PISTIL
À mesure que nous avançons dans l'étude des organes, nous voyons la nature se rapprocher sans cesse de son but fondamental, qui est la propagation et la conservation de l'espèce. Le pistil est l’organe essentiel de la reproduction des plantes, c'ést le plus précieux élément pour les générations futures. Aussi la nature s’est-elle appliquée à grouper autour du pistil tous les moyens de protection et de défense. Elle l’a placé au centre de la fleur, abrité sous plusieurs enveloppes concentriques, et defendu encore de l'extérieur par les filaments des étamines, qui forment autour de lui comme un rempart vivant. Ces diverses enveloppes florales persistent tant que le pistil a besoin d’être protégé ou abrité. Elles disparaissent après la fécondation, lorsque l'ovaire s’est fortifié par son propre développement.
Le pistil est l’organe femelle des végétaux, le gynécée, comme on le nomme quelquefois, par opposition à l’androcée, nom qui sert à désigner l’ensemble des étamines ou de l’organe mâle.
Le gynécée présente une des applications les plus remarquables de la doctrine des métamorphoses végétales, popularisée par le célèbre poëte allemand Goethe, qui fut en même temps un profond naturaliste. On comprend admirablement la structure, l'origine et les dispositions du gynécée, qu’il soit simple ou multiple, si on le considère comme constitué par la transforma-
tion d'une seule feuille, ou bien comme résultant de la réunion, de la fusion, de la combinaison de plusieurs feuilles en un seul organe.
De Candolle a nommé carpelles les organes élémentaires dont la réunion forme le pistil. Le carpelle est au pistil ce que le sépale est au calice, le pétale à la corolle, l’étamine à l’androcée. C'est la réunion des carpelles qui forme ordinairement le pistil, comme la réunion des pétales forme la corolle, comme la réumion des étamines forme l’androcée. Le sépale, le pétale, l'étamine, ne sont que des feuilles modifiées; il en est de même du carpelle, qui prend naissance pendant les phases de la végétation, par la métamorphose des feuilles.
On distingue dans un pistil trois parties : l'ovaire, le style et le stigmate. Ces trois parties sont très-appréciables dans Ja figure 205, qui représente le pistil de la Primevère de la Chine. Le stigmate est représenté par les lettres stig, le style par les lettres sty, l'ovaire par la lettre o.
L'ovaire est la partie du végétal qui doit contenir les graines, c'est-à-dire les ovules, lesquels, fécondés et développés, deviendront les graines. La partie, ordinairement un peu épaisse, qui supporte les ovules, porte le nom de placenta ; elle est indiquée sur la figure par la lettre p, audessus du réceptacle r.
Le sommet de l'ovaire se prolonge en un filet, tantôt long, tantôt court, qu’on nomme le style et qui est l’analogue de la nervure moyenne Fig.205. de la feuille. Le style porte un appareil glandu- CNE leux, destiné à recevoirles grains de pollen et à favoriser la fécondation : c’est le stigmate.
Le style n'est point un cylindre plein, comme on pourrait le croire au premier abord ; son axe est, au contraire, occupé par une sorte de canal qui aboutit à l'ovaire, et descend jusqu'au voisinage des ovules.
Le stignate, qui est la partie supérieure du pistil, et dont la forme est d’ailleurs très-variable, est essentiellement formé par une masse de cellules minces, transparentes, lâchement
unies, enduites d’une matière mucilagineuse gluante. Il est ainsi parfaitement propre à recevoir et à retenir les grains de pollen.
Les carpelles ont plus de tendance à se souder entre eux que les organes plus extérieurs; ce qui tient sans doute à leur plus grand rapprochement, déterminé soit par leur position, soit par la pression des organes extérieurs. Cette soudure peut avoir lieu par les ovaires seuls ; par les ovaires, les styles et les stigmates; enfin par les stigmates seuls.
Lorsque deux ou plusieurs carpelles se soudent ensemble par les ovaires, il en résulte un ovaire composé de plusieurs ovaires partiels, qui y déterminent autant de loges qu’il y avait d’abord de carpelles. Dans l’Ellébore fétide (fig. 206), la soudure des
Fig. 206. Fig. 207.
