LAPLANTE
Fig. 385. Peuplier blanc.
PLANTES DICOTYLEDONES MONOPETALES.
CAMPANULACÉES.
* La Campanule carillon (fig. 386), qui, par ses grandes corolles épanouies plusieurs à la fois, figure l’ensemble de cloches que
Fig. 386. Campanule carillon.
l’on nomme carillon, est une plante du midi de l'Europe. Sa tige est droite, rameuse supérieurement, à feuilles sessiles, ovales, lancéolées, irrégulièrement crénelées, dentées, à fleurs inclinées, disposées en grappe lâche. Ses fleurs sout régulières et hermaphrodites. Le calice se compose de à sépales. La corolle, campanulée, est divisée dans sa partie supérieure en » lobes, alterne avec les sépales.
Les élamines sont au nombre de 6, libres et non insérées sur le tube de la corolle; leurs anthères sont biloculaires, et les filets sont aplatis etélargis inférieurement, pour embrasser l'ovaire.
Le pistil se compose d’un
ovaire infère, surmonté d’un style, divisé en 5 branches stigmatiques. L’ovaire est à 5 loges. Le fruit est une capsule, qui s'ouvre par la base, en 5 petites loges.
Les Campanulacées sont particulièrement cultivées comme plantes d'agrément. Nous citerons comme exemples la Cam-
de
LE
RUBIACÉES. 123
panule à feuille de Pècher, espèce indigène, doublant par la cu ture, et que l’on cultive souvent dans nos plates-bandes; — la Campanule pyramidale, dont la grappe s'élève à plus d’un mètre; — le Miroir de Vénus (Specularia), dont les petites corolles en forme de roue, violettes ou blanches, brillent au milieu de nos Blés; — les Jasiones, dont les petites fleurs bleues sont groupées en tête; — le Wa/hemberqia à feuilles de Lierre, charmante petite plante à fleurs bleues solitaires, longuement pédonculée, à tige filiforme et couchée.
“ RUBIACÉES.
Cette famille est l’une des plus importantes du règne végétal, par le nombre de ses espèces et les services qu'elles rendent à l’homme. Avant de signaler les plus remarquables de ces espèces, nous donnerons, comme type de cette famille, une idée de la structure florale d’une plante commune dans nos champs, le Sherardia arvensis (fig. 387).
C’est une petite plante annuelle, à fleurs d’un rose lilas, presque sessiles, disposées en glomérules. Ses fleurs sont hermaphrodites et règulières. Le calice présente 6 dents. La corolle est monopétale, creusée en entonnoir, et divisée en 4 lobes. Il y a 4 étamines, alternant avec ces lobes, insérées sur le tube corollin, à anthères biloculaires, s’ouvrant en dedans par deux fentes longitudinales. Le pistil se compose d’un ovaire infère, surmonté d’un style divisé en 2 branches stigmatiques. Dans chacune des loges se trouve un ovule anatrope ascendant. Le fruit se divise en deux akènes, couronnés chacun par trois dents du calice. Sous les téguments de la graine, se trouve un embryon un peu courbé, dans un albumen corné. Les feuilles sont simples, opposées, accompagnées de deux stipules latérales, qui ressemblent assez à des feuilles pour laisser croire qu'il y a 6 feuilles verticillées sans stipules.
A côté des Sherardia se placent quelques genres, comme les Aspérules (Asperula), les Graterons (Galium), les Garances (Rubia). Une espèce de Rubia (Rubia tinctorum), c’est-à-dire la Garance, est cultivée dans le midi de la France, pour ses racines, qui contiennent un principe colorant d’un beau rouge, dont on fait un usage considérable pour teindre les tissus. Il
faut ajouter pourtant que la découverte des nouvelles matières
colorantes rouges extraites de l’aniline, a fait à peu près com-
plètement SO à depuis dix ans, la culture de la Garance Pr À
MP
Fig. 387. Shcrardia arvensis.
dans le département de Vaucluse, où elle occupait autrefois une si grande place.
Les Caféiers (Coffæa) forment une autre section de la famille des Rubiacées. Ce sont des arbrisseaux toujours verts, dont les feuilles lancéolées, ondulées et glabres, ressemblent
RUBIACÉES. 425
à celles du Zaurier. Ces feuilles sont opposées etaccompagnées ° n À LE LA *
chacune de deux stipules latérales. Les leurs sont blanches,
odoriférantes, agglomérées à l’aisselle des feu Iles. Le calice
Fig. 388. Caféier.
est à 5 dents. La corolle est en entonnoir et à 5 lobes. IL y a > étamines et un ovaire biloculaire infère, comme dans le Skeardia. Le fruit est une baie rouge, du volume d’une cerise, formée d’une pulpe douceûtre, peu épaisse, qui enveloppe deux noyaux accolés, dont la paroi est parcheminée. Chacun de ces
fruits renferme une graine, convexe extérieurement, plane et creusée d’un sillon du côté interne. L’embryon est court, droit et plan à la base d’un albumen corné, qui constitue la presque totalité de la graine.
Le Caféier, originaire de l’Abyssinie, fut transporté, au quinzième siècle, dans l'Arabie, qui devint pour cet arbrisseau comme une seconde patrie.
Quand on soumet à une température graduée et un peu élevée, en l’exposant à l’action directe du feu, la graine du Caféier, il se développe dans cette graine un arome particulier et une substance nouvelle que l’on nomme caféine. La caféinl est un excitant qui a pour propriété de stimuler le cerveau, d’exalter ses fonctions, de soutenir les forces des hommes occupés aux travaux de l'esprit.
C’est dans la province d’Yemen, en Arabie, que l’on cultive le mieux le Caféier.
La plante doit être placée à mi-côte, pour donner les meilleurs produits, le sommet des montagnes étant trop froid et leur base trop chaude.
Cet arbuste a besoin, pour ses racines, d’un sol humide. Il faut donc amener l’eau au pied des Caféiers.
