‹ Histoire des plantesChapitre 102 sur 114 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

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Linné, dont le singulier génie a deviné presque toutes les conquêtes réservées un jour à la science des végétaux, posa les premières bases de la géographie botanique. Dans les prolégomènes de sa Flore lapone, V'immortel botaniste d’Upsal disait, dans le style poétique et concis qui lui est propre :

« La dynastie des Palmiers règne sur les parties les plus chaudes du globe, les zones tropicales sont habitées par des peuplades d’arbustes et d’arbrisseaux, une riche couronne de plantes entoure les plages de l’Europe méridionale, des troupes de vertes Graminées occupent la Hollande et le Danemark, de nombreuses tribus de Mousses sont cantonnées dans la Suède ; mais les Algues blafardes et les blancs Lichens végètent seuls dans la froide Laponie, la plus reculée des terres habitables. Les derniers des végétaux vivent seuls dans la dernière des terres. »

Ces modifications dans la distribution des plantes que Linné avait observées en marchant du sud au nord, pendant son voyage en Laponie, Tournefort les avait déjà remarquées lorsqu'il s’élevait, pendant son voyage en Arménie, sur les flancs du mont Ararat. Au pied de cette montagne célèbre, il voyait les plantes d'Arménie ; il trouvait plus haut celles d'Italie, plus haut encore celles de Paris ; au-dessus se montraient les plantes de la Suède ; enfin, dans le voisinage des neiges éternelles, celles de la Laponie.

« Les végétaux qui couvrent la terre, disait Buffon, et qui y sont encore attachés de plus près que l'animal qui broute, participent aussi plus que lui à la nature du climat. Chaque pays, chaque degré de température a ses plantes particulières. On trouve au pied des Alpes celles de France et d'Italie; on trouve à leur sommet celles des pays du nord. On retrouve

ces mêmes plantes du nord sur les sommets glacés des montagnes d'Afrique. Sur les monts qui séparent l'empire du Mogol du royaume de Cachemie, on voit du côté du midi toutes les plantes des Indes, et l’on est surpris de ne voir de l’autre côté que des plantes d'Europe. C’est aussi des climats excessifs que l’on tire les drogues, les parfums, les poisons, et toutes les plantes dont les qualités sont excessives. Le climat tempéré ne produit au contraire que des choses tempérées : les herbes les plus douces, les légumes les plus sains, les fruits les plus suaves, les animaux les plus tranquilles, les hommes les plus polis, sont l'apanage de ces heureux climats. »

Telles sont les vues par lesquelles des hommes de génie préludaient aux découvertes que notre temps a vues naître concernant la distribution géographique des plantes.

Au commencement du dix-neuvième siècle, la géographie botanique trouvait son créateur dans Alexandre de Humboldt, génie vraiment universel et qui a marqué sa trace dans toutes les sciences modernes. Au retour de son voyage dans les régions équinoxiales de l'Amérique, de Humboldt établissait, dans un de ses plus beaux mémoires, que c’est la prédominance de telle ou telle forme végétale qui nous fait reconnaître immédiatement une contrée. Les Pins et les Sapins nous transportent dans le nord ou sur les hautes montagnes de l’Europe, les Chênes et les Hètres dans la zone tempérée, les Oliviers dans le midi, les Palmiers dans les régions intertropicales; le cap de Bonne-Espérance est la patrie des Bruyères et le Mexique celle des Orchidées. Dans un autre mémoire, de Humboldt cherche à évaluer le nombre total des végétaux répandus à la surface du globe, et il étudie l'influence du climat sur leur distribution. Pour la première fois, il établit clairement que des points également distants de l’équateur et également élevés au-dessus de la mer peuvent avoir néanmoins des climats dissemblables, tandis que des contrées, situées sous des parallèles très éloignés l’un de l’autre, ont des climats analogues.

Les voyages des naturalistes de notre siècle dans toutes les parties du globe ont établi aux yeux des botanistes les caractères de la végétation propre à chaque climat, et mis en évidence des contrastes dont nous essayerons de donner au lecteur une idée succincte, mais suffisante. Les recherches de ces voyageurs, comme les travaux des botanistes descripteurs, ont permis de donner une certaine précision aux principes de la géographie botanique, que nous allons étudier dans ce chapitre.