Pistil d’Ellebore fetide Ovaire de Nigelle des champs.
ovaires a lieu par la base seulement ; dans la Nigelle des champs (tig. 207), jusqu'à moitié de leur longueur. Mais le plus fréquemment la soudure se fait jusqu’au sommet.
Lorsque les styles sont soudés entre eux, au moins dans une partie notable de leur longueur, il résulte de cette cohérence un style en apparence unique, mais constitué réellement par autant de styles partiels qu’il y avait de carpelles. Dans ce cas, le nombre des stigmates libres doit, s'ils sont simples, indiquer le nombre des loges de l'ovaire. Les stigmates partiels peuvent également se souder, et constituer un stigmateen apparence unique, mais souvent divisé de manière à indiquer par le nom-
bre de ses divisions le nombre des carpelles constituants du pistil.
Le nombre absolu des loges de l'ovaire pluriloculaire, tout en étant sujet à varier, est le plus généralement de 3; puis vient le nombre 2, le nombre 5 et rarement le nombre 4. Au reste, ce nombre n’est pas toujours constant aux divers âges de la fleur : il arrive quelquefois qu’il se multiplie par la formation de cloisons dont le développementest ultérieur, comme cela se voit dans les Verveines, les Labiées, qui primitivement n’ont que 2 loges, et plus tard en offrent 4, par le partage ultérieur des loges primitives en deux compartiments, comme cela se voit encore dans les Lins, dont les cinq loges primitives se partagent, à un moment donné, en deux par une cloison de nouvelle formation. Ces cloi- . Sons supplémentaires qui masquent ainsi la structure initiale de l'ovaire, se nomment fausses cloisons.
L'ovaire est ordinairement apparent ou libre et on peut l’apercevoir en regardant au fond de la fleur : on l’appelle alors ovaire supère, comme dans les Pavots (fig. 208) et les Lis. D’autres fois, le sommet seul de l'ovaire se montre au fond de la fleur ; il est soudé avec le réceptacle, il faut regarder par dessous la fleur pour l’apercevoir ; l'ovaire est dit alors infére ou adhérent, comme dans le Caféier, la Garance (fig. 209), les Melons.
Fig. 208. Fig. 209.
Nous avons dit plus haut Ovaire supère Ovaire infère du Pavot. de la Garance.
qu'on appelle ovules les petits
Corps attachés aux placentas, et qui, plus tard, deviendront des graines. Ces ovules se composent d’un mamelon central nommé nucelle, adhérant par sa base à un double sac qui n'offre qu'une ouverture très-petite correspondant au sommet libre du nucelle. Le sac extérieur se nomme primine, le sac intérieur scondine. L'ouverture de cette double enveloppe est le micropyle. Le point d'adhérence du nucelle avec ses téguments se nomme Ja chalase. Il est des ovules qui n’ent pas de primine. Il
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en est qui n’ont ni primine ni secondine. Mais ces cas sont rares. Le point par lequel les ovules s’attachent, soit directement, soit indirectement au placenta, par l'intermédiaire d’un petit cordon, ou funicule, porte le nom de hile.
Tous les ovules n’ont pas la même forme. L'ovule de la Rhubarbe (fig. 210) a la forme d’un œuf. Son hile est diamétralement opposé au micropyle.Ce genre d'ovule se nomme orthotrope.
Dans l'Ellébore, au contraire, l'ovule a son point d'attache placé près du micropyle et on remarque sur un de ses côtés un renflement en forme de cordon, qui s'étend sur toute sa lon-
\ “ 2 Fig. 210. Fig. 211. Fig. 212.
Ovule orthotrope Ovule anatrope Ovule campylitrope de Rubarbe. d’Ellébore. de Haricot.
gueur et porte le nom de raphé (fig. 211). Ce genre d’ovule s'appelle anatrope.
Dans le Haricot l'ovule a, de mème, son point d'attache placé près du micropyle; mais comme il n’y a pas de raphé et qu’il est courbé en façon de rein, on dit qu'il est campylitrope (fig. 212).
Telles sont les trois formes principales des ovules. La seconde est la plus commune, la première est la plus rare.