C'est en semant les graines que l’on fait naître le Caféier. Un an après le semis, on plante les jeunes pousses dans des trous disposés en quinconces. L’arbuste est en plein rapport dans la troisième ou quatrième année après le semis, et il donne des fruits pendant trente à quarante ans. Comme la floraison et la fructification se succèdent rapidement, la récolte des graines du Caféier se fait presque sans interruption, dans la province d’Yemen.
L’Arabie est encore aujourd’hui le pays qui fournit le meilleur café. Cependant cet arbuste est cultivé dans presque tous les pays chauds, c’est-à-dire dans ceux dont la température est comprise entre + 10°et 25° à + 30°. L'Inde méridionale, l’île de Java, le Brésil et les Antilles sont les pays dans lesquels la culture du Caféier a le plus d'importance aujourd’hui, eu égard aux quantités récoltées, sinon à la qualité des produits.
Les Hollandais apportèrent le Caféier à Batavia, en 1680. Cette culture s’étendit de là à Java, à Ceylan, à l’Archipel indien, etc.
L'île de Saint-Domingue produit beaucoup de café. Dans l’île de Cuba cette culture a été délaissée, de nos jours, pour celle de
DT
ji é Fi
D RL NA a d
SGH a
ésil.
des graines du Caféier, au Br
Fig. 389. Récolte
RUBIACÉES. 429
la Canne à sucre. En revanche, au Brésil la même culture se fait sur une très grande échelle. Les procédés de culture du Caféier dans ces différents pays sont les mêmes que ceux que l’on suit en Arabie.
Deux procédés différents sont suivis, dans nos colonies, pour extraire et envoyer en Europe la partie utile des graines du Caféier. Dans le premier procédé, on écrase les fruits entre deux cylindres, et on les laisse macérer pendant vingt-quatre heures dans l’eau, pour ramollir la pulpe; on les débarrasse ensuite de cette pulpe en les frottant les uns contre les autres. Dans le second procédé on étend et on laisse sécher les fruits du Caféier, on les broie, on les vanne, 'eton obtient ainsi les grains de café. Dans ce dernier cas, ils sont légèrement jaunes, tandis que ceux obtenus par la macération dans l’eau ont une coloration verte.
C’est le café provenant de Moka, en Arabie, qui est le plus estimé des gourmets. Dans ce pays, on laisse mürir complètement les fruits, jusqu'à ce qu'ils tombent et se dessèchent spontanément. C’est le procédé qui laisse développer le plus de principe actif, et qui fait perdre le moins l’arome du café.
Les grains du café Moka sont inégaux et d’un gris jaunâtre; ils sont rares dans le commerce, surtout dans le commerce de détail. Le café de l’île Bourbon est en petits grains, d’un gris jaunâtre, assez réguliers dans leur volume. Les grains de café de la Martinique sont plus gros, plus déprimés que les précédents, et de couleur verdâtre; leur arome est moins doux et moins abondant.
Pour faire un excellent mélange de ces trois sortes de cafés, il faut prendre, pour {1 kilogramme de café, 250 grammes de café Moka, 250 grammes de Bourbon et 500 de Martinique. On obtient encore un bon mélange avec moitié café Bourbon et moitié café Martinique.
On distingue dans le commerce, outre les cafés Moka, Bourbon et Martinique, les cafés de Java, de Ceylan, de Saint- Domingue, du Brésil, de Zanzibar, de Cayenne, de la Guadeloupe, de Sumatra.
Le café de Zanzibar rappelle jusqu’à un certain point le Moka, par la forme, la couleur, l'aspect de sa graine et l’arome de son infusion. -
Toutes les variétés que nous venons de citer se distinguent
par l'apparence des graines, par l’arome et la finesse de leur infusion, et par des propriétés plus ou moins actives, qui tiennent aux différentes proportions du principe spécial appelée caféine auquel les graines du Caféier doivent leurs propriétés particulières et leur action sur nos organes.
La manière dont on procède à la décortication de la graine détermine encore, dans toutes ces variétés de café, des différences dans la valeur commerciale.
Il arrive souvent que le café subit l’action de l’eau de la mer pendant la traversée. C’est alors un café avarié, qui renferme une certaine quantité de sel marin, et est recouvert d’une masse verdâtre. Ces cafés se vendent à vil prix.
Dans son livre sur les Consommations de Paris, Husson explique ainsi les provenances du café que l’on consomme à Paris :
« Presque tout le café qui se consommait autrefois à Paris était tiré de nos colonies; les cafés Martinique et Bourbon ont été longtemps les seuls qui, avec quelques parties de cafés étrangers des mêmes régions et de petites quantités de café Moka, servissent à composer la boisson aromatique devenue chère aux Parisiens. Mais, la consommation venant à s’accroitre, on eut recours aux cafés de l’Inde. Aujourd’hui les cafés de Java, Macassar, Padang, Samarang et Ceylan ont fait invasion dans la consommation française. D'un prix moins élevé que nos cafés des colonies, ils les ont remplacés dans une certaine mesure avec avantage. Ces cafés ne fournissent pas moins des sept dixièmes de ce qui est nécessaire à la consommation de Paris. Les cafés de Saint-Domingue et du Brésil composent deux autres dixièmes; la Martinique, Bourbon et la Guadeloupe nous expédient le surplus. Quant au véritable Moka, il n’en vient à Paris qu’une quantité à peine appréciable. »
A côté des Caÿféiers se placent les Cephælis, petits arbrisseaux habitant les forêts vierges du Brésil, dont les racines, appartenant d’ailleurs à plusieurs espèces, sont connues sous le nom de racines d’Ipécacuanha ou de Cephælis Ipecacuanha, et très employées comme vomitives. C’est dans l'écorce de ces racines, dont la saveur est âcre et l’odeur nauséeuse, que résident les propriétés émétiques de la plante.
C’est encore à la grande famille des Rubiacées qu’appartiennent les Quinquinas, arbres ou arbrisseaux toujours verts, qui habitent les Andes tropicales, entre le 10° degré de latitude nord et le 19° de latitude sud, à une hauteur de 700 à 800 mètres au-dessus du niveau de la mer.
