‹ Histoire des plantes (volume 5)Chapitre 15 sur 106 · EU MER TEU · texte numérisé non relu

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Nous avons encore étudié que des racines tortueuses, difformes, et des troncs dénudés. Avant de considérer, dans les branches, les rameaux, les feuilles et les fleurs, la parure des végétaux, nous devons nous arrêter sur les parties des plantes qui renferment tous ces éléments. Nous voulons parler des bourgeons, qui cachent sous leur verte enveloppe la source de ces brillants ornements de la nature que chaque année voit naître et mourir.Le bourgeon est, en effet, comme le berceau de la jeune plante : il suffirait à lui seul pour produire un individu nouveau, et souvent l’horticulteur s’en empare et produit, par son moyen, de merveilleuses multiplications. Mais dans les circonstances ordinaires le bourgeon n’est pas destiné à se séparer de la plante-mère. C’est elle qui le nourrit, le fortifie, l’accroit, jusqu'à ce qu’il soit devenu lui-même un organe concourant, avec les autres, à la vie de la plante.

Le bourgeon peut être considéré comme un élément fondamental dans la plante, qui, sans lui, ne tarderait pas à périr. C'est le bourgeon qui, chaque année, répare les pertes qu'a déterminées la végétation ; il remplace les fleurs, les feuilles, les rameaux disparus. C'est par lui que le végétal s'accroît, qu'il prolonge son existence; c’est lui qui, à chaque printemps, efface les marques de la vieillesse chez les hôtes de nos bois : le bourgeon est le véritable renouveau du monde végétal.

Aussi, dans une plante, tout est-il bourgeon, on peut le dire. I] n’est presque aucune partie qui n’en produise : les racines, les feuilles, les fleurs même, peuvent donner accidentellement naissance à des bourgeons, car la nature ne perd jamais de vue le phénomène essentiel de la vie organique, c’est-àdire la production d'êtres nouveaux.

On peut distinguer deux sortes de bourgeons : les bourgeons à

bois, qui produisent des branches et des feuilles : et les bourgeons à fleurs, qui contiennent à la fois des feuilles et des fleurs.

I ne faut pas, d’ailleurs, confondre les bourgeons avec les simples boutons de fleurs, qui ne contiennent que des fleurs près de s'épanouir : un bouton de rose, un bouton d'œillet, ne renferment que la fleur qui va s'ouvrir, tandis que le bourgeon, dans sa masse serrée et complexe, renferme {ous les éléments propres au développement de la jeune plante, et, comme nous venons de le dire, il suffirait à lui seul pour produire un individu nouveau.

Les bourgeons sont le premier âge et la première forme des axes végétaux. Îls sont placés au sommet des axes qu'ils doivent prolonger, ou à l’aisselle des feuilles. Chez les plantes herbacées en général, et chez un grand nombre d'arbres des contrées équinoxiales, dont la végétation n’éprouve pour ainsi dire aucun repos, les bourgeons sont nus, c'est-à-dire que toutes les jeunes feuilles se ressemblent, et donnent, en grandissant, de véritables feuilles. Mais dans les pays dont l'hiver, plus ou moins rigoureux, détruirait des organes aussi délicats, les feuilles les plus extérieures, celles qui doivent recouvrir les autres, subissent certaines modifications qui les transforment en organes protecteurs. Elles se changent en écailles, membranes coriaces, qui souvent sont garnies à l’intérieur d’un duvet abondant, d’une bourre épaisse, ou enduites d’un suc résineux, insoluble dans l'eau et conservant bien la chaleur. Grâce à cet abri protecteur, le rudiment de la jeune pousse est si exactement calfeutré, si bien emmaillotté, qu'il est parfaitement à l’abri des injures de l'air. L'expérience a prouvé que des bourgeons détachés de l'arbre, et dont on avait recouvert la cicatrice d’un vernis, ont pu rester très-longtemps sous l’eau sans éprouver la moindre altération.

Les écailles sont toujours des feuilles modifiées; cependant ce n'est pas constamment la même partie de la feuille qui les constitue. La nature emploie divers procédés pour transformer une feuille en écaille. Au reste, entre les écailles d’un bourgeon et les feuilles qu'il renferme, on trouve souvent une série de formes intermédiaires qui mettent complétement en lumière les diverses métamorphoses dont une feuille est le siége, quand elle passe insensiblement d’un état à l’autre. La figure 56, qui représente chez le Groseillier le passage insensible de la feuille à l’état

62 ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.

d'écaille, montre suffisamment les transitions graduelles d’un organe à l'autre, pour qu'il soit inutile d'entrer dans plus de détails à cet égard.

Les feuilles ne sont pas toujours disposées de la même manière

4 5 L | { Fig. 56. Transformation graduelle des feuilles en écailles chez le Groseillier.

dans le bourgeon, soit qu’on les considère isolément, soit qu'on les considère dans les positions qu’elles occupent les unes par rapport aux autres. Le mode de vernation, selon le terme adopté par les botanistes, est quelquefois un caractère distinctif trèsutile aux forestiers qui veulent connaître les essences des arbres pendant l'hiver. Nous devons donc en dire quelques mots.

Fig. 57. Bourgeon du Tulipier. Fig. 58. Bourgeon d'Amandier.

Considérons d’abord chaque feuille indépendammentdes autres. Voici les différentes situations que la feuille peut affecter dans l'intérieur du bourgeon. Elle peut être pliée transversalement, de manière que la partie supérieure soit appliquée sur la partie

inférieure, comme dans le Tulipier (fig. 57); pliée dans sa longueur, de manière que l’une des moitiés s'applique exactement sur l’autre, comme dans l’Amandier (fig. 58); plissée un certain nombre de fois en éventail, comme dans le Bouleau (fig. 59); rou-

Fig. 59. Fig. 60.

Bourgeon de Bouleau. Bourgeon de Balisier.

lée sur elle-même en cornet, comme dansle Balisier (fig.60); roulée par les deux bords qui se réfléchissent soit en dehors, comme dans la grande Patience (fig. 61), soit en dedans, comme dans le Peuplier (fig. 62).

Nous n’entrerons pas dans plus de détails à ce sujet, les figures 63, 64 et 65, qui représentent la coupe verticale des bourgeons de Sauge, de Lilas et d’Iris, suffiront à mettre en évidence les rapports mutuels des jeunes feuilles chez un certain nombrede végétaux, quand elles sont encore renfermées dans le bourgeon.

64 ORGANOGRAPHIE ET PHYSIOLOGIE.

Dans presque tous les arbres de nos pays, les bourgeons apparaissent au printemps, s'arrêtent bientôt dans leur développement, et ne s’allongent qu’au printemps suivant. Ils se ramifient donc très-lentement, et il n’y a chaque année qu’une seule pro-

duction de branches.

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