A environ six kilomètres an nord-est de Poitiers
Pris^
lement massacrée ; cela devenait l'habitude. A Acharnement
.... (ics deux partis
chaque prise d armes, on se montrait pins impi- pnuge
, de Noyers.
toyable : les cœurs s endurcissaient dans ces luttes continuelles. Lors de la première guerre civile, on s'embrassait des deux parts pendant les trêves, et l'on n'en venait aux mains qu'avec une vive émotion; dans la troisième, sous prétexte de représailles, on ne faisait plus de quartier : on violait toutes les lois de l'humanité.
Cet acharnement n'épargnait ni les résidences des princes ni leurs serviteurs. A Champigny, qui appartenait au duc de Montpensier, et que les huguenots avaient enlevé dans cette dernière marche, le confesseur du duc avait été pendu sans pitié. A Noyers, qui venait d'être surpris par le gouverneur de Champagne, Barbezieux, tout avait été saccagé, malgré la parole donnée par cet officier : les hommes qui gardaient le château, les femmes mêmes qui s'y étaient réfugiées avaient été victimes d'atroces traitements. « Ce preux et brave capitaine, écrivait à ce propos Condé1, pour faire preuve de sa vaillance, de laquelle il craignoit que je ne doubtasse, est venu attaquer ma maison, chasteau et ville de Noyers, me sachant à cent ou
\. Au duc de Montpensier, décembre 4568, en réponse à une lettre relative à l'affaire de Champigny. — Bibliothèque nationale, copie du xvnr3 siècle.
combattre (décembre)
six vingts lieues... Ayant pris et emporté de madite maison tous mes meubles, il pense m'avoir entièrement accablé. « Toutes fois, ajoutait-il fièrement, « le lieu dont je suis issu, la vertu qui m'a toujours « accompagné, m'asseurent qu'il n'est en la puisci sance de mes ennemis de me rendre pauvre. » condé est rappelé Quand, après la prise de Saint- Florent . on pourScoTrir commença enfin l'attaque de Saumur, on apprit LmSs forcées1 que Monsieur, sorti de Poitiers, avait déjà repris ZvîonlTlT Mirebeau et qu'il allait mettre le siège devant Loudun ; c'était une des principales villes qui tinssent pour le parti; et sa perte eût coupé la ligne d'opération des confédérés : il fallut revenir à marches forcées. On arriva à temps pour sauver Loudun ; mais l'expédition sur la Loire était manquée. On était à la fin de décembre, la rigueur de la saison devenait intolérable ; aussi Condé, craignant que son armée, composée en grande partie d'hommes du Midi, ne pût y résister plus longtemps, désirait plus vivement que jamais une journée décisive. Les deux armées se déployèrent, et restèrent ainsi trois jours en bataille sans pouvoir s'aborder, n'échangeant qu'une insignifiante canonnade. Un cours d'eau les séparait: l'amiral essaya vainement de le traverser; le sol était couvert d'un verglas si glissant, que les chevaux pouvaient à peine marcher au pas, et que le moindre obstacle devenait
LOUIS DE BOmiiOX.
infranchissable. De part et d'autre, on lâcha prise : huit mille hommes étaient morts de froid et de privations dans le mois. Le duc d'Anjou se retira à Chinon, et Condé, après avoir mis une bonne garnison dans Loudun, sépara ses troupes et les cantonna dans le Poitou. Lui-même, après être resté quelques jours à Thouars, se rendit à Niort, ainsi que l'amiral, pour y conférer avec Jeanne d'Albret sur les affaires du parti.
La situation financière était assez bonne ; dans les premières guerres civiles , elle n'avait jamais été aussi satisfaisante. Outre sept canons avec leur équipage, Elisabeth venait de] donner cent mille angélus1. Les opérations maritimes avaient été lucratives. La petite flotte réformée était conduite avec bonheur et hardiesse ; de nombreux corsaires anglais l'assistaient dans ses entreprises. Moyennant une part dans les bénéfices, le gouvernement
Situation financière des
protestants.
Mesures prises
pour hâter les
renforts.
1 . Voyez aux Pièces et Documents,, n° II, les lettres adressées à Elisabeth et à Cecil par Condé et par le prince de Béarn, pendant les mois de décembre 1568 et janvier 1569. A partir de ce moment, chaque missive écrite par Condé aux princes étrangers est accompagnée d'une sorte de duplicata signé par le jeune fils de Jeanne d'Albert. Ces pièces ne figurent pas dans le Recueil des lettres missives de Henri IV, formé avec tant de soin et de succès par M. Berger de Xivrey. (Cf. la Correspondance diplomatique de la Mothe-Fénelon, ambassadeur de France en Angleterre; Paris, 1838, t. Ier.)
britannique avait autorisé le cardinal de Chàtillon à donner des lettres de marque et à faire courir sur tous les navires portant pavillon de puissance catholique 1. Déjà de riches prises avaient été amenées à la Rochelle : c'était un revenu important. Enfin les bourgeois de cette ville avaient généreusement souscrit un emprunt assez élevé. On résolut de recourir encore une fois à leurs bourses assez bien garnies , et , pour encourager leur dévouement, on leur vendit des biens ecclésiastiques. Cette vente d'ailleurs ne se fit que sur papier, avec la garantie assez précaire de la fortune personnelle des princes et seigneurs.
