Egl. VI, vers
ARTOCARPÉES. 413
Il faut toutefois reconnaître que le Mérier nain produit seul ce fruit comestible que les anciens prisaient si fort.
Les variétés du Mürier blanc sont nombreuses. Celles que l’on cultive le plus sont la Colombasse et la Colombassette.
C’est surtout la feuille qui compose le produit de la récolte. Un Mürier ordinaire peut fournir 3,000 kilogrammes de feuilles.
Indépendamment de la feuille, le Mürier donne un bois excellent pour la menuiserie, car il se travaille fort bien et change, à la longue, sa couleur jaune contre la teinte rembrunie du noyer.
Les Chinois préparent leur papier avec le Mürier blanc. En faisant macérer les jeunes pousses, ils en retirent une filasse qui, traitée par la chaux et réduite en pâte, fournit un excellent papier.
Olivier de Serres, en faisant rouir l’écorce du Müûrier, en retira une filasse, qui servit à fabriquer d'excellents fils, avec lesquels des toiles furent tissées. De nos jours, celte découverte d'Olivier de Serres a élé rajeunie par des industriels qui ne connaissaient pas les travaux de cet ancien et célèbre agronome. Quoi qu'il en soit, le bois du Mürier peut fournir du papier et son écorce un fil propre au tissage.
On voit, en résumé, que le Mürier, indépendamment de son utilité pour la nourriture du ver à soie, nous rend des services d’un ordre très varié.
On appelle Murier du Japon, et mieux Broussonnetia papyrifera, un bel arbre de nos jardins, originaire de l’Inde ou du Japon, qui s’est bien acclimaté en Europe. Il fut popularisé en
-France, au siècle dernier, par le naturaliste de Montpellier, Broussonnet : de là son nom. On en fait du papier au Japon et en Chine. Les fruits sont une baie charnue, divisée en loges et d’un goût très sucré.
A la même famille des Artocarpées appartient le genre Antiar, bien connu des naturalistes et du vulgaire par l’arbre qui porte le nom d’Upas, ou d'Upas antiar, et dont les propriétés toxiques sont un juste sujet d’étonnement pour le savant et pour le vulgaire.
L'Upas antiar (fig. 377) est un arbre très élevé et dont la circonférence peut atteindre jusqu’à-six mètres. Il croît dans les parties orientales de l'ile de Java. Son écorce est lisse,
blanchâtre, épaisse ; son bois est blanc; ses feuilles sont caduques, alternes, ovales, d’un vert pâle et couvertes de poils durs.
L’Upas antiar est connu sous le nom d’Arbre à poison, parce que le suc laiteux et sirupeux qui découle en abondance de son écorce, quand on y pratique une incision, est vénéneux. Les naturels de l'ile de Java s’en servent pour empoisonner leurs flèches de bambou. On appelle cet arbre Pokon-Upas à Java, et /po aux iles Philippines.
Le suc desséché de l’Upas antiar est vénéneux, et soit qu'on l’administre par la voie digestive, soit qu'on le fasse pénétrer dans le sang, par une piqûre à la peau, il produit dans l’économie un trouble profond, en agissant particulièrement sur le cerveau et provoquant des convulsions tétaniques ; mais il faut reléguer dans l'empire des fables les récits suivant lesquels il existerait dans l'ile de Java des valléesempoisonnées, c’est-à-dire où l’abondance des Upas antiar produirait des exhalaisons vénéneuses qui détruiraient dans toute la contrée la vie végétale et animale. Les poisons que recèle la sève de cet arbre ne sont pas volatils, et ne sauraient, dès lors, vicier l’air atmosphérique.
IL y à à l’île de Java un autre végétal encore plus vénéneux que l’Upas antiar. C’est une liane très vigoureuseet qui s’enroule autour de la plupart des arbres : le S#ychnos tiente ou Vomiquier de Java.
CANNABINÉES,
Le Chanvre (Cannabis sativa) paraît originaire de la Perse, mais il est depuis longtemps acclimaté dans l’Europe entière. Tout le monde sait que l’un des éléments de son écorce, la fibre lbérienne, rend cette plante éminemment précieuse pour l’industrie humaine.
Le Chanvre est une plante dioïque, herbacée, annuelle, à feuilles inférieures opposées. Les feuilles supérieures, souvent alternes, sont profondément découpées en 5 à 7 segments lancéolés, acuminés ou linéaires, fortement dentés, rudes, d’un vert pâle en dessous; deux stipules latérales les accompagnent. Les fleurs mâles (fig. 378), disposées en grappe, se composent
Fig, 317. Upas antiar (Arvre à poison).
CANNABINÉES. 417
d’un calice à 5 divisions et de à étamines opposées à ces divisions, à anthères biloculaires s’ouvrant en dedans par deux fentes longitudinales.
