LE MARÉCHAL DE GRAMONT A MAZARIX
Camp de Lens, 21 août 1648.
Je ne pense pas me flater lorsque je me persuade qu'outre la sensible joye que causera à V. E. le gain d'une grande et complète bataille, elle en recevra une particulière d'aprendre ie peu de ser\nce que j'ay rendu en ceste ocasion. La relation que le chevalier de Gramont porte instruyri V. E. de toutes les particularités du combat; c'est pourquoy je ne vous en manderav rien. Il est vray que je ne puys me passer do ren Jre ie lesmoignage que je dois do la valeur et conduyfe avec laquelle M'^ de La Ferté et do Chastillon y ont agy, et jo ne cravndrav pas, quoyque M' le marquis de Saint-Mesgrin soit mon cousin germain', de vous dire que je ne vis jamays homme tesmoigner plus de résolution ny fayre les choses avec plus de zelle qu'il a fayles en cette ocasion, ayant ramené plus de dis fois les troupes au combat et chargé à leur tesie; c'est une chose tellement cogneue de toute l'armée que je croys qu'on ne soubçonera pa< que Tamytié que j'ay pour luy me fasse parler de la sorte; et quand V. E. songera à l'establir, vous pouvés estre asseuré que vous n'aurés pas lieu de vous
1. La mère de Saint-Maigrin, Marie de Roquelauro, et la mûre de GratuoDt, Louise de Roquelaure, étaient sœurs.
en repentir. Vous vous souviendrés, s'il \ous plaist, que jevoui ay souvent parlé du s"^ baron de Linville, quy comande mon régiment de cavalerie; et comme je suis alaché à vosintéretz sans songer à m'en vouloir jamays desdire, mon principal but seroit aussy de voir qu'en la posture où vousestes vous fissiés des créatures qui fussent à vous sans réserve; et parceque il est bien ditricile de les pouvoir cognoistre en peu de temps, je vous proposerois ledit s'' de Linville comme une persone de quy la valeur et fidélité icesbranlable m'ont paru en toute sorte de temps; s'il p'aist a V. E. de songer à luy pour une compagnie aux gardes, j'oseray vous respondre qu'elle ne sçauroit estre mieux employée, et je vous en auray pariiculière obligation. Tout le malheur du combat est tombé sur les pauvres gardes; S' Val. Porche x et Matarel sont mortz; Boisdavid, Bellebrune et Viiliers blessés à un point qu'il faudra qu'il arrive quelque miracle pour les sauver; Pocset et Cha'mazel prisoniers. et l'on ne sçait encorece que Riberpré sera devenu. Pour Heutenaniz, le chevalier de Luc, Xoncourt et Héricourt sont mortz; l'on ne Sfail qu'est devenu Nancré, quy faysoit la charge de major: Vieuxbourg, Salins et Renouart blesses à mort : voyés, Monseigneur, quelles gens de mérite nous perdons et en quel désespoir je suis de voir tous mes plus véritables amys mortz ou en estât quy ne vault gujères mieux. J'ay demandé par M"" de Chastillon à V. E. la charge du chevalier de Luc pour le s' du Fay, monayde de camp; je croys qu'il aura pieu à V. E. en comander les expéditions, dont je luy auray obligaîioo; il est asséècogneu pour ne pas vous dire ce qu'il vaut. Pour la lieutenance d Héricourt, la chose parle assés d'elle-mesme pour le s'' de Magalotti, quy estoit son enseigne et quy s'est comporté en sorte qu'il obligera bientost V. E. à luy procurer de plus grands avantages. Je suis aussy obligé de vous dire que s'il plaist à V. E. considérer le s'' de Lostelneau pour une lieute— nance, elle ne sçauroit mieux l'employer ny ra'obliger divan-
tage. Si le pauvre Boisdavid venoit à mourir, je suplie V. E. de ne pas oublier son lieutenant; il se nomme le s'' de Cursy; il est gentilhomme de bon lieu, riche, a esté nourry chés la Reyne, brave, et a douse ans de service dans les gardes. J'envoye à M"" d'Evènes la liste de tous les officiers que nous avons perdus, afBn que V. E. voye en quelle sorte il vous plairra d'en disposer. Je croys bien certaynement que vous n'aurés pas oublié le s"" de Hémon en ceste rencontre, car il faUt remplacer la perte que nous avons fayte dans les gardes de gens auxquelz vous puissiés vous fier; et si, dans le grand nombre de capitaines mortz ou prestz à mourir, il plaist à V. E. de jelter les yeux sur le chevalier de Gramont, je luy en auray une pu'fayte obligation; enfin il est mon frère et vous pourrés sçavoir de quelle