‹ Histoire des princes de Condé pendant les 16e et 17e sièclesChapitre 103 sur 131 · AU DUC DE MONTMORENCY · texte numérisé non relu

AU DUC DE MONTMORENCY

Sans date.

Monsieur mon oncle, j'ai receu tout un temps avec beaucoup de contentement, sur l'espérance de vostre arrivée en cour; mais, lorsque j'ay seu la cause sinistre de votre retardement, jugez, je vous supplie, combien de douleurs ensemble j'ay ressenty en lame ; la plus cruelle est celle de la perte que vous avez faite', que je n'estime m'estre moins dommageable qu'à vous; l'autre de me voir frustrée de l'attente que j'avoys d'en estre près, et de savoir votre heureux establissement au lieu où vos vertus auroyent plus de lustre, et où vous triompherez de ceux qui ne craignent rien tant que de vous voir près du soleil. Pardonnez, Monsieur mon oncle, à ma liberté poussée d'un zèle très-ardent de voir la restauration de cet état par vostre moyen. Ceux qui voyent le plus clair jettent es yeux sur vous, et sur la créance qu'ils ont que vous, estant près du Roy, revêtu

1. La mort de son fils Hercule (note jointe à la lettre), décédé peu après 1591. D'autre part, Montmorency prêta le serment de connétable au mois de juillet 1595. C'est entre ces deux époques qu'on peut fixer la date de cette lettre.

dételle authorité, apporterez de l'amendement aux affaires de Sa Majesté et n'empirerez les vostres. Les accidens qui vous sont survenus depuis la résolution de votre voyage sont sujets assez suffisans d'avoir apporté de la longueur en l'exécution d'icelui. Mais, Monsieur, au nom de Dieu, surmontez toutes ces difficultez, et que l'affection du bien public ne vous face oublier ce qui est de votre particulier, à quoy on ne peut remédier. J'ay pensé estre très-nécessaire de vous envoyer ce porteur pour vous représenter la face des affaires; bien que je sache que vous ayez souvent des avis certains, si est-ce qu'y ayant intérêt, et ne voulant avoir recours, après Dieu, qu'à vostre faveur, je l'ay bien instruit sur les principales occasions qui pressent de donner ordre aux affaires de mon fils et de moi; il les vous fera entendre, s'il vous plait les écouter, vous suppliant très-humblement, Monsieur, vous y employer, et donner la dernière main : c'est de vous de qui j'espère tout mon bien, à vous seul en seray-je obligée, et dependray perpétuellement de vos volontez, nourrissant ce que j'ay de plus précieux en pareille dévotion. Vous acquerrez doublement ce qui vous est par devoir assez acquis, et croiez au porteur de ce qu'il vous dira de ma part.

(Bibliothèque de l'Arsenal, Mss. de Conrart. Collection in-8°, t. V.)

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