Les Quinquinas ont les fleurs (fig. 390) régulières et herma-
RUBIACÉES. 431
phrodites. Le calice est monosépäle et à 5 dents. La corolle, monopétale en forme de coupe, est divisée en 5 lobes. Cinq étamines, alternes avec ces lobes, sont insérées sur Le tube corollin et offrent. des anthères à 2 loges qui s'ouvrent en dedans. Le
Fig. 390. Fleur de Quinquina.
pistil se compose d’un ovaire infère surmonté d’un style, divisé en deux branches stigmatiques. L’ovaire offre deux loges ; dans chaque loge est un gros placenta, chargé d’ovules anatropes. Le fruit est une capsule, qui s'ouvre de haut en bas en deux valves; les graines sont ailées.
Tout le monde sait que c’est dans l’écorce que résident
les propriétés merveilleuses dont jouit le Quinquina pour la guérison des fièvres intermitientes. L’écorce du Cinchona calisaya paraît être, parmi celles de toutes les autres variétés de Cinchona, la plus riche en quinine. . |
Les Quinquinas forment, au Pérou et au Brésil, des forêts immenses, qui, depuis deux siècles, sont exploitées pour leur précieuse écorce.
Weddell, aide-naturaliste au Muséum d'histoire naturelle de Paris, mort en 1878, visita, en 1847, les contrées du Pérou où croissent les Quinquinas. Il résuma dans un travail, qui devint justement célèbre, ses observations sur la récolte, sur l’origine botanique des diverses écorces, etc. Nous emprunterons à l’ouvrage de Weddell la description des diverses opérations dont se compose la récolte de la précieuse écorce péruvienne.
« Dans les derniers jours de juin 1847, dit Weddell, je me mettais en marche pour la province de Casubaya. Elle est divisée par la Cordillère en deux régions distinctes : l’une de plateaux, l’autre comprenant une longue série de vallées parallèles... Ce sont elles qui fournissent la majeure partie des quinquinas exportés aujourd’hui de la ‘république péruvienne.... Il serait difficile de donner une idée de tous les trésors de végétation ensevelis dans ses solitudes. La soif de l’or les avait peuplées autrefois, mais la forêt y a repris partout son empire, et la hache du cascarillero en trouble seule aujourd'hui le silence.
« On donne le nom de cascarilleros aux hommes qui coupent le Quinquina dans les bois : ce sont des hommes élevés à ce dur mélier depuis leur enfance, et accoutumés par instinct, pour ainsi dire, à se guider au milieu des forêts. Sans autre compas que cette intelligence particulière à l'homme de la nature, ils se dirigent aussi sûrement dans ces inextricables labyrinthes, que si l'horizon était ouvert devant eux. Mais combien de fois est-il arrivé à des gens moins expérimentés dans cet art, de se perdre et de n'être plus revus!
« Les coupeurs ne cherchent pas le Quinquina pour leur propre compte ; le plus souvent ils sont enrôlés au service de quelque commercant ou d’une petite compagnie, et un homme de confiance est envoyé avec eux à la forêt avec le titre de majordome.….. Le premier soin de celui qui entreprend une spéculation de cette nature dans une région encore inexplorée, est de la faire reconnaître par des cascarilleros exercés : le de voir de ceux-ci est de pénétrer les forêts dans diverses directions, et de re connaître jusqu’à quel point il peut être profitable de les exploiter... Cette connaissance première est la partie la plus délicate de l'opération, et elle exige dans les hommes qui y sont employés une loyauté etune patience à toute épreuve; c’est surleur rapport que se calculent les chances de réussite. Si elles sont favorables, on se met en devoir d'ouvrir un sentier jusqu’au point qui doit servir de centre d'opération ; dès ce moment, toute la partie de la forêt que commande le nouveau chemin devient provisoirement la propriété de son auteur, et aucun autre cascarillero ne peut y travailler.
RUBIACÉES. 4139
« À peine le majordome est-il arrivé avec ses coupeurs dans le voisinage du point à exploiter, qu'il choisit un site favorable pour y établir son camp, autant que possible dans la promixité d'une source ou d’une rivière. Il y fait construire un hangar ou une maison légère pour abriter les provisions et les produits de la coupe ; et s’il prévoit qu’il doive rester longtemps dans le même lieu, il n’hésite pas à faire des semis de maïs et de quelques légumes. L'expérience, en effet, a démontré qu’un des plus grands succès de ce genre de travaux est l'abondance des vivres. Les cascarilleros, pendant ce temps, se sont répandus dans la forêt, un à un, ou par petites bandes, chacun portant, enveloppées dans son poncho (espèce de manteau), et suspendus au dos, des provisions pour plusieurs jours, et les couvertures qui constituent sa couche. C'est ici que ces pauvres gens ont besoin de mettre en pratique tout ce qu'ils ont de courage et de patience pour que leur travail soit fructueux. Obligé d’avoir constamment à la main sa hache ou son couteau pour se débarrasser des innombrables obstacles qui arrêtent son progrès, le cascarillero est exposé, par la nature du terrain, à une infinité d'accidents qui lrop souvent compromettent son existence même.
« Les Quinquinas constituent rarement des bois à eux seuls; mais ils peuvent former des groupes plus ou moins serrés, épars çà et là au milieu de la forêt; les Péruviens leur donnent le nom de taches (manchas). D’autres fois, et c’est ce qui a lieu le plus ordinairement, ils vivent complètement isolés. Quoi qu'il en soit, c’est à les découvrir que le cascarillero déploie toute son adresse. Si la position est favorable, c’est sur la cime des arbres qu'il promène les yeux; alors aux plus légers indices peut reconnaître la présence de ce qu'il recherche; un léger chatoiement, propre aux feuilles de certaines espèces, une coloration particulière de ces mêmes organes, l'aspect produit par une grande masse d’inflorescences, lui feront reconnaître la cime d’un Quinquina à une distance prodigieuse. Dans d’autres circonstances, il doit se borner à l'inspection des troncs dont la couche externe de l'écorce présente des caractères remarquables ; souvent aussi les feuilles sèches qu'il rencontre en regardant à terre suffisent pour lui signaler le voisinage de l’objet de ses recherches ; et si c’est le vent qui les a amenées, il saura de quel côté elles sont venues. Un Indien est intéressant à considérer dans un mouvement semblable, allantet venant dans les étroites percées de la forêt, dardant la vue au travers du feuillage, en semblant flairer le terrain sur lequel il marche, comme un animal qui poursuit une proie; se précipitant enfin tout à coup, lorsqu'il a cru reconnaître la forme qu'il guetlait, pour ne s’arrêter qu'au pied du tronc dont il avait deviné, pour ainsi dire, la présence. — Il s’en faut de beaucoup cependant que les recherches du cascarillero soient toujours suivies d’un résultat favorable ; trop souvent il revient au Camp les mains vides et ses provisions épuisées ; et que de fois, lorsqu'il a découvert sur le flanc de la montagne l'indice de l'arbre, ne s’en trouve-t-il pas séparé par un torrent ou un abime! Des journées alors se passent avant qu'il atteigne un objet que, pendant tout ce temps, il n’a pas perdu de vue.