sorte il a agy dans celte ocasion ; et vous po ivés bien vous asseurer qu'ayant atachement au Roy, il ne songera jamays qu'à le bien servir. Le pauvre Lisle-Bellebrune me pria hyer de suplier Y. E., s'il meurt, d'avoir pytié de sa famille désolée; il a la cuisse rompue; son lieutenant, nommé Danemarye, a aussy esté tué; son frère est enseigne et a recours à la bonté de Y. E. EnQn il ne feust jamays un si grand massacre que celluy des pauvres gardes; aussy dans le combat, après avoir eu affayre aux Espagnolz naturelz et Allemans, un escadron de cavalerie les resjouit de les prendre par le flanc. Yitermont, Boisseleau, Ervilliers sont blessés, mays non pas dangereusement. Pour le s'' de Bar, je le sortis hors du bataillon pour le tenir auprès de moy; car comme il a longtemps servy dans la cavalerie et que je le cognois, j"estois fort ayse de l'avoir proche de ma personne; et il fault advouer que jamays homme ne servist mieux que celluy-Ià. Aussytost que 31. de Yillequycr sera de retour de la conduyie des prisoniers qu'il a menés avec cinq régiments de cavalerie à Troyes, nous marcherons; mays jusques à ceste heure il n'a pas esté résolu de quel costé. C'est un miracle de Dieu comme dans ceste ocasion la persone de
M' le Prince a esté conservée, l'ayant e'cposée au-delà de ce qu'il fit j^mays; il mo semble que c'est tout dire, et il faut avouer qu'il a agy avec une prudence quy n'est pas concevable dans toutes les rencontres quy se sont présentées. Je finis ceste longue lettre par une réflexion que je fays sur ce que diront les gazettes de Flandres et comme ilz acomoderont celle-cv avec les précédentes, quy asseuroient qu'au seul nom de Léopold toute nostre armée trembloit. Je metz à la fin de ma lettre ce quy devoit estre au commencement, quy est que jamays régiment n'a fait ce qu'a fait le vôtre de cavalerie; le pauvre Charabors y fust tué corne nous entrions dans l'escadron de l'enemy, et je suis obligé de vous dire qu'il n'y a point de plus brave ny meilleur officier que le chevalier d'Aubeterre ' ; si vous luy donés le comandement du régiment, il s'en aquytera dignement; et si vous considérés Valavoyre*, quoyqu'il ne feust pas au combat et qu'il soit très brave, ayés soin, s'il vous plaist, dudit chevalier, yv de Lislebonne a fait à son ordinayre; sa casaque a esté percée en deux endroitz, et en vérité il mérite que V. E. fasse quelque chose pouy luy.
MAZARiN A M. i.E PRINCE [anahjse].
Paris, •22 août 1648.
Compliment sur la victoire de Lens. Se réjouit de ce que le corps de Yaubecourt ait été détaché vers la mer pour renforcer le maréchal de Rantzau, et l'aider à profiter de l'épouvante des ennemis. Fait tout son possible pour envoyer de l'argent au dit maréchal. S. A. peut à présent se renforcer des garnisons devenues inutiles. — Demande l'envoi de Beck
1. Léon d'Esparbez de Lussan d'Aubeteire, né en 1619, chevalier de Malte en 1628, frère cadet du comte de La Serre-Aubeterre (voir t. IV, p. 370), et capitaine de chevau-légers ; lieutenant-général en 1655, mort en HO"?.
2. Franrois- Auguste, marquis de ValaToire, devint lieutenant-général.
et 0 ou fi autres des principaux prisonniers pour les mettre au bois de Yincennes. A. C.
M. LE PRINCE A MAZARIN
Au camp de Len?, 23 août 1C48.
J'envoye à l\r Le Tellier la relation ' de ce qui s'est passé de deçà depuis le XIIP de ce mois jusques "a présent, afin qu'il vous la fasse veoir; et, n'ayant rien de considérable à y adjouster, je vous diray, Monsieur, que, depuis que le s'' de Vaubecourt avec les trouppes qui sont sous sa charge ont joint celles du costé de la mer, je n'ay point encore receu de nouvelles de W le mar^' de Ransault, que j'attends à présent avec impatience pour sçavoir à quoy il se sera résolu et prendre ensuite nos mesures. Cependant je ne laisse pas de faire faire des convoys à Bélhune des bleds et farines qui sont à Arras, dont il est absolument nécessaire, ainsy que, je vous en supplie, de faire faire sans délay et incessamment les remplacemens, tant pour nous donner moyen d'en tirer pour l'armée que pour la subsistance de la garnison d' Arras, qui sans cela seroit bienlost à la faim.
