‹ Histoire des princes de Condé pendant les 16e et 17e sièclesChapitre 116 sur 131 · De l'espagnol buscar, chercher · texte numérisé non relu

De l'espagnol buscar, chercher

demandera, ou bien jusques à ce que par sentence légitimement donnée il sera dit qu'ilz se peuvent divorcer; ce qu'adjoustons d'aultant que nous entendons qu'elle prétend se séparer d'avec ledict prince. Et, au dehors de ces deux cas, vous pouvez dire et asseurer par delà que nous ne la laisserons jamais partir d'avecq nous, quand mesme le connestable ou ladicte duchesse nous en requérissent.

PECQUIUS A L'AUCHIDUC ALBERT.

23 février 1610.

Monseigneur,

Fort a propos m'a Y. A. fait advertir par lettres du secrétaire Prats du \ G de ce mois des rencontres qui se sont présentées par delà sur le point de loger la princesse de Condé en la cour; car, comme l'on en discouroit icy diversement, je différois d'en parler à la duchesse d'Angoulesme et au connectable de France, en attendant d'en estre esclercy par advis asseuré, lequel arrivé par lesdictes lettres, j'en ay aussytost donné part à ladicte duchesse, luy certifiant la bonne inclination de V. A. et de la sérénissime infante envers ladicte princesse, que je disois estre très-heureuse, en son malheur, d'estre tombée soubs la protection de telz princes, qui luy ont desjà fait, et feront encore à l'advenir, toute la faveur qu'elle pourroit désirer. Ladicte duchesse me respondit que les nouvelles de l'entrée de ladicte princesse en la cour de V. A. luy estaient les plus agréables qu'elle eust receues de longtemps, tenant à très-grand honneur que V. A. et la sérénissime infante avoient daigné de l'y recevoir, dont elle disoit leur avoir une infinité d'obligations, et qu'elle vivroit contente le reste de ses jours en la souvenance de cette félicité. Puis elle se meit à louer haultement la bonté, et les autres vertuz de la feue royne d'Espaigne, Elisabeth, toutes transmises en la personne de la sérénissime infante sa fille, et ne se peut saouller

de tesmoigner l'aise qu'elle avoit d'entendre qu'icelle sérénissime infante luy veult du bien. El'e me déclara aussy d'avoir eu lettres de ladicte princesse depuis son entrée en la cour, par lesquelles et celles de la femme du sieur de Berny apparoissoit du contentement que ladicte princesse en a. Ce ne fut pas toutefois sans me dire doulcement qu'elle avoit eu un peu de desplaisir de l'alarme qui s'estoit donné à Bruxelles le jour de devant ladicte entrée, d'autant qu'on jugeoit par delà qu'il n'y en avoit pas eu de subject, ains que le prince de Condé l'avoit procuré pour déshonnorer le roy très-ehrestien et la dicte princesse sa femme. Sur quoy je lui remontray qu'il estoit tout cognu et notoire par delà que V. A., avant envoyé du soir quelques hommes de sa garde à l'hostel du prince d'Oranges, afin qu'ilz luy obéissent en ce qu'il leur commanderoit pour préserver son dict hostel et les personnes y logées de tout oultrage et violence, a voulu favoriser ladicte princesse, en la garantissant de tous dangers, jusques à ce qu'elle fust menée honorablement en sa cour en plein jour et à la veue d'un chacun, sans qu'elle ayt esté soupçonnée d'aucune sinistre intention, et moins que l'on ayt pensé d'envoyer la garde pour s'asseurer de sa personne. Ce que je priois ladicte duchesse de croyre comme chose certaine, et uu'autrement elle n'eust esté reçeue en cour, quoyque l'on veuille faire courrir des bruits par deçà qu'elle y a esté menée par une espèce de violence et de prison, ainsi que je le disois aue le marquis de Cœuvre et ledict de Berny l'avoient bien osé représenter à V. A. pour la destourner de sa bonne résolution en cet endroit, mais que leurs allégations avoient esté si minces et de si peu d'apparance qu'il n'y avoit eu pourquoy s'y arrester. Comme de vray ceux qui jugent icy sans passion de ladicte remonstrance des ambassadeurs françois n'y treuvent rien que de la vanité et fadaise, n'ayant servy qu'à démontrer qu'ilz sont marriz que ladicte princesse est en si ferme main que celle de V. A., et que par là toute espérance leur est retranchée