« Pour dépouiller l’arbre de son écorce, on l’abat à coups de hache, un peu au-dessus de sa racine, en ayant soin, pour ne rien perdre, de dénuder d’abord le point que l’on doit attaquer; et comme la partie la plus épaisse, la plus profitable par conséquent, se trouve tout à fait à sa base.
on a l’habitude de creuser un peu la terre à son pourtour, afin que la décortication soit plus complète. Il est rare, même lorsque la section du tronc est terminée, que l'arbre tombe immédiatement, étant soutenu soit par les lianes qui l’enlacent, soit par les arbres voisins; ce sont autant d'obstacles nouveaux que doit vaincre le cascarillero. Je me souviens d’avoir : une fois coupé un gros tronc de Quinquina, dans l'espérance de mettre ses fleurs à ma portée, et, après avoir abattu trois arbres voisins, de l'avoir vu rester encore debout, maintenu dans cette position par des lianes qui s'étaient attachées à sa cime, et qui le soutenaient à la manière des haubans. Lorsque enfin l'arbre est à bas, et que les branches qui pourraient gêner ont été retranchées, on fait tomber le périderme en le massant, ou mieux en le percutant, soit avec un petit maillet de bois, soit avec le dos même de la hache; et la partie vide de l’écorce mise à nu est souvent encore nettoyée à l’aide de la brosse; puis, après avoir été divisée dans toute son épaisseur par des incisions uniformes qui circonscrivent les lanières ou planchettes que l’on veut arracher, elle est séparée du tronc au moyen d’un couteau, avec la pointe duquel on rase autant que possible la surface du bois, après avoir pénétré par une des incisions déjà pratiquées. L'écorce des branches se sépare comme celle du tronc, à cela près qu’elle ne se masse pas, l’usage voulant qu'on lui conserve sa croûte extérieure ou périderme.
« Les détails de desséchement varient un peu dans les deux cas : en effet, les planchettes plus minces de l’écorce des branches ou des petits troncs, destinées à faire du quinquina roulé ou canuto, sont exposées simplement au soleil, et prennent d’elles-mêmes la forme désirée, qui est celle d’un cylindre creux; mais celles qui proviennent dés gros troncs, et que l’on destine à constituer le quinquina plat, ou ce que l’on nomme tabla ou plancha, doivent nécessairement être soumises, pendant la dessiccation, à une certainepression, sans quoi elles se tordraient ou se soulèveraient plus ou moins comme les précédentes. A cet effet, après une première exposition au soleil, on les dispose les unes sur les autres en carrés croisés, comme sont disposées les planches dans quelques chantiers, afin qu’elles se conservent planes, et sur la pile quadrangulaire ainsi composée on charge quelque corps pesant, Le lendemain, les écorces sont remises pendant quelque temps au soleil, puis de nouveau rétablies en presse, et ainsi de suite; on laisse enfin se terminer le desséchement dans ce dernier état.
« Mais le travail du cascarillero n’est pas, à beaucoup près, fini même lorsque la préparation de son écorce est terminée. Il faut encore qu'il rapporte sa dépouille au camp; il faut enfin qu'avec un lourd fardeau sur les épaules il repasse par ces mêmes sentiers que, libre, il ne parcourait qu'avec difficulté. Cette phase de l'extraction coûte parfois un travail tellement pénible, qu'on ne peut vraiment pas s’en faire une idée. J'ai vu plus d’un district où il faut que le Quinquina soit porté de la sorte pendant quinze à vingt jours avant de sortir des bois qui l’ont produit, et, en voyant à quel prix on l'y payait, j'avais peine à concevoir comment il pouvait se trouver des hommes assez malheureux pour consentir à un travail aussi faiblement rétribué.
« Pour terminer, il me reste un mot à dire sur l'emballage des Quinquinas ; c'est le majordome, que nous avons laissé dans son camp, qui
crou,
dans une forêt du P
inquinas
Fig. 391, Récolte de l'écorce des Qu
RUBIACÉES. 437
s'occupe encore de ce soin. A mesure que les coupeurs lui rapportent les écorces, il leur fait subir un triage, et en forme des bottes, qui sont cousues dans de gros canevas de laine conditionnés ainsi; les ballots sont transportés à dos d'homme, d’âne ou de mule, jusqu'aux dépôts dans les villes, où on les enveloppe de cuir frais, qui prend, en séchant, une grande solidité. Sous cette forme, ils sont nommés surons, el c'est ainsi qu'ils nous arrivent en Europe. »
La figure 391 représente, d’après l'ouvrage de Weddell, la récolte de l'écorce de Quinquina par les cascarilleros, dans une forêt du Pérou.
