A la Barre, chez M du Vigean (Nesmond à M. le Duc
8 juillet 16i3. A. C).
Unie à seize ans au \ieil Hercule de Rohan. Marie de Bretagne s'était promptement alTranchie de toute retenue ; on ne comptait plus ses caprices ; elle ne pardonnait pas à M. de Longueville de l'avoir quittée pour épouser la fille du prince de Condé. ce qui n'empêcha pas le duc de Beaufort d'occuper promptement la place vacante. Les nouveaux amants étaient bien faits pour s'entendre : tous deux avaient peu d'esprit, avec une certaine grossièreté de sentiments qui n'excluait pas la ruse, et qui se reflétait dans le langage de Thomme comme dans les mœurs de la femme. De son grand-père Henri IV, François de Vendôme ne tenait que la vaillance^ A la mort de Louis XllI, se croyant
I. Pour éviter au 'ecleur des recherches inufiles et lui donner la clef des conflits et des incidents qui vont se succéder, nous plaçons sous ses yeux le tab'eau suivant :
César, liuc de Vendôme ; 1394-1665), fils naturel de Henri IV et de Gabrielle d'Esirées, marié à Françoise, duchesse df Mercœur. arrière-petite-ûl!e d'Antoine, duc de Lorraine.
Louis, duc de ^lercœur, puis de Vendôme, épousa en 16.5 1 Laure Mancini, dont il eut le duc de Vendôme, le vainqueur de Cassano et de Villaviciosa.
François, duc de Beaufort ( 16H".- 1669), tué dans une sortie au siège de Candie sans avoir été marié.
Elisabeth, mariée au duc de .Nemours .
que son beau-frère Beaufort tua en duel en 1652.
En 1643, le duc de Vendôme réc'amaii la surintendance de
assuré de la faveur de la Reine, il avait aussitôt essayé de montrer aux Condé l'insolence de sa haine. Le Roi venait de rendre le dernier soupir; entourée par la foule, suffoquée par la chaleur, Anne d'Autriche demande que tout le monde se retire. Le duc de Reaufort se trouvait près d'elle; il relève aussitôt cette parole et, se tournant vers le premier prince du sang, l'invite à quitter la chambre. — « De quel droit me parlez-vous ainsi? — C'est l'ordre de la Reine, et je saurai le faire respecter. »
Du coup, le petil-fils de Gabrielle d'Estrées espérait effacer l'irrégularité de son origine, monter au premier rang. Déjà populaire, les Importants l'avouaient pour leur chef; M. de Reauvais, premier aumônier, qui se vit un moment ministre, était dans les mêmes intérêts ; la plus habile des intrigantes du siècle, on pourrait dire le plus infatigable des conspirateurs. M""* de Chevreuse, rentrait d'exil et comptait bien reprendre
la navigation, que Richelieu lui avait enlevée (iès 162c pour la réunir à l'amiraulé, vacanle par la mort de Montmorency 1632'. Depuis, le cardinal avait donné le titre et la charge d'amiral à son neveu, le duc de Brézé.
Beaufort revenait d'Angleterre, oij il s'était réfugié pour échapper aux poursuites après la conjuration de Cinq-Mars. Le 2 septembre ;i643\ il fut mis à Vincennes, d'où il s'évada le 31 mai 1648.
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son iiillueucc sur Aiiiil' d'Aulriclie en s'appuumt sur le bras du futur u roi des Halles » ; tille d"Hercuie de Rohan, elle inspirait et dirigeait l'amant de sa jeune belle-mère. Mais Mazarin mit bon ordre à toutes ces prétentions; la façon dont il fit aboutir à son profit une intrigue ourdie contre lui est un chef-d'œuvre de dextérité. A l'ombre des lauriers de Rocroy, 31. le Prince par sa prudence, Madame la Princesse par son assiduité, ses habitudes pieuses, modifièrent les dispositions de la Reine; Beaufort demeura sans pouvoir, yV^" de Chevreuse sans crédit; en outrageant M°" de Longueville, la duchesse de Montbazon avait cru tout à la fois servir Tanibilion de ses amis et satisfaire ses rancunes de femme.
Elle se trompait. On ne tarda pas à mettre les Déroute véritables noms sur les lettres ramassées^ et les '^^L^ïe^ate'^^' rieurs ne restèrent pas longtemps du côté de la LaUlcLifo^ucîuiû. duchesse. La Reine exigea une réparation publique : debout devant la princesse de Gondé, M""*" de 3Iontbazon dut présenter ses excuses en lisant à haute voix un papier accroché à son éventail (8 août) ; les termes de cette satisfaction avaient été arrêtés « en conseil » . L'orgueilleuse duchesse
