‹ Histoire des plantesChapitre 38 sur 114 · TX , DH PS) CT), LP TL ETS L ESS ET · texte numérisé non relu

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Ovule de la Viola Coupe de l’ovule Coupe de tricolor du Polygonum vu au l'ovule du Polygonum vu au microscope: microscope avant la vu au microscope après la fécondation. fécondation.

qu’il fermine là son rôle et sa vie ; tandis qu’une petite vésicule plongée dans le suc plastique dont le sac embryonnaire est rempli, absorbe, par endosmose, les éléments fécondateurs que le tube pollinique a sans doute laissés échapper au travers de sa membrane constitutive, et qu'il se développe alors, pour former embryon.

La théorie de Schleiden sur la préexistence des germes végétaux, reçut le dernier coup lorsque M. Tulasne, un des plus habiles anatomistes français, publia, en 1849, ses magnifiques études d’embryogénie végétale. M. Tulasne a toujours vu l’extré-

à 224 STRUCTURE ET FONCTIONS DES PLANTES.

mité obtuse du tube pollinique s'appliquer sur Ja membrane du sac, sans y causer de dépression sensible et y adhérer fortement.

À quelque distance du point de contact, se développe, sur la membrane du sac, une vésicule, à base circulaire, d’abord en

Fig. 272. Tube pollinique Fig. 273. Fig. 274. Formation s'introduisant Tube pollinique qui a de la vésicule qui doit dans le nucelle. traversé le nucelle. devenir l'embryon.

forme d’ampoule, et qui par la multiplication cellulaire se transforme bientôt en embryon.

La figure 272 montre, d’après le mémoire de M. Tulasne, la manière dont l'extrémité du tube pollinique vient s’introduire dans le nucelle. La figure 273 estune coupe intérieure du même organe, montrant la formation de la vésicule qui doit devenir l'embryon. La figure 274 fait voir que cette vésicule est devenue un globule de tissu parenchymateux, ébauche de l'embryon.

L’embryon, ainsi formé, peut acquérir un très grand développement, et absorber à son profit toute la matière plastique contenue dans le sac embryonnaire ; ou bien il ne prend que peu de volume, et cette matière plastique, devenue un tissu cellulaire permanent, constitue bientôt une partie accessoire, mais importante, de la graine, partie connue sous le nom d'a/bumen,

Nous venons d’exposer rapidement le rôle du pollen et de l’ovule dans le grand phénomène qui doit assurer la perpétuité de l'espèce; mais, dans cet aperçu des actes les plus intimes de la fécondation végétale, nous avons présenté les faits sans nous préoccuper des circonstances extérieures, c'est-à-

dire des influences venues du dehors, qui la préparent, la déterminent et la favorisent. Nous devons maintenant entrer dans quelques détails à ce sujet. Nous parlerons, en même temps, de quelques phénomènes qui accompagnent la fécondation.

Dans un grand nombre de fleurs hermaphrodites, les étamines, à l’époque de la fécondation, élèvent leurs anthères plus haut que le stigmate. Au moment de l'ouverture des anthères, le pollen tombe donc naturellement sur le stigmate. Dans d’autres fleurs, les étamines portent leurs anthères moins hautque le stigmate, mais la fleur est habituellement penchée, comme dans le Fuchsia : le dépôt du pollen sur le stigmate se fait donc alors sans obstacles.

Quand les étamines et les pistils ne se trouvent pas rapprochés l’un de l’autre, la nature met en œuvre les moyens nécessaires pour provoquer ce rapprochement. Aussi observe-t-on chez les différentes plantes, à l’époque de la fécondation, des mouvements des étamines très curieux et très variés.

Chez les Orties, les Pariétaires, les Müriers, les filets de l’étamine sont courbés sur eux-mêmes, sous la pression de l’enveloppe florale. Mais, dès que l'épanouissement a lieu, les filets se déroulent et RUES le pollen à plus d’un mètre de distance. Ce n’est là qu’un simple mouvement d’élasticité.

Dans la Rue, au moment de la fécondation, chacune des nombreuses étamines qui constituent l’androcée, s’infléchit sur le stigmate ; elle y dépose du pollen, et se relève ensuite, pour prendre sa position première. Il y a ici un mouvement individuel et vraiment spontané.