À la suite de son voyage en Amérique, Weddell avait signalé le danger que courait, dans un avenir peu éloigné, la production de l'écorce de Quinquina. Le moyen barbare employé par les indigènes de la Bolivie et du Pérou pour se procurer les écorces, devait amener promptement l'épuisement des plus riches localités. Comme on vient de le voir, les cascarilleros abattent les arbres, grands et petits, dès qu'ils ont découvert, au milieu de la forêt, un groupe de ces précieuses Cinchonées. Le tronc étant coupé et renversé, ils enlèvent l'écorce, qui a la consistance de la chair de champignon. Mais quand l'arbre est très lourd, ils ne se donnent pas toujours la peine de le retourner, et laissent perdre la moitié de l'écorce qui touche le sol. Ils négligent même de récolter les racines, les fruits et les fleurs, qui ont la même saveur et contiennent les mêmes principes que l'écorce.
Avec de tels procédés d’une part, et d'autre part avec la consommation toujours croissante de l'écorce de Quinquina, les forêts du Pérou auraient été bientôt épuisées. Il était donc temps que l’on songeût à assurer, sous d’autres latitudes, la conservation et la propagation des Cinchonas, et à naturaliser cet arbre précieux en des climats nouveaux. Il fallait faire pour Îes Quinquinas ce que la France fit, au siècle dernier, en introduisant le Café dans ses colonies d'Amérique, et ce que l’Angleterre a fait pour l’arbre à thé, qui est aujourd’hui cultivé en grand dans les Indes, au pied de l'Himalaya.
Le gouvernement qui entra le premier dans cette voie, fut le gouvernement hollandais. En 1852 le gouvernement hollandais envoya au Pérou le directeur du Jardin botanique de Buitensorg, M. Hasskarl, avec mission de recueillir des plantes et des graines de Cinchonas et de les transplanter dans l'île de Java. En 1858, les premiers pieds de Quinquina cultivés à Java fleurirent
et donnèrent des fruits mûrs, dont les graines servirent à faire des semis. À partir de ce moment, le nombre des arbres augmenta considérablement ; si bien qu’en 1863, l'ile de Java possédait plus de 11,000 plants en culture.
L’Angleterre entreprit la même tâche dans ses colonies des Indes. En 1859 M. Mackham reçut du gouvernement britannique la même mission qui avait été confiée par la Hollande à M. Hasskarl. Mais cette mission n’était pas facile à remplir. Les autorités locales de l'Amérique du Sud s’opposaient à l’exportation des graines et des jeunes plants de cet arbre, afin de s'assurer la conservation d’un fructueux monopole. Les collecteurs anglais envoyés sur les lieux, se virent donc réduits à user de stratagèmes pour se procurer des graines et les emporter. Is durent procéder comme les deux moines qui furent envoyés en Chine, au huitième siècle, par l'empereur Justinien, pour y recueillir et transporter en Europe les graines de ver à soie, c’est-à-dire enlever clandestinement et emporter eux-mêmes les graines de l'arbre qu’il s'agissait d’acclimater en Asie.
Les envoyés anglais réussirent dans leur entreprise, et les graines arrivèrent dans l'Inde. Là, elles furent distribuées entre plusieurs jardins botaniques, très éloignés les uns des autres, et situés à des altitudes très diverses : le jardin de Péradénia, sous le 7° degré de latitude, à Ceylan; celui d’Otacamund, dans les Nil-Gherries, sous le 11° degré, et à une altitude de 22,000 mètres, et celui de Darjeehing, dans l'Himalaya, sous le 27° degré de latitude.
Dans cette dernière localité, on fit cinq essais de culture, à des altitudes comprises entre 600 et 1,800 mètres. A la fin de 1865, ces cinq cultures comptaient à elles seules plus de 37,000 pieds de Quinquinas de cinq espèces différentes. (Il existe environ dix-neuf espèces de Quinquinas.)
On aurait pu craindre que, sur un point ou sur un autre, la culture de cet arbre exolique n’échouât complètement. Mais le succès couronna partout les efforts des expérimentateurs. On sait aujourd’hui que telle espèce réussira mieux dans le nord de l'Inde, telle autre dans le midi; mais toutes sont très bien venues, se multiplient et fructifient.
On a constaté que ces Quinquinas dépaysés contiennent les alcaloïdes qui constituent toute la valeur des Quinquinas du Pérou. La quinine, la cinchonine, la quinidine et la cinchoni-
RUBIACÉES. 439
dine, existent dans leurs feuilles et dans leurs écorces. Ils ont déjà servi à guérir, dans l'Inde et en d’autres pays, une foule de personnes atteintes de fièvres intermittentes.
Grâce aux soins variés et intelligents qui ont été pris dans l'Inde anglaise par MM. Markham, aidés d’autres botanistes exploitateurs des régions mères des Cinchonas, MM. Pritchet et Cross, la culture des Quinquinas a pris dans l’Inde un développement prodigieux. A la fin de 1866 on comptait dans la seule localité des Nil-gherries, sur la côte du Malabar, 1,500,000 plants de Cinchonas, et l’on pouvait évaluer à 25,000,000 le nombre total de pieds dans les plantations de l’Inde anglaise.
L'inventaire des Quinquinas a été fait en 1873, dans la présidence de Madras. IL en est résulté que dans cette seule localité il existe 2,649,227 pieds de Cinchonas d'espèces diverses.
Le docteur Nichalson, médecin de l’armée anglaise dans l'Inde, quitransmet ce résultat statistique, ajoute que, si les plantations du nord de l’Inde donnent autant que celles du midi, on peut évaluer à 100,000 kilogrammes les écorces fournies actuellement par ces jeunes plantations.
En 1871, l’île de Java possédait 1,261,804 pieds de Quinquinas. |
A partir de ce moment, les écorces fébrifuges de ces deux provenances asiatiques commencèrent à arriver sur les marchés européens, et entrèrent en concurrence avec les écorces du Pérou.
Ces beaux résultats ont encouragé les habitants des régions que baigne l'Océan des Indes à tenter Les mêmes essais. L'ile de la Réunion (île Bourbon), qui offre des altitudes extrèmement variées, a paru propre à un essai de ce genre. En 1866, M. Morin, fils de M. le général Morin, membre de l’Institut, a entrepris, de concert avec M. Je docteur Winson, cet important essai, que le succès semble vouloir couronner. Aujourd’hui, la naturalisation des Quinquinas à l'île de la Réunion paraît assurée, et l’on peut espérer que, dans un avenir assez prochain, la culture de cet arbre magnifique et utile deviendra une source de richesse pour notre colonie française du sud de l’Afrique.