I. Elles étaient adressées par M"' de FoucqueroUes au marquis de Maulevrier.
tenta de se relever par une nouvelle impertinence % elle fut chassée de la cour. Quelques jours plus tard, le duc de Beaufort, accusé de complot contre la vie de Mazarin, était « logé au bois de Yincennes »; ses amis, ses parents partaient pour l'exil. C'était la déroute des Importants, de la cabale des Guise, des Vendôme, de tous ceux qui relevaient la tête depuis la mort de Richelieu, de la faction rivale des Gondé, y compris M'"*" de Ghevreuse et l'ancien cliancelier Ghâteauneuf, également détesté de Madame la Princesse, qui voyait en lui avec -horreur le juge de Montmorency, et de M. le Prince, qui se rappelait les menées de l'abbé de Preaulx à Bruxelles au temps de « l'exil volontaire' ». Gondé et sa femme étaient d'accord cette
4. M'"" de Chevreuse avait oiïert à la Reine une collation dans le jardin de Renard, rendez-vous habituel de la société élégante; elle avait assuré S. M. que M""' de Moiitba/.on n'y serait pas. La IJeine arrive accompagnée de M""' la Princesse; celle-ci aperçoit son ennemie, veut se retirer; la Reine la retient et fait inviter M""" de Monlbazou à soi tir sous prétexte d'indisposition. Refus de la duchesse; la Reine quilte la fête avec écliit. Le lendemain M""^ de Montbazon recevait l'ordre de se rendre dans sa maison de Rochefort (ordie du Koi du 22 août. A. C). — L'inimitié était de longue date entre ces dames. Dès 4642, les liabiluées de l'hôtel de Condé n'étaient pas priées à l'hôtel de Chev reuse, et réciproquement. — Rancé, le futur fondateur de la Trappe, était alors un des adorateurs de IM'"" de iMonlbazon; c'est lui qui l'assista quand elle mourut de la rougeole en 1657.
2 Voir t. II, p. 309 et suivantes.
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fois, ce qui n'arrivait pas toujours. A côté de cette royale amie dont elle recevait jadis les tristes confidences, et qui, d'un état voisin de la disgrâce, vient de passer subitement à la toute-puissance, la princesse, aujourd'hui, se sent plus forte et laisse percer quelques velléités de révolte contre le <i traitement » parfois « rude » de son époux ^ La Régente elle-même a peu de goût pour M. le Prince; mais leurs intérêts actuels se confondent et elle compte entièrement sur le duc d'Anguien, qui s'était offert à elle alors que Louis XIII respirait encore et que tout était incertain.
Dans cette première négociation avec Anne d'Autriche, 31. le Duc eut pour intermédiaire un ami, un parent, dont nous n'avons pas encore prononcé le nom, car il n'était pas voué aux armes comme les compagnons habituels de Louis de Bourbon. Déjà âgé de plus de tnnite ans, Marsillac- avait à peine passé quelques jours àl'armée;
'1. « Il fdut avouer que le traitement de M. vostre père est bien rade; il m'a chassé Dalmas sans aucun subjet », écrivait ]M""= la Princesse à son fils (21 août 1644, A. C.j ; quelques jours plus tard, Dalmas, soutenu pu- M. le Duc, reprenait sa place. C'était un « gascon insinuant »; après la mort de son mari, M""= la Princesse lui do:ina la capitainerie de Chantilly.
2. L'auteur des Maximes, François VI de La Rocliefoucauld, né en 1613, portait alors le titre de prince de Marsillac: duc et pair en I6j0, il mourut en 1680. — Son aïeul, François III, était beau-frère de Louis I''. jirince de Coude.
16 LES PRINCES DE CO-\Di:.
la guerre ne devait pas lui réussir; il ne parut s iule champ de bataille que pour être mis aussitôt hors de combat ^ Intelligence \1goureuse et profonde, doué d'une rare puissance d'analyse, avec du sang-h'oid, du courage, la plus ihustre naissance, un état presque féodal', tous les agréments de la personne, le futur duc de La Rochefoucauld apporte déjà dans ses entreprises de politique ou d'amour ces habitudes de calcul impitoyable qui ne le garantiront pas des illusions. La postérit(' apprendra par sa plume qu'avant de s'appliquer à gagner le cœur de la plus charmante des princesses, il avait supputé les avantages qu'il pourrait recueillir de cette bienveillance ^ Il expose avec la même sécheresse les précautions dont il enveloppe les premiers témoignages de son amitié pour le duc
1. En 1646, devant .Mardick, coup de mousquet à l'épaule droite; ou le crut estropié. En 1 63*2, au faubourg Saint -Antoine. coup de feu à travers la figure; il resia presque aveugle.
2. Les La Rochefoucauld possédaient d'immenses domaines dans le Poitou et l'Angoumois, et, comme les Plaiitagenet et les Lusignau, faisaient remonter leur généalogie à la fée Mélusine. C'était une des rares grandes familles qui avaient survécu à la guerre de Cent ans.
3. « J'eus enfin sujet de croire que je pourrois faire un usage plus considérable que Miossens de lamitie et de la confiance de M""^ de Longueville ; je l'en fis convenir lui-même ; il savoit l'état où j'étois à la cour, etc. » {Mémoires de La Rochefoucauld.)
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d'Anguien, évitant de négocier directement, prenant ses sûretés de tous côtés.
M. le Duc se contenta des assurances que Marsiliac avait recueillies de la bouche de la Reine et transmises à Coligny. Nous avons vu par le ton de ses lettres écrites au bivouac, la veille de Rocroy\ avec quel feu il avait pris parti pour la régence. Aussi Anne d'Autriche aimait-elle à penser que les mesures qui, en fortifiant son pouvoir, grandissaient Mazarin, ne servaient pas moins les intérêts de la maison de Gondé.
Au milieu des labeurs et des embarras de sa Le duei première campagne, M. le Duc apprenait à la place Royale. fois le commencement et la fin de ces incidents, de coiigny l'outrage fait à sa sœur et la réparation, les tenta- le duc*" d/ Guise. tives des Importants et leur défaite; à son retour d'Allemagne (novembre 16^3), tout était accompli. Néanmoins, en revoyant Maurice de Coligny, il lui fit comprendre que la satisfaction donnée par une femme ne suffisait pas et qu'il était temps d'en demander compte aux amis de M™' de Montbazon. Coligny n'attendait qu'un mot : il aimait sincèrement, respectueusement M""' de Longueville, et tenait surtout à ne pas la compromettre; c'était Anguien lui-même qui, le premier, avait, au nom