‹ Histoire des princes de Condé pendant les 16e et 17e siècles (volume 2)Chapitre 11 sur 236 · Le connétable de Bourbon, tué à l'assaut de Rome, était · texte numérisé non relu

Le connétable de Bourbon, tué à l'assaut de Rome, était

neveu, chef de la famille, dispute Mantoue à l'Espagnol, au Savoyard; en France, Marie gouverne le duché de Nevers, y est traitée en souveraine; elle seule doit régner, vivre dans le monde; à ses sœurs le cloître, c'est leur lot; elle les y retient avec une sévérité inflexible.

La mort soustrait Bénédicte^ à cette tyrannie; Anne se révolte, s'échappe du monastère; pour ses beaux yeux, cet écervelé de Guise délaisse l'archevêché de Reims, puis la délaisse elle-même après un simulacre de mariage. Errante, sans argent, sans asile, elle rencontre un prince dépos-

fils de Claire de Gonzague, et neveu de Frédéric, marquis de Mantoue. Les Gonzague régnaient dans leur patrie depuis 1 328 ; au bout de deux cents ans, ils quittèrent ce titre de marquis de Manloue, que Cervantes a illustré, pour prendre celui de duc. — La grand'mère de la | rincesse Marie. Ileniielte de Clèves, était de la maison de La Marck, et peiite-nièce du « sanglier des .Ardennes ». — C'est celte même Henriette, nièce du premier prince de Condé et belle-sœur du second voir t. l", p. 21 , 46 à o4; H, 68 à 107\ qui porta le duché de Nevers à son mari, louis de Gonzague. Leur fils, Charles I'"", devint duc de Mantoue par la mort de ses cousins (1627), eut grand'peine à faire reconnaître ses droits, et les transmit (1637), encore contestés, à son petit-fils CharUs III, qui réside dans ses États dTtalie. Louise-Marie, fille aînée de Charles F'' et tante du duc régnant de Mantoue, née vers 16! 2, appelée d'abord M""' de Xevers. et plus habituellement ensuite la princesse Marie, se fixe à Nevers et admini-tre la province.

1. Morte en religion à l'âge de vingt ans (1637). Elle était abbesse d'Aveoay. grand monastère de Bénédictines à quatre lieues de Reims.

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sédé, l'épouse contre le gré de la Régente, de tous les siens; elle le fait catholique pour rentrer en grâce; c'est en vain : Marie reste sourde à ses humbles prières, la laisse « sans pain^ n. La cadette finira par sortir victorieuse de la lutte et se vengera en sauvant son aînée'. Ici les traits peuvent faire illusion; leiu- délicatesse est exquisp; n'était le feu du regard, on ne soupçonnerait pas

A. Sic, dans une des nombreuses pétitions adressées par la princesse Anne à sa sœur Marie (mai ^645 ; A. C).

2. Lors des embarras de cette dernière en Pologne (voir ï'Oraison funèbre de la Palatine, par Bossuet). — Anne de Gonzague, M""" de Rethelois, avait environ dix ans lors^ju'en 1625 on la mit à Farenioutiers, où elle ne se plut guère: mai? son père et sa tante la destinaient à prendre l'habit. Elle ne tarda pas à devenir belle et sa résistance augmen'a. Le séjour d'Avenay, oîi on la plaça auprès de sa jeune sœur Bénédicte, ne réussit pas davantage; Henri, duc de Guise, titulaire de l'archevêché de Reims, y fit sa connaissance et l'enleva voir t. III, p. 443-445;. Abandonnée par ce soi-disant mari, elle épousa ;mai 1645) le prince palatin Élouard, maigre la résistance de la Régente, qui trouvait qu'il y avait en France assez de princes dépossédés. Ce mari définitif était le petit-Gls du roi Jacques d'Angleterre et le quatrième fils de l'électeur piil.;tin, Frédéric V, qui fut élu roi de Bohème, dépouillé de l'électoral, et mourut réfugié en Hollande. — Le frère aîné, Charles- Louis, rétabli dans ses États et titre par le traité de Westphalie. est le père de Madame, seconde femme de Monsieur, duc d'Orléans, ma très loyale, très laide et très spirituelle aïeule. — Edouard momut catholique à Paris en 1663; il venait de marier sa fille aînée au duc d'Anguien, Henri-Jules, fils du Grand Condé. — la Palatine, Anne de Gonzague. mourut en 1684.

la portée de cette intelligence et la vigueur de ce caractère. Admirablement douée, elle exercera sur les hommes une irrésistible influence, saura manier les plus délicats ressorts de la politique; on l'appellera la Palatine. Amie de Condé et de Mazarin, elle les servira tous deux sans les trahir, méritera l'estime de Louis XIV en conservant la confiance de Philippe d'Orléans. Si sa conduite est toujours habile et tempérée, ses opinions sont extrêmes; elle pousse aux dernières hmites ce que Bossuel appelait « l'intempérance de l'esprit » ; puis elle surprend le monde par l'austérité de sa pénitence, après l'avoir étonné par la hardiesse publique de ses idées.

Au commencement de IG/io, alors que 31"^ de Rethelois venait de conclure ce deuxième mariage qui ne semblait être qu'une étape dans sa vie d'expédients, l'ahiée, Louise-Marie, qui, elle aussi, à travers les épreuves d'une jeunesse agitée, avait ému bien des cœurs, depuis Gaston de France jusqu'au marquis de Gesvres^ entrait dans la

4 . Elle n'avait pas dix-liult ans que Richelieu la « logea au Bois de Vincennes » (1629) pour la soustraire aux poursuites de Gaston, qui voulait l'enlever sans grande résistance de sa part. Ce mariage revint sur le lapis; il fallut plusieurs fois fuir et se cacher. — Cinq-Mars était fou d'elle; c'est pour l'épouser qu'il conspirait. Les mépris de la princesse Marie avaient réduit le marquis de Gesvres au désespoir, lorsqu'il se fit luer

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maturité avec une attitude hautaine et dédaigneuse; les soupirants sont écartés. Dissimulant avec art un certain embarras d'alTaires, établie royalement dans le magnifique hôtel de Xevers*, elle tenait là, en face du Louvre, une manière de cour. Le salon de la marquise de Rambouillet était sur son décHn ; celui de 3Iadame la Princesse était rarement ouvert ; M'"* de Longue\ille partait pour Munster ; le « cabinet de la princesse Marie » devint le rendez-vous de la société polie et des beaux esprits. M. le Duc s'y plaisait. Il trouvait là, non pas la douceur du contraste que lui offrait l'àme simple et pure de Marthe du Vigean. mais une nature vaillante qui attirait son esprit sans avoir prise sur son cœur; àme inquiète, à la fois crédule et hardie, accordant à l'astrologie judiciaire la foi qu'elle refusa longtemps aux dogmes chrétiens, puis finissant par se soumettre à la sévère direction de l'abbé de Saint-Cyran et des solitaires de Port-Royal', tout en continuant de

devant Ttiionville. — En somme, elle était plus aventureuse, surtout plus ambitieuse que romanesque ; Alfred de Vigny dit le contraire ; mais on n'est pas obligé de chercher la vérité historique dans les œuvres d'imagination.

1. L'Iiôtel de Nevers élevait sa façade majestueuse entre la tour de iSesle et le Pont-Neuf, à peu près sur l'emplacement actuel de la Monnaie. Il prit successivement les noms de Guénégaud et de Conli.

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