D'autres questions occupèrent encore les chefs réformés : il fallut délibérer d'abord sur un message pacifique de la Reine. La réponse fut courte, et la tentative n'eut point de suite : elle était peu sérieuse. Ce qui importait, c'était d'assurer à l'armée les renforts d'hommes dont elle avait le plus grand besoin. L'Angleterre n'avait fourni qu'un contingent de cent volontaires, commandés par Henry Champ erdowne, beau-frère de Montgomery,
I . La Popelinière. — Hatfield papers. — Un de ces aventuriers anglais, North, avait suivi quelque temps l'armée protestante avant de commencer ses courses sur mer. Dans une lettre à Cecil 1 1 janvier 1569), il donne des détails assez curieux sur les opérations. (Voyez Pièces et Documents, n° II.)
et cette petite troupe ne mériterait même pas d'être mentionnée, si elle n'avait compté dans ses rangs le célèbre navigateur Walter Raleigh, qui fit là ses premières armes1. On espérait mieux d'ailleurs : vers les Pyrénées, Gramont et les vicomtes disposaient d'une dizaine de mille hommes infatigables à la marche et habiles à manier la grosse arquebuse qu'on appelait petrinal. Piles fut dépêché pour tâcher de les décider à quitter leurs montagnes et à rejoindre la grande armée. Des lettres pressantes furent aussi expédiées en Allemagne, d'où l'on avait reçu d'assez bonnes nouvelles : la cour avait fait d'infructueux efforts auprès de l'Empereur et de l'électeur de Saxe pour arrêter toute levée faite au nom des protestants. Le duc de Deux-Ponts, le prince d'Orange et le comte Casimir allaient leur amener un corps considérable, qui devait rallier en route le contingent de Picardie, commandé par Mouy; de ce côté on n'attendait pas moins de dix-sept mille hommes, dont trois mille cavaliers, avec trente-deux bouches à feu2. D'autre part, un homme hardi, la Coche, avait réuni un assez gros parti en Dauphiné et cherchait un moyen de gagner le Poitou. Enfin
t . Dardes, Annals of queen Elizabeth.
2. Henry ChamperdowneàCecil, Niort, 6 février 1569. Stale paper office.
la ville de Sancerre avait victorieusement repoussé les attaques de Nemours et du baron des Adrets.
au mois Le mois de janvier 1569 s'écoula ainsi sans être
de février 1569, , . . . , , ,
Monsieur, en se marque par aucun mouvement important des deux
postant à , • • 1 t • , . • ■
Montmoriiion, armées principales. La saison ne permettait pas
coupe toutes les -u • t ± ± j. i > <i \r,
lignes de d agir. Les protestants se bornèrent a compléter,
communication , -, , ... ... ,,
des réformés, par la prise de quelques petites villes, 1 occupation du littoral et du bas Poitou. Vers la fin de février, ils apprirent que Monsieur, descendant de Ghinon et suivant la rive droite de la Vienne, venait d'arriver à Montmoriiion. Par ce mouvement, que Tavannes avait inspiré, le duc d'Anjou, sans s'engager dans le dédale des places tenues par les réformés, se rapprochait des routes qui conduisent du Poitou en Berry, en Limousin et en Gascogne, et cependant il restait en mesure de reparaître sur la basse Loire avant ses adversaires. De quelque côté que leur vînt un renfort, il pouvait lui couper la route. Si Gondé voulait marcher au-devant de ses auxiliaires, Monsieur avait de grandes chances de le combattre avec succès ; si, au contraire, le prince n'osait quitter ses positions, son armée, déjà fort diminuée par les intempéries et la désertion, irait s'aifaiblissant chaque jour, et le duc d'Anjou choisirait alors le meilleur moment pour l'attaquer.
Tout allait mal pour la cause protestante. Un coup de main tenté sur le Havre avait échoué. La Coche, ne pouvant trouver d'issue pour sortir du Dauphiné, s'était décidé à gagner Genève, espérant pouvoir déboucher par la Franche-Comté, échapper à toute poursuite par l'audace même de cette marche, traverser inopinément toute la France, et arriver jusqu'à Coudé. Mais, atteint près de Neufchâtel par d'Aumale, qui était allé en Lorraine au-devant du marquis de Bade, il venait d'être tué ; ses bandes étaient détruites. Vers le midi, Piles n'avait pas réussi dans sa mission : les vicomtes persistaient à ne pas quitter la Gascogne. Au contraire, les troupes fraîches affluaient au camp de l'armée royale. Rejoint d'abord par les arquebusiers de Sarlaboux et par les Languedociens de Joyeuse, Monsieur avait encore reçu les Provençaux du comte de Tende, les reîtres du rhin grave et du marquis de Bade.
