltérer et à se nourrir; le Giroflier ( Caryophyl lus aromaticus), dont la fleur en bouton est envoyée en Europe sous le nom de clou de girofle; des Poivriers, parmi lesquels nous citerons le Poivre noir, dont les fruits cueillis avant la maturité constituent le poivre, importé parmi nous depuis les conquêtes d’Alexandre, et le Poivre Bétel aux feuilles aromatiques et amères, qu’on mêle avec la noix d’Arec pour former un masticatoire trèsusité; le Tamarin (Ta/marindus indica), arbre magnifique, dont les fruits renferment une pulpe d’odeur vineuse et de saveur aigrelette; le Manguier ( Mangifera indica), dont le fruit trèsvanté a un léger goût de térébenthine; le Mangoustan ( Garcinia mangostana), dont la baie renferme, sous un épicarpe amer et astringent, une pulpe délicieuse; le Bananier à baies jaunâtres, longues de 6 à 8 pouces, fournissant un aliment très-nourrissant, quia le goût d'une pâte de beurre légèrement sucrée ; le Jambosa vulgaris, à petites pommes qui répandent dans la bouche 1 odeur de la rose ; le Goyavier (Psidium pomiferum) aux fruits jaunes et gros comme une poire; plusieurs Orangers; des Pastèques, la Canne à sucre et le Café.
On a essayé dans la planche 410 de réunir d’une manière idéale les principales espèces végétales propres à la région botanique qui vient d être décrite. Sur les plans principaux figurent les espèces rustiques; sur Carrière-plan sont quelques végétaux cultivés. A gauche du tableau est le Corypha, surmonté du palmier Arenga à sucre et d un groupe de Bambous. Vers le milieu, toujours à gauche, et, près du tronc d’un gros Santal, le Scinapsus, surmonte du Sagouticr. Le palmier Arecquier étend, au milieu du tableau, sa tige accidentellement infléchie et entourée de quelques Lianes.
A droite est le palmier Borassus, près d’un Bananier, tous deux à I ombre d’un imposant Manguier. Le Laurier cannelier et l’Isonnandra gutta, ou Arbre à gulta-pcrcha, sont à gauche de ce groupe, suivis d’un haut Cocotier.
/i76 géographie botanique.
Eps \ égétaux cultivés qui se voient à l’arrière-plan, sont, le Poivrier et le Laurier camphrier, placés à l’arrière du Cocotier, et dans le lointain le Muscadier et le Giroflier, près d'un rideau' de Bambous et de Rotangs.
AFRIQUE
h' Afrique nous présentera, comme l’Asie, trois parties principales bien distinctes : 1° la partie septentrionale, qui comprend la légion méditerranéenne et le Sahara; 2° la partie centrale, ou tropicale; 3u la partie australe, ou la région du cap de Bonne- Espérance.
Région méditerranéenne. — Cette région comprend tout le littoral africain baigné par la Méditerranée, en particulier l’Al- . gérie, depuis le versant septentrional de l’Atlas jusqu’à la mer et les pays baignés par le delta du Nil. Cette région d’Afrique offre la plus grande analogie de végétation avec la région méridionale de l’Europe, que nous avons étudiée plus haut.
Bar ses étroites affinités avec les contrées correspondantes de l’Europe, l’Algérie sera toujours pour nous le centre principal de colonisation, la région de culture par excellence. Ses riches productions en céréales l’appellent à être le grenier d’abondance de la France.
Dans la région montagneuse inférieure du nord de l’Afrique, on peut se livrer avec avantage à la culture des plantes du centre de l'Europe. La Vigne y prospère assez bien, grâce à la fraîcheur que procure l’élévation de ces lieux; aux environs de Tlemcen, de Milianah, de Mascara, de Médéah, les colons, et même les indigènes, ont entrepris de la cultiver. L 'Olivier, si généralement répandu dans l’Afrique septentrionale, constitue l’une des principales richesses des tribus kabyles. Le Chêne-liège forme des forêts immenses dans la partie inférieure de la région montagneuse du littoral africain; dans la province de Gonstantine, le Chêne-liège est, depuis la conquête de ce pays par la France, l’objet d’importantes exploitations.
