‹ Histoire des plantesChapitre 100 sur 114 · LH · texte numérisé non relu

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Fig. 429. Figuier colossal d'Afrique, d’après Schweinfürth.

nous paraît dépasser très peu en grosseur une douzaine d’autres qui l'environnent à un demi-mille. Mais nous devons taire notre admiration jusqu’à ce que nous ayons atteint les arbres géants.

« Dans une clairière paisible, à six mille pieds sur les rampes de la Sierra, poussent ces monarques des forêts du monde. À demi cachés par les Pins énormes et les Sapins autour d’eux et entre eux, leurs cimes s’élèvent au-dessus de leurs grands voisins, et on ne peut guère les voir qu'en étant tout près. À côté des troncs plus foncés des Pins et des Sapins paraissent de magnifiques tiges couleur cannelle, et le voyageur qui s’avance à travers les broussailles et les Fougères les découvre complètement.

Au premier coup d’œil on est désappointé quand on a lu ce qu’on dit de la mesure de ces troncs extraordinaires, car il en est d'eux comme de ces grands bâtiments dont l'énorme étendue ne dépare pas la symétrie. C’est seulement quand on les regarde quelque temps, et quand on les compare

avec les objets environnants, qu'on peut apprécier leurs superbes dimensions.

« Avec ces Sequoias poussent des Pins à sucre et des Sapins Douglas qui seraient eux-mêmes des géants dans les forêts européennes, mais qui ne paraissent ici que des nains, au moins comme grosseur, comparés à leurs énormes voisins. Un grand arbre mort de vieillesse est couché sur le sol : c'est le monarque « tombé », comme il est appelé à juste titre; vous pourrez avec peine grimper sur le tronc, d’où vous verrez la terre à vingt pieds au-dessous. Il en est un autre, en pleine vigueur, bien que, à ses branches noueuses et en lambeaux, on voie que des siècles ont passé sur sa têle; mesurez sa circonférence, à une hauteur de dix pieds au-dessus du sol, vous trouverez soixanie-six pieds. À quatre-vingt-dix pieds au-dessus de terre d'où partent les branches les plus basses, il a encore six pieds de diamètre. On l’appelle le Géant gris.

« Non loin de là s'élève peut-être Le plus bel arbre de tous : c’est la Mére de la forét. Il n’est pas tout à fait aussi gros que le géant, mais sa tige n’a pas été attaquée par ces feux de forêts qui ont laissé des traces noires sur la plupart des autres vétérans : et son écorce couleur cannelle claire se découpe en fentes verticales qu'on peut suivre distinctement jusqu’à soixante-dix pieds au-dessus du sol. Il v en a des douzaines d’autre splendides de grandeur et de beauté, bien qu'ils n’atteignent pas la taille des trois premiers. É

« Nous campons pour déjeuner sous un groupe des plus gros que nous appelons les Hommes forts de David, et si l’on regarde autour de soi, on en voit plus d’une vingtaine dont aucun n’a pas moins de quarante pieds à la base.

« Trois arbres magnifiques évidemment en pleine force se dressent à côté les uns des autres : on les appelle les Trois Grâces. Deux autres, vieux, la tête effeuillée, se soutenant l’un l’autre, portent le nom des deux Frères jumeaux. Un autre a été brûlé par le feu mal éteint d’Indiens qui campaient ici : il est étendu à terre comme un grand cylindre noir, le cœur est tout creusé par le feu ; il a été si large que, la tête légèrement inclinée, nous parcourons à cheval, comme dans un tunnel, la partie de son tronc qui, lorsqu'il était debout, devait être à plus de soixante pieds du sol.

« Cette forêt se compose de trois ou quatre cents arbres de tailles diverses ; les jeunes cependant sont très rares en proportion de leurs frères

plus agés, comme si la race des géants appartenait plutôt aux siècles passés.

« Dans les autres parties des rampes occidentales de la Sierra-Nevada, on rencontre encore des forêts de Sequoias, toutes à peu près à la même hauteur, cinq ou six mille pieds au-dessus de la mer, et celle-ci n’est nullement la plus considérable. On signale aussi de plus gros arbres dans les autres forêts ; à la vallée de Tulare, un arbre aurait même atteint quarante pieds de diamètre, mais cette mesure paraît être prise au niveau du sol où, par le renflement des racines, le diamètre est plus grand.