Attaquer de pareilles forces, on n'y pouvait son- Condé ne
r cp m v o • a. i recevant pas de
ger avec une armée aflaiblie. be maintenir sur la renfùrts,etdepius défensive était non moins périlleux dans l'état des meenaceUpar
• , i iix i ' l • l i l'armée royale,
esprits : les soldats provençaux désertaient, les marche vers
■ -, r • j. t\ r-v t» • i ' ± i » ' la Charente pour
autres se décourageaient. DejaBrissac, détache a aller en Quercy
T • -i 151 i chercher les
Lusignan, avait, par d heureux coups de main, m- ViCOmtes spire de vives inquiétudes. Chercherait-on à s'emparer d'un pont sur la basse Loire? On n'avait pu y
réussir lorsqu'on était dans de bonnes conditions, il était difficile d'espérer mieux maintenant ; d'ailleurs, le duc de Deux-Ponts était encore trop loin pour que ce mouvement eût une utilité réelle. Condé, toujours porté par sa nature aux résolutions hardies, avait bien pensé à se jeter en Uerry pour gagner Sancerre. Si Monsieur fût resté à Chinon, cette combinaison, exécutée avec secret et promptitude, eût offert bien plus de chances de succès qu'une tentative sur Saumur : elle eût déconcerté la cour et rapproché l'armée protestante des Allemands en la portant par delà la Loire. Mais ce projet n'était pas resté inconnu du duc d'Anjou, et les rumeurs qui étaient arrivées jusqu'à lui l'avaient décidé à descendre sur Montmorillon. Les routes du nord et de l'est étant fermées, restait celle du sud ; de ce côté aussi il y avait une armée à joindre, et, puisque les vicomtes ne voulaient pas venir seuls, il fallait aller les chercher; ceuxci ralliés, il serait plus facile de s'ouvrir un chemin vers la Loire. C'est donc sur le Quercy qu'on résolut de marcher. Dans les premiers jours de mars, Condé réunit toutes ses troupes et s'achemina vers la Charente par Saint-Jean-d'Angely ; il avait avec lui son fils aîné et son jeune neveu, qui paraissaient pour la première fois dans les rangs de l'armée : Jeanne d'Albret avait recommandé au
prince de Béarn de servir son oncle comme son propre père *.
La Charente, sortant des montagnes agrestes et peu élevées du Limousin, coule d'abord au nord jusqu'à Givray, puis descend en sens contraire jusqu'à Angoulème; là, elle tourne vers l'ouest et, se redressant légèrement vers le nord à partir de Saintes, va se jeter dans la mer au delà de Rochefort. Dans son cours lent et sinueux, elle neparcourtpas moins de quatre-vingt-cinq lieues, espace plus que double de celui qui sépare sa source de son embouchure; rarement encaissée, elle arrose le plus souvent des plaines basses et marécageuses que ferment des collines peu élevées.
C'est dans le coude formé par cette rivière, entre Angoulème et Saintes, que devaient passer les huguenots, pour gagner ensuite la vallée de la Dordogne et descendre dans le Quercy.
Us étaient maîtres, de ce côté, de tous les Monsieur, après
avoir pris Ruffec,
ponts de la Charente, et cependant Monsieur était descend
lentement la rive
en mesure de leur couper le chemin avant qu'ils gauche de ia
<1 . Lettre autographe de Jeanne d'Albret « à Monsieur le Prince, son frère », parmi les « papiers trouvez sur M. le prince de Condé quand il fut tué le L3 mars -1569, envoyez au Roy par le duc d'Anjou le 17 mars 1569 ». Ces précieux originaux, que nous aurons encore occasion de citer, sont conservés à la Bibliothèque nationale, collection Colbert, t. XXIV. Nous les publions parmi les Pièces et Documents, n° III. ir. 4
Charente, en kn- n'eussent atteint la Dordogne ou ses affluents. En
çant de forts , , ,
partis sur la rive effet , des qu il avait ete rassure sur un mouve-
droite. , „ , .,
ment des reformes vers lest, ce prince, traversant la Vienne à Confolens et la Charente à Verteuil, avait mis le siège devant Ruffec. Cette petite place venait de se rendre. Le duc d'Anjou n'avait qu'à repasser la Charente et à suivre la rive gauche jusqu'à Angoulême, pour être à portée, soit de se placer entre la Dordogne et ses adversaires, soit de surprendre ceux-ci tandis qu'ils traverseraient la Charente. Tavannes, qui avait désapprouvé l'inutile entreprise de Ruffec, insistait fortement pour cette marche par la rive gauche; mais l'état-major catholique était divisé. Le duc de Guise, ardent et ambitieux, supportait impatiemment la suprématie du vieux maréchal, et contrariait tous ses plans : il voulait qu'on cherchât à joindre immédiatement les réformés. Le duc d'Anjou, qui déjà redoutait et haïssait un rival dans son jeune lieutenant, mais qui déjà aussi s'habituait à transiger avec cette volonté plus ferme que la sienne , achemina son armée vers le sud , tout en restant sur la rive droite de la rivière et en laissant Guise battre l'estrade avec ses amis, Brissac et Martigues. Ceux-ci poussèrent des partis au loin; un de ces détachements, commandé par un capitaine d'aventure très actif et très expérimenté,
nommé la Rivière, parvint même à s'emparer de Jarnac.