M. Cosson, botaniste et voyageur, s’exprime ainsi sur la végétation et sur les cultures du Sahara algérien :
AFRIQUE
kn
r L’ensemble de la région naturelle du Nord de l’Afrique, est caractérisé surtout par l’extrême rareté des pluies, la sécheresse de l’atmosphère, des températures extrêmes, l’absence de grands relèvements montagneux et de cours d’eau permanents, l’aspect tout spécial de la végétation désertique... ; L’ensemble des végétaux croissant spontanément ne dépasse pas le chiffre de 500 espèces. Le plus grand nombre d'entre elles sont vivaces, croissent en touffes et ont un aspect sec et maigre, un port roide et dur tout à fait caractéristique. Les familles représentées dans le Sahara algérien par le plus grand nombre d’espèces sont : les Composées , les Graminées , les Légumineuses, les Crucifères et les Salsolacées. Parmi les espèces ligneuses on peut citer des Tamarix et le Lentisquo atlantique. Le Dattier est sans contredit le principal élément de richesse des jardins des oasis; il y est cultivé non-seulement pour l'abondance et la variété de ses produits, mais encore pour son ombrage qui garantit les autres cultures de la violence des vents et maintient dans le sol l’humidité* nécessaire à la végétation.... Outre le Dattier, la plupart des oasis présentent en assez grande abondance le Figuier, le Grenadier, l’Abricotier et souvent la Vigne. Le Pêcher, le Cognassier, le Poirier et le Pommier sont surtout plantés dans les jardins des ksours ou dans les oasis situées vers les montagnes; plus rarement on rencontre dans les oasis le Cédratier, l’Oranger, l’Olivier. L’Orge et plus rarement le Blé sont cultivés dans les terrains irrigués du voisinage et dans les intervalles des plantations do Dattiers. Les Oignons, les Fèves, les Carottes, les Navets et les Choux tiennent une large place dans les cultures. Il en est de même du Piment, dont le fruit, en raison de ses propriétés stimulantes, entre comme condiment dans la plupart des mets arabes. L’Aubergine et la Tomate sont cultivées dans quelques jardins pour leurs fruits comestibles. De nombreuses espèces et variétés de Cucurbitacées (Potirons, Courges , Pastèques) sont semées en ôté dans les jardins, où leurs fruits acquièrent un grand développement. Le Gombo [Hibiscus esculentus ) est cultivé çà et là par les nègres pour ses fruits mucilagineux et comestibles.... Les plantes industrielles ou fourragères principales sont le Chanvre, représenté seulement par une variété naine (Haschich) qui n’est pas employée comme plante textile, mais dont les extrémités sont fumées par quelques musulmans peu fervents. Le Tabac i ustique est le seul cultivé , et cette culture n’a quelque importance que dans le Sout. Le Henné ( Lawsonia inermis), dont les feuilles ont été employées récemment dans la teinture en noir, n’existe guère que dans les oasis des Ziban. »
Région équatoriale. — La végétation de l’Afrique tropicale n’est encore aujourd'hui qu’imparfaitement connue, à cause de la terrible insalubrité de ces parages. On y voit, en général, apparaître les mêmes formes végétales qui dominent dans les autres régions des tropiques, ce qui veut dire que des espèces végétales qui sont ordinairement herbacées dans les contrées extra-tropicales, prennent ici l’aspect ligneux. Telles sont les
géographie botanique.
plantes de la famille des Rubiacées et de celle des Malvacées. On y constate, par exemple, la disparition presque complète des Crucifères, des Caryophyllées, etc., tandis que les familles qui y prédominent sont les Légumineuses, les Térébinthacées, les Malvacées, Rubiacées, Acanthacées, Capparidées, AnouRcées* etc.
Jetons un coup d’œil sur quelques individualités végétales remarquables propres à l’Afrique centrale.
Sur les côtes humides se développent des forêts impénétrables formées de Mangliers ( Rhizophora mangle) et d ’Avicennies ( Avicennia tomentosa). Des Bananiers , des Cannées , des Amomées, de bizarres Pandanées, des Malvacées gigantesques, comme le Baobab, des Broméliacées, des Aroïdées, des Aloès , parmi lesquels YAloe soccotrina, qui fournit le purgatif qu’on nomme aloès, des Euphorbes charnues, aux formes étranges, impriment un caractère particulièrement remarquable à cette végétation puissante.
Ce serait arracher aux régions centrales de l’Afrique un des plus beaux éléments de leur splendide parure, que de ne point parler de leurs admirables Palmiers. A leur tête se place le Palmier oléifère de Guinée, ou Etais Guineensis , dont le fruit, de la grosseur d’une olive, contient une si grande quantité d’huile, que ce liquide eu découle lorsqu’on le presse entre les doigts; la graine contient une sorte de beurre connu sous Je nom de Beurre de Galam. La sève de cet arbre précieux donne du vin, 'et ses feuilles servent de fourrage aux moutons et aux chèvres. Mais Je véritable Palmier vinifère de ces contrées, c’est le Sagoutier ( Sagus vinifera). Citons encore le Lodoïcea Sechellarum , dont les fruits, plus gros que la tête d’un homme, et du poids de vingt livres, vont flottant sur la mer, et finissent par atteindre ainsi jusqu’aux rivages des Indes.
Un fait digne de remarque, c’est que dans la région qui nous occupe , on observe très-peu de Fougères et d’Orcbidées, groupes de végétaux dont les espèces sont, au contraire, extrêmement multipliées dans les autres contrées tropicales.
Parmi les végétaux exotiques que l’on cultive avec succès dans l’Afrique centrale, on compte le Maïs, le Riz, le Sorgho, Y Igname, le Manioc, le Caladium esculentum, ou Chou caraïbe, plante de la
Fig. 411. Village de l’Abyssinie, près du fleuve Blanc.
AFRIQUE
famille des Aroïdées, dont le rhizome et les feuilles sont alimentaires; le Bananier, le Manguier, le Papayer, dont le fruit a la grosseur d’un petit melon, que l’on mange cru ou cuit, et dont la pulpe, mêlée au sucre, forme une marmelade délicieuse; Y Ananas, des Figuiers, le Caféier, la Canne à sucre, le Gingembre, diverses espèces de Haricots et de Dolics, la Pistache de terre, le Coton, le Tabac et le Tamarin.
La ligure 408, qui représente un village de l’Abyssinie, peut donner une idée de la végétation de l’Afrique équatoriale. A côté de hauts Palmiers et de baobabs, on voit s’étendre des cultures de Riz.
Région méridionale. — Arrêtons enfin nos regards sur la pointe méridionale du continent de l’Afrique.