Dans la belle Fleur de la Passion, les styles sont d’abord dressés, mais, au moment de l’ouverture des antheres, on les voit s'abaisser vers les étamines, puis se relever et reprendre leur position première.

Si, dans la fleur de l’Épine-vinette, on vient à toucher une étamine avec la poiftte d’une épingle, on voit cette élamine, par un mouvement brusque, s'appliquer sur le pistil, puis reprendre, au bout de peu de temps, sa position première, qu’elle quittera de nouveau si l’on produit une nouvelle irritation. Il y a ici un phénomène d'irritabilité qui n'existe point dans les cas précédemment cités.

Les poils qui recouvrent les styles des C'ampanules présentent

une propriété singulière. Is se replient sur eux-mêmes, comme un doigt de gant dont on refoule l'extrémité libre, et dans ce retrait ils entraînent avec eux les grains de pollen, dont ils déterminent la chute.

Dans une jolie petite plante de la Nouvelle-Hollande, connue sous le nom de Leschenanthia, le stigmate a la forme d’une coupe et il est bordé de poils assez longs. Au moment de l’ouverture des anthères, une partie du pollen tombe dans la coupe stigmatique, qui se contracte, comme pour les embrasser, tandis que les poils se rapprochent, pour empêcher la sortie de la poussière fécondante.

Dans les faits que nous venons de signaler, ce sont les organes mèmes qui sonten action pour produire la fécondation de la fleur. Mais cet acte physiologique est souvent facilité par le concours des agents extérieurs. Les vents peuvent transporter le pollen à une certaine distance,et favoriser ainsi beaucoup la fécondation dans les fleurs des plantes monoïques, dioiques ou polygames. Lesinsectes, par leurs mouvements d’une fleur à l’autre, deviennent souvent les instruments actifs de la fécondation végétale.

Dans les Orchidées, chez lesquelles le pollen a une structure si particulière, l'intervention des insectes paraît favorable, mais non indispensable, à la fécondation.

A l’époque où la doctrine de la sexualité des végétaux, popularisée par Linné, était combattue par quelques esprits arriérés, un patient observateur, Conrad Sprengel, épiait, pendant de longues heures, l’instant où un insecte, arrêté sur une fleur pour y puiser ses SUCS odorants, déposait quelques grains de pollen sur le stigmate de cette fleur. Sprengel constatait, de cette manière, un fait naturel, intéressant sans aucun doute, mais il n’apportait aucun argument contre la doctrine de Linné, et l'ouvrage qu'il publia, pour développer tous ses arguments contre la sexualité des végétaux, n’amena aucun changement dans le courant des idées nouvelles.

Dans certains climats, les Oiseaux-mouches sont d’utiles auxiliaires de la fécondation des fleurs.

La main de l’homme intervient fréquemment pour pratiquer des fécondations artificielles. Nous citerons comme exemple la jécondation des Dathers, qui est mise en pratique dans l'Algérie et dans tout l’Orjent. Ecoutons, à ce sujet, un botaniste qui a observé les choses sur les lieux :

« C'est vers le mois d'avril, dit M. Cosson, que le Dattier commence à fleurir et qu’on pratique la fécondation artificielle. Les spathes mâles sont fendues, au moment où l'espèce de crépitation qu’elles produisent sous le doigt indique que le pollen des fleurs de la grappe est suffisamment développé, sans toutefois s'être échappé des anthères; la grappe est ensuite divisée par fragments portant chacun sept ou huit fleurs. Après avoir placé les fragments dans le capuchon de son burnous, l’ouvrier grimpe avec une agilité merveilleuse jusqu’au sommet de l'arbre femelle, en s'appuyant sur une anse de corde passée autour de ses reins et qui embrasse à la fois son corps et le tronc de l’arbre. Il se gnsse ensuite avec une adresse extrême entre les pétioles des feuilles dont les aiguillons forts et acérés rendent cette opération assez dangereuse, et, après avoir fendu avec un couteau la spathe, il y insinue l’un des fragments qu’il entrelace avec les rameaux de la grappe femelle dont la fécondation est ainsi assurée. »

Les Kabyles ont recours à des insectes pour féconder artificiellement les fleurs femelles du Figuier sauvage. C'est ce que l’on appelle en-Afrique, la caprification!.

