était né le 29 décembre
vu sa mère, épuisée par le chagrin et la maladie, languir longtemps, et s'éteindre enfin dans les bras d'un époux qui n'avait fait qu'apparaître à son lit de mort. Il n'avait connu ni les soins maternels, ni les douces liaisons et les rivalités inoffensives du collège, ni la direction assidue et affectueuse d'un maître éclairé. Son père, entraîné par le tourbillon des plaisirs on des affaires, remarié de bonne heure, le laissait entre les mains de quelques ministres exaltés ; ses frères, beaucoup plus jeunes, étaient encore confiés aux femmes. Dès ses premières années, il avait subi les rudes épreuves de la guerre civile ; tantôt enfermé dans Orléans au milieu des horreurs d'un long siège, tantôt errant avec une troupe de fugitifs ; et quand son père, qu'il connaissait à peine, l'avait enfin appelé à l'armée auprès de lui, c'était à la veille de sa mort. A dix-sept ans, il n'avait encore éprouvé de la vie que les douleurs , et de la guerre que les misères.
Le premier acte pour lequel on réclama sa signature et son intervention était un sacrifice. On demanda au jeune prince de livrer à la reine d'Angleterre les « bagues » et pierreries qui étaient alors à peu près son seul héritage. 11 y consentit sans mot dire. Jeanne d'Albret, son fils, l'amiral, se dépouillèrent aussi. A défaut des
places fortes, Elisabeth se contenta des diamants, et prêta vingt mille livres1.
De la veuve de son père, Françoise d'Orléans, Condé semble n'avoir reçu ni appui ni conseils ; mais la reine de Navarre le regardait en quelque sorlc comme un second fils. A la première nouvelle du désastre de Jarnac, elle avait écrit au prince de Béarn qu'il devait aimer son cousin comme un frère et « nourrir avec luy une amitié liée par debvoir de sang et de religion, qui ne se sépare jamais » 2. L'amitié ne se commande pas, et rien ne prouve qu'elle ait jamais été très vive entre les deux cousins; mais on sait combien le prince de Béarn était soumis à sa mère, et, tant qu'elle vécut, les apparences d'une intimité complète furent strictement conservées par les deux princes : ils n'avaient qu'un même train . leur vie était commune, les honneurs qui leur étaient rendus parfaitement égaux, . Les pages de La seconde prescription de Jeanne d'Albret était une obéissance complète à l'amiral. Celle-ci ne fut
1. Le prince de Condé à Cecil, 5 juin, i juillet 1569. — État de? bagues qui ont este mises et portées en Angleterre, 12 juin 1569. — Reçu de la reine Elisabeth, 3 août 1309. (State paper office et Musée Britannique, Cotton.)
2. Lettre du 21 mars 1569. Lettres missives de Henri IV, L 62.
l'amiral. »
pas moins fidèlement observée et par son fils et par son pupille. Dans leur entourage, on essayait bien quelquefois d'inspirer à ces jeunes gens une ambition prématurée ; on les excitait à prendre eux-mêmes le maniement des affaires; mais Coligny réprimait facilement ces velléités d'un jour, soufflées par les courtisans. Jusqu'à sa mort, son autorité resta entière ; et, bien que les protestants, dans leurs relations officielles comme dans les mémoires qu'ils ont laissés à la postérité, eussent toujours soin de dire « l'armée des princes », « le voyage des princes » , ceux-ci, dans les rangs et dans les bivouacs, étaient communément appelés « les pages de l'amiral » .
Cependant le soin de conduire ces adolescents, qu'il fallait tout à la fois instruire et gouverner, en leur laissant les apparences du commandement, ce soin complexe semble avoir, pendant les premiers temps, causé quelque embarras à Goligny. Il sentait bien que leur présence « encourageait les compagnons » 1; mais, soit qu'il craignît d'exposer leur vie, soit qu'il ne voulût pas leur laisser prendre trop d'influence sur son armée, il les éloignait dès que commençaient les actions sérieuses. Ainsi ils ne purent faire qu'une apparition au siège
\ . D'Aubiené.
de Poitiers, et, dans la journée de Moncontour (30 octobre 1569), après avoir pris rang à la tête de la « bataille », ils durent se retirer subitement, « non sans larmes et sans regrets, ajoute l'historien protestant, et avec encore plus de dommage à l'armée; car il se trouva tant de gens qui se convièrent à leur escorte, qu'elle en fut afïoiblie. ». Ce ih combattent m^ & Arnay-le-Duc (26 juin 1570) que, pour la u reïïe fois première fois, il leur fut permis de combattre; enà ia journée l'amiral avait-il essayé d'abord « de les faire
d Amay-le-Duc J
(juin 15-0). simples spectateurs ». Mais il avait alors trop peu de monde avec lui, et la situation était trop critique pour qu'il songeât à détacher une escorte. Nous dirons un mot de cette rencontre et des circonstances qui la précédèrent , car les deux jeunes gens durent y trouver d'utiles enseignements.
Après les désastres de l'année 1569, la fermeté de Jeanne d'Albret, la résolution de Coligny et l'inaction du duc d'Anjou avaient sauvé l'armée protestante. Mais la guerre n'est plus possible sur cet étroit théâtre de Poitou et de Saintonge : un dessein plus vaste que des conquêtes de villes remplit le grand esprit de l'amiral, et il l'exécute avec un rare bonheur. Laissant de bonnes garnisons à la Rochelle et à Angoulème, les deux seules places que le parti eût conservées dans
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l'Ouest, il amène avec lui les deux princes et tout le reste de ses forces. Malgré la maladie qui le dévore, malgré la rigueur de la saison et les efforts de l'ingénieux Montluc, une marche admirable, qu'on a nommée « le voyage des princes », le conduit, à travers la Guyenne, le Languedoc, le Dauphiné et le Lyonnais, jusqu'au cœur du royaume. La cour avait laissé « rouler sans empeschement cette petite pelote de neige ; en peu de temps, elle s'étoit faite grosse comme une maison » *. Enfin on prit l'alarme à Paris : une armée de quinze mille hommes, avec douze canons, fut formée dans l'Orléanais et dirigée contre les réformés. Le maréchal de Cossé, qui la commandait, apprit à Autun que l'ennemi l'avait dépassé et marchait sur Arnay-le-Duc pour gagner la Charité. Cette dernière ville était la place d'armes des réformés dans le centre; il fallait combattre l'amiral avant qu'il pût s'y jeter. Cossé revint en toute hâte pour lui barrer le chemin ; mais, n'ayant pu le prévenir à Arnay-le-Duc, il prit position au nord-est de cette petite ville, auprès du village de Clomot. Coligny mit hardiment ses troupes en bataille. A la belle artillerie royale il n'avait pas un canon à opposer ; les nombreux dé-