La région du cap de Bonne-Espérance est la patrie de tous ces Protea, de ces Pélargonium, de ces Bruyères, de ces Oxalis, de ces Ixia, dont les espèces nombreuses et variées font l’ornement de nos serres ou de nos parterres. Aucune autre contrée du globe ne peut se comparer à celle du Cap pour la prodigieuse abondance et les dimensions des Bruyères. Là est leur véritable patrie. Tandis que les plaines de l’Europe, ainsi que les Alpes, possèdent à peine une demi-douzaine d’espèces de Bruyères, au Cap il en existe plusieurs centaines. Elles atteignent quelquefois près de 5 mètres de hauteur. Leurs feuilles sont peu développées et aciculaires; mais leurs fleurs sont souvent très-grandes, et décorées de couleurs brillantes, qui varient des nuances les plus tendres aux tons les plus éclatants.
La Flore de cette région est riche en formes végétales ; mais elle est peu riante par son aspect. On n’y voit point de véritables forêts, grandes et sombres; il y a peu de plantes grimpantes, mais en revanche beaucoup de plantes grasses.
Les familles caractéristiques sont les Restiacées, Iridées, Protéacées, Éricinées, Ficoïdées, Üiosmées, Géraniacées, Oxalidées, Polygalées. Parmi les genres caractéristiques, citons:
Les Ixia , les Gladiolus, aux fleurs singulières et bigarrées ; les Hæmanthus, aux corolles écarlates; les Strelitzia, dont une espèce cultivée dans nos serres est si remarquable par son inflorescence et par ses fleurs bizarres à divisions jaunes et bleues les Protea, aux formes changeantes; les Leucadendron, dont
une
GEOGRAPHIE BOTANIQUE
espèce, nommée Arbre d’argent, élève à 10 ou 12 mètres ses rameaux chnigés de feuilles lancéolées, soyeuses et argentées ■ les Erica, dont le Cap est, comme nous l’avons dit, la véritable patrie.
Citons encore les Hèlicrysum et les Gnaphalium, Composées corymbifères, si connues sous le nom d’immortelles; les Mesambryanthemum ou Glaciales ; les Stapelia , Asclépiadées sans feuilles, charnues, anguleuses, à fleurs généralement belles, mais à odeur fétide; les Phylica, Rhamnées qui ressemblent à des Bruyères, dont les fleurs sont en petites têtes cotonneuses blanchâtres, et qu’on voit souvent sur nos marchés aux fleurs ; les Pélargonium, dont on cultive en Europe des centaines d’espèces variées à 1 infini; les Oxalis; les Sparmannia , arbrisseaux toujours verts, qui font l’ornement de nos orangeries, et dont les fleurs blanches ont des étamines à filets pourpres et à anthères irritables.
C’est sur les côtes sablonneuses de cette curieuse région botanique qu’abondent les Siapëlies , les I ridées, les Glaciales, les Diosma.
Les Bruyères et les Crassules s’élèvent sur le flanc des montagnes.
Les végétaux cultivés sont : les céréales, les fruits et les légumes d’Europe, et en outre, le Sorgho des Cafres, la Patate, le Bananier, le Tamarin, le Goyavier.
AMÉRIQUE
L’Amérique est la partie de notre globe dont la végétation est la plus riche et la plus variée. Nous essayerons d’en donner une idée succincte, en descendant du nord au sud dans chacun des deux espèces de triangles qui constituent les deux Amériques septentrionale et méridionale.
Amérique du Nord. — La végétation polaire de l’Amérique du Nord est très-analogue à celle de l’Europe et de l’Asie sous les mêmes latitudes. C’est ce qui nous dispensera de beaucoup nous y arrêter. On y voit de la même manière les arbres (Saule, Bon-
tenu, Peuplier ) devenir, par l’action des froids persistants, des arbustes rabougris, ou même prendre la forme herbacée. On y voit de même se presser les Saxifragées, les Mousses, les Lichens.
Sans nous arrêter aux régions arctiques, nous diviserons le reste de cette immense contrée en deux régions : l’une qui descendra jusqu’au 36' degré et que nous appellerons région septentrionale ; l’autre, qui sera comprise entre le 36* et le 30e degré de latitude, en constituera la région méridionale.
La région septentrionale de l’Amérique du Nord a mérité d’être appelée la région des Asters et des Verges d’or (Solidago). C’est en effet ici qu abondent ces belles Composées, avec les genres Liatris, Rudbeckia , Galardia , de la même famille; des Œnolhères , des Clarkia , des Andromèdes, des Kalmia, charmantes plantes d ornement, aujourd’hui si répandues dans nos parterres, servent de même à caractériser cette zone végétale.
Parmi les espèces arborescentes les plus abondantes, nous mentionnerons : de nombreuses espèces de Pin, de Sapin, de ■mèze’ de Thuya, de Genévrier; 27 espèces de Saules ; 25 espèces de Chênes; des Hêtres, des Châtaigniers, Charmes , Aunes, Bouleaux , Peupliers, Ormes , Frênes , auxquels se mêlent le Platane d' Occident, le Liquhlambar ou Copalme d’Amérique dont le tronc et les rameaux fournissent des sucs usités en médecine; le Tulipier aux feuilles singulièrement tronquées, aux fleurs solitaires, dressées, grandes et jaunâtres; diverses espèces d 'Érables, de Tilleuls, de Robinia, de Noyers.
En même tempsque ces espèces arborescentes, si nombreuses, si variées et qui atteignent des dimensions considérables, croissent le Myrica cerifera, qui fournit une cire abondante, retirée du fi uit par ébullition; des Groseilliers à fleurs colorées et ornementales; d’élégantes Andromèdes, des Azalées, des Rhododendrons, des Spirées, qui font l’ornement de nos jardins; des Sumacs, dont une espèce ( Rhus toxicodendron ) renferme un sucre si âcre qu il produit par le contact des ampoules et des érésipèles et qu’il est très-vénéneux à l'intérieur; des Ceanothus , des Houx, des Bourdaines, etc.
