‹ Histoire des plantesChapitre 84 sur 114 · In-8° de 60 pages · texte numérisé non relu

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contraire, le bois de l’Eucalyptus est d’une densité de texture extraordinaire. Compact et tenace, il doit à la présence des matières résineuses et d'huiles essentielles odorantes le pouvoir de se conserver assez longtemps dans le sol humide. Aussi est-il employé avec le même avantage que le Chène pour les traverses de chemin de fer. On le fait entrer dans la construction des navires ; il sert à la construction des ponts, des jetées, des viaducs, et, comme bois de pilotis, il ne le cède qu'au Chêne blanc.

Il y a là certainement une source de richesse forestière. En France, les futaies ordinaires sont coupées en moyenne tous les cent ans. L'Eucalyptus pouvant donner cinq coupes durant cette période, c’est-à-dire une tous les vingtans, on voit que la valeur des forêts serait quintuplée par la culture de cet arbre. On a calculé d’ailleurs qu’une traverse de chemin de fer, qui coûte 8 francs, ne coûterait que 1 à 2 francs en bois d'Eucalyptus. Un Sapin propre à donner un poteau de télégraphe de 6°,50, coûtant 6 francs 50, a 30 ans d’âge; l'Eucalyptus donne le même poteau en 5 ans: on voit que l’économie est considérable.

On sait qu'aujourd'hui, par suite de l'extension des constructions navales, nous sommes obligés de faire venir beaucoup de bois de Russie, de Suède, de Norvège et des États-Unis. La culture de l’Eucalyptus pourrait nous dispenser complètement d’avoir recours au produit de l'étranger. On peut tirer de cet arbre toutes les pièces de la mâture, les planches qui forment la coque des navires et la charpente tout entière. Tous les steamers qui font la traversée entre l'Australie et l'Angleterre sont en bois d'Eucalyptus. Les baleiniers de Hobart-Town sonten bois pareil. Dans toute l’Australie d’ailleurs on l’emploie presque exclusivement pour les travaux de menuiserie, de carrosserie, de charronnage, etc.

D’après le calcul de M. Trottier, un hectare de terrain planté en Eucalyptus, en Algérie, aurait donné un produit brut de 6,200 franes en 8 ans. M. Carlotti, d'Ajaccio, compte que si l'Etat peuplait de ces arbres une grande partie de la Corse, à la fin de la huitième année la plantation donnerait un bénéfice net de 1,295,000 francs.

Comme pour ajouter à tous ses mérites, il se trouve que l’'Eucalyptus globulus, ou Gommier bleu de la Tasmanie, comme l’appelait Labillardière, est venu fournir de précieuses res-

MYRTACÉES. 515 sources à la thérapeutique médicale. Le docteur Gimbert, de Cannes, et Gubler, professeur à la Faculté de médecine de Paris (mort en 1879), ont fait connaître les remarquables propriétés pharmaceutiques de l’Eucalyptus globulus, et surtout de l'huile essentiellenommée eucalyptone, sorte de camphre liquide découvert et étudié par M. Cloëz. Gubler a publié une étude sur les multiples vertus thérapeutiques de lEucalyptus.

Ces faits, joints aux considérations qui précèdent, suffisent pour justifier l'intérêt général qui s'attache à la propagation dans le midi de la France, de cet arbre précieux et expliquent ce que l’on a appelé, avec juste raison, la fièvre de l'Eucalyptus, qui a saisi en Algérie et en Provence tant d'agriculteurs passionnés pour sa culture et sa multiplication.

Il est enfin bien acquis, et ce n’est pas la partie la moins merveilleuse de son histoire, que l'Eucalyptus globulus a la vertu d’assainir les pays dans lesquels il est planté en grandes masses. La fièvre intermittente disparaît là où prospère l'Eucalyptus. Un arbre qui pousse avec une rapidité incroyable, qui puise dans le sol dix fois son poids d’eau en vingt-quatre heures, et qui répand dans l’atmosphère des émanations camphrées antiseptiques, devait à coup sûr jouer un rôle très important dans l'assainissement des contrées miasmatiques. Grâce à ces propriétés singulières, il était capable de pomper directement et rapidement l’eau des marécages superficiels, de prévenir les fermentations qui s’y produisent, et de paralyser, par ses effluves, les miasmes animalisés qui se dégagent de ces terrains insalubres. Ces prévisions, énoncées en 1869, se réalisent tous les jours.