Un phénomène qui se montre assez fréquemment au moment de la floraison, et qui est en relation intime avec la fécondation, est celui de la production de chaleur. Ad. Brongniart a fait à ce sujet des expériences qui ont beaucoup attiré l'attention des botanistes. Au moment de leur épanouissement, les fleurs de la Colocase odorante présentèrent à cet observateur des accroissements de température qu’on pouvait presque comparer à des accès de fièvre quotidienne. Ces accès se répétaient six jours de suite et avec une forte intensité, presque à la même heure, car c'était entre trois et six heures de l’après-midi que cette élévation de température présentait son maximum:

Des phénomènes analogues s’observent, au moment de la fécondation, sur les fleurs de nos Gouets vulgaires (Arum vulqare), de la splendide Victoria regia, des Magnoha, etc.

IL est impossible de parler de la fécondation végétale sans citer la plante aquatique connue sous le nom de Vallisneria spiralis.

Le Vallisneria est une plante dioïque, c’est-à-dire à individus mâles et femelles existant séparément, qui vit dans les eaux tranquilles de quelques pays du midi de l’Europe, principalement de la France et de l'Italie (fig. 275). Dans l'individu femelle, le pédoncule de la fleur est très long ; il a la forme d’un

1. Voir notre ouvrage les Races humaines, 4° édition, 180, p. 168.

fil tordu sur lui-mème en spirale. Peu de jours avant la fécondation, les tours de spire se déroulent, et le pédoncule s’allonge jusqu'à ce que la fleur femelle qui le termine atteigne le niveau de l’eau et vienne flotter à sa surface. La plante mâle présente, au contraire, un pédoncule très court, qui n’est susceptible d'aucune extension. Il porte une multitude de petites fleurs, munies seulement d’étamines et enveloppées par une spathe transparente et fermée. À l'époque de l'épanouissement, la spathe se déchire, le pédoncule des fleurs mâles se coupe vers sa partie supérieure, et les fleurs, séparées de la tige, s'élèvent toutes fermées, ressemblant à de très petites perles blanches; elles s'arrêtent à la surface de l’eau et viennent s'ouvrir près de la fleur femelle, qui paraît les attendre. Quand la fécondation a été opérée, le pédoncule de la fleur femelle se resserre; il rapproche ses tours de spire, et ramène son ovaire au fond de l’eau, pour y mürir ses graines.

Voilà le phénomène qui a toujours excité la juste admiration des naturalistes et que les poètes ont chanté.

Dans son poème intitulé /es Plantes, Castel à donné la description suivante des amours de la Vallisnérie, description qui est aussi exacte qu'élégante :

Le Rhône impétueux, sous son onde écumante, Durant dix mois entiers nous dérobe une plante Dont la tige s’allonge en la saison d'amour,

Monte au-dessus des flots, et brille aux feux du jour. Les mâles, jusqu'alors dans le fond immobiles,

De leurs liens trop courts brisent les nœuds débiles, Voguent vers leurs amantes, et, libres dans leurs feux, Lui forment sur le fleuve un cortège nombreux.

On dirait d'une fête, où le dieu d'hyménée Promène sur les flots sa pompe fortunée.

Mais les temps de Vénus une fois accomplis,

La tige se retire en rapprochant ses plis,

Et va mûrir sous l’eau sa semence féconde.

C’est au lycée de ma ville natale que j’ai été initié aux premiers éléments des sciences naturelles, par un jeune professeur qui excellait à inspirer à ses élèves le goût de ce genre d’études, par M. N. Joly, aujourd’hui professeur honoraire à la faculté des sciences de Toulouse. Les circonstances admirables des noces du Vallisneria spiralis, ou bien encore les merveilleuses évolutions

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FÉCONDATION ET GERMINATION. 229 du Nautile, tantôt flottant sur la mer, tantôt disparaissant dans

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Fig. 215. Les noces de la Vallisneria spiralis.

ses profondeurs, étaient le texte favori des entretiens de M. Joly, pendant nos excursions de botanique et de géologie aux envi-

rons de Montpellier, dans le bois fleuri de la Valette, ou sur la butte volcanique de Montferrier. Plus de quarante années se sont écoulées depuis ces heureux jours de mon adolescence, et le souvenir en est aussi vif, aussi présent, que si j’entendais encore retentir à mes oreilles les chaleureuses paroles de notre jeune maître, nous racontant, sous le ciel radieux de nos campagnes, les merveilles de la nature et la bonté de Dieu.

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