de la faire enlever et mener en France. Et certes si le roy três-chrestien a désiré qne ladicle princesse demeurast par delà, ou à Bréda, je vois bien qu'il n'a pas eu opinion quelle fust placée en si bon lieu quelle est. Bref, ladicte duchesse , entendu mon discours, se rangea à mon advis. mesme pour très-bien sçavoir que ladicte princesse a fort désiré d'estre en ladicte cour à l'abry de tous dangers, tant du costé dudict prince que d'ailleurs. Et si protesta ladicte duchesse que, si Von a eu desseing d'enlever ladicte princesse de delà, l'on s'est bien gardé d'en parler ny audict connestable ny à elle, qui n'y eussent jamais consenly. Elle me pria en après fort instamment d'intercéder envers V. A. pour trois choses : la première que ladicte princesse ne retournast jamais plus vers ledict prince, quelque instance qu'il en feist; la seconde que le marquiz de Spinola s'abstinsl de visiter et entretenir ladicte princesse, comme n'estant bienséant, tant à cause de propos qu'elle disoit avoir esté tenuz par ledict prince touchant la fréquentation dudict marquiz que pour aidlres respeetz ; et la troisième que V. A. accordast à ladicte princesse, pour son service et soulagement, sa damoiselle nommée de Chasteauverd et une fille de chambre nommée Philippote, qui se sont retirées chez le baron de Havesquerque, parce que ledict prince a empesché qu'elles n'entrassent à la cour à la suite de leur maîtresse, à dessein de la faire servir par la sœur de Kerreman, conseiller du prince d'Oranges, et par autres femmes, à elle incognues et désagréables. Affirmant que ladicte damoiselle de Chasteauverd et ladicte chambrière sont filles d'honneur, de fort bonne vie et conduite, nourries au service de ladicte princesse dez son enffance, laquelle à cette occasion les a pieça prinses en affection et confidence, et la serviront beaucoup mieulx que ne pourroient faire aucunes autres. Semblable tesmoignage de bonne nourriture, modestie et fidélité donna ladicte duchesse de la damoiselle de Sertaut. estant entrée en cour avec ladicte

princesse, et nie pria de tenir la main qu'elle y peust demeurai avecq les deux autres. Je respondiz à ces trois demandes que j'en donnerois adviz particulier à V. A. pour en sçavoir son intention, et laissay sur ce ladicte duchesse en plein contentement, et de mesme la comtesse d'Auvergne, fille aisnée dudict connestable, qui survint à la compagnie sur le point de mon départ, et tesmoigna de se conjouir de tout son cœur avecq ladicte princesse sa sœur des honneurs et bienfaits qu'elle reçoit par delà. Je veis peu après ledict connestable, et le trouvay si content et alaigre de la réception de sa fille en la maison propre de V. A. qu'il ne s'en peult rien dire davantage, comme il me le déclara avecq beaucoup de paroles, recognoissant l'obligation que luy et toute sa famille en auroient perpétuele à V. A. et à la sérénissime infante, qui faisoient plus d'honneur à sadicte fille qu'elle ne méritaient, et que, si lesdicts ambassadeurs s'estoient advancez de dire qu'elle esloit menée comme en prison, il espéroit que V. A. passerait cette indiscrétion, et se contenteroil d'estre asseurée que ladicte duchesse, luy, son frère, et tous ses vraysparens et amys, V entretiendraient aullrement, et que mesmemont Hz se tiennent beaucoup plus heureux que si ladicte princesse estoil ramenée en France; car encore (feit-il) qu'il n'y eusl rien de tant de choses qve l'on dit du Roy, si sçay-je bien l'estat qu'il faut faire de la famé et opinion publique à l'endroit de personne de ma qualité. Et en ce disant il protesta de me parler cler, parce qu'il voyoit que j'y procédois ficnichement et avecq candeur, me priant d'y continuer et mJasseurer qu'il m'ouvrait son cœur, comme faisoit aussi la duchesse; mais il me rairaiscbit conséquemment avec beaucoup d'ardeur les susdictes trois demandes qu'elle m'avoit faites, monstrant d'estre mal imprimé dudict marquiz Spinola, qu'il appeloit à chasque fois le Genevois, par manière de desdaing, plus (à ce qu'il m'en sembloit) pour le commandement que ledict prince a faict à la princesse sa

femme de le caresser, que pour aullres considérations, et disant au reste beaucoup de bien desdictes trois femmes, qu'il prioit à V. A. de laisser à sadicte fille, comme à un enffant qui, battu de la fortune et esloigné de son père et de tous ses parens, mettroit en cela une grande partie de sa consolation, ne fust toutefois qu'il y eust quelque chose à dire sur lesdictes femmes ou aucune d'icelles, qu'il ne pensoit nullement; et, s'il en estoit informé, il tascheroit tout le premier de les faire chastier selon leurs démérites.

