LE PRINCE DE CONDÉ AU CONNETARLE DE MONTMORENCY
Sans date (1610).
Monsieur, vous aurés la présente, non pour me plaindre de l'action qui s'est passée à Bruxelles, dont j'aurois grande raison, mais pour me condouloir du funeste accident survenu en la personne du feu Roy, Monseigneur, que Dieu absolve ! dont je puis dire avec vérité en avoir ressenty le coup au milieu du cœur. Ce que je vous supplye de voulloir tesmoigner au Rov et à la Reyne, et les asseurer du désir et de la passion que j'ay de rendre à Leurs Majestés le très humble service que je leur dois, sous l'espérance que j'ay qu'elles me feront l'honneur de me recevoir en l'exercice des charges que mon rang et ma naissance me donnent au gouvernement de l'Estat ; de quoy je vous supplve de me voulloir assister et de conseil et d'auctorité, pour la proximité de sang et d'alliance que j'ay avec vous, par laquelle, avec la raison et le droict que j'ay pour moy, car je ne demande autre chose, vous estes teneu de voul-
loir mon bien et mon honneur, protestant d'oublier entièrement la simplicité d'esprit de ma femme, vostre fille, à se laisser surprendre jusques aux termes où elle a esté, dont je donne la faute, pour vous au pouvoir absolu d'autruy, et pour elle à ceux et à celles qui l'ont si artificieusement et malicieusement circonvenue, la voullant à jamais aymer et chérir comme moy-mesme, et demeure ce que je vous suis, qu'est, Monsieur, vostre très humble et très affectionné fils et serviteur,
Henry de Bourbon.
HJibliuthèque nationale, fonds Saint-Germain français, 1018, folio 116.)
LE PRINCE DE CONDÉ A LA DUCHESSE d'aNGOULEME.
Sans date U6100
Madame, je me feusse bien estoné d'avantage que je n'ay raict de l'action qui s'est passée à Bruxelles, sy je n'eusse sceu les artiffices que l'on usoit journellement à vous y disposer et à v faire résoudre ma femme ; c'est pourquoy je n'en donne la faute à personne qu'à ceulx et à celles qui sy meschament ont circonvenu sa jeunesse ; une saincte Thérèse et les plus relligieuses vierges du monde eussent succombé à tant de persuasions ; ce qui faict que je pardonne librement à sa simplicité, et ne veux laisser pour cella de l'aymer et chérir, comme Dieu et la raison me commandent. J'espère qu'ayant esté une heure avec elle de luy remettre sy bien l'esprit, qu'elle et moy en demeurerons coniens. Quant a vous, Madame, je vous supplye de croyre que je n'ay point pour cella cessé de vous honnorer et chérir, comme vous m'y avés obligés, sçachant bien aussy quelle viollance on vous i'aisoit, que je tais néantmoings, par respect que j'ay à qui je dois, désirant avec passion vous rendre preuve par touUes sortes de services que je suis et
veux estre toulte ma vie, Madame, vostre bien humble nepveu et obligé serviteur,
Hknry de Bourbon.
J'escris à Monsieur le connestable mes intentions, ausquelles je vous supplye très humblement me faire les bons offices que vous pouvés, et croire ce porteur comme moy-mesme.
(Bibliothèque nationale, fonds Saint-Germain français, 1618, folio m.)