Quant à ce qui est des choses du costé de deçà, je ne puis encore prendre sur icelles aucune résolution, tant parceque j'at'.ends, comme je vous ay dict cy-dessus, des nouvelles de M' le mar^i de Ransault, qu'il fault aussy laisser retourner W de Villequier, que j'ay envoyé, avec un corps considérable de cavalerie et d'infanterie, pour conduire sûrement en France les prisonniers que nous avons faicts. Je vous supplie de me faire sçavoir au plus tost les volontés de Sa Majesté et vos sentiments sur toultes choses, que j'exécuteray et suivray tousjours avec joye.
Je ne vous parle point de nos nécessités; vous les cognois-
1. Il existe une expédition de cette relation au Dépôt de la Guerre et une à la Bibliothèque nationale. Nous en avons parlé, p. 267.
ses assés bien et je ne double pas aussy que vous n'y fassiés pourvoir de bonne sorte pour ne pas laisser dépérir les trouppes et pour leur donner moyen de subsister le reste de la campagne. Cependant je vous demande la continuation de voslre amitié
Si vous vouliés faire avoir une compagnie aus gardes, de tenl qu'il y en a de vacantes, au chevalier dé Gramont, je vous en serois très sensiblement obligé.
M'' de Bouteville a trété avec M"' de Bussy de son régiment sous le bon plaisir de Sa Majesté ; si vous voulés le luy faire avoir, je respons qu'il le fera bon et m'y engage en mon particulier. A. C.
M. LE PRINCE A LE TELLIER
Camp de Lens, 23 août 1648.
J'envoye le !-ieur chevalier de Gramont à la cour pour présenter à Leurs Majestés ce qu'on a pu ramacer des drapeaux et estendards pris sur les ennemys, et vous recepvrés avec cela la relation de ce qui s'est passé de deçà; vous la ferés voir, s'il vous plaist, à M-" le Cardinal et tiendrés la main auprès de luy pour qu'il soit pourveu diligemment à nos nécessités et que les ordres de Sa .Majesté me soient au plus tost envoyés. Cependant je vous prie de me continuer vostre amitié et de vous asseurer de la mienne entière. D. G.
M. LE PRINCE A MAZARIN
Camp de Lons, -26 août 1648.
A. C. et Mémoires de Lenet. (C'est la dépêclie où Condé a remplacé « nostre victoire « par « nostre combat ».)
LE TELLIER A M. LE PRINCE {extrait).
Paris, -27 août 1648.
Le Roi envoie à M. le Vidame l'ordre de marcher par deçà avec la cavale-ie, « sur quelque esmeutte arrivée en cette ville ensuitte de l'arrest qui a esté fait des personnes de Messieurs de Blancmesnil, président, et de Bruxelles (Brousse'), conseiller au parlement, bien qu'on ne juge pas qu'elle puisse avoir aucune mauvaise suitte par le bon ordre qu'on a aporté pour l'estouffer dans son commencement ». A. C.
MAZARiN A M. LE PRINCE [analyse].
Paris, 29 août 16JS.
Détails sur l'état de Paris. Le parlement s'est assemblé pour traiter le règlement des rues, et a rendu un arrêt pour faire quitter les armes au peuple. Émotion nouvelle à la porte S' Antoine à propos de deux chariots chargés de poudre. — Abondance de provisions amenées au marché. — Détails rétrospectifs sur la sédition. — On a vu dans la rue Dauphine un homme de bonne mine et mal vêtu qui criait vive le Boi et M. de Beaufort. — D'autres disaient « qu'il ne falloit pas s'arrester où l'on en estoit venu, et qu'après avoir fait des barricades, il n'y avoit plus de seureté pour le peuple que dans le changement de gouvernement ». — Toutes choses sont présentement aussi tranquilles que si rien n'avait remué. — A dépéché 5 et 6 courriers à M. de Rantzau et n'en a point de nouvelles. — Châtillon a5'ant dû conter au prince la journée des Barricades (26 août), le cardinal reprend la suite de la journée du 23. A. C.
M. LE PRINCE A MAZARIX.
Camp de Lens, 29 août 1648.
