‹ Histoire des plantesChapitre 33 sur 114 · PISTIL · texte numérisé non relu

PISTIL

A mesure que nous avançons dans l’étude des organes, nous voyons la nature se rapprocher sans cesse de son but fondamental, qui est la conservation et la propagation de l'espèce. Le pistil est l'organe essentiel de la reproduction des plantes, c’est le plus précieux élément pour les futures générations. Aussi la nature s’est-elle appliquée à grouper autour du pistil tous les moyens de protection et de défense. Elle l’a placé au centre de la fleur; elle l’a abrité sous plusieurs enveloppes concentriques, et défendu encore des atteintes de l’extérieur par les filaments des étamines, qui forment autour de lui comme un rempart vivant. Ces diverses enveloppes florales persistent tant que le pistil a besoin d'être protégé. Elles disparaissent après la fécondation, lorsque l'ovaire s’est fortifié par son propre développement.

Le pistil est l'organe femelle des végétaux, le gynécée, comme on le nomme quelquefois, par opposition à l’androcée, nom qui

sert à désigner l’ensemble des étamines ou de l'organe mâle.

Le gynécée présente une des applications les plus remarquables de la doctrine des métamorphoses végétales, popularisée par Gœthe. On comprend admirablement la structure, l'origine et les dispositions du gynécée, qu'il soit simple ou multiple, si on le considère comme constitué par la transformation d’une seule feuille, ou bien comme résultant de la réunion, de la fusion, de la combinaison de plusieurs feuilles en un seul organe.

De Candolle a nommé carpelles les organes élémentaires dont la réunion forme le pistil. Le carpelle est au pistil ce que le sépale est au calice, le pétale à la corolle, létamine à l’androcée. C'est la réunion des carpelles qui forme ordinairement le pistil, comme la réunion des pétales forme la corolle, comme la réunion des étamines forme l’androcée.

Le sépale, le pétale, l’étamine ne sont que des feuilles modifiées ; il en est de mème ducarpelle, qui prend naissance pendant les phases de la métamorphose des feuilles.

On distingue dans un pistil trois parties :

l'ovaire, le style et le stigmate. Ces trois parties sont très appréciables dans la figure 209?, qui représente le pistil de la Primevère de la Chine. Le stigmate est représenté par les lettres s#g, le style parleslettress/y, l'ovaire parles lettres ov.

L'ovaire est la partie du végétal qui doit contenir les graines, c’est-à-dire les ovules, les-

Fig. 209. quels, fécondés et développés, plus tard devien-

de: * EN dront les graines. La partie, ordinairement un

© peu épaisse, qui supporte les ovules, porte le:

nom de placenta; elle est indiquée sur la figure 209 par la lettre p, au-dessous du réceptacle r.

Le sommet de l'ovaire se prolonge en un filet, tantôt long, lantôt court, le séyle, et qui est l’analogue de la nervure moyenne de la feuille. Le style porte l'appareil glanduleux destiné à recevoir les grains de pollen et à favoriser la fécondation, c’est-à-dire le stigmate.

Le style n’a pas sur toute son épaisseur la même consistance. Son axe est occupé par un tissu mou, à travers lequel peut che-

miner le tube pollinique, et que l’on désigne sous le nom de tissu conducteur. I] aboutit à l'ovaire, et descend jusqu’au voisinage des ovules.

Le stigmate, qui est la partie supérieure du pistil, et dont la forme est d’ailleurs très variable, est essentiellement formé par une masse de cellules minces, transparentes, lâchement unies, enduites d’une matière mucilagineuse gluante. Il est ainsi parfaitement propre à recevoir et à retenir les grains de pollen.

Les carpelles ont plus de tendance à se souder entre eux que les organes plus extérieurs; ce qui tient sans doute à leur plus grand rapprochement, déterminé soit par leur position, soit par la pression des organes extérieurs. Cette soudure peut avoir lieu par les ovaires seuls ; par les ovaires, les styles et les stigmates; enfin par les stigmates seuls.

Lorsque deux ou plusieurs carpelles se soudent ensemble par les ovaires, il en résulte un ovaire composé de plusieurs ovaires partiels, qui y déterminent autant de loges qu'il y avait d’abord de carpelles.

Fig. 210. Fig. 211.