Établissons, avant d’aller plus loin, le nombre approximatif des espèces végétales qui habitent notre globe. Les appréciations ont nécessairement varié dans cette sorte de statistique des plantes, à mesure que s’est accru l'inventaire de nos richesses naturelles. Linné, en 1753, connaissait 6,000 espèces végétales; Persoon, en 1807, en comptait 26,000. En 1824, Stendel en portait le nombre à 50,000, et en 184% à 95,000. Les livres et les herbiers contiennent aujourd'hui environ 120,000 espèces. Du nombre des espèces décrites, les botanistes ont pu conclure au nombre total des espèces existantes. Par un calcul ingénieux de l’espace occupé sur le globe terrestre par une espèce végétale, M. Alphonse de Candolle a cru pouvoir inférer que ce nombre ne saurait être au-dessous de 400,000 à 500,000.

Nous avons dit qu’en 1844 on connaissait 95,000 espèces de plantes ; sur ce nombre, 80,000 sont phanérogames ou cotylédonées; 15,000 cryptogames ou acotylédonées. Parmi les cotylédonées, 65,000 appartiennent aux dicotylédones et 15,000 aux monocotylédones.

Tel est donc le budget général de la Flore terrestre.

La proportion numérique des espèces appartenant aux phanérogames ou aux cryptogames varie selon les latitudes du globe. À mesure qu’on s’avance vers le nord, le nombre des cryptogames augmente; celui des phanérogames croît si l'on marche vers l'équateur. Dans les zones froides ou tempérées les cryptogames sont d’humbles végétaux qui s'élèvent à peine au-dessus de la surface du sol; mais dans les régions brülantes des tropiques, d’élégantes Fougères arborescentes s'élèvent à la hauteur des plus grands Palmiers.

La végétation de’chaque espèce correspond à un intervalle déterminé de l'échelle du thermomètre, et cet intervalle n’est pas le même pour toutes les plantes. Le Meélèze et le Bouleau nain résistent à des froids de — 40 degrés, tandis que beaucoup de Palmiers, d'Orchidées etde Fougères arborescentes,n'attendent pas, pour mourir, que le thermomètre soit descendu à + 10 degrés. Pendant que les plantes alpines ou septentrionales soumises à cette même température de + 10 dégrés se flétrissent au bout de quelques jours, d’autres plantes s’accommodent des sables brülants de l'Afrique, dont la température atteint souvent + 60 à + 72 degrés centigrades.

Il est un autre point thermométrique important à considérer :

c'est le degré auquel chaque espèce commence à entrer en végétation. Les charmantes So/danelles des hautes montagnes germent et fleurissent à la température de zéro, tandis que les Cocotiers et les végétaux de la zone torride sont insensibles aux températures qui n’atteignent pas 15 ou 20 degrés.

La plante une fois en végétation, quelle est la température nécessaire pour amener l'épanouissement des fleurs et la maturation des fruits? La végétation de l’Orge, la céréale qui s’avance le plus vers le nord, commence lorsque le thermomètre dépasse seulement + 5 degrés. Si donc on veut déterminer avec précision la somme de chaleur qu’une plante doit nécessairement accumuler pour parcourir toutes les phases de son développement jusqu’à la maturité de la graine, il ne faut pas tenir compte des températures inférieures à + 5 degrés, mais additionner les températures moyennes de chaque jour où le thermomètre a dépassé + 5 degrés. On a trouvé, en procédant ainsi, que, dans les hautes latitudes, l’Orge mûrit lorsqu’elle reçoit une somme de chaleur de 1,500 degrés. Pour que le grain de Blé mürisse, il lui faut une accumulation d'environ 2,000 degrés de chaleur. La Vigne, pour produire un vin potable, exige 2,900 degrés à partir du jour où la moyenne est de + 10 degrés.

On comprend maintenant pourquoi certains végétaux vivent dans un pays sans ÿ donner de fleurs, d’autres sans y porter de fruits : c’est que la somme de chaleur de tel climat, qui est suffisante pour développer leurs feuilles, ne l’est pas pour faire épanouir leurs fleurs, à plus forte raison pour müûrir leurs fruits.

