‹ Histoire des princes de Condé pendant les 16e et 17e sièclesChapitre 23 sur 131 · I. DAubigné · texte numérisé non relu

I. DAubigné

2 Ibidem.

Poitou et de Saintonge (1577), et fit ses procla- inattendue

, . t tvt i x •! J ' 'septembre 1Ô7,).

mations au nom du roi de Navarre, dont il se déclarait le lieutenant général ; c'est à ce titre qu'il reçut le serment des gens de guerre, et c'est aussi d'accord avec son cousin qu'il expédiait messager sur messager en Angleterre, pour solliciter l'assistance de la reine Elisabeth1. Mais il manœuvra avec une complète indépendance, et réussit assez mal dans ses entreprises : les troupes qu'il avait levées étaient fort mauvaises , composées de gens sans aveu, dont l'indiscipline irritait les bourgeois de la Rochelle. Enfermé dans cette ville, il vit Mayenne conquérir tout le pays à l'entour, et ne put ni tenir la campagne ni secourir aucune place. Des discussions avec les turbulents Rochelois, d'infructueux efforts pour obtenir d'eux de l'argent et des ressources, pour organiser une flotte avec des navires enlevés, sans respect du droit des gens, à l'embouchure de la Charente, absorbent tout son temps. La flotte resta quelque temps à la mer, mais ne remporta aucun avantage, ne prévint aucun revers ; on ne put même sauver Brouage. La prise de cette dernière ville décida Condc à quitter la Rochelle pour se retirer en Guyenne, où il rejoignit le roi de Navarre à tra-

! . Voyez (Pièces et Documents, n° VIII) une des lettres adressées par Condé au comte de Sussex, le 1 2 juin 1 577.

vers de grands périls. Là, il eut avec son cousin une explication fort aigre : il voulait le rendre responsable du mauvais succès de ses opérations. Rien n'était plus injuste. C'était de lui plutôt que Navarre pouvait attendre du secours; car c'était lui qui occupait les provinces les plus riches et les plus dévouées à leur cause. Sur ce même terrain, avec les mêmes ressources, son père et l'amiral avaient su créer, entretenir une armée, et continuer longtemps une lutte acharnée.

Les affaires des confédérés, qui formaient ce qu'on appelait la « contre-ligue », allaient fort mal : l'Ouest était perdu, la Charité prise; Damville avait jeté le masque et s'était déclaré contre ses anciens amis ; Navarre se soutenait avec peine en Gascogne; il n'y avait ni unité dans le commandement ni accord pour traiter ou combattre; l'anarchie était extrême : chacun voulait faire la guerre à sa guise ; chacun négociait pour son compte, avait, près de la cour ses députés spéciaux, qui soutenaient des prétentions diverses et souvent contradictoires. Mais ce fractionnement infini des partis est la conséquence inévitable des longues discordes, et les divisions n'étaient pas moindres de l'autre côté. Aussi, la confusion étant à son comble , l'impuissance de la royauté et des partis valut aux confédérés un

nouvel édit de pacification (17 septembre 1577).

Cette paix ressemblait à toutes les autres : Refroidissement

des

c'était la même série de promesses et de conces- deux cousins;

. Catherine veutles

sions. Mais, après chacun de ces traites den- séparer

complètement.

soires, le mépris d'engagements si souvent et si condé surprend

1 ° ° r laFère

impunément violés augmentait. L'édit , solennelle- (novembre 15-0). ment enregistré, demeurait une lettre morte, et n'apportait aucun soulagement aux souffrances des peuples. On renvoyait les étrangers quand on pouvait ; les grandes armées se séparaient ; les gentilshommes retournaient pour quelque temps à leurs affaires ou à leurs plaisirs ; mais les bandes restaient en armes; les entreprises particulières se succédaient comme pendant la guerre; les surprises de villes, de châteaux, les assassinats, les pillages continuaient de désoler le pays. Cependant cette trêve, si singulièrement observée qu'elle fût, changea l'aspect de la petite cour du roi de Navarre : « elle se fit florissante en brave noblesse et en dames excellentes » ' . Marguerite avait rejoint son époux. On ne voyait que fêtes à Nérac, on n'y parlait que de galanterie, « et l'aise y amenoit les vices, comme la chaleur les serpents » 2. Condé y parut rarement : son humeur austère s'arcommodait mal d'un tel genre de vie. D'ailleurs, il

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