Cependant l'armée protestante continuait sa Rencontres
d'avant-garde.
roule. Coligny et d Andelot conduisaient l'avant- i/amirai
, , . croit pouvoir atti-
garde et s éclairaient avec soin. Déjà ils arrivaient rer rarmée
, „, ... royale sur la rive
a Cognac, lorsqu on avertit 1 amiral que des cou- droite au-dessus
d'Angoulôme,
reurs ennemis avaient été vus , et qu'aussitôt et dégager ainsi
. la route du
découverts ils s'étaient rapidement repliés sur Midi. Jarnac. Coligny se mit sur leurs traces, et les suivit si vivement, qu'il entra avec eux dans cette ville. La Rivière n'eut que le temps de se jeter dans le château. Frappé de cette rencontre, et ne voyant aucun indice de la présence des ennemis au sud du fleuve, l'amiral, avec beaucoup de sagacité, ramène son avant-garde vers le nord, mais en s'éloignant du chemin de Saint-Jean-d'Angely pour se rapprocher de la haute Charente. En arrivant à Beauvais-sur-Matha, son frère, qui conduisait la moitié de sa cavalerie, aperçut le camp de Guise et de Martigues posté à Anville. Monsieur était un peu plus loin vers l'est, avec le reste de ses troupes. Ces positions reconnues, Coligny en fait aussitôt part à Condé, et l'engage à se hâter de franchir le fleuve ; lui-même se prépare à escarmoucher avec l'ennemi, espérant pouvoir attirer sur lui toute l'armée royale, l'occuper tandis que le prince passerait l'eau avec la « bataille », se re-
m LES PRINCES DE CONDE.
tirer ensuite dans la même direction, et mettre à son tour la rivière entre les catholiques et lui. Ceux-ci arrivant sur ses traces, mais n'ayant aucune place de ce côté et trouvant les ponts coupés, les protestants auraient eu sur leurs ennemis une avance de plusieurs jours.
. , Sur l'avis de l'amiral, Condé mit ses troupes en
Conde arrive a *
chérac (io mars), mouvement. Le gros de la « bataille » devait tra-
Tout est prêt
pour passer la verser la Charente à Cognac ; une colonne plus
Charente ' " l
le lendemain. ](were se serait dirigée par Saintes; le pont de Châteauneuf et celui de Jarnac, dont le château venait d'être repris par Bricquemault , étaient réservés à l'avant-garde. Il est bon de remarquer qu'à l'exception de Jarnac toutes ces villes sont situées sur la rive gauche, c'est-à-dire au delà du fleuve. Le 10 mars, le prince venait se loger à Chérac, petit hameau en deçà de Cognac; les jeunes princes, l'artillerie et les bagages arrivaient dans cette ville; les maréchaux des logis et quelques éclaireurs poussaient jusqu'à Barbezieux, où l'on comptait coucher le lendemain.
Mais ce même jour, 10 mars, Monsieur se pré- Monsieur l'a
prévenu sur la sentait devant Châteauneuf. Tavannes l'avait enfin
rive gauche.
h occupe emporté. Au moment où l'amiral espérait s'enga-
Châteauneuf et 1 j. o
menace cognac o-er aVec Guise et Martigues, ceux-ci, rappelés par
110 et 11 mars). ° ° ' ri 1
des ordres formels, disparaissaient devant lui, se
repliaient sur Montignac *, et y passaient la rivière derrière leur armée. Dès que Coligny se fut assuré de la direction qu'ils avaient prise, il comprit les desseins de l'ennemi et s'empressa de revenir à Jarnac. Il espérait que Ghâteauneuf, suffisamment garni, pourrait tenir quelque temps, et, quand, le 11 au matin, on vint lui annoncer qu'à l'approche des catholiques cette place s'était rendue, il refusa de le croire 2. Mais bientôt le doute fut impossible : le duc d'Anjou était maître de Ghâteauneuf, et les vedettes de l'amiral l'avertirent que la cavalerie catholique marchait vers Cognac. Inquiet pour la sûreté des jeunes princes, Coligny écrit à Condé un billet pressant pour le supplier de « mettre quelques hommes de bien » dans cette place; lui-même veille sur Jarnac, observe Chàteauneuf \ et, confiant à d'Andelot une partie de son avant-garde, le dirige sur Cognac par la rive droite ; d'un bord à l'autre, les enfants perdus des deux partis échangeaient quelques
1 . Sur la Charente, à six lieues environ au-dessus d'Angoulême.
2. L'amiral au prince de Condé, Jarnac, 44 mars. Papiers, etc., déjà cités p. 49, note I. (Pièces et Documents, n" III.)
3. L'amiral au prince de Condé. Jarnac, Il mars; postscriptum. Le même au même, seconde lettre du môme jour. Papiers, etc., déjà cités. (Pièces et Documents, n° III )
coups de feu. Cependant, après être arrivé en vue de Cognac, Monsieur revint à Châteauneuf avec ses troupes.
Quel que fût son dessein, sa présence et la supé-
Conde semble * 7 L x
décidé à remonter rjorjté de son armée fermaient aux réformés la route
vers le nord,
pour passer la cju Quercv; mais son mouvement ouvrait celle de
Loire et rejoindre ■*■ J 7
le duc de yest ei (ju nord. Condé iugea bien cette situation.
