Le maréchal de Gramont ne se souciait guère de la suivre
coaisulter les astres. Une recherche inattendue ouvrit un nouvel horizon à M"*" de Nevers.
On voulait remarier le roi de Pologne Wladislas, qui était veuf, sans enfants, avec un frère dans les Ordres ; le portrait de Marie de Gonzague fut placé sous ses yeux; quoique vieux, malade et usé, il s'enflamma * ; l'union lui convenait ; il y trouvait
jusque-là et refusait plaisamment de se mettre sous la discipline de M. Singlin (2 juillet 1644. A. C). Elle eut à se défaire de son jansénisme, au moins à le dissimuler lorsqu'elle arriva en Pologne, où les Jésuites étaient fort puissants. 11 est constamment question d'astrologie dans la correspondance de cette princesse, postérieurement même à sa conversion, qui date de la mort de Sainl-Cyran (1643). Elle avait rassemblé de nombreux documents sur le « grand œuvre », qui sont conservés aux Archives de Condé.
1. a Dans la chambre de S. M., près du lit, j'ai vu un portrait de V. A., mais moins beau que celui envoyé de Paris par le résident; S. M. porte ce dernier sur lui et le montre aux princes et sénateurs, qui se flattent de n'avoir jamais eu une pareille reine ». (Forni à la princesse Marie; Varsovie, 29 mars 1645. A. C). — Marie de Gonzague, ou plutôt Louise, car c'est sous ce nom qu'elle r.'gnera — son époux lui ayant demandé « de s'abstenir, par respect, du saint nom delà B. V. Marie » (lettre de Roncalli, \2 juillet '164o, A. C), — avait alors passé la trentaine. La première femme de Wladislas, Cécile-Renée d'Autriche, fille de l'empereur Ferdinand, était morte en 1644. On mit, en avant la reine de Suède, Cln-istine, pour unir les deux couronnes; mais ce projet n'eut pas de suite. Mazarin saisit le joint fort habilement et donna le choix entre trois princesses, M"* de Longueville, M"'' de Guise, M"" de Nevrrs. Le frère du roi, Jean-Ca»imir, qui les avait vues toutes les trois en France, indiqua la dernière. A la mort de Wladislas, ce même Jean-Casimir quitta les ordres sacrés
LOUIS DE BOLF.BON. -'i
la naissance, sans se lier, croyait-il, à aucune puissance. Mazarin en jugea autrement : M"^ de Nevers était surtout Française ; en la faisant monter sur le trône de Pologne, on assurait de ce côté l'influence de la France ; c'était une flèche dans le flanc de l'Autriche. C'était aussi une combinaison favorable à la politique italienne, ecclésiastique et personnelle du cardinale Enfin, il ne déplaisait pas à Mazarin de voir fermer l'hôtel de Nevers. Bien que les réunions y fussent éclectiques et surtout littéraires, les Importants y donnaient le ton. Sans doute les anciennes habitudes sociales n'admettaient pas les classifications un peu absolues que d'autres temps ont adoptées : tout en accueillant les mécontents, tout en ayant La Châtre, d'Aubijoux, et autres de mêmes tendances pour ses correspondants habituels, Marie de Gonzague continuait de témoigner une déférence respectueuse à la Régente, conservait ses bons rapports avec 3Iadame la Princesse, prenait hau-
pour succéder à son frère et fat le second mari de la reine Louise 1649).
i. Sur un point surtout: l'élévation de son frère à la dignité de cardinal. Michel .Nîazarin avait de nomlireux concurrents; il Onit par l'emporter 'Ih47! grâce aux efforts de nos premiers diplomates, appuyés de beaucoup de promesses et de quelques largesses, grâce surtout à la « nomination de Pologne ». La renonciation 'au chapeau) de Jean-Casimir, frère du roi Wladislas , fut une des conditions du mariage de Marie de Gonzague.
