‹ Histoire des princes de Condé pendant les 16e et 17e siècles (volume 2)Chapitre 112 sur 236 · On lui trouva au bras une jarretière de la Guerchy. Voir · texte numérisé non relu

On lui trouva au bras une jarretière de la Guerchy. Voir

le duc de Nemours; la complication en amour ne l'embarrassait pas. Un autre oflîcier distingué et de même race, le marquis d'Orne, mestre-de-camplieutenant du régiment d'Anguien, succomba dans cette journée; le frère eut la charge : homme d'action, de valeur, d'un orgueil intraitable, Jean de Coligny-Sah'gny suivra longtemps la fortune de M. le Prince, qu'il quittera pour devenir un de ses plus acharnés ennemis et détracteurs \

Une fois ce groupe de déserteurs détruit, ce noyau d'armée régulière écrasé, la position perdait de son importance. M. le Prince n'ayant pas

ci-dessus, liv. IV, ch. viii, le mariage de M"e de Boutteville.

1. Gaspard IV, duc de Chàtillon, et Gaspard III, comte de Saligny, marquis d'Orne, tués tous deux à l'attaque de Charenton, étaient cousins au sixième degré, descendant de Guillaume de Coligny mort en 1463. — Jean de Coligny, dit le comte de Coligny, frère de Gaspard III, né en 1617, page de Richelieu en 1633, soldat aux gardes, puis mousquetaire à pied (1635,, capitaine de dragons (1639), arrêté à la suite d'une querelle avec l'intendant de Picardie et mis à la Bastille, d'où il sort pour assister à la bataille de Lens. Mcstre-de-camp-lieutenant du régiment d'Anguien en 1649, il suit la fortune de Condé jusqu'à la paix des Pyrénées et se sépare de ce prince à propos d'un cordon bleu qu'il ambitionnait et qui fut donné à Guitaut. Commandant le corps d'armée qui fat envoyé au secours de l'Empereur Léopold (1664), il prit une part glorieuse à la bataille de Saint- Gothard contre les Turcs. Mort le 16 avril 1686. Marié à Anne- Nicole Cauchon de Maupas, dame du Tour. Il a laissé des Mémoires qui doivent être consultés avec discrétion. V. 21

Kcncontro du 10 février

Prise

de Brie-Comte-

Robort, 28.

assez de troupes pour tout garder, Charenton fut évacué. Quelques convois passaient, entre autres un assez important qui venait de la Beauce et que le maréchal de Gramont ne put dissiper (10 février). C'était aussi un maréchal de France qui commandait de l'autre côté, et cette fois on s'aperçut que l'opération était conduite par un homme de guerre. S'avançant vers Antony avec sa cavalerie, La Motte-Houdancourt fit traverser la Bièvre aux voitures qui, par Chevilly et Villejuif, gagnèrent Paris sans encombre. Le pont fut coupé. Les frondeurs, vivement poussés, rentrèrent assez en désordre; mais le convoi était sauvé. Le duc de Beaufort ayant été un moment enveloppé durant cette escarmouche, le bruit de sa mort, aussitôt répandu, émut la foule qui attendait l'issue de la journée ; lorsqu'on le vit reparaître, l'acclamation fut générale; et quand La Motte arriva, dernier combattant de l'arrière-garde, personne ne fit attention au véritable héros de la journée.

Dans cette rencontre, Nerlieu, du parti royal, fut tué en combattant contre Noirmoutier, aux côtés duquel il avait chargé à Lens. Noirmoutier, parent et jadis ami de Condé, était passé dans le parti contraire par rancune, disait-on, de quelques propos tenus sur sa conduite dans la journée du 20 août. Il persévéra et changea de côté plus tard

pour ne pas se retrouver avec M. le Prince ^ Celui-ci prenait ses mesures pour se saisir du poste dont l'occupation devait, plus qu'aucune autre, arrêter l'approvisionnement de Paris. Brie- Comte-Robert tenait pour la Fronde; c'était le lieu de rassemblement, le point de départ des charrois qui réussissaient à pénétrer dans la capitale. Chargé de battre les environs avec un fort parti de cavalerie, Grancey dispersa les escadrons ennemis, enleva force voitures et, soutenu d'infanterie, s'empara de la ville. Il y avait là une petite citadelle qui se rendit le 28 fémer. Toutes les grandes routes étaient fermées.

Paris commençait à souffrir, entrait dans la ÉtatdePans. période des hallucinations, des alternatives fié- les campagnes. weuses, découragement ou folle espérance, rage ou abattement. Chaque jour rumeurs nouvelles. apparition de secours fantasticjues, bruits de succès imaginaires, de délivrance assurée; les plus sages les acceptent. On demande des sorties en masse : « 31. de Beaufort a été aiTaisonné par une troupe de bourgeois demandant pourquoi on ne les menait pas au secours de Brie-Comte-Robert; ils iraient

1. Il y eut entre eux quelques rapprochements éphémères. Louis de La Trémoille, marquis et plus tard duc de Noirmoutier (voir t. IV, p. 223", s'attacha tantôt k Retz, et tantôt à Mazarin, Il mourut en 1666.

cent mille hommes ^ ». Puis les violences : magistrats menacés, frappés même, « maltraités d'elïet et de paroles- ». — « Nous ne serons pas en peine désormais d'aller contre les frondem's, dit 31. le Prince; ils n'ont pas attendu à estre battus par moi; ils l'ont voulu estre par le peuple ». Complétez le tableau par les lugubres récits d'Angleterre, le procès, la mort du roi, dont la veuve languit dans le Louvre, sans feu, sans habits, presque sans pain; et les contrastes étranges, des fêtes, des baptêmes : M""^ de Longueville accouchant à l'Hôtel de ville d'un fils que Messieurs de Paris tiennent sur les fonts et qui sera le dernier des Dunois \

Mais c'est surtout hors des murs de la capitale que les souiTrances étaient intolérables et les désordres inouïs. Pas une route sûre ; les paysans ruinés se réunissaient en bandes, dépouillant, tuant ceux qu'ils rencontraient. Le brigandage empruntait mille formes, s'exerçait partout. Gour- \ille raconte fort simplement que, manquant

<- 26 février. Journal de Dubuisson.

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