Les fleurs femelles (fig.379), disposées en glomérules axillaires, feuillus, présentent un calice
RUN ER, (= K ù G eV
LR
formé par deux Va RS divisions et un ÿ Ÿ X à pistil composé # 14 Il LS
d’un ovaire supère, surmonté d’un style court et de stigmates filiformes, très longs. L’ovaire, uniloculaire, renfermeun seulovule.
Le fruitest un akène. La graine, sans albumen , renferme un embryonpliésur lui-même. -
C'est avec une autre espèce de Chanvre, le Cannabis indica, que les Indiens font un extrait enivrant, connu sous le nom de Aaschich. Les Orientaux font unabus déplorable de cet excitant.
Le Houblon (Hu-' Fig. 319. Chanvre femelle:
Fig. 318. Chanvre mâle.
mulus lupulus), plante vivace, à tiges volubiles , à feuilles opposées , lobées en forme de palme, appartient à la même famille que le Chanvre. On le trouve en Europe, dans les haies, sur le bord des rivières.
Le Houblon est cultivé en France, en Belgique, en Angleterre et en Allemagne. Les fleurs femelles sont disposées en épis, compactes, ovoides, figurant des cônes à la maturité, par le développement des sépales et des bractées. Les fruits, ou akènes, sont recouverts d’une poussière granuleuse, d’un jaune verdâtre ou d’un jaune d’or, très odorante, qui contient le principe actif que les chimistes ont nommé /upulin.
Les cônes de Houblon servent à la fabrication de la bière. Ils sont toniques et un peu narcotiques.
SALICINÉES.
Les Saules et les Peupliers constituent cette petite famille.
Les Saules présentent un grand nombre d’espèces, dont la taille varie depuis celle d'une plante herbacée jusqu’à celle d’un grand arbre. La plupart croissent au bord des eaux et forment des oseraies, que l’on exploite à de courtes périodes, ou que l’on cultive en tétards. Les Saules abondent dans les régions tempérées ; ils décroissent sensiblement en nombre vers le midi de l'Europe et dans l'Algérie. Ils servent à consolider les bords des cours d’eau et des rivières, ainsi que les travaux d’endiguement. Le Saule fournit au vannier les matières que cet artisan met en œuvre.
Par les grandes dimensions qu’il peut acquérir, le Saule blanc (fig. 380) est l’espèce la plus importante du genre. Il forme des oseraies et des tétards très productifs.
Le Saule pleureur (Salix babylonica), que nous avons déjà figuré page 79, est particulièrement recherché, pour la longueur, la flexibilité et les courbes de ses rameaux, qui lui donnent une physionomie d’une grâce mélancolique. Sa patrie est inconnue. Nous ne possédons que l'individu femelle.
Le Saule réticulé est un petit arbrisseau étalé, couché, de 1 à 2 décimètres seulement, qui croît dans les Alpes et les Pyrénées.
SALICINÉES. 419
Le Saule herbacé est un très petit sous-arbrisseau, à tige souterraine, rampante, émettant des rameaux presque complète-
Fig. 380. Saule blanc.
ment herbacés. Il habite les Hautes-Alpes, les Pyrénées, le
mont Dore en Auvergne.
Les Saules sont dioiques. Leurs fleurs sont en chaton et so-
litaires, à l’aisselle de chaque écaille du chaton. Elles sont dépourvues d’enveloppes. Les figures 381 et 382 représentent les
Fig. 381. Fig. 382.
Chaton mâle du Saule blanc. Chaton femelle du Saule blanc.
chatons mâles et femelles du Saule; les figures 383 el 384. montrent les fleurs isolées.
Fig. 383. Fig. 384.
Fleurs mâles du Saule blanc. Fleurs femelles du Saule blanc.
Les Peupliers sont très voisins des Saules, et ne s’en distinguent, quant à la fleur, que par un plus grand nombre d’étamines, qui sont insérées à la face interne d’une sorte de godet.
Nous citerons parmi ces grands végétaux: le Peuplier nor (Populus nigra ), vulgairement nommé Peuplier suisse.
— Le Peuplher blanc (Populus alba) (Ypréau, Blanc de Hollande), bel arbre à cime ample et fournie, à feuille remarquable par son extrème blancheur en dessous, surtoutsur les rejetons etsur les pousses Les plus élevées. La figure 389 représente cette espèce. — Le Peuplier pyramidal, originaire du Caucase et de la Perse, qui fut apporté d'Italie en France en 1749, si remarquable par des branches dressées qui naissent presque de la base du tronc et forment ensemble une cime longue, étroite, pyramidale; on -ne connaît que l'individu mâle. — Le 7remble (Populus tremula), la seule espèce véritablement forestière du genre, de moyenne taille, à feuilles très mobiles, à cause de la longueur, de la gracilité et de l’aplatissement du pétiole.
SALICINÉES.