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COROLLE

C'est particulièrement à la corolle que s'applique ce que nous avons dit du charme séduisant des fleurs; c’est sur cet organe que la nature prodigue les plus brillantes couleurs. Toutefois, malgré la beauté et l'élégance de formes que nous admirons en elle, la corolle, quant à ses fonctions, n’est que l’enveloppe immédiate d'organes plus importants, qu’elle défend et protège, de concert avec le calice, contre l’action des causes extérieures. Quand le phénomène fondamental de la fécondation s’est opéré, quand l'ovaire, fécondé, commence à grossir, et peut opposer par lui-même une résistance suffisante, la nature, qui ne souffre rien d’inutile, fait disparaître cette élégante décoration. La corolle se fane, se flétrit et tombe. Si elle persiste quelquefois un certain temps après la fécondation, ce n'est probablement que pour réfléchir dans l'intérieur de son tube les rayons de la chaleur extérieure, pour les concentrer sur l'ovaire fécondé et en accélérer ainsi le développement.

La corolle est l'enveloppe immédiate des organes essentiels de la fleur. Elle se distingue généralement du calice en ce qu’elle est d’un tissu plus délicat. Comme nous l’avons déjà fait

remarquer, la corolle seule constitue la fleur aux yeux des gens du monde; mais, pour le botaniste, une étamine et un pistil sont l’essence de la fleur, car, sousl’influence de l’étamine, le pistil doit donner un fruit, dont les graines perpétueront l'espèce.

On appelle pétales les organes dont l’ensemble constitue la corolle. Les pétales tirent leur origine, comme les sépales, de feuilles modifiées. C'est ce qu'il est aisé d'établir. Dans certaines fleurs, comme dans le Calycanthus, par exemple, on voit les pétales se nuancer si bien avec les sépales que l’on ne saurait dire où finit le calice et où commence la corolle. En effet, les divisions externes de ces fleurs sont verdâtres, les internes sont pourprées, et il est impossible de rapporter les divisions intermédiaires plutôt à l'une qu’à l’autre des enveloppes florales. Comme les pétales se nuancent avec les sépales, ceux-ci avec les bractées, celles-ci avec les feuilles, il faut en conclure que les pétales sont bien réellement des feuilles modifiées.

De même que les feuilles, les pétales nous offrent les formes les plus diverses, les grandeurs les plus variées. Ce sont ordinairement des lames, tantôt linéaires, tantôt oblongues, elliptiques, ovales, arrondies, etc. Quelquefois les lames deviennent naviculaires, comme dans le Blumenbachia insignis. Tantôt

Fig. 160. Fig. 161. Pétale Fig. 162. Fig. 163. Pétale de la Nigelle Pétale Pétale du Dielytra. des champs. de l’Ancolie. de l'Aconit.

elles prennent la forme d’une cuiller, comme dans le Dielytra spectabilis (fig. 160). Tantôt les pétales offrent deux levres, comme dans la Vigelle (fig. 161); tantôt ils se prolongent en cornet, comme dans l’Ancolie (fig. 162); tantôt enfin ils se façonnent en casque, comme dans l’Aconit (fig. 163).

Comme les feuilles, les pétales sont entiers ou découpés. Ils présentent, comme elles, une sorte de charpente, si l’on peut donner ce nom à ces arborisations vasculaires déliées, qu’on n’aperçoit souvent avec une netteté suffisante qu’en placant le pétale entre l'œil et la lumière, c’est-à-dire en le regardant par transparence.

Ce sont les nervures qui déterminent la forme que revêt le pétale. Les trois figures 164, 165 et 166 donnent une idée des trois formes principales de distribution des nervures. On sait que dans la Giroflée le pétale s’allonge, à sa partie inférieure, en une partie effilée qu'on appelle onglet, la partie élargie du

Fig. 164. Pétale à onglet Fig. 165. Pétale sans onglet Fig. 166. de la Giroflée. de Cerastium precox. Pétale d’Ellébore d'hiver.

pétale prenant, dans ce dernier cas, le nom de Æimbe. Les pétales de Cerastium precox et de l'Ellébore d'hiver n’ont aucun onglet, et, comme on le voit, sont réduits au limbe.

Le nombre des pétales dans la corolle varie beaucoup. Parfois très nombreux, et alors disposés en spirale, ils sont le plus souvent en petit nombre, et alors disposés en verticille. Dans les Cactus, les pétales sont extrêmement nombreux et disposés en une spirale qui continue celle des sépales. Dans le Géranium (fig. 167), la Violette, la Giroflée (fig. 168), les pétales sont au nombre de cinq seulement, et disposés en verticille.