Deux-Ponts, mais d °
sans prendre c^ait un renfort d'hommes qu'il fallait aux hugue-
son parti assez A <J
complètement ni no|.s afm ^e p0uvoir ensuite accepter le combat
assez 7i ±
promptement. gans trop d'infériorité; or le contingent qu'ils allaient chercher en Gascogne n'égalait pas celui qu'ils attendaient d'Allemagne; il y avait donc tout avantage à revenir au premier projet, à s'en aller par le Berry au-devant des reîtres. A cet effet, le prince résolut de faire marcher le gros de l'armée vers la Charente supérieure, et de masquer ce mouvement en montrant quelques détachements le long de l'eau, depuis Châteauneuf jusqu'à Saintes; une arrière-garde, laissée vers Jarnac, devait observer l'ennemi, et le ralentir s'il essayait de forcer le passage. Soit que les catholiques voulussent s'aventurer au milieu des places protestantes, soit que, revenant sur leurs pas, évitant Angoulême et suivant les sinuosités de la Charente, ils décrîvissenl l'arc dont les protestants tenaient la corde, ceux-ci pouvaient espérer de prévenir leurs adversaires sur la Loire. Sans doute la perte de Chà-
tcauneuf contrariait l'exécution de ce plan; mais la garnison, au moment de se rendre, avait rompu le pont. Avant que ce pont fût rétabli, qu'un autre fût pris ou construit, on pouvait gagner du terrain. Enfin Condé venait d'être informé que Monsieur avait reçu l'ordre de le combattre à tout prix, et, s'il ne le pouvait promptement, de rentrer droit à Orléans. Catherine, assurait-on, était inquiète de la marche et des succès du duc de Deux-Ponts : ce dernier avait battu d'Aumale et dépassé Nancy1. Tout concourait donc à presser Condé d'éviter un engagement général et de gagner la Loire.
Mais que la guerre est un art difficile ! Entouré de renseignements contradictoires, incertain sur la situation exacte et sur les desseins de l'ennemi, assailli de mille réflexions , le général forme , aban-
4. Sainte-Eremyne au prince de Condé, Angoulême, 10 mars 4569. L'amiral au prince de Condé, Jarnac, 11 mars. Papiers, etc., déjà cités. (Pièces et Documents,, n° III. ) — Parmi ces papiers trouvés sur le prince de Condé , il y avait encore une longue note adressée de Paris à l'amiral. Elle contient des détails curieux sur la situation des affaires et sur les mouvements des armées. Ces renseignements étaient mystérieusement fournis par le médecin du comte de Jarnac, et son billet, qui avait sans doute traversé l'armée royale, était écrit sur une bande longue de 0m30 et haute de 0"'07; ce qui prouve l'importance que Condé y attachait, c'est qu'il l'avait caché dans son gantelet, où on le trouva.
donne les plans les plus divers. Si enfin il parvient à dégager sa résolution de ce chaos d'idées, rarement il peut effacer de son esprit la trace de tant d'impressions qu'il a reçues, de tant de combinaisons qui l'ont traversé. Condé était décidé à marcher vers la Loire; mais, préoccupé malgré lui d'une rumeur qui attribuait à Monsieur le projet d'une course en Gascogne1, ne pouvant renoncer à l'espoir de secourir les vicomtes ou de profiter d'une tentative imprudente de l'ennemi au delà de la Charente, ne se rendant pas bien compte de ses propres pensées, il ne s'éloigna pas assez rapidement pour éviter une bataille, pour s'ouvrir sûrement la route de l'est; et cependant il ne tint pas ses troupes assez concentrées pour recevoir le combat ou saisir les occasions, condé étend Le 11 mars, tandis que l'avant-garde observait et cantonnements suivait les mouvements de l'ennemi par delà l'eau,
vers Saint-Jean i « •. •> j n ,
dAngeiy. ordre Ie prince restait auprès de Cognac avec quelques
de marche • t i *j 1 • i
donné pour le i3. compagnies d ordonnance , occupait solidement cette place et Saintes, mettait quelques détache-
1. L'amiral au prince de Condé, Jarnac, M mars. Billet du gouverneur de Mussidan à l'amiral, du 9 mars 1569, pour l'informer que l'ennemi pousse jusqu'à quatre lieues de son gouvernement (sur l'Isle, au sud de Riberac et à l'ouest de Périgueux], et qu'il veut tomber sur l'armée des vicomtes et du sieur de Piles Papiers, etc., déjà cités. {Pièces et Documents, n° III.)
ments de gens de pied dans les villages qui bordent la rivière entre ces deux villes , et faisait remonter une partie de son infanterie et presque toute sa cavalerie vers Saint-Jean-d'Angely et la Charente supérieure : ses cantonnements s'étendaient jusqu'à six lieues de Cognac1. Le 12, il hésite et vient de sa personne à Jarnac. L'amiral, inquiet d'une démonstration que faisait l'ennemi un peu au-dessous de Châteauneuf, rassemble toutes les troupes de l'avant-garde auprès de Bassac, à peu près à mi-chemin entre Jarnac et Châteauneuf. Sur le soir, Condé, informé que les catholiques ont réparé le pont de cette dernière ville2, se décide à continuer son mouvement. Il se prépare à partir
'I . « Logis de la bataille du unzième de mars mil vc soixanleneuf, » état de logement original du principal corps de l'armée réformée. Papiers, etc., déjii cités. — Nous engageons ceux de nos lecteurs qu'intéresse l'étude des événements militaires à conférer ce document avec la carte de Cassini. C'est cet examen qui, avec la lecture des autres papiers trouvés sur le corps de Condé, nous a permis de comprendre les plans de ce prince, les derniers mouvements de l'armée protestante et la bataille de Jarnac elle-même. Comme nous nous éloignons ici de la plupart des historiens, ou plutôt comme nous croyons avoir comblé une lacune de leur récit, nous avons donné à cet égard quelques explications qu'on trouvera dans une note insérée après le « logis de la bataille », parmi les Pièces et Documents, n° III.