« Si l’on compare les Sequoias avec les Pins et les Sapins, la hauteur des premiers est moins extraordinaire que leur diamètre. La raison en paraît être que leur bois est d'une nature un peu molle et cassante, si bien que, quand leurs cimes dépassent les arbres voisins, ils sont constamment brisés par le soufle glacé des vents et la masse des neiges. Dans la Sierra Nevada, un Pin de dix-huit pieds de tour atteint souvent deux cent vingt pieds de haut, tandis qu’un Sequoia trois fois plus gros ne dépasse guère deux cent cinquante pieds. Les arbres les plus élevés de Mariposa Grove mesurent deux cent soixante-quinze pieds; ils ont donc seulement vingt pieds de plus que les Sugar-Pine voisins, et les plus élevés qu'on ait me surés dans quelques-uns des autres bois avaient trois cent trente pieds.

“ Le voyageur, que les dimensions de ces géants désappointent tout d'abord, trouvera peut-être bien vite une compensation en admirant leur beauté, qui, dans les descriptions faites de ces arbres, paraît avoir été négligée au profit de leur grandeur. Le gracieux contour de ces troncs énormes, la douceur veloutée et la riche couleur de leur écorce, leurs branches noueuses qui s’étalent comme les bras musculeux de quelque grand Briarée, le vert éclatant de leur feuillage élégant et mince, tout se combine pour en faire des arbres aussi beaux que grands, aussi majestueux que vigoureux. Dans le temps, quand les grands bois étaient regardés comme des temples naturels parmi les nations qui considéraient les vieux arbres comme la retraite favorite des divinités, quels sanctuaires ce devait être!

« Si un druide, à la place de son descendant du dix-neuvième siècle, les avait découverts, avec quelle terreur il les aurait adorés, et que son chêne favori aurait été éclipsé et supplanté! Dans ces grandes forêts primitives, il est un trait qui nous frappe lorsque nous nous séparons de nos compagnons de route et que nous sommes isolés. C’est ce silence complet qui fait une si vive impression; il est complet, car souvent pas une feuille ne remue dans ce dôme vert qui nous domine, pas un insecte ne bourdonne dans l'air vide, rien, pas même le bruit d’une eau murmurante, ne frappe l'oreille; il fait impression, car tout autour de nous on aperçoit les formes colossales de ces arbres majestueux, presque terribles dans leur immobilité silencieuse.

« C'est à bon droit qu’on nomme Sequoias ces arbres géants, car ils sont de l'espèce de ces bois rouges, ou Sequoia sempervwrens. En Angleterre, l'arbre porte le nom de Wellingtonia gigantea, qui lui a été donné par Lindley, mais aujourd’hui il est généralement considéré comme de la même espèce que le bois rouge, et dans toute l'Amérique on le connait sous le nom de Sequoia gigantea.

Un intérêt particulier s'attache à cette dénomination, car elle dérive

Fig. 430. Sequoia gigantea de la Californie.

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du nom d’un chef d’une des tribus occidentales des Peaux-Rouges, qui se distingua entre tous ses compatriotes en apprétiant la civilisation et en essayant d'introduire dans sa tribu quelques-uns de ses plus réels avantages, tels que l'instruction et l’agriculture.

« Un autre fait est également à noter à propos de ces arbres : bien qu'ils soient les plus grands des arbres, leurs cônes sont à peine plus gros que des noix, et leurs graines, longues d’un quart de pouce et larges d’un sixième, ont l’épaisseur d’une feuille de papier. »

Diverses espèces d'Eucalyptus sont, dans l'Australie, leur pays natal, des arbres gigantesques. Müller affirme que l’on a mesuré un Eucalyptus colossea qui avait 122 mètres de hauteur, et des Eucalyptus amygdalinus qui avaient 128 et même 145 mètres. Pour se faire une idée d’une telle élévation, il faut se rappeler que le dôme des Invalides à Paris a 105 mètres de hauteur, que la flèche de la cathédrale de Strasbourg est placée à 142 mètres et que la plus grande des pyramides, celle de Chéops, qui est le plus haut de tous les ouvrages humains, a 146 mètres. L’Eucalyptus amyqdalinus jetterait donc son ombre sur le sommet de la plus grande des pyramides d'Égypte.

