Cotes
gauche à la route de La Bassée, la droite en face de Lié vin.
Tandis que les maréchaux et sergents de bataille rectifient la position des troupes sur la ligne tracée par le général en chef, celui-ci met pied à terre dans un verger assez près de son aile droite; de là son œil peut embrasser tout le terrain. Il était de fort belle humeur, comme toujours au moment de l'action; ses officiers ayant trouvé des gaules préparées pour abattre les fruits, il en prit une et se mit à espadonner avec ses amis. Puis il cause avec Cossé-Brissac \ commandant de rartillerie, voit défiler les pièces dans un chemin creux; quekjues escadrons les accompagnent et se portent en avant du front. L'ennemi en fait autant; la canonnade s'engage à longue distance. Les tirailleurs de cavalerie se rapprochent, échangent des coups de mousqueton; plus de bruit que de mal. Chacun s'observe : les deux généraux en chef sont résolus à se battre, mais l'archiduc ne veut pas quitter ses lignes, et M. le Prince n'ira pas l'y chercher. L'un des deux saura- t-il attirer son adversaire sur le terrain qu'il a choisi?
'J. Timoléon de Cossé, second fils du duc de Brissac, mort en i67.j. — Son beau-frère, La Meilleraie, l'avait poussé dans l'artilleiie pour écarter Aymar de Chouppes, avec qui le fantasque grand-maître s'était récemment brouillé. (Voir t. IV, p. 270.)
La journée semble longue. De temps à autre on relève les tirailleurs. Les cavaliers sont à pied, près de leurs chevaux, la bride passée dans le bras. Nos officiers d'infanterie ont posé leurs piques ; quelques-uns s'amusent à jouer au saut de mouton. — Sur cette plaine aride, bêtes et gens soulTraient de la faim et de la soif, et on pressait M. le Prince de se rapprocher de Béthune, au moins pour quelques heures, de mener hommes et chevaux s'abreuver, à l'abri des coups de l'ennemi, dans le ruisseau de Nœux; profiter des premières heures de la soirée pour franchir les quatre mille toises c|ui séparent l'armée de ce village serait le plus expéditif, le plus sûr. ■ — Mais Condé fait la sourde oreille : on s'accommodera de l'avoine que portent les chevaux, de quelques morceaux de pain qui restent aux hommes, des minces ressources de deux ou trois hameaux, du peu d'eau qu'on tirera des puits. Au jour, en plein soleil, l'armée se repliera sur Xœux, fièrement, déployée en bataille. Fi de cette retraite nocturne qui aurait un air de fuite I — C'est ainsi que Condé se plaisait à marquer le caractère de l'ordre donné pour le lendemain matin; sa pensée était autre; ces vagues paroles couvraient un plan hardi et bien arrêté.
Cependant, le long de notre frontière du nord le
terreur était grande. Tout le pays semblait ouvert aux déprédations des bandits lorrains. A peine rassuré par la solidité de ses murailles et le bel effectif de sa garnison, le gouverneur d'Arras était sur le qui-vive; il se savait séparé de M. le Prince par l'armée d'Espagne, maîtresse de Lens et bien postée. Dans la journée du 19, il entendit le canon ; des paysans qui se sauvaient lui apprirent que M. le Prince s'était mis en bataille devant l'archiduc et n'avait pas osé l'attaquer. De plus en plus anxieux, craignant une surprise, M. de La Tour tint sa garnison sur pied durant la nuit. Au jour (20 août) , les avis sont encore plus alarmants : tout est en liesse dans le camp espagnol; l'armée prend les armes pour attaquer les Français en retraite, en fuite même avant d'avoir combattu. Le canon retentit de nouveau, et il semble au gouverneur que le bruit s'éloigne; c'est donc vrai : M. le Prince est vaincu !
Bataille de Lens, Lc solcil brillait déjà, le 20 août I6/1.8, quand la Mardic' réserve de d'Erlach fil face en arrière et marcha des Fran^çais. cu retraite; la seconde ligne du centre et de la