C’est à une altitude de 1,200 mètres et à l’intérieur des forêts que les Cinchonas ont le mieux réussi à l’île de la Réunion. Ces arbres sont aujourd’hui de 4 à 5 mètres d’élévation, et leur
force végétative dépasse celles de toutes les plantes indigènes qui les avoisinent.
D'après une communication faite à l’Académie des sciences, par M. le général Morin, le 11 août 1879, il y aurait aujourd’hui, à l’île dela Réunion, grâce à la persévérance du docteur Winson et des Pères du Saint-Esprit, 5,000 pieds de Cinchonas de 4 mètre à 6 mètres de hauteur et 2,500 boutures bonnes à transplanter.
Ce succès, dû uniquement à l'initiative privée, prouve combien la nature du climat de l’île de la Réunion, celle du sol et sa configuration montagneuse, sont favorables à l’acclimatation des Cinchonas, et quels heureux résultats on peut espérer de cette tentative pour peu qu’elle soit aidée par le gouvernement colonial.
La culture des Quinquinas a encore été essayée avec succès à l'ile Maurice, l’ancienne île de France, l'ile sœur de l'ile de la Réunion, et les plantations y réussissent assez bien.
La même culture se fait avec succès au Brésil, à l'ile de la Trinité (Antilles) et à l’île de la Jamaïque. Le climat de ce dernier pays paraît merveilleusement convenir aux Cinchonas, qui fleurissent abondamment et donnent une -grande quantité de’ semis, surtout dans la région des montagnes Bleues.
Les espèces de Quinquinas principalement cultivées à la Jamaïque, sont les Cinchona officinalis, calissaya et succirubra.
Le Cinchona officinalis atteint une hauteur de 10,50, sur une circonférence de 65 centimètres au-dessus du sol, l'écorce ayant une épaisseur de 2 centimètres.
Le Cinchona calissaya, dont on possède plusieurs variétés, acquiert 8 mètres de hauteur sur 70 centimètres, de eirconférence au-dessus du sol, et a une écorce un peu plus épaisse.
Le Cinchona succirubra, qui paraît être l'espèce la mieux appropriée à la Jamaïque et dont on possède, à diverses altitudes et expositions, environ 50,000 pieds, a jusqu'à 10°,50 de hauteur sur 0",70 de circonférence, à 60 centimètres du sol; son écorce a un peu plus de 2 centimètres d'épaisseur. Un pied de 8 mètres sur 60 centimètres de circonférence près du sol, qui tomba accidentellement au printemps de 1876, donna 2 kilogrammes d’écorce sèche.
Nous ajouterons que des essais ont été faits par M. Hardy, pour introduire la culture des Quinquinas dans notre colonie d'Afrique, mais que le siroco, d’une part, et, d'autre part, les froids des régions montagneuses qui auraient pu permettre de les abriter contre ce vent brülant, ont empêché le succès de cette tentative.
Après avoir mentionné les genres de Rubiacées particulièrement remarquables au point d vue de leur utilité, nous croyons devoir citer encore quelques belles espèces qui ornent nos serres. Telles sont l’Zxora coccinea, bel arbrisseau de l'ile de Ceylan, à feuilles persistantes, un peu charnues, à fleurs d'un rouge vif, disposées en un corymbe et qui conservent longtemps leur éclat ; — l’Zrora odorata, de Madagascar, dont les grandes corolles rouges et blanches exhalent une odeur suave ; — le Rondeletia speciosa de la Havane, à fleurs tubulées, d’un rouge écarlate en dehors, à gorge jaune orangé; — les Rogiera du Guatémala ; — 1 Baie, du Mexique ; — le Luculia gralissima du PR dont les corolles roses exhalent un parfum délicieux ; — le Gardenia florida, nommé vulgairement Jasmin du Cap, etc., etc.
Cette famille est la plus importante de toutes, par le nombre immense de plantes qu’elle embrasse. Elle renferme plus de neuf mille espèces et constitue à elle seule environ la dixième partie du règne végétal. On trouve ces espèces dispersées dans tous les lieux de la terre, mais principalement dans les régions tempérées et chaudes, particulièrement dans celles de l'Amérique. Les herbes croissent dans les régions tempérées et chaudes, les arbres dans les îles intertropicales et antarctiques.
Les fleurs ont, dans cette famille, une disposition tout à fait caractéristique. Elles sont rapprochées en capitules, de manière à figurer une fleur en apparence unique; mais elles sont, en réalité, formées de la réunion de plusieurs fleurs : de là le nom de Composées donné à cette famille. Cette disposition est facile
à reconnaître et à comprendre sur ce capitule, vulgairement appelé fleur de Marquerite, que nous représentons dans la figure 392, où l’on voit le capitule dans son ensemble (a), une coupe de ce capitule (4), enfin les fleurs isolées du centre et de la circonférence de ce même capitule (c et d).
Fig. 392. Marguerite.
Les fleurs d’un même capitule peuvent être toutes de même sorte : hermaphrodites, staminées, pistillées. Elles peuvent être aussi de deux sortes : les extérieures neutres ou femelles, les intérieures hermaphrodites ou mâles.
Le calice de ces fleurs a des formes très variables. Il est quelquefois si réduit qu’il semble nul. Aüïlleurs il forme un godet, ou une couronne. On le voit se développer en arêtes, en dents, en écailles; il dégénère même en espèces de soies qui forment une aigrette.
La corolle est régulière ou irrégulière. Dans le premier cas, elle est tubuleuse et son limbe offre ordinairement 5 lobes. Dans le second, le limbe paraît fendu dans une grande étendue et déjeté au dehors, en une languette dentée au sommet, ou bien il se partage en deux lèvres. Les corolles tubuleuses se nomment fleurons; les corolles en languette se nomment demi-fleurons.
Les étamines sont insérées sur le tube de la corolle, et alternent avec ses divisions. Les filets sont généralement libres,
mais les anthères sont soudées par leurs bords, en un tube qui engaine le style. Elles offrent deux loges, qui s'ouvrent en dedans.
