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ÉTAMINE

L'élamine (fig. 185) se compose ordinairement de deux parties : une partie supérieure épaissie, et une partie inférieure, le plus souvent allongée et grêle. La première se nomme l’anthère, laseconde le filet. Le filet a bien moins d'importance que l'anthère et peut manquer souvent.

L’anthère ne constitue pas un corps plein ; elle est creuse à l'intérieur et remplie d’une fine poussière. Elle est généralement formée de deux moitiés semblables, creusées chacune d’une cavité, ou /oge. Ces loges sont séparées l’une de l’autre par un corps de structure, d'aspect, de développement très divers, auquel on donne le nom de connecthf.

On comprend que, si le filet et le connectif se continuent en conservantla même direction et à peu près la même épaisseur ,comme on le voit dans l’Zris (fig. 185), l’anthère sera

Fig. 185. Fig. 186 immobile ; mais il n’en sera plus

Anthère de la Anthère del, de même si le connectif s'insère fleur d'Iris. fleur d'Amaryllis. :

par un point seulement de sa surface sur l'extrémité amincie du filet, comme il arrive dans l’'Amaryllis (Hig. 186).

Nous avons dit plus haut que f’anthère est généralement formée de deux loges. Cependant, chez quelques plantes, les anthères sont uniloculaires, soit qu'il y ait eu primitivement deux loges qui se seraient confondues en une seule, soit qu'il n’y ait réellement qu'une seule loge, comme cela se présente dans les Epacridées, élégantes Bruyères de la Nouvelle-Hollande. Dans d’autres plantes, comme les Lauriers, les Ephedra, les anthères sont quadriloculaires.

Les loges de l’anthère doivent s'ouvrir, pour permettre la sortie de la poussière fécondante qu’elles renferment, et qui porte le nom de pollen. Le plus souvent chaque loge présente un sillon longitudinal, suivant lequel se fait l'ouverture de l’anthère, ou la déhiscence, selon l’expression des botanistes.

Quelquefois, la fente ne s'étend que sur une petite longueur, vers le sommet de la loge, et constitue une sorte de pore. C’est ce qu'on voit dansles étamines des Bruyères, des Solanum (fig. 187).

Fig. 187. Étamine - Fig. 188. Étamine Fig. 189. Anthère de lafleur de Pomme de de la fleur de Berberis à quatre loges de la fleur terre ou Solanum. (Épine-vinette). du Laurier de Perse.

Dansles étamines dès Épines-vinettes (fig. 188), des Lauriers (fig. 189), on observe un mode de déhiscence très remarquable et très élégant. Une certaine portion des parois de l’anthère se circonscrit, se soulève de bas en haut, de manière à former autant de petits panneaux ou valvules. Il y a une valvule pour chaque loge dans les étamines des Épines-vinettes ; il y a deux valvules pour chaque loge dans celles des Lauriers, comme le montrent les deux figures précédentes.

Le pollen, ou la poussière fécondante des végétaux, a donné

lieu, quand on a su pénétrer dans sa structure intime, à des observations très curieuses, que nous allons résumer.

Il faut, pour étudier les grains de pollen, faire usage d’un microscope à grossissement considérable. On trouve alors que les formes de ces grains varient beaucoup selon les espèces, et que ces formes sont souvent fort élégantes.

Le grain de pollen est, le plus habituellement, composé d’une sorte de sac double; le plus interne contient un liquide mucilagineux, auquel on à donné le nom de fovt/la. Les figures 190

Fig. 190.

Grain de pollen Fig. 193

de Rose trémière Grain Fe pollen (1° enveloppe). de l'Onagre.

Eig. 191° Grain de pollen

de Rose trémière Fig. 194.

(2° enveloppe). Grain de pollen de l'Ail.

Fig. 195.

Grain de pollen du Melon.

Fig. 192. Fig. 196.

Grain de pollen du Blé. Grain de pollen du Phlox.

et 191 montrent les grains de pollen de la Rose trémiére, avec l'espèce de double sac ou de double enveloppe qui entoure chaque grain.