lement parti pour elle dans les querelles de la cour, restait enfin en coquetterie avec le duc d'Anguien et le maréchal de Gramont, alors dévoués au ministre. Mais ceux-ci seraient-ils assez forts pour la maintenir dans le droit chemin, et ne couraient-ils pas plutôt risque d'être entraînés? Elle avait donné des soucis à Richelieu qui, l'ayant admirée, se montra plein de ménagements. N'étaitelle pas pour beaucoup dans les folles entreprises de Cinq-Mars? On l'afTirmait sans rien ajouter de « fâcheux » pour sa réputation ; mais certains chroniqueurs jugèrent avec moins d'indulgence ses relations avec le duc d'Anguien ^. Quelles avaient été les limites de leur intimité? Quel pouvoir exercerait-elle sur lui? Jusqu'où irait l'alliance de ces deux courages? Tout bien pesé, Mazarin, après avoir fait ses stipulations pour la France, pour son frère et pour lui, approuva le projet de mariage et en pressa la conclusion ^ Le duc d'Anguien l'ap-
i. On a été jusqu'à leur allribuer une fille naturelle, qui serait, elle au«si, montée plus tard sur le trône des Jagellons. Ce qui a donné lieu à ce conte, c'est l'intérêt que Marie de Gonzague poriaità une jeune fille qui l'avait suivie en Pologne, Marie deLagrange; mais cette dernière était très régulièrement issue du marquis d'Arquien et de Fran(.'oise de La Chastre. Grâce à l'appui de sa protectrice, elle épousa le prince Sacrowski, et en secondes noces le roi Sobieski.
2. Le traité fut sisné le 26 septembre 1645; la négociation durait depuis dix-huit mois. L'entrée des ambassadeurs polo-
LOLIS DE BOLRl'.OX. 29
paya de toute son ardeur; quand la cérémonie des épousailles par procuration fut accomplie, il voulut, quoique bien faible encore et malgré la rigueur de la saison (27 novembre 16^5], donner à la nouvelle reine de Pologne la conduite jusqu'à Saint-Denis. La reine et lui ne devaient plus se revoir; l'éloignement resserra les liens de leur amitié ; la mort seule les trancha \
Les princesses de Gonzague dominent la foule des femmes de la Fronde, surpassent même les plus célèbres; elles ne font pas métier de la conspiration comme M™' de Ghevreuse, ni de la galan-
nais, le deûle de cette procession richement parée, fut une de ces déinonstraliods orientales qui ont eu de tout temps le privilège de divertir les Parisiens. Aussitôt après la « demande », Madame laPrincesse, considérée comme amie intime, fut la première à offrir ses félicitations. Louise-Marie fut traitée en ûlle de France. Après la cérémonie du mariage (6 novembre), le Roi la ramena dans .-on carrosse à l'hôtel de Nevers, où elle resta encore une vingtaine de jours. La reine de Pologne fut accompagnée jusqu'à Varsovie par la veuve du maréchal de Guébriant. Ce voyage a fait l'objet d'un long récit par Jean Le Laboureur. L'amba*sadeur extraordinaire de France était le comte de Bré^y, qui devait, disait-on, sa fortune à sa femme, nièce de Saumaise, bel esprit, « façonnière et vaine :*>, enlaidie de bonne heure, mais « propre et s'habillant bien ». On a imprimé quelques lettres de M™' de Brégy, quiavaii aussi collaboré aux Z)it"erspor;7'a(75 de Mademoiselle et qui joua un rôle secondaire dans les intriguts du temps.