De même qu'il existe des calices monosépales et polysépales, les corolles peuvent être monopétales ou polypétales. La fleur du Gérantum (fig. 167), celle de la Rose, de l’OEtllet , ont leurs pétales parfaitement distincts, de telle sorte qu'on peut détacher l’un d’entre eux sans intéresser les autres. Au contraire, les Lilas (fig. 169), la Primevère, la Belladone, ont leurs pétales

réunis entre eux par leurs bords, si bien qu’on’ne peut enlever un pétale sans entamer l’un des voisins.

Fig. 167. Fig. 168. Fig. 169.

Fleur de Géranium. Fleur de Giroflée, Corolle monopétale du Lilas.

À l’origine du développement des fleurs, les pétales sont toujours libres. La transformation d’une corolle d’abord polypétale en une corolle monopélale se fait, chez la jeune plante, comme nous l'avons indiqué déjà pour le calice, c’est-à-dire que les extrémités libres des pétales sont soulevées et réunies en un même tout par une | membrane commune continue.

On à remarqué que les sépales se ‘ développent successivement sur le réceptacle, tandis que les pétales y apparaissent, au contraire, simultanément. Ce fait peut nous aider à résoudre un problème qui a fort préoccupé les anciens bota- € nistes. Fig. 110. Corolle pétaloide du Lis.

Dansle Lis(fis. 170) | | par exemple, les enveloppes florales se composent de six divisions, blanches, d’un tissu délicat, analogues à des pétales. L'ensemble de ces divisions constitue-t-il une corolle? Nulle-

ment, Sans parler des différences de forme, de grandeur, de structure et de position, qui n’échappent point aux yeux d’un observateur attentif, on a pu constater que les pièces du verticille externe du Lis se développent successivement, comme des sépales, et que les pièces du verticille interne se développent simultanément. On a conclu de cette observation, qu’en dépit des apparences, il y a dans le Lis un calice et une corolle, en d'autres termes, une corolle pétaloïde.

. Dans les Jones, à l'inverse de ce qui se passe dans le Z+s, on trouve une sorte de double calice. Des considérations analogues à celles qui précèdent ont porté à accorder à ces plantes une véritable corolle. 11 faut donc admettre que dans le Lis le calice est blanc et pétaloïide, et que dans le Jonc la corolle est verte et sépaloïde.

Jetons un coup d'œil sur les formes principales de la corolle. Les six formes principales qu’affecte la corolle lorsqu'elle est monopétale et régulière, n’ont pas besoin d’être décrites autrement que par la figure que nous allons en donner et l'adjectif qui les qualifie.

La corolle est infundibuhforme, c 'est- à-dire en entonnotr,

Fig. 171. Corolle infun- Fig. 172, Corolle Fig. 113. Corolle campanulée

dibuliforme (Fleur tubuleuse (Fleur de la grande (Fleur du Liseron). du Tabac). Consoude).

dans le Zabac (fig. 171) ; — tubuleuse dans la grande Consoude (fig. 172); — campanulée, ou en forme de cloche, dans la Campanule (fig. 173) ; ou dans le Liseron — hypocratériforme, ou en forme de coupe, dans le Lilas (fig. 174) ou dans le Jasmin ; —

rosacée dans la Bourrache (fig. 175) ou la Lysimaque ; — urcéolée (en forme de godet) dans l’Arbousier (fig. 176).

Fig. 174. Fig. 175. Fig. 176.

Corolle hypocratériforme Corolle rosacée Corolle urcéolée (Fleur du Lilas). (Fleur de la Bourrache). (Fleur de l’Arbousier).

Lorsque la corolle est monopétale et irrégulière, ses formes principales se réduisent à trois. Dans la Sauge (fig. 177) ou le Lamium, etc., le limbe corollin, placé au sommet d’un tube plus ou moins allongé, se partage transversalement en deux parties, qu’on appelle /évres. La lèvre supérieure, qui présente deux divisions, est constituée par deux pétales réunis presque

Fig. 117. Corolle labiée (Fleur de la Sauge). Fig. 178. Corolle labiée (Fleur du Muflier).

jusqu’au sommet; la lèvre inférieure, qui présente trois divisions, est constituée par trois pétales réunis plus ou moins haut. Cette corolle, dite labiée, caractérise un groupe très important du règne végétal.