Les Anglais ont fait les premiers essais de plantations assainissantes dans la colonie du Cap de Bonne-Espérance. En deux ou trois années, ils ont changé les conditions climatériques et l’aspect des régions insalubres de leur possession. Mais c’est dans l'Algérie que la vertu d’assainir l’air des localités dans lesquelles il est cultivé en masses considérables a été démontrée avec évidence. Des faits, vraiment surprenants, avaient été constatés sous ce rapport en Algérie. La Socrété des sciences physiques et naturelles d'Alger à consigné ces faits dans un rapport rédigé en 1876 par le docteur Bertherand.

A Tugourth, malgré le peu de développement des Eucalyptus plantés dans cette localité, M. Ben-Salah, médecin de colonisation, a signalé, le 10 avril 1876, une diminution très

notable dans le nombre des cas de fièvre qui avaient été constatés l’année précédente.

M. Beaumont, inspecteur des forêts, écrivait, à la date du 19 mars 1876, que jusqu’en 1866, époque à laquelle remontent les premières plantations d'Eucalyptus, la maison forestière de l'établissement de Saint-Ferdinand, près de Zérazilda, n’était, pour cause d’insalubrité, occupée que d’une manière intermittente par Le préposé, autorisé à résider à Zérazilda. Actuellement, les plantations exécutées aux alentours de l’établissement et le long du ravin qui lui fait face ont assaini l'habitation au point de l'avoir transformée en une véritable maison de plaisance. |

Le lac de Fetzera était à peu près inhabitable, tant par l’influence paludéenne que par l'abondance des moustiques. Soixante mille pieds d’Eucalyptus, plantés sur les bords de ce lac, ont eu raison des moustiques; et en même temps, l'influence paludéenne a presque complètement disparu. Ces faits résultent d’une communication adressée par M. Rivière, directeur du jardin d'essai à Alger, à la Société centrale d’horticulture de France. |

Des plantations d’arbres de même essence faites par la Société générale algérienne et par la Compagnie des mines Motka-el- Haddid, dans la même contrée, ont suffi pour l’assainir, de manière à permettre aux gardiens du lac et aux ouvriers mineurs de rester à demeure sur des points autrefois extrèmement insalubres.

Les plantations, considérables du reste, faites à la Maison- Carrée, à El-Aléa, à Aïn-Taya, à la Réghaïa, à la Rassauta, au Moulin de Sainte-Corinne, au Gué de Constantine, au pénitencier et au monastère de l’Harrah, ont produit les mêmes effets. Le docteur Païn a pu constater que l’état sanitaire de ces différentes localités s’est complètement modifié grâce aux Eucalyptus, et ce médecin n'hésite pas à déclarer qu’en multipliant davantage ces précautions, on arriverait à annihiler complètement les influences morbides dues aux émanations paludéennes. Il faut savoir que ces émanations étaient, il ya quelques années, une cause de dépopulation telle qu’en 1847, date des premières installations à la Maison-Carrée, chaque naissance était balancée par un décès.

Une plantation d'Eucalyptus, faite à Bouffarik par un pro-

MYRTACÉES. 517 priétaire, a fait disparaître jusqu’à l'odeur marécageuse qui régnait dans les champs. ra

En résumé, l'influence directe, et d’ailleurs très rapide, de l'Eucalyptus pour assainir l’air des localités insalubres, est mise tout à fait hors de doute par les faits résultant de l'enquête entreprise en 1876, par la Société des sciences physiques et naturelles d'Alger. 1] est donc à désirer que l'administration et les colons emploient une grande partie de leur activité à faire planter des Eucalyptus partout où les terres marécageuses sont une cause d’insalubrité. ”

D'après une statistique dont M. Bertherand rapporte les détails, on peut évaluer approximativement à quinze cent mille pieds au moins le nombre des arbres de cette précieuse essence qui ont été plantés en Algérie depuis dix ou douze ans. En multipliant ce genre de Dan dans les exploitations rurales Ales, et en se servant de cette essence pour couvrir les exploitations nouvelles, on arrivera certainement à à débarrasser une partie de l'Algérie des fièvres paludéennes qui sont un juste sujet d’effroi

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