La région méridionale de l’Amérique du Nord, est comprise entre le 30- et le 36' degré. Sa végétation offre quelque ressemblance
avec celle des tropiques. C’est comme une sorte de flore de transition entre la zone tempérée et la zone torride. On y trouve des Noyers, des Charmes, des Châtaigniers, des Chênes, mais aussi trois^espèces de Palmiers parmi lesquels le Chamærops Palmetlo, dont la pousse terminale forme un délicieux légume; des Yucca; des Zamia parmi les Cycadées; des Passipores, des Lianes (Bignonia sapindus), des Cactées, des Lauriers. Enfin, à côté des Tulipiers, des Pavia, des Robinia, s’élèvent les magnifiques Magnolia qui ont ici leur véritable royaume.
On voit que les paysages de cette région de l’Amérique du Nord sont riches de contrastes.
La Canne à sucre , Y Indigo, le Riz, le Cotonnier, le Tabac , couvrent les plaines cultivées.
Dans le Missouri, le Texas, l’Arkansas, le Mexique, la grande colonie des Cactées élève ses hautes tiges, bizarrement embranchées ou ramassées sur elles-mêmes : les Cactus opuntia, Cereus, Echinocaclus , Melocactus, etc. Le plus remarquable de ces Cactus est sans doute le Cereus giganteus. 11 habite les régions les plus inaccessibles et les plus sauvages. Il lui faut si peu de sol pour atteindre un développement prodigieux ! C’est d’abord une sorte d’énorme casse-tôle, puis une colonne de 3 mètres , qui commence dès lors à se ramifier et figure bientôt un immense candélabre dont la hauteur peut atteindre 12 mètres.
Nous représentons dans la figure 409 divers Cactus propres au Mexique, d’après le dessin original d’un voyageur français, M. Bende.
Le Mexique peut se diviser, sous le rapport botanique, en trois régions, d’altitudes croissantes. La première s’étend des vallées jusqu’aux forêts de Chênes: c’est la région des Palmiers, du Cotonnier, de V Indigo, de la Canne ù sucre, du Caféier et des divers fruits de la zone tropicale. La seconde, située de l 000 mètres à 2 650 mètres d’altitude (région tempérée), s’étend depuis les forêts de Chênes jusqu’aux forêts de Conifères. A cette hauteur, la température suffit encore pour mûrir les fruits tropicaux. La troisième région, ou la région froide, occupe l’espace compris entre les Sapins et les neiges éternelles. Elle possède dans plusieurs de ses parties un climat sous lequel le Poirier, le Pommier, le Cerisier et la Pomme de terre, peuvent encore se développer.
AMÉRIQUE
En s'élevant de la base de l’Orizaba, sur les flancs de cette montagne, on voit successivement apparaître et se remplacer
Aloés (agave). Mécal, Cactées et Aloès. Melocactus. Cactus organes
Fig. 4 ta.
des Mim osées , Acacias, Cotonniers, Convolvulus, Bignoniées, Chênes, Palmiers arundinacés, Bananiers, Myrtes, Laurinèes, Tcrèbinthacèes,
GÉOGRAPHIE BOTANIQUE
Fougères arborescentes, Magnoliécs, Composées arborescentes , Platanes, Alibouficrs , Pommiers, Poiriers, Cerisiers, Abricotiers, Grenadiers, Citronniers, Orangers, Aroïdécs, Orchidées , Fuchsia, Cactées, etc., etc.
Amérique du Sud. — En pénétrant sur le continent de l’Amérique du Sud, nous conduirons d’abord le lecteur dans ces plaines immenses de la république de Vénézuela , connues sous le nom de llanos. Nous trouverons dans Alexandre de Humboldt un guide éloquent et fidèle, un peintre autorisé de ces magnificences naturelles.