L'influence de la température sur la végétation est tellement marquée, que l’on peut à peine citer quelques espèces cosmopolites. La plupart des végétaux habitent une zone déterminée et n’en sortent pas. Le froid les empêche de franchir ces limites vers le nord ; la chaleur, de les dépasser vers le sud. Ils ont tous une limite polaire et une limite tropicale.

L'humidité de l’atmosphère, l'influence du sol ont, d'autre part, une notable influence sur la distribution géographique des plantes.

[1 faut enfin très sérieusement considérer, pour la vie des plantes des différents espèces, l'influence de l'élévation des lieux. A mesure qu’on s'élève dans l'atmosphère, la température s'a-

baisse, et cet abaissement de température est si prompt, qu’une ascension de quelques heures sur une montagne peut faire passer par tous les degrés de température décroissante. D'où il suit qu’une haute montagne située sous l’équateur, et qui est revêtue à sa base d’une riche végétation, tandis qu’elle est couverte, à son sommet, de neiges éternelles, présente, réunie dans un espace borné, toute la diversité de végétation que le voyageur rencontrerait s’il se transportait de l'équateur au pôle. Nous reviendrons, au reste, avec détail, à la fin de ce chapitre, sur la végétation des montagnes.

Après ces considérations sur les causes principales qui président à la distribution géographique des plantes, nous ferons connaître les grandes circonscriptions botaniques, ou les zones de végétation, qui résultent de la distribution des divers végétaux sur le globe.

On peut diviser, sous le rapport botanique, la surface de la terre en trois grandes zones : 1° la zone torride, ou tropicale, qui est comprise entre les tropiques, c’est-à-dire entre les 24° degrés de latitude nord et sud; 2° la zone tempérée, qui, dans chaque hémisphère, s'étend des tropiques au cercle polaire ; 3° la zone polaire, qui, dans l’un et l’autre hémisphère, forme une sorte de calotte ayant pour centre le pôle et pour base le cercle polaire.

La zone tropicale, qui reçoit d’aplomb les rayons solaires, est à peu près exempte d'hiver. Elle contient les régions les plus chaudes du globe. L'année s’y partage en deux saisons : l’une sèche et brülante, pendant laquelle la végétation est sensiblement suspendue ; l’autre pluvieuse, pendant laquelle la végétation se ranime. Cette large zone, qui traverse des continents et des îles de toute grandeur, et que sillonnent d'immenses chaînes de hautes montagnes, présente des climats assez divers, et donne des productions qui sont loin de se ressembler toutes. Aussi estoi forcé de la subdiviser en trois zones secondaires. | La zone tropicale moyenne, ou zone équatoriale, s'étend du 15° degré au nord de l'équateur au 15° degré au sud. Les deux autres, ou les zones tropicales proprement dites, occupent de SET côté de la zone équatoriale le reste de restes jusqu’au 24° degré.

Les deux zones tempérées sont contiguës d’un côté à la zone torride, de l’autre aux régions glacées du pôle, sur un espace de 42 degrés de latitude. Elles offrent, comme la zone tropicale, une grande variété de climats et de produits végétaux. Aussi les a-t-on subdivisées, au point de vue de l’histoire naturelle, en quatre zones secondaires, qui ont recu les noms de zone Juxtatropicale, tempérée chaude, tempérée froide et arclique.

La zone polaire comprend les régions du globe communément nommées régions polaires, qui s'étendent du 60° au 80° degré de latitude nord.

Nous ne suivrons pas, dans l'exposé qui va suivre, l’ordre de ces régions naturelles. Le motif de cette détermination ressortira suffisamment des lignes suivantes du Traité de M. Alphonse de Candolle sur la Géographie botanique raisonnée.