2. Billet de M. de Saint-Mesme, Angoulème, 42 mars. Papiers, etc., déjà cités. — M. de Saint-Mesme commandait à
Chàteauneuf.
le lendemain, donne partout les ordres en con séquence, et prescrit à l'amiral de le rejoindre à la diane, en laissant une arrière-garde suffisante pour observer l'ennemi, et le retarder si, comme tout semblait l'annoncer, il tentait le passage de la rivière.
Dans la nuit M ai s les principales dispositions prises par les cauCathoîiquèsOS tholiques étaient ignorées du prince. Le 11 et le 12, charentedevant tout en poussant des démonstrations sur Cognac et en face de Bassac, Monsieur ne s'était pas borné à réparer le pont de Chàteauneuf : il avait fait rassembler des bateaux et des matériaux pour en construire un second. Biron, chargé de ce soin, s'en était acquitté avec le secret et l'ardeur d'un officier capable et actif, avec tout le zèle d'un homme soupçonné et qui ne veut pas laisser douter de lui. En même temps, la Rivière était envoyé vers Montignac, pour tâcher de pénétrer les projets des réformés. Le 12 au soir, le second pont était établi; dans la nuit, les reconnaissances rentraient ; rien ne faisait soupçonner la présence des huguenots vers Montignac. On se crut donc sûr qu'ils ne s'étaient pas éloignés, et on avait le moyen de transporter rapidement l'armée de l'autre côté de
Angoulëme. Il exprime aus>i dos inquiétudes pour celte place. (Pièces et Documents. n° III.)
la Charente. A deux heures du matin, le passage commença.
La rive droite qu'occupaient les réformés forme, i* rive droite en face de Ghâteauneuf, un saillant que dominent Charente présente
7 x trois bonnes
des collines peu élevées, mais cependant faciles à positions entre
1 7 1 Chateauneuf
défendre contre des colonnes débouchant de cette ct Triacville, et peu exposées à des feux d'artillerie dirigés de l'autre bord. En quittant le plateau qui couronne ces hauteurs, pour prendre la direction de Jarnac, on trouvait d'abord un terrain accidenté, couvert de vignes et de broussailles, puis une position un peu large, mais assez forte, présentant des pentes escarpées, s'appuyant par un côté à l'abbaye de Bassac et aux marais où coule la Charente, et couverte sur l'autre flanc, comme sur le front, par un ruisseau marécageux appelé la Guerlande. Plus loin, le village de Triac, un étang bordé d'une chaussée1, un vallon flanqué par des collines et se prolongeant jusqu'à la rivière, donnaient une troisième ligne de défense. Avec de la vigilance, des ordres précis, des officiers intelligents et braves, en profitant des accidents du sol, l'avant-garde , devenue arrière-
I . Cet étang, dont il est question dans toutes les relations contemporaines, n'existe plus aujourd'hui, bien qu'il y ait encore en avant de Triac plusieurs flaques ou petits cours d'eau sans issue.
garde, des protestants, pouvait disputer tout un jour aux catholiques les positions que la nature avait échelonnées dans cet espace ; et , comme ces positions s'appuient toutes à la Charente, qui, de Châteauneuf à Triac, coule presque vers le nord, cette retraite habilement faite eut couvert la nouvelle ligne d'opération de l'armée en y ramenant les troupes de l'amiral. Depuis Bassac et Triac, l'avant-garde eût suivi rapidement les traces de la « bataille » , déjà en marche vers la haute rivière. Ainsi, malgré de fâcheux retards, il y avait encore une chance d'éviter un engagement général et de s'ouvrir la route de la Loire.
Bataille de jamac. Coligny connaissait bien ce terrain , qu'il venait àiapointedûjour, de parcourir plusieurs fois de suite. Le 12 même,
les catholiques ., ., , , , , ,
avaient passé îa il y avait tenu ses troupes sous les armes tout le
rivière . . , ,. .. , . , . j p. ,,
et s'étaient, sans jour, et s était avance jusque vis-a-vis de UiatcauemCparPésCde'ia neuf. Le soir, voyant tout calme sur l'autre rive,
première position. . ■ , i ■> t-i • i i
il envoya presque tout son monde a lnac et dans d'autres villages; de sa personne, il crut pouvoir retourner à Bassac. Deux régiments1 d'infanterie et huit cents cavaliers, tous Poitevins, sous les ordres
4 . Nous avons dit qu'il n'y avait pas encore, à proprement parler, d'organisation régimentaire. Nous nous servons du mot régiment pour désigner une réunion d'enseignes conduit!1 et organisée par un même chef : c'est dans ce sens qu'il est employé souvent par les écrivains contemporains.
