‹ Histoire des plantes (volume 5)Chapitre 86 sur 106 · Les Merveilles du monde végétal, t. l°', page · texte numérisé non relu

Les Merveilles du monde végétal, t. l°', page

hhh FAMILLES NATURELLES.

et qui peut être rangé parmi les merveilles de la nature. Son tronc n’a que # à 5 mètres d'élévation, mais son épaisseur esténorme : elle peut atteindre 10 mètres de circonférence. Ce tronc se divise à son sommet, en rameaux longs de 16 à 20 mètres, qui se rapprochent du sol vers leur extrémité. Comme le tronc est court et que les branches descendent fort bas’ près du sol, il en résulte que le Baobab a, de loin, l’aspect d’un dôme ou d’une boule de verdure dont le circuit dépasse 50 mètres. Adanson a conclu de ses observations et de ses calculs sur l'accroissement des Baobabs que quelques-uns de ceux qu’il a étudiés avaient près de 6000 ans. .

La figure 407 représente, d’après une photographie, cet arbre monstrueux.

Ce colosse végétal, observé d’abord par Adanson au Sénégal, et qui forme le genre Adansonia, a été retrouvé depuis au Soudan, au Darfour et dans l’Abyssinie.

L’écorce et les feuilles du Baobab jouissent de vertus émollientes, dont les nègres du Sénégal savent tirer parti. Ses fleurs sont proportionnées à la grosseur du tronc; elles ont 11 centimètres de longueur sur 16 de large. Le fruit, désigné par les Français qui habitent le Sénégal, sous le nom de Pain de singe, est une capsule ovoide, pointue à l’une de ses extrémités, longue de 30 à 50 centimètres, large de 13 à 16 centimètres, c'est-à-dire à peu près du volume de la tête de l’homme. Il renferme dans son intérieur dix à quatorze loges, contenant quelques graines en forme de rein, environnées de pulpe. |

Les nègres font un usage journalier des feuilles sèches du Baobab. Ils les mélent avec leurs aliments, dans le but de modérer l’excès de leur transpiration et de calmer les ardeurs d'un climat de feu.

Le fruit du Baobab est comestible; sa chair est d’une saveur agréable et sucrée. Le suc qu’on en exprime, mêlé avec-du sucre, forme une boisson fort utile dans les fièvres putrides et pestilentielles. On transporte le fruit du Baobab dans la partie orientale et méridionale de l'Afrique, et les Arabes le font passer dans les pays voisins du Maroc, d’où il se répand ensuite en Égypte. Les nègres tirent parti des fruits gätés et de leur écorce

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LES ARBRES GÉANTS. hk7

ligneuse : ils les brülent, pour en obtenir les cendres, qui servent à fabriquer du savon, au moyen de l’huile de palmier.

Les nègres font encore un usage bien singulier du tronc du Baobab : ils s’en servent pour déposer les cadavres de ceux qu'ils jugent indignes des honneurs de la sépulture. Ils choisissent le tronc d'un Baobab déjà attaqué et creusé par la carie; ils agrandissent la cavité, et en font une espèce de chambre, dans laquelle ils suspendent les cadavres. Après quoi, ils ferment, avec une planche, l'entrée de cette sorte de tombeau naturel. Les corps se dessèchent parfaitement à l’intérieur de cette cavité, et deviennent de véritables momies, sans avoir reçu la moindre préparation préalable.

C’est surtout aux guériots qu'est réservé ce mode étrange de sépulture. Les guériots sont les musiciens ou les poëtes qui, dans les cours des rois nègres, président aux danses et aux fêtes. Pendant leur vie, ce genre de talent les fait respecter des autres nègres, qui ies considèrent comme des sorciers et les honorent à ce titre. Mais, après leur mort, ce respect se change en horreur. Ce peuple superstitieux et enfant s’imagine que s’il livrait à la terre le corps de ces sorciers, comme celui des'autres hommes, il attirerait sur lui la malédiction céleste; voilà pourquoi le monstrueux Baobab sert d'asile funèbre aux guériots. Il y a une poésie étrange dans cette coutume d’un peuple barbare, qui ensevelit ses poëtes, entre le ciel et la terre, dans les flancs du roi des végétaux!

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