« Je tiens, dit le savant botaniste de Genève, les divisions du globe par régions, proposées jusqu’à présent, pour des systèmes artificiels, en grande partie. Les règles en sont trop arbitraires, et les régions obtenues ne sont ni semblables dans la majorité des livres, ni reconnues par le consent ement du plus grand nombre des botanistes. »

Nous croyons plus simple, au lieu de ces régions naturelles sur lesquelles les botanistes, on le voit, ne sont pas d'accord entre eux, de considérer à part, pour donner une idée de la végétation de leurs différentes zones, les cinq parties géographiques du monde : l’Europe, l’Asie, l'Afrique, l'Amérique et l'Australie,

On peut distinguer en Europe trois grandes régions botaniques : 1° ja région septentrionale ; 2° la région moyenne; 3° la région méridionale, ou méditerranéenne.

Région septentrionale. — La région septentrionale comprend la Laponie, l'Islande, les provinces septentrionales de la Suède, de la Norvège et de la Russie.

La végétation y est peu variée. Les espèces ligneuses n’y forment que la centième partie de tous les végétaux que l'on y rencontre. Les cryptogames y prédominent. Les arbres sont

principalement représentés par les Conifères et les Amentacés. Sauf quelques exceptions légères et accidentelles, le CAéne, le Noisetier et le Peupler s'arrêtent au 60° degré de latitude; le Frêne au 61°; le Hétre et le Tilleul au 63°; les Conifères au 67°, l’Orge et l’Avoine peuvent être cultivées jusqu’au 70° parallèle nord. Le Spitzberg, l’île la plus septentrionale de l'Europe, située entre 760 30’ et 81° de latitude septentrionale, ne renferme que quatre-vingt-treize espèces phanérogames, appartenant principalement aux familles des Graminées, des Crucifères, des Caryophyllées, des Saxifragées, des Renonculacées et des Synanthérées. Parmi ces plantes, il n’y a pas un seul arbre, ni un seul arbuste, mais seulement un sous-arbrisseau, l’'Empetrum nigrum, et deux petits Saules rampants.

La figure 433 donne une idée générale de la végétation dans les froides contrées de la Norvège.

M. Charles Martins, auquel la géographie botanique doit tant de belles observations, a fait un très intéressant voyage le long des côtes occidentales de la Norvège, de Drontheim au cap Nord. Le lecteur trouvera ici avec plaisir quelques traits du tableau pittoresque que le voyageur a tracé de cette végétation septentrionale :

« Le 28 juin, dit le savant professeur de la Faculté de Montpellier, nous arrivâmes à Drontheim. En débarquant, je fus surpris de voir des Cerisiers portant des fruits gros comme des pois. Les Lilas, le Sorbier des oiseleurs, le Cassis, l’Iris germanica étaient couverts de fleurs épanouies. Mon étonnement cessa lorsque j’appris que le printemps avait été très beau. L'arbre le plus commun dans les jardins etdans les rues de la ville est le Sorbier des oiseleurs. J'y remarquai quatre Chênes (Quercus robur), qui paraissaient souffrir du froid. En effet, sur la côte occidentale de la Norvège, la limite latitudinale naturelle du Chêne est à un demi-degré au sud de Drontheim,

« Le Frêne est un arbre plus robuste, mais qui acquiert des dimensions moins considérables que le Chêne en Suède ; c’est à la latitude de 61° 18, que j'ai remarqué les derniers Frènes. Le Tilleul peut vivre à Drontheim comme le Peuplier baumier et le Marronnier d'Inde. Le Lilas commun fleurit dans tous les jardins. Tous les arbres à fruits ne peuvent être cultivés qu’en espalier. Même dans les expositions les plus favorables, les Pommes, les Poires et les Prunes ne mäûrissent pas tous les ans. Aux environs de Drontheim, des bouquets d’Aunes, de Bouleaux et de Sapins, entremèélés de Frênes, d'Érables, de Trembles, de Cerisiers à grappe, de Noisetiers, de Genévriers et de Saules, couronnent les points culminants. Les champs cultivés s'étendent dans les localités sèches et bien exposées, tandis que les prairies occupent les bas-fonds. Ce frais paysage a quelque chose de sévère et de froid qui plaît à la longue. C’est un beau cadre pour une existence calme et uniforme.