D’après cela, l’Eucalyptus serait l’arbre le plus élevé de toute la phalange végétale, car les Sequoia gigantea de la Californie, dont nous venons de parler, ne mesuraient pas plus de 100 mètres.

Sous le rapport de la grosseur les Eucalyptus dépassentencore le Sequoia gigantea californien. Le diamètre du plus gros de ces colosses est de 8",86. Or un Eucalyptus gigantesque, mesuré en Tasmanie, avait 9",5 de diamètre près du sol et mesurait 3,66 de diamètre à la naissance de la première branche, c’està-dire à 70 mètres au-dessus du sol, la hauteur totale de l'arbre étant de 91,50.

L'Eucalyptus globulus, sans atteindre des proportions aussi colossales, n’en est pas moins un des plus grands arbres du monde. Müller dans son Rapport sur la colonie Victoria, publié . en 1860, donne les dimensions suivantes d’un Eucalyptus globulus mesuré dans une vallée près du mont Wellington, en Tasmanie : circonférence près du sol 29%,25 (ou 9°,35 de diamètre), à 1°,60 au-dessus du sol, la circonférence était de 22 metres (ou 7,31 de diamètre). La hauteur totale était de 98 mètres. En calculant par analogie, la tige devrait compter 800 couches

ou anneaux concentriques, répondant à un àge de 800 ans.

Le tronc de l’Eucalyptus globulus peut fournir des planches phénoménales, dont on a vu des échantillons à l'Exposition de Londres en 1862 et de Paris en 1878. A l'Exposition de Londres une planche fournie par un Eucalyptus globulus, mesurait 23 mètres de long, sur 3°,50 de large, avec une épaisseur proportionnée. L'Australie avait proposé de faire parvenir à Londres une planche de 50 mètres de long, mais aucun navire ne voulut se charger d’un fardeau aussi encombrant.

Le Baobab (Adansonia digitata) esi un arbre de l'Afrique tropicale, qui a été transplanté par l’homme en Asie et en Amérique, et qui peut être rangé parmi les merveilles de la nature. Son tronc n’a que 4 à 5 mètres d’élévation, mais son épaisseur est énorme : elle peut atteindre 10 mètres de circonférence, ou 3°,15 de diamètre. Ce tronc se divise, à son sommet, en rameaux longs de 16 à 20 mètres, qui se rapprochent du sol vers leur extrémité. Comme le tronc est court, et que les branches descendent fort bas près du sol, il en résulte que le Baobab a, de loin, l'aspect d'un dôme ou d’une boule de verdure dont le circuit dépasse 50 mètres. Adanson a conclu de ses observations et de ses’ calculs sur l’accroissement des Baobabs, que quelques-uns de ceux qu’il a étudiés avaient près de 6,000 ans.

La figure 432 (page 569) représente, d’après une photographie, cet arbre monstrueux.

Ce colosse végétal, observé d’abord par Adanson au Sénégal, et qui forme le genre Adansonia, a été retrouvé depuis au Soudan, au Darfour et dans l’Abyssinie.

L’écorce et les feuilles du Baobab jouissent de vertus émollientes, dont les nègres du Sénégal savent tirer parti. Ses fleurs sont proportionnées à la grosseur du tronc; elles ont 11 centimètres de longueur sur 16 de largeur. Le fruit, désigné par les Français qui habitent le Sénégal, sous le nom de Pain de : singe, est une capsule ovoïde, pointue à l’une de ses extrémités, longue de 30 à 50 centimètres, large de 13 à 16 centimètres, c'est-à-dire à peu près du volume de la tête de l’homme. Il renferme dans son intérieur dix à quatorze loges, contenant quelques graines en forme de rein, environnées de pulpe.

Les nègres font un usage journalier des feuilles sèches du Baobab. Ils les mêlent avec leurs aliments, dans le but de mo-

Fig. 431. Le Père de la forêt (Sequoia gigantea de la Californie).

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