Le pistil se compose d’un ovaire uniloculaire, contenant un seul ovule anatrope droit, et il est surmonté d’un style très mince. Celui-ci se divise en deux branches dans les fleurs hermaphrodites et dans les fleurs femelles, mais il est indivis dans les fleurs mâles. Les branches du style sont munies de papilles stigmatiques et de poils collecteurs. Avant l’épanouissement, le style est plus courtque les étamines ; mais à l’époque de la fécondation il grandit rapidement et s'élève dans le cylindre creux formé par les anthères. À mesure qu’il s'élève, les poils collecteurs balayent le pollen que lui offrent les anthères béantes et apparaissent bientôt au dehors chargés de cette précieuse poussière. On a remarqué que les fleurs femelles sont dépourvues de poils collecteurs, que les fleurs mâles n’ont pas de papilles stigmatiques, que les fleurs neutres n’ont ni papilles stigmatiques ni poils collecteurs.
Le fruit est un akène, souvent muni d’une aigrette, propre à favoriser sa dissémination. La graine, solitaire, renferme un embryon droit, dépourvu d’albumen.
Tournefortavait distribué les Composées en trois groupes: les Semi-flosculeuses, celles où le capitule est entièrement composé de fleurs à corolle ligulée ou en demi-fleurons ; — les Flosculeuses, celles où le capitule est entièrement composé de fleurs à corolles tubuleuses ou en fleurons ; — et les Radiées, celles où le capitule est formé de fleurs centrales tubuleuses et de fleurs périphériques ligulées.
De Candolle, dans son Prodrome, partage les Composées en trois grandes séries : 1°les Liguhflores, ou Chicoracées, qui ont la corolle ligulée, et répondent aux Semi-flosculeuses de Tournefort; 2° les Labiatiflores, dont les corolles irrégulières sont divisées en deux lèvres ; 3° les Zubuliflores, dont les capitules sont ou entièrement formés de fleurons, ou pourvus à la circonférence de demi-fleurons, et qui répondent aux Flosculeuses et aux Radiées de Tournefort.
Les Liguliflores, ou Chicoracées, possèdent un suc laiteux circulant dans un système de vaisseaux laticifères et contenant des principes amers, résineux, narcotiques. Les propriétés et les vertus de ces espèces varient en raison des proportions rela-
tives de ces divers principes, selon l’âge des plantes et le développement différent des divers organes.
La Chicorée, ou Chicorée sauvage (Cichorium intybus), est une espèce indigène, dont les racines sont usitées en médecine. La
Fig. 393. Chicorée. Fig. 394. Fleur isolée de-Chicorée.
figure 393 représente la Chicorée sauvage, la figure 394 une fleur isolée du capitule de cette plante.
Les racines de la Chicorée cultivée, séchées et torréfiées, sont employées par les Français barbares pour remplacer le Café. On mange cuites et en salades les jeunes feuilles de la même plante.
La Chicorée endive, plante méditerranéenne, moins amère, est mieux appropriée aux usages de l’alimentation.
Les espèces du genre Laütue (Lactuca) ont un suc amer, âcre, d’une odeur vireuse. On retire de la Laitue cultivée (Lactuca sativa) un suc dont on compose, par l’évaporation, un extrait pharmaceutique, nommé /actucarium, ou thridace, qui est doué d’une action narcotique, et qui est parfois employé en médecine au même titre que l’opium. On mange en salade sur nos tables les jeunes feuilles de la Laitue, dont on cultive diverses variétés dans les jardins potagers.
Nous citerons encore, dans ce même embranchement des Composées : les Scorsonères (Scorsonera), les Salsifis (Tragopogon) et les Pissenlits (Taraxacum).
Les Tubuliflores flosculeuses, nomméesaussi Carduacées, contiennent un principe amer, qui leur donne des propriétés stimulantes. Certaines Carduacées, comme les Lappa, ou Bardanes, sont employées en médecine. D’autres ont joui longtemps d’une grande faveur pour l’usage médicinal, mais sont aujourd’hui délaissées, comme le Chardon bénit(Cnicus benedictus), le Chardon-marie (Silybum marianum) ; la Centaurée jacée et le Chardon étoilé ; le Bleuet (Centaurea cyanus) ; la Carline acaule (Carlina acaulis). I] en est qui fournissent des principes propres à la teinture, comme le Carthame (Carthamus tinctorius), plante annuelle, originaire de l'Inde, et que l’on cultive aujourd’hui en Asie, en Amérique et dans presque toute l’Europe. La couleur tirée du Carthame est peu solide, mais ses nuances sont très belles êt très variées. Mêlée avec du tale, elle compose un fard avec lequel les femmes aiment à se colorer le visage.
Quelques Carduacées sont comestibles. Tels sont l’Aréichaut (Cynara scolymus), dont on mange la base des bractées de l’involucre et le réceptacle commun, en rejetant le foin, c’est-àdire les très jeunes fleurs; le Cardon (Cynara carduncellus), dont on mange la nervure médiane des feuilles, blanchies et rendues charnues par l’étiolement.
Les Tubuliflores radiées comprennent des plantes dans lesquelles un principe amer est ordinairement combiné avec une résine ou une huile volatile, tandis que la racine contient une matière plus ou moins analogue à la fécule, connue sous Je nom d’inuline. Selon les proportions de ces divers principes, ces espèces sont toniques, d’autres stimulantes, d’autres astringentes. Nous citerons : les Armoises (Artemisia absinthium, Artemisia vulgaris, etc.), la Tanaisie (Tanacetum vulgare), les Achillea ou Mille-fouilles, les Ptarmiques, dont plusièurs espèces alpines font partie du {hé suisse ; les diverses Camomilles, telles que la Camomulle romaine ou Anthemis nobilis, dont nous représentons (fig. 395) un échantillon à capitules devenus totalement semi-flosculeux par la culture, la Camomille commune ou Matricaria camomilla, la Camomulle puante où Maruta cotula ; la Matricaire (Pyrethrum parthenium), V'Arnica des montagnes, l’Aunée (Inula helenium), etc., etc.