Pistil d'Ellébore fétide. Ovaire de Nigelle des champs.

Dans l'Ellébore fétide (fig. 210), la soudure des ovaires a lieu par la base seulement; dans la Nigelle des champs (fig. 211), jusqu’à moitié de leur longueur. Mais le plus fréquemment la soudure se fait jusqu’au sommet,

Lorsque les styles sont soudés entre eux, au moins dans une partie notable de leur longueur, il résulte de cette cohérence un style en apparence unique, mais constitué réellement par autant de styles partiels qu’il y avait de carpelles. Dans ce cas,

le nombre des stigmates libres doit, s’ils sont simples, indiquer le nombre des loges de l'ovaire.

Les stigmates partiels peuvent également se souder, et constituer un stigmate en apparence unique, mais souvent divisé de manière à indiquer par le nombre de ses divisions le nombre des carpelles constituants du pistil.

Le nombre absolu des loges de l'ovaire pluriloculaire, tout en étant sujet à varier, est le plus généralement de 3 ; puis vient le nombre 2, le nombre » et rarement le nombre 4. Au reste, ce nombre n’est pas toujours constant aux divers âges de la fleur. Il arrive quelquefois qu'il se multiplie par la formation de cloisons, dont le développement est ultérieur, comme cela se voit dans les Ververnes, les Labiées, qui primitivement n’ont que 2 loges, et plus tard en offrent #, par le partage ultérieur des loges primitives en deux compartiments, comme cela se voit encore dans les Z2ns, dont les cinq loges primitives se partagent, à un moment donné, en deux par une cloison de nouvelle formation. Ces cloisons supplémentaires qui masquent ainsi la structure initiale de l'ovaire se nomment fausses cloisons. |

L’ovaire est ordinairement apparent ou libre et on peut l’a-

percevoir en regardant au fond

de la fleur : on l'appelle alors

> ovaire supêre, comme dans les VW Pavots (fig. 212) et les Lis. D’autres fois, le sommet seul de l’ovaire se montre au fond de la fleur ; il est soudé avec le réceptacle, il faut regarder pardessous Ja fleur pour l’apercevoir: l'ovaire est dit alors 2n/ére

Fig. 212. Ovaire Fig. 213. Ovaire ou adhérent, comme dans le supère de la Fleur infère de la Fleur RE :

A Pat dela Garance Ca/éier, la Garance (fig. 213),

les Melons.

Nous avons dit plus haut qu’on appelle ovules Les petits corps attachés aux placentas, et qui, plus tard, deviendront des graines. Ces ovules se composent d’un mamelon central, nommé nucelle, adhérant par sa base à un double sac qui n'offre qu'une ouverture très pelite correspondant au sommet libre du nucelle.

FLEUR. 187 Le sac extérieur se nomme primine, le sac intérieur secondine. L'ouverture de cette double enveloppe est le micropyle. Le point d’adhérence du nucelle avec ses téguments se nomme la chalaze. Xl est des ovules qui n’ont pas de primine. Il en est qui n'ont ni primine ni secondine. Mais ces cas sont rares. Le point par lequel les ovules s’attachent, soit directement, soit indirectement, au placenta, par l'intermédiaire d’un petit cordon, ou funicule, porte le nom de Aile.

Tous les ovules n’ont pas la même forme. L’ovule de la RAubarbe (fig. 214) a la forme d’un œuf. Son hile est diamétralement opposé au micropyle. Ce genre d’ovule se nomme or{otrope.

Dans l’El/ébore, au contraire, l’ovule a son point d'attache placé près du micropyle, et on remarque sur un de ses côtés

Fig. 214. Ovule Fig. 215. Ovule Fig. 216. Ovule orthotrope de la Fleur anatrope de la Fleur campylitrope de la Fleur Rhubarbe. d'Ellébore. de Haricot.

un renflement en forme de cordon, qui s’étend sur toute sa longueur et porte Le nom de raphé (fig. 215). Ce genre d'ovule s'appelle anatrope. |

Dans le Haricot V'ovule a, de même, son point d’attache placé près du micropyle; mais comme il n’y a pas de raphé et qu'il est courbé en façon de rein, on dit qu'il est campylitrope (fig. 216).

Telles sont les trois formes principales des ovules. La seconde est la plus commune, la première est la plus rare.

Page 1