La membrane externe du globule de pollen est tantôt lisse, tantôt ponctuée, granulée, couverte de petits aiguillons, tantôt enfin réticulée. Elle offre des plis, des pores. Dans le pollen

FLEUR. 179 du Blé (fig. 192), il n’y a qu’un pore ; dans l'Onagre (fig. 193), il y en a trois.

Les figures 194, 195, 196 font voir les grains de pollen de l’Aël, du Melon, et ceux du PAlox.

Le nombre des pores du grain de pollen peut s’élever jusqu’à cinget même huit. Ces pores remplissent, comme nous le verrons bientôt, des fonctions importantes.

Lorsqu'on place un grain de pollen dans l’eau, il se gonfle, parce qu'il absorbe une certaine quantité de ce liquide; ses membranes se distendent, et la membrane interne fait bientôt ‘ saillie par les pores de la membrane externe. Les ampoules qui se forment ne tardent pas à crever, et la fovr/la s'échappe brusquement, en une sorte de fusée muqueuse et granuleuse. C’est là un phénomène anomal, mais très curieux à observer.

Nous disons qu'il est anomal, parce que ce n'est pas ainsi que les choses se passent dans la nature. Lorsqu'un grain de pollen tombe sur la surface humide et visqueuse d’une partie du pistil que nous décrirons plus loin et qui porte le nom de stigmate, il se gonfle lentement; la membrane interne fait peu à peu saillie par un ou deux pores ; ces saillies s’allongent peu à peu et finissent par former un véritable tube, qu’on nomme éube pollinique.

La longueur de ces tubes est très variable ; elle atteint, dans certains cas, plusieurs centaines de fois celle du grain de pollen qui leur a donné naissance. Ce prodigieux allongement ne saurait évidemment provenir d’une simple élongation de la membrane interne du grain de pollen : il est le résultat d’une véritable végétation de cette membrane. Le fube pollinique se nourrit et s'accroît, c’est-à-dire végète, à mesure que, partant du stigmate, il pénètre dans les tissus qu’il est destiné à traverser. Nous reviendrons, du reste, avec détails sur le be pollinique, en parlant, dans le chapitre suivant, de la fécondation.

Bien que les grains de pollen soient presque toujours libres et distincts, il est des plantes chez lesquelles ces grains sont réunis entre eux et souvent d’une manière très intime. Ainsi, dans les Orchidées (fig. 197), le pollen est aggloméré en masses, tantôt presque pulvérulentes, à granuleslâchement cohérents, tantôt formées de nombreuses petites masses anguleuses réunies au moyen d’une matière glutineuse. Dans le P/anthanthera chloranta et V’Ascelpias floribunda, les masses polliniques

offrent la disposition représentée par les figures 198 et 199

Fig. 199:

Fig. 197.

Masse pollinique Masse pollinique Masse pollinique d'Orchis maculata. du Planthanthera chloranta. de l’Asclepias floribunda.

La forme de l’étamine et la structure du pollen nous étant connues, il importe d'entrer dans quelques détails sur le nombre et les rapports des étamines entre elles et avec les différentes parties de la fleur.

Le nombre des étamines, pour chaque fleur, varie suivant les espèces végétales. 7

Lersqu'elles sont disposées en verticille, elles sont ordinairement en nombre défini, comme dans la Vigne (fig. 200) et la Primevère, qui comptent l’une et l’autre cinq étamines. Lorsqu’elles sont en spirale, elles sont ordinai- ; rement très nombreuses, comme cela se voit dans le Magnolia, la Renoncule.

Fig. 200. Androcée Fig. 201. Androcée de la Fleur de la Vigne. de la Fleur d'une Giroflée. Les élamines peuvent être toutes de même grandeur, comme on le voit dans le Zis, la Tulipe, la Bourrache, ou bien inégales. Dansle Géranium il y a cinq étamines plusgrandes que les autres, qui sontégalementau nombre de cinq. Dans la Giroflée (fig. 201),

qui porte six étamines , quatre sont plus grandes que les autres. Linné les appelait fétradynames. Dans les Mufliers (fig. 202) il y a quatre étamines, dont deux plus grandes. Linné les appelait étamines didynames.