Dans le Muflier (fig. 178), la gorge de la corolle labiée, au lieu d’être largement ouverte, est fermée par un renflement de la lèvre supérieure.

« Parmi les monopétales irrégulières, dit J.-J. Rousseau, il y a une famille dont la physionomie est si marquée qu'on en distingue aisément les membres à leur air. C’est celle à laquelle on donne le nom de fleurs en gueule, parce que ces fleurs sont fendues en deux lèvres dont l’ouverture, soit naturelle, soit produite par une légère compression des doigts, leur donne l'air d’une gueule béante. Cette famille se subdivise en deux sections ou lignées : l’une des fleurs en lèvres ou lubiées, l'autre des fleurs en masque ou personnées ; Car le mot latin persona signifie un masque, nom très convenable assurément à la plupart des gens qui portent parmi nous le nom de personnes. »

Dans la Cicorée, ou le Pissenht (fig. 179), la corolle, cylindri-

Fig. 179. Corolle ligulée (Fleur du

Pissenlit).

que à sa partie inférieure, se fend d'un côté, et s'étale en une languette plate, que terminent quelques petites dents. Cette corolle est dite /qulée. Cette forme de corolle appartient à un nombre considérable de plantes qui composent le plus vaste groupe naturel de tout le règne végétal, celui des Composées. |

= Tournefort avait distingué dans les corolles polypétales régulières trois formes principales, qu’on retrouve dans un grand nombre de fleurs, en général dans celles d’une même fa-

mille : les corolles cruciformes, caryophyllées et rosacées. Les

Fig. 180.

Corolle cruciforme (Fleur de Moutarde).

corolles cruciformes ont quatre pétales disposés en croix et ordinairement munis d’un onglet, caractère propre aux plantes du groupe des Crucifères. La figure 180 représente la corolle cruciforme de la Moutarde. Les corolles caryophyllées ont cinq pétales à onglet très long caché par le calice. La figure 181 représente une corolle de ce genre, celle de l’'OŒErllet. Les corolles rosacées ont cinq pétales, sans onglets et ouverts, disposés comme dans la Rose simple (fig. 182).

Tournefort avait également classé toutes les modifications

de la PT polypétale irrégulière sous deux noms particuliers :

Fig. 181. Corolle caryophyllée (Fleur Fig. 182. Corolle rosacée (Fleur de d'OEillet). Posier simple).

elles étaient papihonacées ou anomales. Le Pois (fig. 183 et 184)

Fig. 183. Corolle Fig. 184.

papilionacée (Fleur du Pois}, Diverses parties de la corolle du Pois.

a une corolle papilionacée, l’Aconit une corolle anomale. Arrêtons-nous un instant sur la première forme, la corolle vapihonacée.

« La première pièce de la corolle, dit encore J.-J. Rousseau dans sa troisième Lettre sur la botanique, est un grand et large pétale qui couvre les autres et occupe la partie supérieure de la corolle, à cause de quoi ce grand pétale a pris le nom de pavillon. On l'appelle aussi l’étendard. 11 faudrait se boucher les yeux et l'esprit pour ne pas voir que ce pétale est là comme un parapluie pour garantir ceux qu'il couvre des principales injures de l'air.

« En enlevant ce pavillon, vous remarquerez qu'il est emboîté de de que côté par une petite oreillette dans les pièces latérales de manière que sa situation ne puisse être dérangée par le vent.

« Le pavillon ôté laisse à découvert ces deux pièces latérales auxquelles il était adhérent par ses oreillettes. Vous trouverez, en les détachant, qu'emboîtées encore plus fortement avec celle qui reste, elles n’en peuvent être séparées sans quelque effort. Aussi les ailes ne sont guère moins utiles pour garantir les côtés de la fleur que le pavillon pour la couvrir.

« Les ailes ôtées vous laissent voir la dernière pièce de la corolle, pièce qui couvre et défend le centre de la fleur et l'enveloppe, surtout par-dessus, aussi soigneusement que les trois autres pétales enveloppaient le dessus et les côtés. Cette dernière pièce, qu'à cause de sa forme on appelle la nacelle, est comme le coffre-fort dans lequel la nature a mis son trésor à l’abri des atteintes de l'air et de l’eau. »

Rousseau décrit ici la fleur du Pois, comme application des principes qu'il vient de poser.

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