LOUIS DE BOURBO.N. 61
de Puyvault, deSoubise et de la Loue, lui oarurenl su ('lisants pour garder les hauteurs si importantes dont il s'éloignait et dont la possession assurait le salut de l'armée. En arrivant à Bassac, il reçut les instructions que Coudé lui donnait pour le lendemain. Il les transmit aussitôt, mais ses messagers s'égarèrent ou furent paresseux : les ordres ne parvinrent pas ou arrivèrent trop tard. La nuit était obscure, le brouillard glacial et pénétrant. Au bout de quelques heures, Puyvault et la Loue, ne voyant rien, n'entendant rien, mirent leurs soldats à l'abri dans les hameaux du voisinage; euxmêmes, s'enfermant dans une maison, prirent des cartes et des dés pour attendre l'aube. Les postes qu'ils avaient laissés derrière eux ne furent ni relevés ni visités, et ne montrèrent pas plus de vigilance. Les hommes, fatigués des mouvements des derniers jours, mouillés, engourdis par le froid , s'endormirent ou allèrent rejoindre leurs camarades. Le jour (13 mars) surprit les officiers protestants au jeu; ils envoyèrent en hâte une patrouille de cinquante chevaux vers les ponts; ces éclaireurs avaient fait à peine quelques pas qu'ils virent flotter sur les hauteurs l'étendard bleu de jMarligues, entouré de la cavalerie légère. Aussitôt l'alarme est donnée clans les hameaux du voisinage; les chefs coupables, les soldats négligents
accourent pour reprendre le poste qu'ils n'auraient pas dû quitter. Mais il n'est plus temps : l'armée royale a passé la rivière en colonnes serrées ; déjà ses masses couronnent la position et s'y renforcent à chaque moment ; les hauteurs en face de Ghâteauneuf sont perdues pour les réformés et n'ont pas coûté une goutte de sang à leurs adversaires.
1] ne faut plus songer qu'à défendre le passage de la Guerlande. Soubise, Puyvault et la Loue s'y dirigent rapidement, ralliant de leur mieux leurs détachements épars. C'est derrière ce cours d'eau qu'ils doivent trouver l'amiral et le reste de l' avantgarde ; c'est là qu'ils peuvent espérer d'arrêter l'ennemi. Celui-ci les suit mollement d'abord : Monsieur s'avance avec prudence sur le terrain accidenté qui se présente devant lui et qui pourrait cacher quelque embûche. Enfin le pays s'aplanit, se découvre et laisse voir les deux régiments de Puyvault engagés dans les marais qui bordent la Guerlande, et s'apprêtant à traverser pour gravir les hauteurs qui se terminent à Bassac. La Loue et Soubise font face à l'ennemi avec huit cornettes et couvrent la retraite de leur infanterie. Aussitôt Guise et Martigues sont lancés sur eux avec la cavalerie légère. La Loue et Soubise les reçoivent bravement ; cependant ils vont être
écrasés, lorsqu'un secours opportun leur arrive.
L'amiral avait attendu longtemps ses troupes à Tandis que
r l'amiral rallir ses
Bassac. Il leur avait, la veille au soir, donne ren- troupes, les
. . . catholiques
dez-vous pour la pointe du jour; mais neut heures enlèvent Bassac.
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étaient sonnées avant que son monde tut réuni. prier condé de ie
■ n t i ni- • soutenir.
Il venait d être informe que les catholiques avaient passé la Charente, et n'en était que plus pressé d'exécuter les ordres de Condé; aussi s'acheminait-il déjà pour rejoindre le prince, lorsqu'il aperçut presque en même temps, et son arrièregarde qui se repliait en hâte, et l'ennemi qui fondait sur elle. Coligny voit le péril : sans cependant suspendre le mouvement commencé, il détache quatre cornettes, les confie à l'intrépide la Noue, et l'envoie dégager les troupes compromises. La charge est conduite avec vigueur : déjà Guise et Martigues sont repoussés, lorsque quatre escadrons de gendarmes, amenés à leur aide, se jettent sur le flanc de la cavalerie victorieuse et la ramènent jusqu'au ruisseau. La Noue est pris avec plusieurs autres; l'infanterie est rompue ; les royaux traversent la Guerlande derrière les fuyards et entrent avec eux dans Bassac.