« Vers le nord, je poussai jusqu'au cap Ladehamer, qui porte une couronne de Bouleaux au léger feuillage; vers l’est jusqu’à la cascade de Leerfes, où les eaux écumeuses du Nidelven se précipitent au milieu d’une noire forêt de Sapins. J'y arrivai à l'heure de minuit. L’aurore et le crépuscule, qui se confondaient ensemble à l'horizon, projetaient sur le paysage une lumière douteuse; car, à cette époque de l’année et à cette latitude, le soleil plonge à peine au-dessous de l’horizon, et les vives clartés qui brillent au ciel dans la direction du nord annoncent que l’astre ne tardera pas à reparaitre, pour décrire de nouveau une circonférence à peine interrompue dans le point où il disparaît pendant quelques heures derrière les montagnes voisines...

« Dans les champs et au bord des chemins, je trouvai un grand nombre de plantes de France qui habitent la même station...

« Cependant l’œil du botaniste était réjoui par la vue de quelques végétaux appartenant à la flore des régions boréales, des Alpes ou des bords de la mer. Dans les buissons, il découvre les Geranium sylvaticum, Ancolie des Alpes, Aconit septentrional, Pédiculaire de Laponie, Trientalis d'Europe, Panis à quatre feuilles ; dans les lieux découverts : le Cornouiller de Suède, le Vaccinium vitis Idæa, la Renouée vivipare, le Poa des Alpes; dans les marais : l’Airelle fangeuse, la Benoîte des ruisseaux, etc. ; sur les sables du rivage de la mer : le Plantain maritime, le Glaux maritime, le Triglochin maritime, l'Élyme des sables, etc. »

Dans les premiers jours de juillet, le voyageur arrive à Hildringen, bureau de poste situé sur la frontière du Nordland et du gouvernement de Drontheim, sous la latitude de 65° 15". Il gravit une montagne, dont le sommet dénudé s’élevait à 635 mètres au-dessus du niveau de la mer. Sa végétation ressemblait à celle des sommets de la chaîne des Alpes; le Saule et la Diapensie des Lapons rappelaient seuls au botaniste qu'il était en Norvège.

« À Bodoë, par 67° 16, je vis pour la première fois des maisons couvertes en tourbe, sur lesquelles croissait une herbe touffue. Suivant mon habitude, j’examinai d'abord les végétaux cultivés, mais je ne’ vis que des Pommes de terre, des Pois, des Radis, des Groseillers sans fruits et quelques champs d’Orge et de Seigle.

« Dans les prés, au niveau de la mer, je trouvai quelques plantes qui m’auraient démontré, à défaut de toute autre preuve, combien le climat de ce pays se rapproche de celui des régions alpines les plus élevées. C'étaient la Dryade à huit pétales, la Silène acaule, l’Arctostaphylos, l’Alchemille et la Bartsie des Alpes; à côté d’elles, se trouvaient de ces végétaux propres aux régions septentrionales, mais qui n'existent pas dans les Alpes, savoir : l’Aconit septentrional, le Draba blanc, la Tofieldie boréale, le Pigamon alpin, etc. Cependant quelques-unes des plantes les plus vulgaires des environs de Paris, comme le Pissenlit, le Tussilage fanfara, la Millefeuilles, la Cardamine des prés, la Violette de chien, etc., semblaient un souvenir de la patrie jeté au milieu de cette végétation boréale. »

EUROPE. d81

Arrivons enfin à Hammerfest, 70° 40’ de latitude nord. Lei

toute culture a disparu. C’est vers le commerce que sont tour-

nés tous les efforts, et c’est par curiosité plutôt que dans un but d'utilité que l’on cultive un certain nombre de légumes,

« Près de la ville, dit M. Ch. Martins, je remarquai de belles prairies, que l’on fauche une fois l’an, et des troupeaux de rennes moitié sauvages paissent librement dans l'ile. On se tromperait si l’on se figurait l’aspect d'Hammerfest comme celui d’une ville triste et sombre. La rue

Fig. 433. Paysage de la Norvège.