« C’est dans la Mesa de Paja par les | de latitude, dit Alexandre de Humboldt, que nous entrâmes dans le bassin des Llanos. Le soleil était presque au zénith; la terre, partout où elle se montrait stérile et dépoui'lée de végétation, avait jusqu’à 48 et 50° de température. Aucun souffle de vent no se faisait sentir à la hauteur à laquelle nous nous trouvions sur nos mulets. Cependant, au milieu de ce calme apparent, des tourbillons de poussière s’élevaient sans cesse, chassés par ces petits courants d’air qui ne [rasent que la surface du sol et qui naissent des différences de température qu’acquièrent le sable nu et les endroits couverts d’herbes. Ces vents de sable augmentent la chaleur suffocante do l’air. Chaque grain de quartz, plus chaud que l’air qui l’entoure, rayonne dans tous les sens, et il est difficile d’observer la température de l’atmosphère sans que les molécules de sable no viennent frapper contre la boule du thermomètre. Tout autour de nous, les plaines semblaient monter vers le ciel ; et cette vaste et profonde solitude so présentait à nos yeux comme une mer couverte de varechs ou d’algues pélagiques. Selon la masse inégale de vapeurs répandues dans l’atmosphère et selon le décroissement variable de la température des couches d’air superposées, l’horizon dans quelques parties était clair et nettement séparé. Dans d’autres, il était ondoyant, sinueux et comme strié. La terre s’y confondait avec le ciel. A travers la brume sèche et des bancs de vapeur ou voyait au loin des troncs de Palmiers dépourvus de leur feuillage et de leurs sommets verdoyants; ces troncs paraissaient comme des mâts de navire qu’on découvre à l’horizon. Il y a quelque chose d’imposant, mais de triste et de lugubre, dans le spectacle uniforme de ces steppes. Tout y parait immobile. A peine quelquefois l’ombre d’un petit nuage qui parcourt le zénith et ansonce l’approche de la saison des pluies, se projette sur la savane.... Les steppes que nous traversâmes sont principalement couvertes de Graminées, de Killengia, de Cenchrus et de Paspalum. Aux Graminées se trouvent mêlées quelques herbes delà classe des dicotylédonées, comme des Turnera, des Malvacées et, ce qui est bien remarquable, de petites Mimoses à feuilles irritables, que les Espagnols appellent Dornudcras. Cette même race de vaches, qui on Espagne s’engraisse de sainfoin et de trèfle, trouve ici une excellente nourriture dans les Sensitives herbacées. A l’est, dans les
km
AMÉRIQUE
llanos du Caire et de Barcelona, le Cypura et le Craniolaria, dont la belle fleur blanche a 6-8 pouces de long, s’élèvent isolés parmi les Graminées. Les pâturages sont les plus gras non-seulement autour des rivières sujettes aux inondations, mais aussi partout où les troncs des Palmiers sont les plus rapprochés. Les lieux entièrement dépourvus d’arbres sont les moins fertiles. On ne peut attribuer cette différence à l’abri que donnent les Palmiers en empêchant les rayons du soleil de dessécher et de brûler le sol. J’ai vu, il est vrai, dans les forêts de l’Orénoque des arbres do cette famille qui offraient un feuillage touffu, mais ce n’est pas du Palmier des llanos ( Corypha tectorum) qu’ou peut vanter l’ombrage. Ce Palmier n'a que très-peu de feuilles plissées et palmées comme celles du Chamærops et dont les inférieures sont constamment desséchées.... Outre les troncs isolés de ce Palmier, on trouve aussi çà et là dans la steppe quelques groupes de Palmiers, de vrais bosquets dans lesquels le Corypha est mêlé à un arbre de la famille des Protéacées et qui est une nouvelle espèce de Rhopala à feuilles dures et résonnantes.... Le Corypha s'étend dans les llar.os de Caracas, depuis la Mesa de Paja jusqu’au Guayaval; plus au noid et au nord-ouest, il est remplacé par une autre espèce du même genre, à feuilles également palmées, mais plus grandes. Au sud du Guayaval dominent d’autres Palmiers, surtout le Piritu à feuilles pennées et le Murichi. C’est le Sagouticr de l’Amérique qui fournit de la farine, du vin, du fil pour tisser des hamacs, dos paniers, des filets et des vêtements. Ses fruits, en forme de cônes de Pin et couverts d’écailles, sont parfaitement semblab.es à ceux du Calamus Rotang. Ils ont un petit goût de pomme. La nation des Guaraous, dont toute l’existence est pour ainsi dire étroitement liée à celle du Palmier Murichi (Mauritia / lexaosa ), en retire une liqueur fermentée acidulé et très-rafraichissante. Ce Palmier à grandes leuilles luisantes et plissées en éventail conserve une belle verdure à 1 époque des plus grandes sécheresses. Sa vue seule produit une agréable sensation de fraîcheur, et le Murichi chargé de fruits écailleux contraste singulièrement avec le triste aspect de la Palma de Cobija, dont le feuillage est toujours gris et couvert de poussière. »
Quelle différence de végétation, si nous nous élevions de la' contrée basse de la partie centrale de l’Amérique, vers les hautes crêtes des Cordillères ! Là des tourbillons de neige et de grêle succèdent chaque jour, et pendant plusieurs heures, au rayonnement du soleil. Élevons-nous sur les Andes, entre le 20" degré de latitude méridionale et le 5" degré de latitude septentrionale, à une hauteur de 1650 à 3000 mètres.
Les formes extratropicales apparaissent ou deviennent plus abondantes. Telles sont des Graminées, des Amentacées ( Chênes , Sailles)> Labiées, des Lricinôes, de nombreuses Composées,' des Caprifoliacées, Ombellifôres, Rosacées, Crucifères, Renonculacees. Au contraire, quelques formes tropicales s’éteignent
GÉOGRAPHIE BOTANIQUE
ou deviennent plus rares; cependant des espèces isolées de Palmiers, de Poivriers , de Cactées, de Passiflores et de Mélaslomes s’élèvent encore à une hauteur notable.
Parmi les végétaux ligneux les plus abondants, nous citerons le Ceroxylon andicola, le plus haut de tous les Palmiers, qui atteint jusqu’à 60 mètres, et produit une cire qui exsude de ses feuilles et surtout de la base de leurs pétioles; le Saule et le Chêne cle Humboldt; plusieurs espèces de Cinchona , de Quinquina, qui régnent ici en souverains; des Houx, des Andromèdes, des ria, etc.
Les végétaux qui sont cultivés entre les tropiques aux environs de Mexico et dans l’Amérique du Sud jusqu’à la rivière des Amazones, disparaissent presque entièrement ici. Cependant on cultive encore dans cette région le Mais et le Café, ainsi que les grains et les fruits d’Europe, les Pommes de terre et le Chenopodium chinoa, dont les semences, réduites en bouillie, servent de nourriture aux habitants des montagnes.