L'un de ces jours passés, le baron de Bonœuil me vint dire que le roy très-chrestien Iuy avoit commandé de me faire sçavoir qu'il espéroit que je tusse bien aise d'avoir recognu la vanité des advis donnez à V. A. touchant le dessein que l'on disoit estre dressé d'attenter à la vie dudict prince et d'enlever ladicte princesse sa femme, qui n'avoit esté qu'une invention forgée par ledict prince, auquel il s'esmerveilloit que V. A. avoit voulu tant gratifier que d'en faire si grand fanfarre, jusques à avoir permis au comte d'Aîiover de courrir par la ville accompagné de soixante chevaulx ou environ, crùint alarme. Et me convia ledict de Bonœ'd par plusieurs amadouemens de demander audience au roy très-chrestien à la première occasion que j'en aurois, m'affirmant que je lui serois tousjours aussi bien venu qiC ambassadeur qui soit en cour, encore qu'à ma dernière audience il eust un peu parlé hors des dens en donnant vent à la cholère qui le transporte quand il parle du faict dudict prince, ce que je debvois dissimider par prudence et me réjouir, voire glorifïier, que ledict sieur roy et ses principaulx minisires advouent maintenant que je ne luy ay rien dit qui ne se vérijfie par les effeclz. Je respondiz que, s'il n'estoit rien dudict dessein, j'en estois vrayment bien aise, mais que je sçavois bien cependant que Y. A. en avoit eu des indices véhémens, qui l'avoient obligé à faire ce qu'elle a fait, sans toutes fois que j'eusse ouy parler de ce qu'il me racontoit dudict comte d'Ahover, mais que j'estois encore

plus aise que mes propos se trouvoient véritables, et qu'au demeurant ce me seroit tousjours grand honneur d'avoir audience du Roy, que je ne fauldrois de luy faire demander a toutes occasions de subjetz qui le vallussent, comme du passé.

LES AKCHIDUCS A PECQUIUS.

(minute déchiffrée.)

28 février 1610.

Cher et féal, le contenu de vostre dernière du xxiiij6 de ce mois nous a au long adverty des discours passez entre la duchesse d'Angoulesme, le connestable de France et vous sur ce de l'entrée de la princesse de Condé en nostre maison, et si avons-nous volontiers entendu que l'un et l'aultre en ait la satisfaction et contentement que nous tesmoingne ladicte vostre. Ladicte princesse monstre aussy de l'avoir à tout ce qui se peult juger de sa contenance, et nous aurons soing, ainsy que jusques maintenant, de le luy prouver aultant que faire se pourra, et pour sa qualité et mérites, et pour le respect desdict connestable et duchesse, et, quant à l'allarme dont ladicte duchesse auroit monstre quelque ressentiment, nous voulons croire que vostre repartie pertinente là-dessus l'en aura laissé appaisée.

Et respondans aux trois choses dont elle nous a faict requérir, répétées aussy par ledict connestable, vous lui direz de nostre part (en leur donnant compte de ce que dessus) que, pour aultant que concerne la première, nous ne voyons comme nous puissions refuser de rendre au prince de Condé ladicte princesse sa femme, quand il la répéterait, mais que les choses ne sont maintenant disposées que cela doibve arriver dans peu de temps, et que partant il n'y a pourquoi ilz s'en mectent maintenant en peine. Et pour la seconde, qu'ilz peuvent bien estre

à repos que ny le marquiz Spinola ni aultre quelconaue n'a ny accès ny hantise, ny aulcun moyen d'entretenir ladicte princesse, combien que nous tenons ledict marquiz pour tant vertueulx quïl n'y aura eu que honneur en l'entretenance et conversation qu'il a eu avecq elle en compagnie des plus notables de nosfcre cour, pendant le séjour qu'elle a faict en l'hostel de Nassau, si qu'ilz peuvent bien tenir oour choses controuvées celles que d'icy l'on peult avoir escript au contraire de cela. Pour la troisième demande, nous sommes bien marriz que n'ayons moyen de leur complaire pour l'information qu'avons toute certaine que ladicte damoiselle Chasteauverd et la fille de chambre Philippotte ne sont si honorables comme ilz se persuadent, ains est bien avéré qu'elles sont gagnées de la part du roi très-ehrestien, et tiennent correspondance avecq luv, et qu'elles furent de l'intelligence du desseing de l'enlèvement de ladicte princesse, signamment ladicte de Chasteauverd, qui le jour précédent, celluy destiné pour l'exploict, avoit envoyé à la maison de l'ambassadeur de France, les habillements d'icelle princesse; si que non-seulement il n'y a raoven de les rendre à ladicte princesse, mais nous desirons que ladicte duchesse ou eonnestable les face rappeler au plus tost en France, demeurant icy au service de ladicte princesse la damoiselle de Sertaut, qui est icy en mesme figure et opinion de modestie et fidélité en laquelle la tient ladicte duchesse, et si la fera-t-on accompagner encore de quelques aultres daraoiselles vertueuses et nobles que Von va cerciiant.

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