C’est à la grande division des Tubihiflores radiées qu'appartiennent particulièrement les Composées cultivées pour l’ornement des jardins. Tels sont les CArysanthèmes, belles espè-
Fig. 395. Camomille.
ces, dont plusieurs crossient naturellement en France, comme la grande Marguerite des prés et la Marguerite dorée ; — les Astères, plantes vivaces et automnales, la plupart originaires de l'Amérique septentrionale ; — les
Cinéraires ; — les Gnaphales, qui comprennentbeau-
coup de plantes d'ornement désignées sous le nom vulgaire d’/mmortelles ; — les Zinnia ; —lesTagetes ou OEillets d'Inde; — Ves Dahlia, dont l'espèce ornementale, originaire du Mexique, avait des fleurs simples, et dont les variétés
à fleurs doubles se sont peu à peu multipliées à l'infini dans
nos parterres, etc., etc.
OLÉINÉES,
Les Lilas, les Oliviers, les Frênes, sont les plantes parliculièrement intéressantes de la famille des Oléinées. Les Lilas ont les fleurs régulières et hermaphrodites. Leur
OLÉINÉES. AAT
calice, monosépale, présente quatre dents. Leur corolle est hypocratériforme. Le tube de cette corolle, très allongé, est surmonté d’un limbe étalé, à quatre lobes. Deux étamines seulement, à anthères biloculaires, s’ouvrant en dehors par deux fentes longitudinales, sont insérées sur le tube de là corolle. Le pistil se compose d’un ovaire supère, surmonté d’un style, divisé en deux branches stigmatiques. Cet ovaire présente deux loges contenant chacune deux ovules anatropes suspendus. Le fruit est une capsule, qui s'ouvre en deux valves portant la cloison sur leur milieu et ne contenant qu’une seule graine. Celle-ci est pourvue d’un albumen charnu et d’un embryon droit.
Les Zilas sont des arbustes originaires de l’Asie. Leurs feuilles sont opposées et simples. On en cultive deux espèces, dans les jardins, le Zé/as commun (Syringa vulgaris) et le Lilas de Perse (Syringa persica).
L'Olvier est un arbre de moyenne grandeur, d’un aspect triste et sans beauté. Ses feuilles sont oblongues ou lancéolées, entières, glabres supérieurement, blanchâtres, écailleuses, inférieurement. Les fleurs de cet arbre forment des grappes axillaires, droites pendant la floraison, penchées à la maturité. Ses fruits sont des drupes, avec noyau uniloculaire, par suite de l'avortement d’une loge.
L’Olivier est cultivé dans une grande partie des régions méridionales de l’Europe et il fait une des principales richesses de leur sol. En France, on trouve l’Olivier cultivé dans les départements du Var et des Alpes-Maritimes, particulièrement à Nice, Antibes, Menton, etc. En Espagne et en Italie, l’Olivier occupe de grandes étendues de pays. On trouve à Sorrente (Italie) d'immenses forêts d’Oliviers.
En Afrique, l'Algérie et la Kabylie renferment aussi de grandes forêts d’Oliviers. Nous représentons (fig. 396) une forêt d'Oliviers à Tlemcen.
L'huile grasse que l’on retire de l'olive, c’est-à-dire de la drupe ou fruit de l’Olivier, est la meilleure de toutes les huiles végétales pour les usages alimentaires.
IL est à remarquer que, tandis que la plupart des huiles grasses végétales sont extraites des graines, dans l’olive, c’est le péricarpe charnu du fruit qui recèle l’huile, car le noyau en
est à peu près dépourvu.
Les olives que l’on sert sur nos tables, comme aliment ou condiment, ne sont pas les olives mûres, mais bien les fruits encore verts. A l’époque où on les récolte pour cet usage, les olives sont dures et d’un goût prodigieusement âcre. Elles renferment L rincipe acide et amer dont on le débarrasse en les faisant er dans l’eau salée, puis Les lavant à grande eau. huile ne se développe que dans les olives devenues noires ou violet-noir par la maturité complète. C’est alors seulement qu’on les recueille pour les porterau moulin et en extraire l’huile par la pression.
Les Zroënes sont, comme les Oliviers, assez voisins des Lilas. Leurs feuilles sont astringentes, et leurs baies, que mangent les oiseaux, fournissent une couleur noire, applicable à la teinture des étoffes. Les paysans du midi de la France fabriquent une encre à écrire avec les fruits écrasés du Zroëne.
Les Frênes appartiennent aussi à la famille des Oléinées. Pour faire connaître la structure des Frênes, nous en étudierons deux espèces.
Le Frêne à fleurs (Fraxinus ornus) est un arbre de 7 à 8 mètres de hauteur, qui contribue à orner les makis de la Corse. Croissant presque spontanément dans la France méridionale, il est cultivé comme arbre d'ornement. Les feuilles composés du Frêne à fleurs offrent de 7 à 9 folioles, sessiles, lancéolées, dentées, vertes et glabres en dessus, un peu plus pâles en dessous, et barbues inférieurement le long de la nervure médiane. Les fleurs paraissent avec les feuilles ; elles sont régulières et hermaphrodites. Le calice se divise en 4 dents, et la corolle, blanche, présente 4 pétales linéaires très longs. Il y a 2 étamines et 1 pistil à 2 loges contenant chacune 2 ovules anatropes appendus comme É les Lilas. Mais le fruit est une samaré ailée.
Cette espèce de Frêne, et d’autres voisines, laissent couler des fissures ou des blessures faites à leur trone, pendant la saison chaude de l’année, un suc qui se concrète à l’air. Connu sous le nom de manne, ce suc concrété est doux et nutritif quand il est frais; avec l’âge il devient purgatif, et sert comme tel en médecine. C’est de la Sicile que l’on retire la manne la plus estimée. Elle est fournie par différentes espèces de Frênes.
Le Frêne commun (Fraxinus excelsior, fig. 397) esltun grand arbre qui, dans de bonnes conditions, peut atteindre et dépasser
| qu ui Il vi pra IT