LICHENS
ciel, comme une sorte de manne miraculeuse. Les hommes et les bêtes s’en nourrissent. Ce qu’il y a de remarquable, c’est qu'il se présente sous la forme de petits globules, qui varient de la grosseur d’une noisette à celle d’une tête d’épingle et qui vivent sans tenir à aucun corps. Il résulte de là que ces Lichens, se développant très rapidement, peuvent végéter et s’accroitre, tout en prenant leur nourriture au sein de l’air, pendant que les vents les transportent d’un lieu à l’autre. Les grumeaux légers qui constituent ces Lichens sont, en effet, souvent emportés à de grandes distances. La manne qui servit à nourrir dans le désert les Hébreux fugitifs, n’était autre chose que ces Lichens comestibles et à croissance rapide, que les vents avaient transportés et jetés devant leurs pas.
Ces chutes de prétendue manne ne sont pas très rares de nos jours.
Un des secrétaires de l'ambassade ottomane, Fahri-Bey, nous écrivait, de l’Asie Mineure, à la date du 22 août 1864 :
‘« L'année dernière, aux environs de Kutahia (Asie Mineure), à la suite d’un orage très fort, les graines ci-incluses sont tombées en grande quantité du ciel, avec pluie battante. Comme la disette y régnait depuis quelque temps, les habitants en profitèrent pour en faire du pain. En portant ce fait, qui ne peut manquer de vous intéresser, à votre connaissance, je vous prie de vouloir bien les analyser, et me dire votre avis sur ce sujet.
Les graines jointes à la lettre de l'honorable diplomate ottoman n'étaient autre chose que le Lichen comestible, ce Lecanora esculenta dont il vient d’être question.
Quelle est l’organisation intime des Lichens?
Ce Cryptogame, quand il est complet, se compose d’un appareil nutritif ou végétatif, désigné sous le nom de #Aalle, et d’un double appareil reproducteur.
Le thalle, qui est parfois imperceptible, peut atteindre jusqu’à 10 mètres de longueur. Il est aussi variable par ses formes extérieures que par sa structure. Les couleurs qu'il présente le plus communément sont : le blanc, le gris, le jaunâtre, le citron, l’orangé, le verdâtre, le brun ou le noirâtre. Quant à sa forme, il peut être foliacé, comme dans les Parmela ; fruticuleux, comme dans les Usnea; crustacé, comme dans les Squamaria ; hypophléode ou caché sous l’épiderme des arbres ou entre les fibres du bois, comme dans les Verrucaria, Xylographa, etc.
Pour donner une idée de la structure anatomique du halle,
des Lichens, il nous suffira de mentionner le plus commun de nos Lichens, le Parmelia parietina, chez lequel le {halle n’a pas plus d’un dixième de millimètre d'épaisseur.
Si mince qu'il soit, cet organe présente quatre régions très distinctes. A sa partie supérieure est une couche de cellules épaisses intimement soudées et qui est colorée en jaune à sa surface seulement : à la face inférieure du {alle estune autre couche cellulaire, blanche, semblable à la première. Entre ces deux épidermes sont emprisonnés : 1° des grains verts, connus sous le nom de gonidies, et formant une couche dite gonidiale ; 2 une sorte de moelle, formée d'éléments filamenteux, lâchement entre-croisés ou feutrés, qui est la couche #édullaire, et qui renferme de l’air dans ses mailles.
Si du système végétatif ou nourricier nous passons au système reproducteur, nous verrons qu’il se compose d’un appareil de fructification ou femelle, et d’un appareil fécondant ou mâle. Le premier est représenté par les apothécies, le second par les spermogontes.
Les apothécies, ou les fruits des Lichens, se développent à la face supérieure du {Aalle, ou sur celle qui est tournée vers la lumière. Les apothécies ressemblent à de petites coupes ou à des disques, ou à de pelits noyaux noirs, bruns, jaunes, roses, rouges, et quelquefois saupoudrés d’une poussière blanche ou glauque. Leur grandeur est extrèmement variable. Les plus petites ont un dixième de millimètre environ, tandis que les plus grandes atteignent quelquefois la largeur d’un pouce.
Les spermogonies constituent, en général, des appareils fort petits, arrondis ou oblongs, logés quelquefois dans des tubercules particuliers, mais plus souvent encore immergés dans les couches superficielles du thalle.
Plusieurs raisons engagent à croire que les spermogonies sont les organes mâles des Lichens. D'abord elles se montrent toujours, pour ainsi dire, parallèlement avec les fruits, ou simultanément sur le même individu, et d’autres fois seulement sur des individus stériles; de sorte que, dans ces derniers cas, les apothécies et les spermogonies d'une même espèce se développent sur des individus différents. La ténuité des corpuscules contenus dans les spermogonies, leur nombre immense relativement à celui des spores, leur solidité, leur forme, leur égalité de grandeur, leur manque de toute faculté germinative sont