Les étamines d’une même fleur peuvent être complètement indépendantes les unes des autres, ou plus ou moins réunies entre elles, soit par leurs filets, soit par leurs anthères. Dans la Mauve (fig. 203) et dans le Zin, toutes les étamines sont réu-

Fig. 202. Androcée (étamines) Fig. 203. Androcée (étamines) de la Fleur du Mufñlier. la Fleur de la Mauve.

Fig. 206. Étamines Fig. 204. Androcée (étamines) Fig. 205. APR de en tube de la Fleur de la Fleur du Millepertuis. la Fleur du Ricin. d’une Synanthérée. nies entre elles par leurs filets en une seule phalange. Dans le Haricot, le Polygq ala, elles sont réunies en deux phalanges; dans Le Milepertos d Ébopte (fig. 204), en trois phalanges ; dans le Ricin (fig. 205), en plusieurs phalanges. On dit, depuis Linné, que les étamines sont monadelphes, diadelphes, triadelphes, polyadelphes, suivant qu'elles forment une, deux, trois ou plusieurs phalanges.

Dans le Pissenlit, l'Artichaut, le Chardon, les étamines sont réunies toutes ensemble par leurs anthères, de manière à con-

stituer une sorte de tube supporté par les filets libres : on les nomme synanthérées (fig. 206).

Enfin, les étamines peuvent contracter des adhérences avec les enveloppes florales. Dans la Sci/le, six étamines adhèrent par leur base avec les six divisions de la fleur. Dans la Primevére, cinq étamines s’attachent sur le tube de la corolle, qui est monopétale.

Il nous reste à compléter ce qui a rapport à l’étamine, en dévoilant la véritable nature morphologique de cette partie de la fleur.

Les bractées, les sépales, les pétales, sont, comme nous l'avons vu, des feuilles modifiées. Il paraît impossible, au premier abord, qu'il en soit de même pour les étamines, c’est-àdire qu’elles proviennent de la transformation d’une feuille.

Fig. 207. Fig. 208. Même fleur Fleur de Nymphæa alba (Nénufar). vue après une coupe verticale.

Cependant, effeuillez une fleur de Nénufar blanc (Nymphæa alba); vous verrez peu à peu, en avançant vers le centre de la fleur, les pétales diminuer de longueur et de largeur, et présenter, vers leur sommet, une anthère, d’abord rudimentaire, qui devient de plus en plus complète à mesure que le support passe insensiblement de la forme de pétale à celle de filet. Les figures 207 et 208, qui représentent une fleur de Nymphæa alba, dont l’une est ouverte par une section verticale, montrent parfaitement la structure florale que nous venons de signaler et la transformation graduelle des pétales en étamines.

Dans l’Ancolie, sous l'influence de la culture, on voit des étamines se transformer peu à peu en cornets analogues à ceux qui constituent son élégante corolle. Dans la Rose on trouve souvent des organes qui sont demi-pétales et demi-étamines.

Il est unetrès curieuse monstruosité d’une espèce de Rose, dans laquelle tous les organes de la fleur se transforment en feuilles, de manière à constituer ce que les horticulteurs ont nommé Rose verte. Dans la Rose verte, on peut suivre pas à pas toutes les transformations possibles entre une étamine presque parfaite et un pétale transformé lui-même en une petite feuille verte.

Tous ces faits démontrent jusqu’à l'évidence que l’étamine n’est autre chose qu’un pétale métamorphosé. Mais nous avons déjà démontré l’analogie des pétales avec les sépales, des sépales avec les bractées, des bractées avec les feuilles. Donc les étamines sont des feuilles métamorphosées.

Pour bien rappeler ce mode d’origine de l’étamine, on a comparé le filet de l’étamine à l’onglet du pétale ou du pétiole de la feuille, le limbe à la feuille elle-même, le pollen à une modification spéciale du parenchyme de la feuille, enfin le con-

nectif à la partie moyenne de la feuille, c’est-à-dire à la nervure médiane.

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