‹ Histoire des princes de Condé pendant les 16e et 17e siècles (volume 2)Chapitre 89 sur 236 · La Bruyère. Du mérite personnel. Emile · texte numérisé non relu

La Bruyère. Du mérite personnel. Emile

M. le Prince aurait pris sa chaleur pour de l'emportement ; même lorscjuc le dehors paraissait agité, le dedans était tranquille^ ». — Il se remet promptement, retient le maréchal, rappelle Châtillon. Il observe et va leur donner des ordres. — Les Lorrains se rallient en arrière, font mine de reprendre leur première position. — L'ennemi refuserait-il de mordre à l'appât si bien préparé ? Faudra-t-il donc rester sur cette débandade, laisser là cette armée si bien postée, qui menace Arras et tient la route de Paris?

Même souci dans l'état-major espagnol. Quoi! nous ne chargerons pas les Français ! La faim et la soif ont éteint leur ardeur ; leurs chevau-Iégers n'ont pas même attendu le choc des Lorrains; et cette proie va nous échapper ! Beck commente vivement les incidents de l'escarmouche, essaye de communiquer sa flamme à l'archiduc. — Que S. A. f. dise un mot et ce soir « nous mènerons Condé chargé de chaînes à Luxembourg ». — Le temps est pour nous, reprenaient Fuensaldafia et les sages; ce ne sont pas les ressources de Nœux ni même de Béthune qui feront vivre l'armée française. Notre position est admirable, nos communications bien assurées, d'un côté sur Douai,

1 . Introduction à V Histoire de Louis de Bourbon, manuscrit autographe inédit de Bussy-Rabutin. A. C.

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de l'autre sur Aire et Saint-Omer; sans bouger, larmée du roi catholique peut avoir raison de celle du roi très chrétien. — 31ais la tentation était trop forte ; Beck et les ardents l'emportent.

Du point où il s'est arrêté et que jalonne encore aujourd'hui « l'arbre de Condé » \ un peu en avant du tlanc droit de cette armée qui recule à ti'avers la plaine nue, M. le Prince découvre la crête qui réunit Lens à Liévin. 11 ne l'a pas quittée des yeux. Ces hauteurs sont dégarnies, c'est sur ; les masses disparaissent dans le vallon ; bientôt des éclaireurs se montrent là où étaient nos bivouacs de la nuit.

Déjà 31. le Prince a donné l'ordre : tout étant ^"«=he ea avant

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prévu d'avance, la place de chacun, le mouvement deuxannées.

Le canon.

général, les procédés de détail, un mot de commandement a suffi.

Le maréchal de Gramont et le duc de Châtillon retournent à leur poste ; le premier à la gauche auprès de ses escadrons, le second au centre où douze bataillons font halte; les gendarmes ont repris place entre les deux lignes d'infanterie. La cavalerie de réserve est déployée derrière le centre; d'Eilach s'est bien pénétré de la pensée de M. le Prince. Sur ce plateau qui ne présente ni obstacle ni

I. L'arbre de Condé est marqué sur la carte d'état-major. Déraciné il y a peu d'années, ce tilleul a été remplacé par une borne avec inscription.

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point d'appui, c'est une bataille de front que celui-ci va livrer; toutefois, ainsi que nous Tavons expliqué, il résulte de la disposition des lieux et des directions données que notre aile droite est la plus rapprochée des ennemis. C'est là qu'on viendra aux mains tout d'abord ; là aussi sera sans doute l'action décisive ; M. le Prince y commande en personne.

L'armée avait reculé d'environ mille toises (2,000 mètres) et venait de faire halte au sommet d'une ondulation semblable à celle que nous avions quittée le matin ; même niveau, même orientation. L'étendue de notre front ne dépassait pas 2,000 mètres. Le village de Grenay était un peu en arrière de la droite, celui de Loos à quelque distance en avant de la gauche.

Huit heures étaient passées lorsque l'archiduc, gravissant le rideau qui lui avait caché les derniers mouvements de son adversaire, découvrit l'armée française qui s'avançait en bon ordre, descendant à petits pas la pente qui s'allonge devant elle. Un simple demi-tour individuel avait transformé là retraite en offensive ; « l'armée du Uoy » , que l'on croyait éperdue, épuisée par les privations, troublée par l'échec de son arrière-garde, presque en fuite vers Béthune, apparaissait subitement, toute déployée et « marchant aux ennemis ».

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Le canon la précède dans le vallon, conduit par Gossé-Brissac et ses lieutenants, La Guette et Des Hayes. Ges officiers ont eu le temps d'étudier le terrain ; ils ouvrent le feu contre l'ennemi qui se montre sur la hauteur; bien servies, bien pointées, leurs pièces tirent de bas en haut ; tous les coups portent. Arrivant à la hâte, mettant en batterie sans préparation, l'artillerie espagnole ne peut profiter du commandement qu'elle possède et de sa supériorité numérique (38 pièces contre 18). Son tir est peu efTicace, tandis que celui des Français trouble la formation de l'ennemi et prépare par ses ravages l'engagement qui va suivre.

G'est à notre aile droite que l'action commence. ,v la droite, La cavalerie de Lorraine lui est opposée ; les deux ' ' enfonce"'^''

1 i n . 1 ) , . . , , la première ligne

troupes marchent lune contre 1 autre. Arrives a des Lorrains.

, 1 T • i 1 i i 1 Ligniville rétablit

cent pas, les Lorrains prennent le trot pour char- i^ combat. ger; les Français font halte. L'ennemi, étonné, et La MoùsLye s'arrête à son tour; on est à dix pas, le pistolet p"^°°°'"^haut. Nos gens restent immobiles ; tous ont l'œil fixé sur M. le Prince, qui est devant le front, entre les deux escadrons de u Villette »; il peut compter sur ce régiment, c'était celui de Gassion. M. de Salm est en face de lui. Après quelques instants d'hésitation, les Lorrains envoient une décharge générale. Bon nombre des nôtres sont par terre ; mais l'épée de Condé est hors du fourreau et reluit

au soleil : c'est le signal. — « Souvenez-vous de Rocroi, » crie-t-il aux vieux soldats de Gassion. — A coups d'épée et de pistolet, nos cavaliers abordent ceux du prince de Salm ; la première ligne des ennemis est enfoncée.

M. de Ligniville se tenait un peu en arrière; il lance à propos huit escadrons qui arrêtent l'élan des nôtres. A son tour, ^I. le Prince, qui, le premier coup frappé, a repris son métier de chef, appelle sa seconde ligne et la fait passer en avant ; ce sont les escadrons qui ont tourné le dos le matin; Gondé se met à leur tète, et cette fois ils le suivent vaillamment, regagnent le terrain perdu.

Le général lorrain est homme de ressources ; il a l'avantage du nombre et sait en profiter ; peutêtre cependant se laisse-t-il emporter. Gomme son front débordait le nôtre, il a conservé quelques escadrons intacts dont il se sert pour rallier son monde et soutenir le combat. La mêlée est bientôt complète; c'est un va-et-vient dans lequel, de part et d'autre, on s'arrache les prisonniers. La iMoussaye est ramassé blessé sous son cheval mort et conduit loin du champ de bataille. Yillequier, désarmé de la propre main de Ligniville, qui avait l'habitude de prendre des généraux \ eut Iheureuse in-

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