Si, à la même latitude géographique, nous nous élevons, sur ces mêmes Andes, à 3000 mètres au-dessus du niveau de la mer, les formes tropicales ont presque entièrement disparu; au contraire, celles qui caractérisent les températures froides et les zones polaires deviennent abondantes. Il n’y a plus de grands arbres; des Aunes, des Airelles, des Thibaudia, des Groseilliers, des Escallonia aux feuilles amères et toniques, dont c’est ici le royaume, des Houx, des Drymis, sont les arbrisseaux propres à ces régions, que caractérisent encore ces curieuses Calcèolaires à corolle en forme de sabot, dont les semis ont donné à l’horticulture des variétés qui se multiplient à l’infini. Citons encore parmi les familles caractéristiques les Ombellifères, les Caryophyllées, les Crucifères, les Cypéracées, les .Mousses, les Lichens.
Revenons à des districts végétaux plus circonscrits.
Le climat de Caracas a été souvent nommé un printemps perpétuel. Que peut-on, en effet, imaginer de plus délicieux qu’une température qui se soutient, le jour entre 16° et 20°, la nuit entre 16° et 18°, et qüi favorise à la fois la végétation du Bananier, de Y Oranger, du Caféier, du Pommier, de Y Abricotier et du Froment ? Selon de Humboldt, la flore de Caracas est principalement caractérisée par les plantes suivantes : Vernonia odoratissima (dont les
AMÉRIQUE
fleurs ont une odeur délicieuse d’Héliotrope), Œillet d'Inde de Caracas, Glycine ponctuée, Amarante de Caracas, Datura arborescent , Saule de Humboldt, Theophrasla à longues feuilles, Inga cendré, Inga fastueux, Érythrine, etc.
Nous ne quitterons pas ces régions fortunées sans signaler au lecteur deux arbres bienfaisants : le Theobroma cacao et l'Arbre de la vache. Tout le monde sait que c’est avec les graines grillées, écrasées et additionnées de sucre, du Theobrcnna cacao, que l’on fabrique le chocolat. M. de Humboldt nous donne sur l’Arbre de la vache les renseignements suivants :
« Ce bel arbre, dit l’illustre voyageur, a le port du Caimitier ( Chrysophyllum ainito). Le fruit est peu charnu et renferme une et quelquefois deux noix. Lorsqu’on fait des incisions dans le tronc de V Arbre de la vache, il donne en abondance un lait gluant, assez épais, dépourvu de toute âcreté et qui exhale une odeur de baume très-agréable. On nous en présenta dans des fruits de calebassier. Nous en avons bu des quantités considérables le soir avant de nous coucher et de grand matin, sans en éprouver aucun effet nuisible. Les nègres et les gens libres qui travaillent dans les plantations le boivent en y trempant du pain de maïs et de manioc. Le majordome de la ferme nous assura que les esclaves engraissent sensiblement pendant la saison où le Polo de vacca leur fournit le plus de lait.
« Ce ne sont point ici, ajoute M. de Humboldt, les suberbes ombrages des forêts, ni le cours majestueux des fleuves, ni ces montagnes enveloDpées d éternels frimais, qui excitent notre émotion. Quelques gouttes d’un suc végétal nous rappellent toute la puissance et la fécondité de la nature. Sur le flanc aride d’un rocher croit un arbre dont les feuilles sont sèches et coriaces. Ses grosses racines ligneuses pénètrent à peine dans la pierre. Pendant plusieurs mois de l’année, pas une ondée n’arrose son feuillage. Les branches paraissent mortes et desséchées ; mais lorsqu’on perce le tronc, il en découle un lait doux et nourrissant. ï
Peindrons-nous maintenant les sauvages beautés des forêts inextricables de la Guyane ? Promènerons-nous le lecteur dans ces savanes immenses, qu’animent des gramens, des touffes de Myrtacées, des Orchidées, des Mélastomes, pendant que d’élégants Palmiers composent, çà et là, des groupes pittoresques? Le ferons-nous naviguer sur les tranquilles fleuves de l’heureuse Guyane, sur les eaux desquels s’étale le splendide Victoria regia, la reine des Nymphéacées?
Pour pénétrer au cœur même de la végétation du Brésil, cette région des Palmiers et des Mélastomes, cette terre promise des
GÉOGRAPHIE BOTANIQUE
naturalistes, nous prendrons pour guide AI. AI. Martins et Auguste de Saint-Hilaire, qui en ont décrit avec exactitude les merveilles végétales.
Au nombre des différentes espèces de Palmiers que possède le Brésil, il faut citer : le Cocotier, le Palmito (Euterpe oleraceu), le plus élégant de tous ces princes du règne végétal; YAtialea funifera, dont les spathes fournissent un véritable tissu d’une grande résistance; le Ginsi ou Diplolhemium littorale , dont les fruits orangés contiennent un noyau très-dur dans lequel est une amande excellente; le Buriti ( Maurilia vinifera), dont le stipe fournit par incision une sève vineuse recherchée; des Euterpes, des Chamædorea, Baclris, Œnocarpus, Conjpha, etc.