1. La reine Louise mourut d'apoplexie à Varsovie, en 1667, sans laisser d'en''ants.
30 LES PlîlNCES DE CO.NDÉ.
lerie comme M""" de Montbazon; elles ont autant de force, plus de portée que M"''' de Longueville, plus de sûreté, moins d'avidité que la duchesse de Ghâtillon ; leur aptitude va jusqu'à diriger un parti, même un Etat. Toutes deux, par le tour audacieux de leur esprit, la fermeté de leur caractère, la hauteur de leur courage, la souplesse de leur génie, ont plus d'un rapport avec Louis de Bourbon. Elles tiennent une grande place dans son histoire, aux époques agitées de sa vie, comme dans les années calmes, régulières de la fin. L'une essayera d'assurer aux Condé cette couronne de Pologne que sa ténacité héroïque, son habileté auront victorieusement disputée aux Suédois, aux Moscovites, aux mille rivaux de ses deux époux. L'autre sera, au temps des témérités coupables, le guide, le soutien du héros égaré, son Egérie trop rarement écoutée; elle ne voudra d'autre héritier que le fils de son ami. Souvent divisées, ces deux femmes de tète et de cœur seront toujours réunies par leur affection pour Condé, leur dévouement à sa grandeur et à sa maison.
Tout autre était M"*" de Boutteville, dont la Son mariage beauté précocc, irrégulière, mais éclatante, avait laissé au duc d'Anguien adolescent cette première impression qui rarement s'efface. Isabelle de Montmorency était de la maison, de la famille ; on se
M"";deBuutle-
avoc d'Andelot.
Son frèro François.
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voyait souvent; M. le Duc fut favorablement accueilli de sa cousine, et peut-être ne l'eùt-il pas trouvée cruelle, s'il n'avait fait à M"''*" du Vigean le sacrifice de ses espérances. Aujourd'hui c'est l'amitié qui l'arrête. Un de ses braves lieutenants, un de ses camarades intimes, d'Andelot, est follement épris de la belle; devenu, par la mort de son frère, héritier de la pairie de Chàtillon, il déclara sa flamme, annonçant en même temps sa prochaine abjuration. On peut voir dans les lettres familières de d'Andelot à M. le Duc jusqu'où il poussait rindiiïérence en matière de religion et la part que tenait le souci du salut dans cette résolution ^ ; mais il lui semblait plus facile d'obtenir la main d'Isabelle devant un autel catholique que dans un temple protestant. Qu'on juge de la colère de sa famille, de la douleur des Eghses I Le petitfils de Tamiral allant à la messe I Le maréchal duc de Chàtillon sortit de son flegme, fit des menaces terribles, expédia son fils en Hollande et l'y retint plusieurs mois; mais toutes les contraintes, les exhortations des ministres ne firent qu'attiser le feu.
Un beau jour Coligny s'esquiva, enleva sa
I . Ses amis espéraient alors « le remettre dans le bon chemin en faisant faire Marion huguenote » TouloDgeon à M. le L'uc, A. C.;.
maîtresse; contre des poui'suites de pure l'orme % un refuge lui était assuré dans le gouvernement de Champagne. « J'ay procédé ce matin au saint sacrement de mariage en présence de tout Ghasteau-Thierri, écrivait le héros de l'aventure à son jeune général ; nous partons présentement pour Stenay ; c'est de là que je vous promets d'illustres narrations '. » Le duc d'Anguien avait ouvertement protégé l'entreprise, qui valait mieux et réussit mieux que l'attentat de Bussy contre M"""" de Miramion ^ Il fut loyal ami; c'est après la mort de Gaspard que son feu se ralluma et que M™^ de Chàtillon prit sur lui un funeste ascendant. Elle aura une grande part dans ses malheurs et dans ses fautes. Nous n'essayerons pas de retracer le portrait trop connu de la duchesse de Chàtillon. Elle a eu la mauvaise fortune de figurer dans la galerie de Bussy et méritait d'être flagellée par cet impitoyable satiriste. Esprit solide, avec des vues, du jugement, cœur sec, malfaisante, elle nuira à
i. Dans quelques pages charmantes, M™'' de Motieville raconte comment M™* de Boutteville la mère vint demander à la Régente justice de l'enlèvement de sa fille, les larmes feintes de cette dame, se» cris, les eiïorts de Madame la Princesse pour paraître indignée, et comment elle finit par se mettre la face au mur pour cacher son envie de rire.