principale se compose de belles maisons en bois, neuves et brillantes de propreté; ce sont les habitations des riches. Celles des pauvres, plus basses et plus vieilles, empruntent un charme particulier aux gazons fleuris dont elles sont couvertes. Le toit est formé de grosses mottes de terre où une foule de plantes germent et poussent vigoureusement. En voyant ces jardins aériens, j'ai, pour la première fois, bien compris cette indication de localité, in tectis, que l’on trouve si souvent dans les écrits de Linné. C'est en effet sur les toits qu’il faut herboriser à Hammerfest, et souvent j'ai emprunté une échelle chez le propriétaire de la maison, pour aller cueillir les plantes qui croissaient autour de sa cheminée. Celles qu'on y trouve

sont : Cochlearia anglica, Lychnis sylvestre, Chrysanthème inodore, Thlaspi, Bourse à pasteur, Poa des prés et des champs. En automne, lorsque les fleurs jaunes du Chrysanthème inodore sont largement épanouies au milieu d'un gazon verdoyant, ces prairies suspendues rivalisent de beauté avec celles de nos climats et donnent à la ville une physionomie riante, qui contraste heureusement avec la nature sévère qui l’environne. La Renoncule glaciale, l'Arabis des Alpes, le Silène acaule, la Saxifrage des neiges, des Airelles, la Diapensie de Laponie, des Saules nains comme le Saule réticulé, l’herbacé, etc., etc., croissaient dans les environs.

Enfin le voyageur arrive au voisinage du cap Nord, par 70 de latitude.

« Combien je fus surpris agréablement, en descendant à terre, de me trouver au milieu de la plus riche prairie subalpine qu’on puisse voir! L’herbe haute et touffue me venait aux genoux, et je trouvais à l'extrémité de l’Europe les fleurs que j'avais admirées si souvent au pied des Alpes de la Suisse; c’étaient elles, aussi vigoureuses, aussi brillantes et plus grandes que dans leurs montagnes : Trolle d'Europe, Alchémille, Géranium des bois, Épervière des Alpes, Renouée vivipare, Phléau alpin, Poa des Alpes. A droite, s'élevait la masse imposante du cap Nord, escarpée, inaccessible; devant nous se déroulait une pente raide, mais verdoyante, qui permettait d'atteindre le sommet en contournant la base de la montagne. C’est par là que nous montâmes. Je recuéillais avec ardeur toutes les plantes qui s’offraient à ma vue; il me semblait qu’elles avaient un intérêt particulier, comme étant pour ainsi dire les plus robustes et les plus aventureuses de toutes leurs sœurs européennes. Je me plaisais à retrouver parmi elles des végétaux des environs de Paris. Ils me semblaient dépaysés, comme moi, sur ce noir rocher battu par les flots. J'étais tenté de leur demander pourquoi elles avaient quitté les lisières des champ cultivés et les ombrages paisibles du bois de Meudon, où elles recevaient les hommages des botanistes parisiens, pour vivre tristement parmi les étrangers : c’étaient la Reine-des-prés, le Cériate des champs, la Bourse à pasteur, le Pissenlit, la Verge d’or, etc. Néanmoins les plantes boréales ou alpines étaient en majorité sur ces pentes. J’y trouvai : le Pigamon des Alpes, la Pédiculaire laponne, le Saule réticulé, la Gentiane des neiges, le Cornouiller de Suède, etc. É

« Le sommet le plus élevé du cap Nord est à 308 mètres au-dessus de la mer. Il est surmonté d'une petit rocher sur lequel les voyageurs gravent leur nom. Même ce dernier rocher n’était pas dépourvu de toute végétation ; les petites plaques circulaires de la Parmélie saxatile et de l'Ombilicaire rongée (qui sont des Lichens), noires comme la roche, s'étaient attachées à elle, et une petite Mousse microscopique se cachait dans ses fentes. Sur le plateau, il y avait aussi quelques plantes souffreteuses, dépouillées par les vents, couchées sur le sol, et cherchant abri derrière les plis du terrain qui pouvaient les protéger contre les rafales continuelles qui balayent le cap Nord. Parmi les arbrisseaux, je trouvai encore le Bouleau nain, le Chamélédon couché. Les plantes herbacées n'étaient guère plus nombreuses : c'étaient le Silène acaule, la Diapensie des Lapons, la Saxifrage à feuilles opposées, etc. »

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