‹ Histoire des plantes (volume 5)Chapitre 83 sur 106 · LES ARBRES GÉANTS. L · texte numérisé non relu

LES ARBRES GÉANTS. L

de toute la noblesse de Catane ; elle était à cheval, ainsi que toute sa suite. Un orage survint; elle se mit sous cet arbre, dont le vaste feuillage suffit pour mettre à couvert de la pluie cette reine et tous ses cavaliers. C'est de cette mémorable aventure, ajoutent-ils, que l'arbre a pris le nom de châtaignier des cent chevaux ; mais les savants, qui ne sont point de ce hameau, prétendent que jamais aucune Jeanne d’Aragon n’a visité l’Etna, et ils sont persuadés que cette histoire n’est qu’une fable populaire.

a Cet arbre si vanté et d’un diamètre si considérable est entièrement creux, car le châtaignier est comme le saule : il subsiste par son écorce ; il perd en vieillissant ses parties intérieures, et ne s'en couronne pas moins de verdure. La cavité de celui-ci étant immense, des gens du pays y ont construit une maison où est un four pour sécher des châtaignes, des noisettes, des amandes, et autres fruits que l’on veut conserver ; c’est un usage général en Sicile. Souvent, quand ils ont besoin de bois, ils prennent une hache et ils en coupent à l’arbre même qui entoure leur maison; aussi ce châtaignier est dans un grand état de destruction.

Quelques personnes ont cru que cette masse était formée de plusieurs châtaigniers qui, pressés les uns contre les autres, et ne conservant plus que leur écorce, n’en paraissent qu’un seul à des yeux inattentifs. Ils se sont trompés, et c’est pour dissiper cette erreur que j’en ai tracé le plan géométral. Toutes les parties mutilées pär les ans et la main des hommes m'ont paru appartenir à un seul et même tronc; je l’ai mesuré avec la plus grande exactitude, et je lui ai trouvé cent-soixante pieds de circonférence'. »

On a dit souvent, comme le rappelle Houel, que ce Châtaignier monstrueux résulte de la soudure de plusieurs arbres, nés d’une ancienne souche, qui leur serait commune. Le soin avec lequel Jean Houel a décrit cet arbre, et l'inspection de la figure qu'il en a donnée, détruisent cette objection. Ce qui confirme encore l’opinion de Houel, c’est que ce voyageur ajoute qu’il existe dans les environs de l’Etna plusieurs autres Châtaigniers très-beaux et très-droits, qui ont 12 mètres de diamètre, et qu’un de ces arbres a jusqu’à 25 mètres de tour.

Quel âge peut avoir le Chédtaignier de l'Etna? C'est ce qu'il est bien difficile de savoir. Si l’on suppose que, chaque année, ses couches concentriques se soient accrues d’une ligne en épaisseur, cet arbre vénérable aurait de trois mille six cents à quatre mille ans d'existence.

A Neuve-Celle, sur le lac de Genève, il existe une autre espèce de Châtaignier de dimensions gigantesques.

1. Voyage aux iles de Sicile, de Malte et de Lipari, vol. 1[, page 79, pl. 114.

k36 FAMILLES NATURELLES.

Les Noyers jouissent d’une grande longévité, et peuvent atteindre un énorme développement sur tous les confins de la mer Noire et de la mer Méditerranée. Près de Balaklava, en Crimée, un Noyer porte annuellement plus de cent mille noix, que cinq familles se partagent.

M. de Candolle, dans sa Physiologie végétale‘, parle d’une table de Noyer qui a été vue par l'architecte Scammozzi, à Saint-Nicolas, en Lorraine. Faite d’un seul morceau de Noyer, cette table aurait 8 mètres de largeur, sur une longueur convenable. En 1479, l'empereur Frédéric III donna un repas magnifique sur ce monstrueux bloc végétal. D’après de Candolle, le Noyer qui avait fourni cette table aurait au moins neuf cents ans.

Le Platane est un des plus grands arbres des climats tempérés. Pline raconte qu'il existait de son temps, en Lycie, un Platane célèbre. Le tronc creux de cet arbre formait une sorte de grotte, de 27 mètres de tour. Sa cime branchue ressemblait à une petite forêt : les branches qui la composaient, couvraient de leur ombre une étendue de terrain immense. L'intérieur de l'excava- Lion du tronc était tapissé de mousse, ce qui le faisait ressembler davantage encore à une grotte naturelle. Licinius Mucianus, gouverneur de la Lycie, donna dans cette grotte un festin à dix-huit convives.

Pline cite un autre Platane que l’empereur Caligula trouva aux environs de Vélitres. Ses branches étaient disposées de manière à former une grotte de verdure, dans laquelle ce prince dîna avec quinze personnes. Bien qu’il occupât à lui seul une partie de l'arbre, les convives étaient tous fort à leur aise, et les esclaves pouvaient faire très-convenablement leur service.

À Caphyes, dans l’Arcadie, huit cents ans après la guerre de Troie, on montrait un vieux Platane, qui portait le nom de Ménélas : on prétendait que ce prince l'avait planté lui-même avant de partir pour le siége de Troie. On attribuait aussi à Agamemnon la plantation d’un Platane qu’on voyait à Delphes plusieurs siècles après la mort de ce héros.

Ces dernières assertions sont probablement fabuleuses ; mais ce qui peut donner quelque crédit aux récits de ce genre, c'est

Page 1