LE COMTE DE BRIENNE A LA REINE DE POLOGNE
Taris, 24 mars 1G46.
J'avoi? creu que la Reyne avoit tesmoigné ii V" Majesté le dernier période de son affection, quand par ses soingz elle avoit contribue à vous esgaller à Elle; mais je me suis apperçu que l'affection n'a point de bornes, ou qu'elle croissoit en vieillissant, ayant tesmoigné une joye toule extraord'"'^ quand elle a entendu les honneurs qui vous estoient rendus en Poulongne. Si je m"en suis resjouy, je le laisse à juger à V""" Ma'*^', qui sçait de quelle passion j'ay lousjours esté porté pour son service. Pour moy, j'ay continuellement creu que voslre vertu, fortiffiée de vostre beauté, vous acquèreroit et l'amour du Roy et son respect; ces deux passions pour l'ord""^ marchent de compagnie et c'est avec quelque impatience que je voudrois eslre asseuré de ce que je ne metz point en doute; mais c'est de voz lettres qu'on doibt attendre cet esclaircissement. Je veux, Madame, faire voir à V"^" Ma'*^ que ce n'est pas seullement en des parolles que l'amitié que vous porte la Reyne se fait cognoistre forte. Elle a playdé la cause de Madame la Princesse Palatine. Il luy avoit e?té dit qu'elle allast faire ses couches hors le royaume; mais quand Sa M;ij''^' sceust qu'elle ne le pouvoit sans se mettre en hazard, Elle fisl bien sentir qu'elle ne se pouvoit porter à l'y contraindre, et que, si Elle avoit esté offensée de sa conduicte, que la vostre avoit esté accompagnée de tant de prudence qu'elle avoit deub effacer ce (|ui avoit despieu en celle de cette Altesse. J'ozeray dire à V''' Ma'"^ que continuant à cultiver l'amitié de la Reyne, Elle en peut faire estât en loutles sortes de rencontres. Les lettres
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sont leues agréablement; elles donnent suject de s'entretenir avantageusement de vostre personne et des qualitez royalles (|iie vous possédez. Si je parle avec trop de zèle, V" Ma'^ me le pardonnera, car il procède de la très humble servitude que j'ay tousjours professé de luy vouloir rendre et de l'obéissance que je doibz à ses commandements, desquelz je la supplie très humblement de me vouloir honnorer A. C.