Cette complète déroute de l'arrière-garde force l'amiral de s'arrêter pour y pourvoir. Bassac perdu le découvre d'un côté, et de l'autre l'extrême droite de l'armée royale, qui a achevé son
déploiement, s'avance rapidement, menaçant de le déborder, de lui couper la retraite, et de le pousser dans la Charente. Dans ce moment critique, Coligny, ne voulant ou ne pouvant pas abandonner le terrain avec une précipitation qui coûtait surtout à son amour-propre, fit prier Condé d'amener à son secours tout ce qu'il pourrait réunir. Conservant, d'ailleurs, le sang-froid qu'on devait attendre d'un homme de son expérience et de son courage, il donne à d'Andelot cent vingt « salades » et un régiment d'infanterie qu'il avait gardé avec lui. Il lui prescrit de rallier l'arrière-garde et de reprendre Bassac; lui-même, avec tout le reste de sa cavalerie, va se poster un peu plus loin , au pied de collines qui dominent la route de Jarnac, pour ralentir les mouvements de la droite catholique. D'Andeiot Aussi brave, aussi opiniâtre que son frère, plus
r S onllt' entraînant, et particulièrement habitué à conduire tSÏÏÏ les gens de pied, d'Andelot s'est bientôt acquitté '-.îslont^eSr de sa mission. Guise, croyant l'affaire terminée sur position' de Triac. ce point , et peu disposé à obéir, est allé, malgré Tavannes , avec une partie de la cavalerie légère, chercher un nouveau combat à la droite de l'armée royale. Marti gués seul a traversé laGuerlande; entraîné par son ardeur, il a continué la poursuite et dépassé Bassac, sans attendre que l'infanterie,
retardée par le passage du ruisseau, ait pu le relever sur ce point important. Bientôt il est repoussé avec perte; Bassac est repris. D'Andelot y loge ses fantassins qui, depuis ce moment, se conduisent en soldats accomplis. Brissac l'y attaque le premier avec douze cents arquebusiers, et ne peut gagner un pouce de terrain ; mais Tavannes a l'œil à tout : il s'empresse de faire soutenir Brissac par la première troupe qu'il rencontre; ce sont les Allemands du Rhingrave. Après une lutte héroïque, d'Andelot, accablé par le nombre, abandonne à l'ennemi les ruines du village. Il se retire avec ordre, établit son infanterie dans les haies et derrière la chaussée de l'étang qui couvre Triac, laisse près de là Soubise avec ce qui reste de la cavalerie de l'arrière-garde, et court au galop rejoindre son frère. Celui-ci se maintient avec peine ; vainement il a tenté de ralentir la droite de l'ennemi : quelques cornettes qu'il avait détachées contre elle viennent d'être écrasées ; Châtellier qui les conduisait a été tué. Cependant, sur toute la ligne, un moment de calme succède à l'ardeur du combat : Monsieur s'arrête pour reformer sur le plateau ses troupes désunies par le passage de la Guerlande. C'est en cet instant que Condé arrivait sur le champ de bataille.
Le prince venait de quitter Jarnac, et, rassuré condé so rond n. D
a rappel de sur ce qui pouvait se passer vers la Charente par i muni. ^ dispositions prises et par la présence de l'amiral, il suivait tranquillement la direction qu'il avait donnée à ses colonnes, lorsque le message de Coligny lui parvint : la nature de cet avis ne permettait pas l'hésitation. Indiquer immédiatement à toute l'armée un nouveau point de concentration en arrière du théâtre actuel de l'action, prescrire à l'amiral de s'y replier en disputant le terrain de son mieux, y rassembler cependant les troupes de la « bataille », pour n'entrer en ligne lui-même que quand elles seraient toutes réunies : voilà ce qu'aurait dû faire un général dans des circonstances ordinaires. Quels que fussent ses efforts, quelle que fût la rapidité de ses mouvements, il ne pouvait empêcher la défaite des régiments déjà engagés : en manœuvrant ainsi, il était au moins sûr d'en recueillir les débris; en opposant, vers le soir, des troupes fraîches aux têtes de colonnes fatiguées de l'ennemi, il avait la chance d'obtenir à son tour un avantage partiel; le lendemain, tandis que ses adversaires se seraient ralliés, il aurait continué sa retraite avec ordre et se serait mis hors de leur portée. Mais il ne faut pas juger selon les règles ordinaires de la guerre la conduite d'un chef de parti dans une guerre civile. Si Gondé était resté sourd à l'appel de son lieutenant, ou s'il y eût
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répondu par les ordres que nous venons d'indiquer, c'était une rupture certaine entre lui et l'amiral. Tous les ministres, tous les exaltés, prenaient le parti de ce dernier : son revers était attribué à l'égoïsme et à la jalousie du prince. En butte aux plus odieux reproches, Condé eut perdu toute action sur son parti. Aussi ne balanca-t-il pas ; d'ailleurs, « ilportoit un cœur de lion, et, quand il entendoit qu'on menoit les mains, il vouloit estre de la partie 1 ». Envoyant à tous les détachements de la « bataille », infanterie et cavalerie, l'ordre de retourner immédiatement et de se diriger en toute hâte sur le plateau de Bassac, lui-même, « trop peu paresseux » 2, s'y rend au grand trot. Un nouveau messager de Coligny l'arrête : l'amiral n'a plus d'espoir; il prie le prince de ne pas tenter un effort inutile et de se retirer en toute hâte. Cet avis vient trop tard. « A Dieu ne plaise, répond Condé, que Louis de Bourbon tourne le dos à l'ennemi! » et il poursuit sa course. Cependant un nuage de tristesse obscurcit son visage, si radieux d'habitude en semblable occasion. De secrets pressentiments l'agitent : il fait défendre aux jeunes princes de le suivre et leur prescrit de se retirer à Saintes. Plusieurs fois dans le trajet qu'il
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