Les forêts du Brésil sont riches en bois estimés pour la teintuie, la charpente et 1 ebénisterie (bois du Brésil, bois de rose, bois de fer, palissandre), et en plantes utiles par leurs fruits comestibles ou leurs propriétés médicinales. Le Caféier, la Canne à sucre, le Cotonnier, le Tabac; les plantes à caoutchouc, le Manioc, le Riz, le Mais, le Cacao, 1 Ananas, Y Indigotier, le Bananier, sont au Brésil l’objet principal des cultures. La végétation est extrêmement variée, parce que l’exposition et la hauteur des diverses provinces offrent de grandes différences. On y voit d arides carnpos, où des touffes d’arbustes nains forment, avec les Graminées, les Ëriocaulonées et les Xyridées, des plaines onduleuses d un triste aspect; mais on y rencontre ces admi-* râbles lorêts vierges, dont l’image est restée gravée dans l’esprit de tous ceux qui ont lu des relations pittoresques de voyages.
L'aspect des forêts du Brésil varie selon la nature du sol et la distribution des eaux qui les parcourent. Si ces forêts ne sont pas le siège d'une humidité constamment entretenue, si cette humidité est seulement renouvelée par des pluies périodiques, la sécheresse détermine un arrêt dans la végétation, qui devient intermittente, comme elle l’est dans nos climats. L’est ce qui se passe dans les Catingas. Excitée, au contraire, sans cesse par ses deux agents principaux, l’humidité et la chaleur, la végétation des forêts vierges, dont Auguste.de Saint-Hilaire va nous offrir l’éloquent tableau, se maintient dans une continuelle activité. L’hiver ne s’v distingue de l’été que par une nuance de teinte dans la verdure du feuillage, et si quelques arbres y per-
AMERIQUE
dent quelquefois leurs feuilles, c’est pour reprendre aussitôl une parure nouvelle. Écoutons maintenant le botaniste français :
i Lorsqu’un Européen arrive en Amérique, dit Auguste de Saint-Hilaire, et que, dans le lointain, il découvre les bois vierges pour la première fois, il s’étonne de ne plus apercevoir quelques formes singulières qu’il a admirées dans nos serres et qui sont ici confondues dans les masses. Il s’étonne de trouver dans les contours des forêts aussi peu de différence entre celles du Nouveau-Monde et celles de son pays, et si quelque chose le frappe, c’est uniquement la grandeur des proportions et le vert foncé des feuilles qui, sous le ciel le plus brillant, communiquent au paysage un aspect grave et austère.
i Pour connaître toute la beauté des forêts équinoxiales, il faut s’enfoncer dans ces retraites aussi anciennes que le monde. Là, rien ne rappelle la fatigante monotonie de nos bois de chênes et de sapins; chaque arbro a un port qui lui est propre, chacun a son feuillage et offre souvent une teinte de verdure différente. Des végétaux gigantesques qui appartiennent aux familles les plus éloignées, entremêlent leurs branches et confondent leur feuillage. Les Bignoniées à cinq feuilles croissent à côté des Cxsalpinia , et les feuilles dorées des Casses se répandent en tombant sur des Fougères arborescentes. Les rameaux mille fois divisés dos Myrtes et des Eugenia font ressortir la simplicité élégante des Palmiers, et parmi les Mimoses aux folioles légères, le Cecropia étale ses larges feuilles et ses branches qui ressemblent à d’immenses candélabres. Il est des arbres qui ont une écorce parfaitement lisse; quelques-uns sont défendus par des épines, et les énormes troncs d’une espèce de Figuier sauvage s’étendent en lames obliques qui semblent les soutenir comme des arcs-boutants.
« Les fleurs obscures de nos Hêtres et de nos Chênes ne sont guère aperçues que par les naturalistes; mais dans les forêts de l’Amérique méridionale, les arbres gigantesques étalent souvent les plus brillantes corolles. Les Cassia laissent pendre de longues grappes dorées; les Vochysiées redressent des thyrses de fleurs bizarres; des corolles tantôt jaunes et tantôt purpurines, plus longues que celles de nos digitales, couvrent avec profusion les Bignoniées en arbre, et des Chorisia se parent de fleurs qui ressemblent à nos Lys pour la forme, comme elles rappellent VAlistrœmcria pour le mélange de leurs couleurs.
® Certaines formes végétales qui ne se montrent chez nous que dans les proportions les plus humbles, là se développent, s’étendent et paraissent avec une pompe inconnue sous nos climats. Dos Borraginées deviennent des arbrisseaux; plusieurs Euphorbiacées sont des arbres majestueux, et. l’on peut trouver un ombrage agréable sous leur épais feuillage.
* Mais ce sont principalement les Graminées qui montrent le plus de différence entre elles et celles de l’Europe. S’il en est une foule qui n’acquiert pas d’autres dimensions que nos Brômes ot nos Fétuques, et qui, formant ainsi la masse des gazons, ne se distinguent des espèces européennes que par leurs tiges plus souvent rameuses et leurs feuilles plus larges, d’autres s’élancent jusqu’à la hauteur des arbres de nos forêts et présentent le port le plus gracieux. D’abord, droites comme des lances et
GÉOGRAPHIE BOTANIQUE
terminées par une pointe aiguë, elles n’offrent à leurs entrenœuds qu’une seule feuille, qui ressemble à une large écaille; celle-ci tombe; de son aisselle naît une couronne de rameaux courts, chargés de feuilles véritables . la tige des Bambous se trouve ainsi ornée, à des intervalles réguliers de charmants vertioilles; elle se courbe et forme entre les arbres des berceaux élégants.