Je VOUS envoie la lettre que je viens de recevoir de M' le niareschal de Ransault, par laquelle vous verres le siège de Fumes. Tout» les ordres estoient donnés pour aler avec celle armée icy attaquer la place que vous dira le s' de Saucourt; en mesme temps, comme j'ay receu l'ordre de Sa Majesté pour envoie r le s"" Vidame avec ses trouppes à Poisy, je luy envoie ordre de le faiie en diligence, et cependant j'ay jugé que je me devois tenir libre pour faire ce que Sa Majesté m'ordonneroit et pourtent ra'avencer sur la Lis du costé d'Estaires pour appuier le siège de M. de Ransault et empescher que les ennemis ne tombassent dessus luy. Ils lèvent leurs garnisons. Le marquis Sfondrate les vient joindre, et ils font mine ai vouloir remettre une armée ensemble. J'attendray entre La Bassée et Estaires de vos nouvelles, si autre chose de plus pressé n'arrive, et vous tesmoigneray en touttes occasions que je suis A. C.
MARGUEKITE DE ROHAX, DUCHESSE DE ROUAN, ET M^"*" DE CHABOT A M. LE PRINCE.
Au Parc, .30 août 16-18.
Je ne sorois assés vous tesmoigner la joie que j'ay de la nouvelle victoire de Y. A. Je crois qu'elle me fait bien la grâce de croire que personne n'est plus passionnée pour sa gloire que moy. Je prie Dieu pour la conservation de vostre personne et vous asseure que je suis et seray toutte ma vie, de V. A., très humble et irès obéissante servante. M. de Rohan.
Je ne sorés m'anpescher de vous tesmoygner la jois que j'ay
de vosire nouvelle victoire; elle est un peu modérée par la crainte que nous avons de la perte de M*" de La Mousaye. Je suplie très hublement Vostre A'tesse de crère que je suis sa très humble et très obéissante servante. Anne Chabot.
MAZARiN A M. LE PRINCE {analyse).
Paris, 31 août 1648.
« M. de Bruxelles Brousse)) m'a envoyé demander audience et me prier qu'après cela je voulusse le présenter à la Reine; l'un et l'autie se fera ce soir; c'est une bonne marque que tout est entièrement apaisée. — Rantzau demande des ofiBciers d'artillerie : « ce qui me déplaît des affaires de ce costé là, c'est que je n'y voy pas l'obéissance bien établie ». — Voudrait voir S. A, se reposer après sa victoire, si l'ennemi ne devait pas en conclure que le mal doit être grand au dedans, et en devenir plus intraitable pour la paix. Mais il voudrait voir S. A. prendre quelque poste d'oii il put donner les ordres à son corps et à celui de Rantzau : « Les officiers songeroieni plus d'une fois à n'y pas différer ce qu'ils doibvent, comme j'aprens qu'ils s'émancipent assez du costé de la mer ». — La Reine approuve sa résolution de s'avancer sur la Lys pour donner jalousie aux ennemis et appuyer l'attaque de Furnes. « Vous estes maintenant en toute liberté de faire agir l'armée selon que vous l'estimerez à propos, sans que les affaires de deçà vous donnent aucune contrainte. J'ai rendu compte à la Reine de ce que M. de Chàtillon m'a dit en cette rencontre de votre part pour faire savoir à S. M.; elle en a été fort touchée et dit d'abord qu'elle ne s'attendoit pas à moins. Touchant M. de Boutteville, on fera tout ce que vous me manderez ». — S'excuse de ne pas lui avoir écrit lui-n.éme quand M. Le Tellier lui dépêcha sur le? premières rumeurs : « Je fus
presque deuxjours entiers sans entivr dans ma cliambre, agissant sans cesse pour remédier au mal et pourvoir à tout ».
JI. LE l'BINCE A .MAZVIUX.
Camp d'Estaires, 2 septembre 1648.
M. de Franquetot a si bien servy durant cette campagne et dans nostre dernier combat, que je me sens obligé de vous en rendre ce tesmoignage particulier par cette lettre, qui servira aussv pour vous supplier de le vouloir considérer et favoriser dans la demande qu'il envoyé vous faire, vous asseurant que je prendray bonne part à la grâce qu'il vous plairra de luy départir et qu'elle m'obligera à demeurer d'autant p'us. . .
MAZAuiN A M. LE PRINCE [analyse).
Paris, '2 septembre 1648.
M. de Chàtillon vous fera le rapport de ce que j'ai à vous dire et vous pourrez répondre par l'abbé Bentivoglio. qui va porter assistance à mon régiment italien. Pas de nouvelles de Rantzau depuis le 26 qu'il écrivait qu'il allait attaquer Furnes. — L'immobilité de S. A. avait fait croiie à Cambrai qu"Elle était hors d'état de plus rien entreprendre. — Tranquillité et apaisement de Paris et du parlement. — Mort du marquis de Ville au siège de Crémone ; espoir de la reprise de cette place. — Retour dj la floUe de Naples, rien n'ayant bougé dans le royaume pour seconder ses opérations. Elle va chercher la flotie ennemie, ou jeter des troupes eu Catalogne.