« Ce sont principalement les lianes qui communiquent aux forêts les beautés les plus pittoresques; ce sont elles qui produisent les accidents les plus varies. Ces végétaux, dont nos Chèvrefeuilles et nos Lierres ne ( onnent qu’une bien faible idée, appartiennent, comme les grands végétaux, a une foule de familles différentes. Ce sont des Bignoniées, des Bauhnua , des Cissus, des Hippocratées ; et si toutes ont besoin d’un appui chacune a pourtant un port qui lui est propre. A une hauteur prodigieuse’ une Aroïde parasite ceint le tronc des plus grands arbres. Les marques des feuilles anciennes qui se dessinent sur sa tige en forme de losange la font ressembler a la peau d’un serpent; celte tige donne naissance à des feuilles larges, d un vert luisant, et de sa partie inférieure naissent des racines grêles qui descendent jusqu’à terre, droites comme un fil à plomb. L arbre qui porte le nom de Cipo-MataJor , la Liane meurtrière, a un tronc aussi droit que celui de nos peupliers ; mais trop grêle pour se soutenir isolément, il trouve un support dans un arbre voisin plus robuste que lui • il se presse contre sa tige, à l’aide de racines aériennes qui. par interval.es, embrassent celles-ci comme des osiers flexibles; il s’assure et peut défier les ouragans les plus terribles. Quelques lianes ressemblent à des rubans ondulés, d'autres se tordent et décrivent de larges spirales; elles pendent en festons, serpentent entre les arbres, s’élancent de l'un à l'autre, les enlacent et forment des masses de branchages de feuilles et de fleurs, où 1 observateur a souvent peine à rendre à chaque végétal ce qui lui appartient.
" Mille ai brisseaux divers : des Mélastomées, des Borraginées, des 1 oi\res, des Acanthacées, naissent au pied des grands arbres, remplissent les interv; lles que ceux-ci laissent entre eux, et offrent leurs fleurs au naturaliste, le consolent de ne pouvoir atteindre celles des arbres gigantesques qui élèvent au-dessus de sa tête leur cime impénétrable aux rayons du soleil. Les troncs renversés ne sont point couverts seulement d’obscurs cryptogames; les Tillandsia , les Orchidées aux fleurs bizarres leur prêtent une parure étrangère, et souvent ces plantes elles-mêmes servent d’appui a d’autres parasites. De nombreux ruisseaux coulent ordinairement dans les bois vierges; ils y entretiennent la fraîcheur; ils offrent au voyageur altéré une eau délicieuse et limpide, et sont bordés de tapis de Mousses, de Lycopodes et de Fougères, du milieu desquelles naissent des Bégonia aux tiges délicates et succulentes, aux feuilles inégales, aux fleurs couleur de chair, »
La figure 413 est la reproduction d’une gravure célèbre publiée vers 1825 ; la Font vierge du Brésil , d’après le tableau de M. le comte de Forbin, directeur des musées royaux.
Fig. 413. Forêt (vierge du Brésil, d'après le tableau de M. de Forbin.
AMERIQUE
Jetons enfin un coup d’œil sur la végétation des contrées du grand continent américain situées au-dessous du tropique du Capricorne, et qui constituent le Chili, La Plata, la Patagonie.
Deux Palmiers se retrouvent encore au Chili : c’est le Jubæa spectabilis et le Ceroxylon australe. Un arbre magnifique, V Araucaria imbricala qui élève à 50 mètres ses rameaux verticillés horizontalement et couverts de feuilles épineuses, y forme de vastes forêts. DesGraminées, des Fougères, des Labiées, desOmbellifères, des Fuchsia , des Loasées, des buissons de Myrtacées et de Laurinées, mais particulièrement des Composées ligneuses, forment le fond de la végétation.
Dans les forêts, encore peu connues du Paraguay, situées le long de 1 océan Atlantique, on trouve des Composées ligneuses et le Maté de l’Amérique méridionale, qui représente Y Arbre à thé de la Chine : c est un Houx (Ilex paraguayensis) qui fournit cette précieuse denrée. Le Paraguay expédie annuellement 5 600 000 livres de maté.
Dans la République Argentine, Aug. de Saint-Hilaire ne trouva que 500 espèces déplantés, parmi lesquelles 15 seulement appartiennent à des familles qui ne sont pas européennes.
Mais atteignons la plage méridionale de la Patagonie ou les Falklands. Quelques Graminées et Cypéracées brunes et coriaces ( Dactylis cæspitosa, Carex trifida), le Bolax glcbaria, YOxalis à neuf feuilles, la Cardamine glaciale , une Véronique, une Calcèolaire , un Aster, 1 Opuntia Darwinii , le Lomaria magellanica parmi les Fougères arborescentes, des ronces, des buissons d 'Airelles ou à' Arbousiers , tel est à peu près le bilan végétal de ces landes désertes, où régnent la Mousse, l’Hépalique et le Lichen.
Aous \oici parvenu à la partie méridionale de l’Amérique du Sud. Nous approchons de la région polaire australe; par conséquent la végétation va presque entièrement cesser, et nous allons retrouver sur ce sol glacé les caractères généraux de la végétation des pôles.
Sur la Terre de Feu d’épaisses forêts recouvrent les montagnes, là où elles sont abritées contre le vent jusqu’à une hauteur de 500 moires. Le Hêtre à feuilles de bouleau y prédomine; puis vient le lletrc antarctique , le Hêtre de Forstcr qu’accompagnent des buissons de Rerberis, de Groseilliers, etc.
496 GEOGRAPHIE BOTANIQUE
A Pîle de rifermite, le point le plus méridional, on retrouve encore un peu de végétation arborescente. Ilooker y a observé 84 plantes munies de tleurs et beaucoup de cryptogames. Un Champignon constitue l’une des principales substances alimentaires des misérables habitants de ces contrées glaciales.