638 PIÈCES ET DOCLxMExMS.
Paris, 'J septembre 1G4S.
Le rarlement. a\ ant été autorisé à siéger pendant les vacations, paraît se rassurer; oa répandait qu'aussitôt qu'il serait séparé, S. M, punirait les conseillers isolés qui s'étaient compromis et sévirait môme contre le peuple. On répand aussi le bruit, que S. A. revient suivi de toute l'armée, en sorte qu'il est important qu'on sache l'armée occupée à quelque chose et que les régiments qu'on envoie pour la fortifier continuent leur marche; ils sont dirigés du côté de ia mer; car il y a plus d'apparence de faire des progrès de ce côté. Il faut que chacun sache qu'on s'occupe à recueillir It-s fruits de la sictoire. Il faut au moins k en faire le semblant » et persuader aux officiers et soldats « que vous serez de retour à l'armée huit jours après votre départ ». Le faire croire « à ceux qui vous approchent le plus près ». — « On presse les fonds » nécessaires pour l'armée. Bien régler le commandement. S'il reste deux lieutenants-généraux, en mettre un avec Rantzau, et Taulre à la tète du corps qui demeure auprès de la frontière.
— Su[ipose que M. de Gramont accompagnera S. A. à Paris.
— Si le corps de d'Erlach ne sulfit pas pour assurer les frontières, en y joignant un bon corps de cavalerie sous quelque maréchdl-de-camp, faire un second corps; sinon, faire joindre au corps de d'Erlach presque toute l'infanterie, afin qu'il ait plus de facilité d'entreprendre. Si après la prise de Furnes le mauvais temps empêchait d'attaquer Dixmude, on pourrait assiéger Nieuport, ce qui serait d'une grande réputation et peu difficile, les ennemis étant plus faibles à la mer et empêchés, par la prise de Furnes, de secourir Nieuport par terre — L'archiduc est à Tournay. Il n'y a que Bruxelles qui lui ait donné 25,000 écus. Avec toutes ses levées de milices, rassemblements de troupes et même de prisonniers, il ne fera pas 4,300 hommes de pied, et il ne peut marcher avec son petit Iruin d'artillerie. — Le marquis de Piennes, informé de
PIECES ET DOCL.MEMS. C39
ce qu'il y a dans Saiiit-Oiner, croit à la facilité de s'en rendre maître. — M. Le Tellier enverra la lettre de service de maréchal-de-camp à M. de Franquetut, que S. A. a recommandé.
Nouvelles d'Italie. — Malice de quelques malinleniionnés à l'arrivée des équipages de S. A. Ils ont fait scier les chaînes pour que le peuple crût que la Reine le faisait faire pour faciUter à la cavalerie la circulation dans les rues. — On dit qu'avant la bataille de Lens l'ennemi a\ait résolu de ne point faire de quartier aux nôtres. — Le port de Nieuport est fermé par nos vais.-eaux, et Sfondrato (qui l'occupe) dégarni d'une partie de ses troupes qu'il avait envoyées à Furnes. — M. Servien était près de signer la paix d'Allemagne, à noire entière satisfaction, avec les députés des princes et États de l'Empire, et ils devaient aller ensemble ù Munster obliger les Impériaux à la signer aussi, ou, s'ils refusent, les États se joindront aux couronnes alliées, particulièrement la Bavière, qui promet en ce cas de se séparer de l'Empereur. — Les députés des princes et Éiats veulent aussi presser les Espagnols à s'accommoder, mais on doule fort de l'événement.
Le duc d'Anjou se portant bien, la Reine fait état d'aller ii Fontainebleau. A. C.
LA REKNE-REGEXTli A M. LE PRINCE.
Paris, 12 septembre 1648.
Mon cousin, je viens d'api andre présantement vosire blésure, et la pêne où je suis de savoir de vos nouvelles ne me permet pas de demeurer plus longtans sans envoyer ce gentilhomme pour m'en raporler. Je prie Dieu de tout mon cœur qu'elles soient telles que je le souhaite. Ce m'a e=té beaucoup de consolation d'avoir seu que la blésure n'est pas dangereuse.
Vostre conservation m"estant chère coaime elle est, je vous conjure de vous en revenir aussy tost que vostre santé vous le permettra ; c'est la chose da moade en quoy vous me pouvés le plus plaire, et de croire quej'ay les sentimans pour vous que vous sauriés désirer et que ceux que vous me tesraoignés avoir pour moy m'y obligent. A. C.